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2018.02.06

Pourquoi les femmes ne devraient pas jalouser les poupées gonflables?

 Tout serait parti de la Chine où les hommes sont bien plus nombreux que les femmes. En effet, les Chinois seraient 33,6 millions plus nombreux que les Chinoises, sur une population totale de 1,4 milliard d’habitants. En cause, la politique de limitation des naissances qui pousse les couples à préférer les bébés garçons, qui transmettent le nom de famille et apportent une force de travail une fois adulte. Ainsi, en pénurie de femmes et pour combler la solitude de nombreux célibataires, mais également des personnes âgées et des handicapées, des entreprises ont eu l’idée de fabriquer les poupées sexuelles. L’objectif de certaines firmes est également de résoudre des problèmes de société comme la réalisation des tâches ménagères et, à l’avenir, l’assistance médicale.

Mais depuis l’annonce de la mise en vente de ces machins sur les réseaux sociaux, il y a comme une panique et une vraie inquiétude de certaines femmes, surtout en Afrique, qui craignent que les poupées gonflables ne viennent les remplacer et leur ravir la vedette. Et pourtant il leur manquera la chaleur humaine, la compréhension, la portée du langage sans oublier qu’elles ne concevront jamais. Ce qui n’empêche pas de réfléchir sur la qualité et la valeur des relations humaines aujourd’hui au sein des couples mariés.

Cette poupée n’est qu’une représentation pornographique du corps de la femme. Une imagination de l’homme. Elle ne pensera pas, donc elle ne sera pas!

Les chinoiseries ont encore frappé! Après le riz et le poisson en plastique puis la pâte d’arachide en carton, ils  inondent aujourd’hui le marché de poupées afin de répondre aux fantasmes de certains obsédés du sexe. La libido se vent bien. Et les Chinois sont ingénieux. Quels sacrés commerçants ces Chinois! Ils ont su exploiter à bon escient l’engouement des hommes pour le sexe. Maintenant, chacun peut commander sur mesure le corps le plus excitant dont il rêve avoir. Et quand le cœur y est, le prix importe peu.

L’inquiétude des femmes se situe à cette personnalisation des formes. Car il y a longtemps que des hommes ont oublié que la femme n’est pas qu’éros (chair), mais également esprit. L’expérience des poupées gonflables permettra à bien de pervers de comprendre que rien ne peut remplacer une personne humaine. Paraître n’est pas être. Aussi, quelle que soit la beauté apparente d’une poupée, elle ne sera qu’une représentation pornographique du corps de la femme. Une imagination de l’homme. Elle ne pensera pas, donc elle ne sera pas!

La peur de soi-même et de ses caprices

L’avènement des poupées interpelle les femmes et les filles qui ont perdu le sens de l’amour et du respect. Bien d’entre elles, cupides qu’elles sont, n’ont plus de cœur qui fait d’elles des êtres aimables et aimées.

Certes, ces poupées ne sauront pas faire la cuisine, mettre des enfants au monde, pleurer avec leur homme en temps de malheur, etc. Mais elles n’exigeront pas par chantage l’argent, le divorce, les coiffures, les robes… Non pas parce que les hommes sont tous des féodaux qui veulent des femmes muettes comme des carpes. Mais parce que les femmes d’aujourd’hui ne savent souvent pas comprendre leur partenaire. Alors les poupées peuvent être l’expression d’une solitude des hommes au milieu des femmes qui ne savent plus aimer de façon désintéressée. Et si les femmes ne doivent pas jalouser les poupées chinoises parce qu’elles ne sont pas de même nature, elles devraient éviter de laisser la place dans le cœur des hommes à des robots sexuels. Comme les hommes ne devraient pas tomber si bas pour s’amouracher des choses sans valeur. Un amour qui n’est que sexuel, sans finalité, sans réciprocité et sans morale est fade et égoïste. En Afrique il est interdit et la personne qui s’y adonne est bannie. C’est le cas de la bestialité! Aussi il n’est pas exagéré de dire que les relations sexuelles avec les poupées gonflables sont une forme de délinquance et de misère sexuelles. Cette approche physique, physionomique et non émotionnelle de l’amour n’est que tromperie et médiocrité. Elle demeure quand-même une guerre contre les femmes et contre le sentiment.

Théophile MONE(lesechosdufaso)

2018.02.05

Faut-il avoir peur de nos jeunes?

Ces derniers temps, les jeunes burkinabè se révoltent beaucoup: s’ils n’entravent pas le chemin des soldats, ils défient l’administration universitaire parce qu’ils veulent imposer leur calendrier des évaluations. D’autres encore, pour manifester leur mécontentement, mettent notre drapeau en berne. Les jeunes en général sont devenus imprévisibles tant en famille, dans la rue, qu’à école. A l’évidence, les jeunes ont peur. Peur de ce qu’ils éprouvent que ce qu’ils suscitent. Qu’ils aient peur ou qu’ils fassent peur est-ce un mauvais signe?

Les jeunes ont peur et font peur. Est-ce un mauvais signe?

Il suffit d’être observateur pour constater qu’au Burkina d’aujourd’hui, bien de jeunes vivent dans la crainte. Par-delà les grèves où ils sont parfois manipulés, il faut entendre l’écho des inquiétudes réelles et multiforme de notre jeunesse. Celles d’entrer dans un monde incertain, mutant, souvent sans repères, où mille violences cohabitent. La jeunesse conquérante et téméraire d’hier semble lointaine. Aujourd’hui, ceux qui n’ont pas vingt-cinq ans se montrent souvent perplexes et déboussolés. Ils n’ont pas confiance en eux. Ce monde exigeant qui bouge si vite ne les enthousiasme pas. Concurrence et compétition ne sont pas toujours leurs moteurs principaux. Beaucoup rêvent de luxe sans le moindre effort. Beaucoup ne connaissent les valeurs qu’au bout des lèvres ou dans les débats philosophiques. Parents et adultes s’en émeuvent et s’inquiètent. Que nous réserve l’avenir avec une jeunesse qui donne l’impression de ne pas savoir ce qu’elle veut? A qui la faute?

A l’époque, à la complexité du monde? Pas seulement. L’éducation a aussi sa part dans cette situation: quand les règles sont moins transmises, l’autorité moins exercée, il devient plus difficile d’élaborer une réelle confiance en soi-même. D’autant que les adultes, dans le même mouvement, font peu confiance aux jeunes. Ils sont jugés immatures, voire incompréhensibles, ne sont pas vraiment écoutés, encore moins responsabilisés. Le risque croissant est donc une marginalisation longue, l’extension de cette vie grise où de faux enfants peinent à devenir de vrais adultes.

Alors il devient facile de dénoncer l’instabilité de cette génération. On la dira incohérente, illogique, instrumentalisable, manipulable, politiquement incontrôlable. Encore un pas, et les nos jeunes deviendront le danger potentiel pour la démocratie et le destin de la nation. Ce que personne ne peut croire. D’autant que les jugements inverses restent disponibles en cas de nécessité. Si besoin est, on fera aussitôt des mêmes jeunes les fondements et les inventeurs de la société de demain, les dépositaires du dynamisme et de la création du pays, les porteurs de ses espérances. Les jeunes ne méritent ni cette indignité ni cet excès d’honneur.

Les jeunes ne méritent ni indignité ni excès d’honneur

Car les jeunes sont, par définition, dans la position du «pas encore» comme disait le philosophe Ernst Bloch. Ils anticipent la société de demain – sans trop savoir, évidemment, ni où ils vont ni ce qu’ils veulent – portés par un horizon qui attend. Ils vivent ici et maintenant, certes, mais leur véritable maison est l’avenir. C’est ce qui manque à ceux qui vieillissent. Chaque jour, ils perdent un peu d’avenir et deviennent ambivalents envers les détenteurs du monde de demain, qui leur échappe. Voilà où il faut chercher la source de cette oscillation permanente des jugements sur la jeunesse – vive les jeunes ce matin! A bas les jeunes ce soir! Ce passage incessant de l’apologie à la dénonciation, du sarcasme à la glorification est en fait un vieux piège, qui tarit tout dialogue, toute écoute, tout respect possible.

Comment en sortir? En s’avisant que les jeunes sont bien des humains comme les autres. Ce qui veut dire: à la fois parfaitement sensés et parfaitement déraisonnables. En même temps sociables et insociables. Horripilants autant que bouleversants. Comme le sont, il faut le répéter, en réalité tous les humains. Ce constat complique le jeu, cela va de soi. Mais il évite ce piège: faire de la jeunesse une catégorie à part, projeter sur elle des craintes ou des attentes sans objet. Pour ne conserver que ce qui compte: la préoccupation de l’avenir à construire.

Théophile MONE(lesechosdufaso)