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2016.12.31

A qui la faute si l’enfant est une fille ou un garçon ?

En 1994, le soir d’un lundi, un de mes amis m’a appelé pour m’annoncer la naissance d’un enfant dans son foyer. Voici l’annonce : « ma femme m’a encore fait une fille ». A l’entendre je pouvais aisément deviner et par le ton de sa voix qu’il y avait comme de l’insatisfaction, de l’amertume et même du regret. En effet, cela faisait la troisième fille qui venait ainsi dans le foyer. Ce qui a le plus retenu mon attention, c’est qu’il imputait ce qui paraissait comme une faute à son épouse.

 
A qui la faute si l’enfant est une fille ou un garçon ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Malheureusement, il n’est pas le seul dans ce cas. Combien sont-ils ces hommes qui réservent un mauvais accueil à leur enfant, quand il s’agit d’une fille, oubliant qu’ils sont eux-mêmes venus au monde parce que quelqu’un d’autre a fait une fille : leur mère.

Mais là n’est pas mon propos. Ce qui est incompréhensible voire regrettable, ce sont les récriminations qui sont faites à la mère. On peut comprendre leur ressentiment au vu du contexte social de l’Africain en général et du Burkinabè en particulier. En effet l’homme ne se sent vraiment fier que lorsqu’il a un garçon : l’héritier. Soit ! Mais de là à faire porter à la femme la responsabilité en ce qui concerne le sexe de l’enfant, mérite que l’on y réfléchisse.

En 1971, l’Américain Landrum Brewer Shettles, Docteur en Biologie, a publié un livre intitulé « Comment choisir le sexe de votre bébé », qui présente sa méthode basée sur la durée de vie des spermatozoïdes selon le chromosome qu’ils portent. Lors de la fécondation, l’ovule porteur d’un chromosome X fusionne avec un spermatozoïde, pour créer un embryon. Si le spermatozoïde est Y, l’embryon sera XY, ce qui donnera vie à un garçon. A l’inverse, si le spermatozoïde est X, l’embryon sera XX et donnera une fille. Or, selon les travaux de Shettles, les spermatozoïdes Y seraient plus rapides mais aussi plus fragiles que les spermatozoïdes X. Ces derniers auraient une durée de vie plus longue mais seraient plus lents. En moyenne, les spermatozoïdes peuvent survivre jusqu’à 5 jours dans l’utérus d’une femme.

C’est vrai qu’ils ne sont pas nombreux les hommes qui appréhendent cette démarche, mais il y’a aussi que même ceux qui ont même fait les bancs de l’école continuent de jeter la pierre sur les pauvres femmes. Imaginez la souffrance morale que cela leur fait. Porter une grossesse pendant neuf mois avec tout ce que cela comporte comme malaises, risquer sa vie à l’accouchement et ne recevoir que de l’ingratitude, de l’indifférence…

Les conséquences pour l’épouse

Accusée faussement, humiliée à la limite pour avoir accouché d’une fille est simplement traumatisant. Dans quel état cette dernière va s’occuper de cet enfant ? Le drame c’est que plusieurs femmes se sont laissé convaincre qu’elles sont coupables et donnent raison à l’homme qui, à force d’attendre en vain un garçon, finit par prendre une deuxième épouse en lui souhaitant plus de chance.

Victime innocente, la mère va s’accommoder avec la situation et tremblera intensément à chaque début de grossesse. Et c’est dire que chaque annonce de grossesse devient un calvaire et cela ne sera pas sans conséquence sur sa santé. Elle est psychologiquement marquée. En tant qu’époux, a-t-on le droit de réserver à l’épouse un tel traitement ? Certainement pas du tout.

Les conséquences sur l’enfant

Un homme se plaignait de ce que sa fille lui manquait de respect. A la question de savoir quel accueil lui a été réservé à la naissance il a répondu : « à dire vrai, quand la sage-femme m’a annoncé que c’était une fille, j’ai crié : « « encore une fille…. ? Et j’ai fait plus de deux semaines avant de la prendre dans mes bras ».

La fragile petite fille a senti dès les premiers moments de sa vie qu’elle n’était pas désirée. Elle a été marquée par le rejet du père et cela s’est construit dans son subconscient. Elle n’aimait pas son père, parce que son père ne l’aimait pas. Cette petite fille n’a pas eu besoin de l’apprendre de sa mère, elle le ressentait.

Pour une question de moralité

Les parents doivent éviter d’avoir des attitudes envers les enfants et cela rien qu’à cause du fait qu’ils sont garçons ou filles. Ni l’épouse et encore moins l’enfant n’a rien à voir dans le choix du sexe. S’il y a quelqu’un qui doit humblement et de façon responsable sonnr son mea-culpa, c’est bien l’homme et rien que lui. Mais, même lui a une excuse : il ne s’est pas créé lui-même et il n‘a surtout pas choisi les chromosomes qu’il porte en lui.

En fait, personne n’a à se plaindre, tout au contraire il faut se réjouir du fait que cet enfant, garçon ou fille, va perpétuer l’humanité et mieux, va apporter sa pierre d’une manière ou d’une autre à la construction de la nation.
Filles ou garçons, ce sont nos enfants : accueillons-les et aimons-les tendrement…affectueusement.

Rock Audacien D.DAMIBA
Conseiller conjugal
Email : damibashalom@yahoo.fr

17:09 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

2016.12.30

Adoption au Burkina Faso : Moult obstacles pour se sentir père ou mère

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Les attitudes sont-elles en train d’évoluer vis-à-vis de l’adoption au niveau national ? On est tenté de répondre par l’affirmative. De 2007 à 2015, en effet, les services d’adoption ont reçu plus de 300 dossiers de  nationaux. Au mépris des pesanteurs socioculturelles, des couples, dans l’incapacité de procréer biologiquement, franchissent le pas pour combler leur désir de progéniture. Trois familles rencontrées à Ouagadougou entre septembre et novembre 2016, vivent l’expérience de l’adoption. Elles livrent, sous le couvert de l’anonymat (ndlr : nous utilisons des noms d’emprunt), leur quotidien.
 
Régis et Esther ont cherché vainement un enfant, pendant une décennie de mariage. L’enfant, estime le couple, est une lumière qui apporte des couleurs dans le foyer, par ses cris de joie, mais aussi par ses pleurs. Ils ont exploré, sans succès, toutes les voies à leur portée pour avoir cette présence. Un jour, assis devant la télé, un message attire l’attention de Régis. Le spot en question invite les nationaux à s’intéresser à l’adoption d’enfant. «C’est comme si ce message m’était adressé personnellement », se souvient-il. Il en parle à son épouse Esther qui accueille avec bienveillance l’idée. Ensemble, ils se renseignent et décident d’initier les démarches inhérentes au processus d’adoption. Ils réunissent tous les papiers requis pour le dossier et se rendent dans le service de l’action sociale d’une localité située à quelques Km de Ouagadougou, où dame Esther est en service. Dans leur choix d’enfant, ils optent pour une fille âgée  de zéro à huit mois.  Quelques temps après, l’action sociale leur suggère de repousser l’âge de l’enfant. Il n’y avait pas d’enfant qui correspondait à l’âge qu’ils souhaitaient. Ils proposent une année et quelques mois. Après deux années  d’attente teintées de doute, ils reçoivent un coup de fil de la direction des placements, des adoptions et des parrainages. Une fillette de 14 mois leur est présentée comme leur enfant. Régis et Esther sont éblouis  devant la petite. Ils sont débordés de joie. De retour à la maison, ils partagent le même lit  le premier jour avec la petite Emilie. « Je pense que la confusion est née entre nous depuis cette nuit-là. Emilie est tout pour nous aujourd’hui », confie Régis, sur un ton posé, éraillé par l’émotion. La présence de sa fille a apporté un changement profond dans sa vie.
 
 
« Je vouais un culte à la bouteille »
 
 
 Lui qui, chaque soir, vouait  un culte à la bouteille à la descente du travail, avant de regagner le domicile conjugal, est devenu un autre homme. « Depuis que ma fille est là, je ne traîne plus dehors à la fin de la journée. Mes habitudes ont littéralement changé  avec sa présence. Dès que je quitte le service, mon seul souci est de rentrer pour passer du temps avec elle. C’est une enfant adorable qui apporte un rayon de soleil dans notre quotidien », raconte Régis, le regard illuminé, en ce début d’après-midi dans un restaurant de la capitale. Pour lui, quelque chose de « fusionnel » le lie à sa fille. Il dit regretter d’avoir emprunté tardivement la voie de l’adoption. Le mot « regret » est revenu six fois dans ses propos au cours de notre entretien. « Il est vrai que biologiquement je n’ai pas eu d’enfant, mais je ne vois pas une différence avec celle que nous avons adoptée. Je l’aime comme tout autre enfant que j’aurai pu avoir sur le plan biologique. Mon cœur bat véritablement pour cette petite et elle est tout pour moi. Cela est peut-être dû au fait que j’aime naturellement les enfants », relativise Régis, ému devant son plat de riz qu’il a du mal à manger. S’ils se sont engagés tardivement dans l’adoption, c’est qu’ils ignoraient tout de ses contours. Pour Régis, adopter un enfant était une affaire de riches exclusivement réservée au Blancs. Il était impossible, pensait-il, pour une personne de  revenus modestes, d’adopter  un enfant.
 
 
Une expérience renouvelée
 
 
Comme eux, Melvin et  Charlotte sont également des parents adoptifs. Ils ont deux enfants, un garçon de cinq ans et une fillette de trois printemps. Convolés en justes noces autour de la trentaine, ils se sont rendu compte après dix ans de vie commune, de la difficulté de procréation.  Au début de leur union, l’enfant d’un proche de la femme  s’était attaché à elle et les avait rejoints.  La présence de ce dernier comblait leur quête acharnée d’un enfant issu de leur sang.  Au fil du temps, le père du petit a commencé à le réclamer. Las de l’insistance du paternel, Melvin et Charlotte se résolvent à lui remettre son fils. C’est ainsi que Melvin nourrit l’idée de s’orienter vers l’adoption. Il évoque le sujet avec son épouse. Celle-ci marque sa désapprobation au début. Son époux finit par la convaincre. Au bout d’un parcours du combattant, Melvin et Charlotte adoptent leur premier enfant. La relation avec lui se passe bien au point qu’ils renouvellent l’expérience en adoptant une fille en 2013. Pour Melvin, l’adoption présente de nombreux avantages d’autant  plus qu’on a une entière responsabilité sur l’enfant. 
« En vivant avec l’enfant d’un proche, on n’a pas véritablement d’autorité sur lui. Puisqu’il reçoit des instructions de part et d’autre, du point de vue religieux ou autre », affirme-t-il posément. Aujourd’hui, lui et son épouse sont comblés et se consacrent à l’éducation de leurs deux  enfants dont ils disent être très complices. Entre eux, c’est l’entente fraternelle et la fillette voit son frère comme son protecteur, indique le père. 
« Nous sommes heureux avec eux et ils se plaisent bien d’être avec nous. Il n’y a vraiment pas de problème. Avec les autres enfants qui vivent avec nous, tout se passe également bien », allègue Melvin.
 
 
« Le printemps de notre amour »
 
 
Bernard et Josiane partagent le même statut que les deux couples évoqués ci-dessus. Après plus de vingt ans de mariage avec trois ou quatre grossesses qui ne sont pas arrivées à terme, et le poids de l’âge se faisant sentir,  ils décident à leur tour d’adopter un enfant. Après une année de patience, ils reçoivent la bonne nouvelle de la direction des placements, des adoptions et des parrainages. Ensemble, ils se rendent dans le centre d’accueil à Ouagadougou où vivait le garçonnet, Benjamin, âgé aujourd’hui  de trois ans. Les formalités d’usage remplies, Bernard et Josiane font la connaissance de leur enfant. Ensuite, Josiane revient quatre jours successifs dans le centre en vue de se familiariser avec Benjamin. « Dès les premiers moments de cohabitation, il a commencé à téter chez sa maman »,  raconte Bernard, le regard dignement posé sur son épouse assise en face de lui.  A l’instar des autres couples, Bernard et Josiane sont des parents épanouis  grâce à la présence de leur fils adoptif. « J’avoue que nous traversions le désert de l’amour depuis un certain  temps. Mais la présence du petit nous a permis de recoller les morceaux dans notre couple. Nous sommes devenus plus intimes et avons retrouvé le printemps de notre amour », jubile Bernard devant le sourire gêné de son épouse Josiane. Ils sont reconnaissants à Dieu pour avoir mis Benjamin sur leur chemin. Ils viennent de célébrer une messe d’actions de grâce pour avoir eu un enfant qui les comble de tout. Tout en assumant pleinement leur choix d’adopter des enfants, les trois couples veillent à leur protection au sein de leur entourage. Chaque couple, en fonction de la connaissance des proches, a plus ou moins, usé d’astuces pour raconter l’origine de l’enfant.
 
 
Garder le secret ou le révéler?
 
 
Régis et son épouse  Esther ont partagé leur secret avec quelques personnes de leur entourage triées sur le volet. Dans l’ensemble, affirme le mari, ces proches sont heureux pour le couple et adorent la petite aussi. « J’assume pleinement mon statut de père, mais il faut se garder de tout dire à tout le monde », argue Régis, un trémolo dans la voix. Melvin relève pour sa part qu’il lui aurait été difficile d’adopter ses enfants s’il vivait dans l’entourage immédiat de sa famille. Sa chance, les  obligations professionnelles l’ont éloigné des proches pendant longtemps. Ce qui lui a permis de les informer simplement qu’il a eu des enfants. Dans son argumentaire, c’est pour protéger ses enfants des risques de stigmatisation et de rejet qu’il a préféré ne pas tenir les membres de sa famille au courant. « C’est une situation que certaines personnes conçoivent mal et j’ai bien peur qu’un jour, on jette à la figure de mes enfants qu’ils ont été adoptés. Il semble que certaines personnes les appellent  ‘’enfants de l’action sociale.’’ Ce sont des sobriquets qui peuvent frustrer l’enfant. Les gens peuvent accepter votre situation  du bout des lèvres, mais au fond ils ne l’approuvent pas », défend-il. Toutefois, du côté de sa belle-famille, les gens savent qu’ils vivent avec des enfants adoptifs. A l’entendre, c’est sa belle-mère qui vient quelquefois s’occuper de Michel et Carine -ainsi se prénomment leurs enfants- quand lui et son épouse sont absents de la maison pour une longue période. Dans le même souci de protection de leur enfant, Bernard et Josiane ont usé de subterfuges pour justifier sa présence. Avec la complicité de Josiane, Bernard a fait croire à ses proches  que son fils adoptif est issu d’une relation extraconjugale. « Il n’y a que les parents de ma femme qui savent que nous avons adopté un enfant. Dans nos cultures, surtout du côté de l’homme, quand les gens savent que votre fils a été adopté, on lui interdit certaines choses au plan traditionnel », fait remarquer Bernard, en intimant l’ordre à son fils, qui courait partout, de rester tranquille. D’ailleurs, les pesanteurs socioculturelles ont pesé dans le choix du sexe de l’enfant chez Régis et Esther. Régis dit avoir opté pour une fille dans le souci de mieux la protéger face aux traditions. De confession catholique, il dit tout de même être attaché à certains rites coutumiers dans sa famille. En choisissant d’adopter une fille, il l’épargne d’office de certaines obligations coutumières. 
« Si c’est un garçon, son intégration au sein de la grande famille sera difficile. A l’âge adulte, il devra être initié à certains secrets familiaux et cela peut se compliquer pour lui. Il y a des rites coutumiers à faire quand on met un garçon au monde. C’est encore plus simple quand il s’agit d’une fille », explique Régis. Dans leur volonté de vouloir protéger leurs enfants, les parents adoptifs pensent également à assurer leur avenir.Comme Régis et Esther, les deux autres couples voient en leurs enfants leurs futurs héritiers. « C’est elle notre héritière. Et tout ce que nous possédons lui revient de droit. Sa mère est actuellement sur les démarches afin qu’elle puisse  bénéficier des allocations familiales », confie  Régis.  Toutefois, il dit se garder de lui révéler son histoire, de peur de perturber le lien affectif. « Je ne supporterai pas de lui dire une telle vérité », martèle-t-il. Melvin et Charlotte, par contre, entendent partager le secret avec leurs deux enfants.  De concert avec son épouse,  ils ont pris l’engagement de s’attacher les services d’un psychologue pour les informer. « C’est pour qu’ils ne l’apprennent pas plus tard par des personnes malveillantes  que nous avons pris cette décision. Pour la fille, nous souhaitons lui annoncer sa situation quand elle sera majeure. Nous ne voulions pas que ce soit au moment où elle voudra se marier qu’elle le sache.», se justifie Melvin, avec assurance. Quand il sera suffisamment préparé pour accepter cela, précisent Bernard et Josiane, nous lui révèlerons son histoire. De par leurs expériences, ces trois couples sont unanimes à reconnaître que l’adoption recèle de nombreux avantages.
 
 
Une expérience riche  d’enseignements
 
 
Au regard de l’équilibre que la présence d’Emilie a apporté dans sa vie de couple, Régis soutient que l’adoption est une expérience riche  d’enseignements. « J’ai appris à me connaître davantage en tant qu’humain en vivant avec ma fille », relate-t-il, l’air intègre. « L’être humain est capable du meilleur s’il le veut bien. Franchement, je ne vois pas de différence avec un enfant biologique, à part le fait que nous n’ayons pas le même sang », répète-t-il.  Pour ceux qui ont des difficultés pour avoir des enfants et qui voudraient en adopter, Régis les y encourage. Il faut, à l’entendre, transcender les préjugés et le regard des gens pour le faire, d’autant plus que tout est garanti sur le plan légal. Tout en vivant avec des enfants de leurs proches, cela ne les a pas empêchés d’avoir une fille qu’ils considèrent comme le fruit de leur union. « Ce n’est pas la peine d’emprunter des voies peu recommandables pour avoir un enfant. Le moyen le plus simple est l’adoption et il faut y aller si on est dans le besoin. Ce sont des enfants comme les autres et il faut dépasser les idées rétrogrades », conseille Régis. Dans leur statut de parents, Régis et son épouse se sentent père et mère  comme les autres et n’excluent pas la possibilité d’adopter une  autre fille.  Pour Melvin, il vaut mieux affronter le regard des gens au lieu de passer le temps à dépenser des sous  pour une solution qui n’arrive pas. L’adoption, affirme-t-il,  du fait qu’elle est reconnue dans le Code des personnes et de la famille, offre des garanties de protection de l’enfant. «Je connais des gens qui ont adopté les enfants de leurs frères  et après, ils ont eu des problèmes à cause de l’héritage. Ce sont des choses qui ne peuvent pas arriver avec l’adoption légale », énonce-t-il. La solitude, confie Melvin, ronge dans un couple. Il pense qu’adopter est une façon d’aider ces enfants qui sont dans la détresse. Bernard et Josiane tranchent, de leur côté, qu’il faut être convaincu de son choix et l’assumer pleinement. Bien qu’unanimes à encourager les gens à adopter, les trois couples déplorent toutefois le chemin de croix qu’ils ont dû emprunter pour y parvenir.
 
 
Un parcours harassant
 
 
Si dans leurs témoignages, les trois couples disent vivre une belle expérience de l’adoption, ils reconnaissent avoir vu de toutes les couleurs dans le processus. Tous affirment avoir voulu jeter l’éponge au milieu du parcours, tant les difficultés ont été énormes. Melvin désapprouve le fait que le processus d’adoption soit  maintenant centralisé à Ouagadougou. De par le passé, explique-t-il, la procédure était déjà complexe et le fait de vouloir tout centraliser dans la capitale complique davantage la situation. « Les responsables de l’adoption avancent  que l’ancienne procédure ne permettait pas d’avoir des statistiques au niveau central. Mais, je pense qu’on peut résoudre ce problème sans tout ramener à Ouagadougou », argumente Melvin, l’air déçu. Il n’est pas  normal, dénonce-t-il, que l’on invite des Burkinabè à adopter pendant que les procédures restent compliquées.  « Faire de telles choses, c’est ramer à contre-courant de ce l’on souhaite », regrette Melvin. Il rapporte que certaines pertion. Selon  elle, un décret conjoint ratifié  en 2013 par quatre départements ministériels parmi  lesquels le ministère en charge de la famille et de la solidarité nationale, a revu la procédure d’adoption. Dans ses explications, c’est à partir de ce moment que toutes les adoptions sont centralisées, pour répondre au principe de subsidiarité prôné par la convention de la Haye sur les adoptions internationales du 29 juin 2013. Une convention que le Burkina Faso a ratifiée.
 
 
Karim BADOLO
karimbadolo_f@yahoo.fr
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Un processus complexe
 
Au cours de l’entretien que nous a accordé l’ex-directrice des placements, des adoptions et des parrainages, Bernadette Bonkoungou, certaines difficultés relatives au processus d’adoption ont été énumérées. Parmi elles, l’insuffisance voire l’absence de ressources budgétaires  allouées aux services  sociaux pour la réalisation des enquêtes sociales des postulants à l’adoption et des enfants privés de famille. Mme Bounkoungou a souligné, aussi, la faiblesse  des capacités opérationnelles (locaux, matériel de rangement, ordinateurs, frais de communications) du secrétariat technique de l’adoption. A cela, s’ajoutent l’insuffisance de formation des acteurs intervenant dans la prise en charge des enfants privés de famille  et l’absence de dispositif de formation des postulants à l’adoption et du suivi post adoption. Elle a relevé également la non-disponibilité des procès verbaux de recherches infructueuses pour compléter les dossiers des enfants de parents inconnus proposés en adoption. L’ex-directrice des placements, des adoptions et des parrainages a noté en outre, la réticence de l’état civil à délivrer les actes de naissance conformément à la loi (nom de famille et prénom) pour les enfants de parents inconnus. Enfin, elle a évoqué les lenteurs dans la phase judiciaire de la procédure d’adoption et l’interprétation  différenciée par les magistrats de certains articles du Code des personnes et de la famille. Cette  interprétation concerne les parties liées au jugement d’abandon et du consentement à l’adoption pour le même enfant.
 
 
K. B.
 
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69 centres d’accueil d’enfants en détresse au Burkina Faso
 
Aux dires de l’ex-directrice des placements, des adoptions et des parrainages, il  y a  69 centres d’accueil d’enfants en détresse au Burkina Faso. Parmi ces hôtels maternels, deux appartiennent à  l’Etat. L’un  est situé à Orodara, dans la région des Hauts-Bassins et le second à Ouagadougou. Les 67 autres sont le plus souvent gérés par des associations  caritatives ou confessionnelles. Le plus vieil hôtel maternel date de 1931. Mme Bonkoungou a soutenu que l’Etat  a élaboré des textes pour  encadrer  les centres privés qui accueillent des enfants en détresse et les accompagne dans leur prise en charge. « Il y a la contribution technique et des efforts sont faits annuellement dans le budget de l’Etat pour appuyer ces hôtels maternels », précise-t-elle.
 
 
K. B.
 
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Le profil des enfants aptes  à l’adoption
 
Le Code des personnes et de la famille dispose que peuvent  être adoptés, les enfants dont les père et mère sont inconnus, les enfants dont  les père et mère sont décédés (les orphelins), les enfants déclarés abandonnés, les enfants dont les pères et mère  ou le conseil de famille a valablement consenti à l’adoption.
 
 
K. B.
 
 

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Enfants en situation de rue : Le Samusocial Burkina Faso interpelle les pouvoirs publics

Le Samusocial Burkina Faso (SSBF) a organisé, ce jeudi 29 décembre 2016 à Ouagadougou, une conférence de presse sur le phénomène des enfants en situation de rue. Cette conférence de presse avait pour but d’interpeller les pouvoirs publics, les acteurs politiques ainsi que les populations sur ce phénomène qui touche des milliers d’enfants au Burkina Faso. Elle a aussi été l’occasion pour cette organisation qui lutte contre l’exclusion sociale des enfants et jeunes en situation de rue, de mieux faire connaître les actions qu’elle mène sur le terrain au profit de ces enfants.

 
Enfants en situation de rue : Le Samusocial Burkina Faso interpelle les pouvoirs publics

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le phénomène des enfants en situation de rue à la peau dure au Burkina Faso, malgré l’arsenal juridique qui protège les enfants. Comme l’explique Ibrahima WEREME, directeur du Samusocial Burkina Faso (SSBF), en 2011, le ministère de l’action sociale avait dénombré 5 721 enfants en situation de rue. Cinq ans après ce recensement, les professionnels estiment que ce chiffre est largement dépassé alors que le phénomène devrait figurer au rang des priorités nationales, « Il est en effet plus qu’urgent de renforcer la prise en charge de ces enfants et surtout, de renforcer la prévention en s’attaquant aux causes profondes du phénomène. » Cela est d’autant plus urgent, qu’en raison des menaces terroristes qui pèsent sur le Burkina Faso, ces enfants peuvent constituer une proie facile pour l’enrôlement dans les réseaux djihadistes, explique les conférenciers du jour.

Les principales causes du phénomène

Le directeur du SSBF, dans sa déclaration liminaire a évoqué plusieurs causes du phénomène des enfants en situation de rue. Les violences intrafamiliales (physiques, psychologiques, affectif, négligence, sévices sexuels, exploitation commerciale) constituent la cause majeure de ce phénomène. Viennent ensuite le délitement des solidarités traditionnelles, les dérives des écoles coraniques, la précarité des ménages et la faiblesse du système national de protection de l’enfance et de ses mécanismes.

Une fois dans la rue, ces enfants laissés à eux-mêmes, font face à de nombreux problèmes dont les maladies, la violence, la drogue, etc.

Les actions du Samusocial Burkina Faso

En vue de permettre leur réinsertion et leur sortie de rue, le SSBF mène plusieurs actions. Il assure une prise en charge médico-psycho-sociale de ces enfants. C’est ainsi que ses équipes vont chaque nuit à la rencontre des enfants et ce, 7jours/7. Il dispose également d’un centre d’hébergement d’urgence ouvert 7jour/7 et 24h/24.
En 2015, ce sont au total 900 enfants qui ont été pris en charge par le SSBF, dont 173 enfants hébergés. Il y a également eu 2789 admissions en accueil de jour dans le centre d’hébergement du SSBF. De plus, 2496 soins médicaux ont été prodigués aux enfants, 54 entretiens psychologiques réalisés et 458 entretiens sociaux ou éducatifs ont aussi été réalisés.

Et plus important encore, 78 enfants ont été accompagnés dans leur projet de sortie de rue. Certains ont donc pu retourner en famille et d’autres placés dans des structures d’accueil partenaires du SSBF.

Les défis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La prise en charge des enfants en situation de rue ne se fait pas sans difficultés et les défis à relever pour venir à bout de ce phénomène sont nombreux, souligne M. Ibrahima WEREME. Parmi ces défis, il y a le renforcement du travail en réseau et le développement de partenariats opérationnels et institutionnels, la nécessité de renforcer le système de protection de l’enfance afin qu’il puisse davantage prévenir le phénomène et prendre en compte les violences intrafamiliales, cause majeure du phénomène des enfants en situation de rue. Pour prévenir le phénomène, le 116 qui est le numéro vert pour dénoncer les cas de violences sur les enfants devra être plus opérationnel.

Il y a également la nécessité de renforcer les capacités de prise en charge des jeunes de 16 à 25 qui, eux, ont des besoins spécifiques.

Le gouvernement et les entreprises privées interpellées

La conférence de presse a aussi été l’occasion pour le SSBF d’interpeller le gouvernement, mais aussi les entreprises privées à accompagner davantage les structures qui luttent contre l’exclusion sociale des enfants en situation de rue, car « Ces enfants constituent une bombe à retardement. », foi de Clément Lankoandé, psychologue clinicien au SSBF.

Justine Bonkoungou (Stagiaire)
Photos : Bonaventure Paré
Lefaso.net

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2016.12.28

Réduction des Risques de catastrophes au Burkina Faso : Le Réseau MARP analyse un nouveau plan de plaidoyer

Ce jeudi 22 décembre 2016 a eu lieu à Ouagadougou, un atelier de restitution du plan triennal de plaidoyer pour la réduction des risques de catastrophes. Un atelier organisé par le Réseau MARP et ses partenaires et qui sera l’occasion d’analyser ledit plan afin d’aboutir à sa validation.
 
Réduction des risques de catastrophes au Burkina Faso : Le Réseau MARP analyse un nouveau plan de plaidoyer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’atelier de restitution du plan triennal de plaidoyer pour la réduction des risques de catastrophes est la suite logique d’une série d’actions menées par le Réseau MARP et ses partenaires, dont les ONG Christian Aid, ODE et ATAD. En effet, plusieurs actions ont été entreprises par le Réseau afin de contribuer à la réduction des risques et des catastrophes au Burkina Faso et améliorer par la même occasion la résilience des ménages et des communautés face aux catastrophes.

Ces actions ont abouti en 2014 à l’adoption d’une loi d’orientation en matière de prévention et de gestion des risques, crises humanitaires et catastrophes. Après l’adoption de la loi, le Réseau a mis l’accent sur le plaidoyer pour la mise en œuvre effective de la loi, mais aussi pour permettre aux populations à la base de mieux connaître la loi et de se l’approprier. Cependant, malgré ces actions, le niveau d’appropriation de la loi reste faible et les décrets d’application n’ont pas encore été pris. C’est ce qui a conduit à l’élaboration du plan d’actions triennal de plaidoyer, mais aussi d’un plan de communication afin de poursuivre les actions de plaidoyer aussi bien au niveau des décideurs politiques que des populations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Nous avons demandé à des spécialistes de nous aider à élaborer un nouveau plan qui va définir les actions que nous allons mener dans le futur. Nous allons continuer avec l’appui au gouvernement pour que les textes d’application de la loi qui ne sont pas encore sortis puissent sortir effectivement et nous allons accompagner les services de l’Etat dans la mise en œuvre de ces textes. Nous allons aussi poursuivre et renforcer l’information et la sensibilisation au niveau des populations parce que pour l’instant nous sommes dans quelques provinces, mais si nous avons les moyens, nous allons l’étendre à l’ensemble du pays. », précise Issiaka Sawadogo, coordonnateur du Réseau MARP.

L’atelier de ce jeudi a donc été l’occasion de restituer, d’amender et de valider le plan d’action triennal de plaidoyer sur la réduction des risques de catastrophes. Il a aussi été l’occasion de faire le bilan général de la mise en œuvre des activités de plaidoyer.

Justine Bonkoungou (Stagiaire)
Lefaso.net

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Enfants en conflit avec la loi:une autre vie est possible

 
 
 
 
 
Confrontés à des difficultés d’ordre social, psychologique… des mineurs basculent parfois dans la délinquance. Des structures spécialisées dans divers domaines tentent de leur redonner une nouvelle vie. Voyage au cœur du programme de réinsertion sociale de ces mineurs en conflit avec la loi.  
 
B. H, 17 ans, est pensionnaire au Centre d’éducation spécialisée et de formation (CESF) de Gampéla, situé à quelques encablures de Ouagadougou, sur la route de Fada N’Gourma. Admis dans ce centre, il y a une année, le jeune homme rêve d’ouvrir son propre atelier en mécanique automobile, une fois le secret des engins à quatre roues maîtrisé. B. H revient de loin. Après plus de cinq années de mauvaises fréquentations, il a fait le serment de tourner la page de la délinquance juvénile et de la consommation des stupéfiants. «Avant, je fumais des drogues comme le tramadol et le «05». Je ne dormais pas à la maison. Il m’est arrivé de passer une ou deux années sans rentrer en famille. Un jour, je suis allé voler, avec un ami, des cuivres à l’aéroport de Ouagadougou. Nous avons été arrêtés, jugés et conduits au centre de Gampéla», confie-t-il, laissant transparaître un brin de regret de ce passé peu honorable. Mais, aujourd’hui, susurre-t-il, il a tout arrêté et se sent mieux. A. Y, 15 ans, lui, évolue dans le métier de la couture. Il apprend cette profession depuis deux ans. Manipulant avec dextérité son outil de travail, l’aiguille de sa machine fait des mouvements de va-et-vient sur un morceau de tissu. «Je suis en train de coudre une chemise», précise-il. 
Pensionnaire au CESF de Gampéla, il a du mal à évoquer les raisons qui l’y ont amené. «J’ai été pris pour vol de portable et d’amplificateur à Zorgho. Lorsque j’ai été arrêté, on avait décidé de me livrer aux groupes d’autodéfense Kogl-wéogo pour qu’ils me tuent. Mais, ils ont changé d’avis parce que les objets volés ont été retrouvés. J’ai donc été conduit à la gendarmerie, puis déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) où j’ai passé trois mois avant de venir au centre de Gampéla», se souvient-il. Pour A. Y, les conditions de vie au centre sont nettement meilleures à celles de la MACO.  «On avoisinait la centaine de personnes dans la même cellule et dans ces conditions, on n’arrivait pas à dormir la nuit. On nous servait de la bouillie le matin et un seul repas à midi. Un agent pénitentiaire avait l’habitude de nous bastonner. Mon séjour en prison m’a ouvert les yeux», affirme-t-il. De nombreux jeunes comme B. H et A. Y doivent leur salut aux centres de réinsertion sociale d’enfants en conflit avec la loi. Dans la province du Kénédougou, à environ 450 km de la capitale, se trouve, la Maison de l’enfance, André Dupont de Orodara (MEADO). A T, 17 ans, admis dans ce centre à la suite d’un vol de portable, tout comme B H, rêve  d’être un grand mécanicien d’automobile. Muni de clés et de tournevis, le regard braqué sur le moteur d’un véhicule, il vérifie avec attention, si rien n’a été oublié sur cet engin que ses camarades et lui viennent de réparer, sous le regard de leur moniteur. «Vous pouvez l’essayer», lance ce dernier. A. T s’exécute ! En un seul essai, il arrive à démarrer la voiture. Le groupe d’une dizaine de personnes explose de joie. A. T, qui est à sa deuxième année d’apprentissage, est confiant et pense déjà à son entreprise qu’il compte installer à Banfora, sa ville d’origine. «Mon objectif, c’est ouvrir cet atelier pour subvenir à mes besoins et aussi pour décourager certains jeunes qui s’adonnent à la délinquance» dévoile-t-il.  
I. D est pensionnaire d’une autre structure d’accueil de mineurs, le Centre d’éducation et de réinsertion sociale des mineurs en conflit avec la loi (CERMICOL) de Koumi, localité  située sur l’axe Orodara-Bobo-Dioulasso à une dizaine de Km de la deuxième ville du pays. Vêtu d’une blouse bleue comme les six autres pensionnaires du centre, I. D. explique son quotidien au CERMICOL. «Nous apprenons pour le moment tous les métiers enseignés, comme la couture, la soudure, la mécanique-auto, l’électricité-bâtiment et la menuiserie... Plus tard, nous allons faire notre choix», explique-t-il. Cet ancien apprenti-chauffeur dit avoir été flatté par son ami qui avait planifié une opération de vol à son insu. «Il est venu à la gare pour me demander de l’accompagner quelque part. Arrivés, il m’a demandé de l’attendre à la porte. Lorsqu’il a été aperçu, il m’a abandonné en prenant la clôture», relate-t-il tristement. Au procès, poursuit-il, le tribunal a trouvé que ma version n’était pas crédible. «Le juge m’a demandé, si je voulais apprendre un métier. J’ai répondu par l’affirmative et j’ai été conduit dans ce centre», ajoute-t-il, avec un ouf de soulagement. «Ici, je me sens à l’aise et je compte à la sortie m’essayer à l’élevage de volaille», souhaite-t-il. Tous ces enfants en conflit avec la loi ont un dénominateur commun. Ils ont tous séjourné dans les maisons d’arrêt et de correction avant de se retrouver dans ces différents centres en suivant une procédure de placement judiciaire.
 
Privilégier les peines alternatives  
 
Le code pénal de novembre 1996 révisé en 2004 en son article 74 dit que toute personne âgée de 13 ans et plus est pénalement responsable, nous explique la juge des enfants au Tribunal pour enfant de Ouagadougou, Djénéba Sawadogo. «Nous recevons les enfants dont l’âge varie entre 13 et 17 ans. La condamnation à un emprisonnement est fonction de l’acte et de l’âge du fautif» indique-t-elle. Et de poursuivre que la décision du juge tient compte d’un rapport d’enquête sociale menée par les travailleurs sociaux des maisons d’arrêt et de correction qui précisent les conditions de vie matérielle de l’enfant. «Nous cherchons à savoir, si l’infraction de l’enfant a une cause, une explication. Une fois le mobile identifié, nous essayons de voir s’il peut être placé dans un centre», détaille-t-elle. Des voix s’élèvent de plus en plus pour demander aux Etats de privilégier les peines alternatives à l’emprisonnement ferme. «La plupart du temps, l’emprisonnement ferme a démontré ses limites. Car, en prison, la proximité de l’enfant avec les adultes le conduit malheureusement à adopter de mauvaises pratiques», argumente-elle.  La Convention relative aux droits de l’enfant et la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant préconisent les peines alternatives telles que le travail d’intérêt général, le placement dans des centres spécialisés en vue d’une rééducation, précise-t-elle. Dès son arrivée dans un centre, le mineur en conflit avec la loi est soumis à un processus de socialisation. «Nous voyons d’abord ce qu’on peut faire pour le jeune à travers nos structures de prise en charge psycho-sociale. Nous utilisons deux approches. L’approche différenciée qui consiste à la prise en charge individuelle de l’enfant par les éducateurs référents et la prise en charge globale», explique le directeur des études et de la planification de la MEADO, Lota Koura. Les enfants sont ensuite préparés à une réinsertion socio-professionnelle en leur assurant une formation professionnelle adéquate. 
 
Contenir la violence
 
Au centre de Gampéla, les éducateurs sociaux ont la charge d’œuvrer au changement de comportement, à travers un travail éducatif. Pour y parvenir, ils disposent d’une série d’activités telles que les causeries éducatives, les entretiens, les activités socio-éducatives comme le théâtre, le cirque, le sport etc. L’enfant est soumis au règlement intérieur (interdiction de voler, de se bagarrer, etc.). «Si l’enfant arrive à intégrer ces éléments, nous pensons qu’il pourra respecter certaines normes au niveau de la société», affirme le directeur des études et des programmes, Somè Sagnon. Les enfants, dès leur admission au CERMICOL de Bobo-Dioulasso, sont soumis à un bilan psychologique à travers des entretiens et des tests psychologiques, confie le psychologue clinicien, Anselme Sanon. «A l’issue de ce bilan, nous élaborons un plan d’intervention en fonction de la spécificité de chaque enfant. Pour les enfants qui s’adonnent à la drogue, nous organisons une rencontre individuelle avec l’intéressé. Il s’agit d’un entretien spécifique  comme la méthode «treet-net» qui consiste à détecter le problème avec l’enfant puis à identifier les dommages et conséquences liés à l’utilisation de ces substances», explique-t-il. Il précise que de nombreux enfants sont aussi confrontés à des troubles de comportement. Dans ce cas de figure, le centre procède à un débriefing pour amener l’enfant à expliquer ses comportements violents. «Cela lui permet de mieux se contrôler et de mieux maîtriser son environnement, mais plus en pensée qu’en action», commente le psychologue. Les responsables de ces structures de réinsertion sociale affirment, de manière unanime, que les enfants en conflit avec la loi sont, pour la plupart, issus de la rue, des enfants abandonnés, traumatisés ou confrontés à de multiples ruptures. «Ils se sentent abandonnés, et nous essayons de mettre de la création artistique soit en théâtre ou en musique autour de cela afin qu’ils puissent s’approprier leur situation», affirme M. Sanon. Un enfant inquiétait du point de vue comportemental, mais avec le travail abattu par l’ensemble de l’équipe et le lien de famille que nous essayons d’établir, rassure-t-il, nous sommes arrivés à le contenir et la violence qu’on redoutait est en train de diminuer. «La violence est un langage. C’est parce que quelque chose n’a pas été fait qu’elle émerge. Nous voudrions donc interpeller les parents sur leurs devoirs envers leur progéniture», plaide-t-il.
La récupération de certains enfants en conflit avec la loi, constitue parfois un cauchemar pour l’équipe d’encadrement. «Entre 2013 et 2014, nous avons reçu trois enfants que nous n’avons pas pu gérer», explique le directeur des études et des programmes du centre de Gampéla. Ces enfants, venus des tribunaux de Tougan, de Ouahigouya et de Ouagadougou, poursuit-il, n’avaient aucun respect du règlement intérieur. «Ils arrivaient toujours à sortir sans autorisation pour voler. L’un d’entre eux a une fois été ligoté pour fait de vol. Il n’a eu la vie sauve qu’en mentionnant le nom du centre», témoigne-t-il.  Un autre enfant venu de Fada N’Gourma a également donné du fil à retordre à l’encadrement. «Malgré notre dispositif de surveillance, ce dernier arrivait toujours à se procurer de la cigarette et autres stupéfiants comme le tramadol. Face à cette situation, nous avons opté de laisser partir les enfants en pareille situation au risque qu’ils contaminent l’ensemble des enfants», déclare M. Sagnon. Lamien Etienne Marie Guy, attaché d’éducation spécialisée se souvient aussi des moments difficiles qu’il a connus avec l’un des pensionnaires de la MEADO. «O. a été placé pour avoir dérobé avec ses amis, une somme de plus de 100 000 avec effraction dans une boutique à Gaoua. Lorsque j’ai pris son dossier, je me suis rendu compte que sa pathologie était beaucoup avancée. Je lui ai donc accordé une attention particulière» explique-t-il. Au départ, tout allait bien, relève-t-il, mais en fait ce n’était qu’une apparence. O. sera encore impliqué dans des cas de vols, jusqu’au jour où il va subtiliser un appareil MP3 de son ami. Démasqué, ce dernier va élire domicile au marché. Après qu’il a été aperçu et ramené au centre, O. va afficher de bonnes intentions. «Mais ce n’est que peine perdu. Il va de nouveau rejoindre son lieu habituel pour se retrouver quelques temps plus tard à Banfora», raconte Lamien Etienne Marie Guy. Aux dernières nouvelles, le centre a été informé, qu’il aurait commis un vol chez sa patronne pour se rendre en Côte d’Ivoire. Il sera rattrapé et déféré en prison. En plus de ces nombreuses récidives, les encadreurs font parfois face à des situations plus dramatiques. Un pensionnaire A. S (16 ans) de la MEADO a ôté la vie d’un autre, Wendmi à la suite d’un «deal» foireux. Pour prévenir des drames  similaires, les responsables des centres préconisent désormais la séparation des enfants en conflit avec la loi et ceux en danger. Il faut une prise en charge différentielle, disent-ils, car pendant qu’ils s’échinent afin que les enfants qui s’adonnent aux substances nocives abandonnent ces pratiques, ces derniers entrainent les autres dans la prise de ces stupéfiants. 
 
La transmission du savoir
 
Les centres réussissent tant bien que mal à récupérer des enfants qui, au début, étaient au bord de la déchéance morale.  Pour l’année écoulée 2015-2016,  28 jeunes ont été installés par le centre de Gampéla.  «Pour qu’un enfant évoluant dans la soudure puisse bénéficier de notre soutien, il faut que ses parents lui trouvent un local, fassent le raccordement électrique avant que nous lui trouvions l’ensemble du matériel nécessaire pour le bon fonctionnement de son atelier», explique le directeur des études et des programmes du centre de Gampéla. Au niveau de la MEADO, 20 pensionnaires en fin de formation reçoivent chaque année un kit complet d’installation. «Nous avons quelques données qui montrent que certains réussissent. Nous recensons une dizaine de pensionnaires qui tirent leur épingle du jeu. Deux de nos pensionnaires sont même devenus des aide-moniteurs», raconte le DG de la MEADO, Yacouba Yago.
Grâce aux centres de réinsertion, des jeunes arrivent à s’intégrer dans la vie active. C’est le cas de R. K, un pur produit de la MEADO de la promotion 1990-1993. Aujourd’hui, la menuiserie n’a plus de secret pour lui. Il affirme, avec fierté,  gagner sa vie grâce à ce métier. Installé à son propre compte à quelque 300 mètres du centre, il emploie trois personnes dans son atelier. N. T, par contre, n’a pas attendu l’aide du centre pour ouvrir son atelier. Et c’est avec joie qu’il confie : «J’ai fait mon apprentissage à la MEADO de 2009 à 2013. Je maitrise la soudure. J’arrive à confectionner des ouvertures de maisons, des chaises et bien d’autres articles». D. S s’est installé, quant à lui, à son propre compte en 2008 en qualité de menuisier grâce au soutien du centre et depuis 2013, il intervient à la MEADO comme aide-moniteur. Pour lui, c’est un honneur de transmettre le savoir qu’il a acquis au centre à ses «frères». «Avec les conseils reçus, nous essayons, à notre tour, de les transmettre à la nouvelle génération afin qu’elle réussisse aussi», soutient-t-il. Au centre de Laye, le directeur affirme qu’aujourd’hui plusieurs ex-mineurs du centre encadrent dans leurs ateliers, leurs frères du village, auxquels, ils évitent  l’oisiveté, les affres de la rue et le chemin de la délinquance qu’eux-mêmes ont connus.  
 
 
Abdoulaye BALBONE

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2016.12.22

Mariage: de l’idylle aux deals incroyables

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Les épilogues de contes de fées ont inspiré les rêves de beaucoup de petites filles qui, en devenant adultes, continuent à imaginer l’arrivée du beau prince charmant sur son magnifique cheval blanc. Or, dans la vie, la vraie, les lendemains de noces ne sont pas aussi magiques. Au cours de la cohabitation, les conjoints se découvrent. L’un ou l’autre est déçu, parfois choqué en se retrouvant face à quelqu’un d’autre.

Bien se préparer avant de se marier évite les surprises désagréables
Bien se préparer avant de se marier évite les surprises désagréables, comme le divorce prématuré

Ces malheureuses surprises ne sont pas l’apanage des couples issus de mariages arrangés. Elles touchent également les mariages dits libres. Souvent, au hasard des rencontres, biens de jeunes, hommes et femmes s’expriment mutuellement leur affection. Mais après quelques mois, ils pensent qu’ils se connaissent assez, se découvrent des affinités et font la promesse de s’aimer pour la vie. Parce que se marier à Ouagadougou est devenu une sorte de défi à relever chez les jeunes, surtout les filles. Elles ne voient que le clinquant de la cérémonie nuptiale où elles seront à l’honneur sans se préparer à vivre le mariage pour le meilleur et pour le pire. Dans ces conditions, fréquemment, pendant les fiançailles, la passion les empêche les jeunes amoureux d’évoquer l’essentiel et de se projeter longuement dans l’avenir. Se montrant sous leur meilleur profil, ils font attention à tout, à leur image, à leur discours. En somme, ils tiennent avant tout à ne pas décevoir leur futur conjoint. Mais les divorces sont aussi le résultat de masques qui tombent. L’être humain est capable de dissimuler son véritable caractère sous une vitrine. Mais pas indéfiniment. Après le mariage, le naturel revient au galop. On se laisse aller. On se découvre. On montre le vrai visage.

Les mauvaises surprises arrivent même aux couples les plus heureux parce que pendant les fiançailles, les futurs mariés ne prennent pas le temps de se connaître, de se dire les vrais choses, de se comprendre. Parce qu’ils mettent les valeurs superficielles au dessus des valeurs fondamentales ou ne sont pas francs et/ou honnêtes l’un envers l’autre.

Oui, des fiancés très tolérants deviennent des maris très jaloux, interdisant à leurs épouses d’aller travailler ou de mettre le nez à la fenêtre. Il y a des concessions que les femmes peuvent faire et d’autres graves qu’elles refusent. Advienne que pourra.

De même, des fiancées dociles et respectables deviennent en quelques mois très autoritaires et très exigeantes. Elles refusent de se remettre en cause, veulent Tout et Tout de suite (maison, voiture, …). Tout devient une affaire d’argent et non d’amour.

Le problème est que même sachant les travers de son futur partenaire chacun des amoureux pense souvent qu’il ou elle pourra, avec le temps, les changer. Illusion.

Afin d’éviter ces deals, les jeunes devraient prendre le temps de mieux connaître la personne avec qui ils vont se marier. Il est également conseillé de convenir de l’essentiel avant le mariage- bien communs ou séparés, monogamie ou polygamie, possibilité de travailler pour la femme ou pas…, de préférence en présence des témoins et de quelques membres de la famille. Cela a l’avantage d’éviter au couple plus tard les querelles inutiles.

Enfin, les filles devraient de plus en plus éviter l’influence de certains parents qui consiste à prendre en mariage un homme parce qu’il a beaucoup d’argent. Sans amour, un mariage, quelle que soit sa popularité est un divorce programmé. Or, malheureusement, la plupart des procédures de conciliation lors des demandes de divorce n’aboutissent pas. D’où la nécessité de bien se préparer avant de se marier. A bon entendeur, salut.

Théophile MONE

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Mariage: de l’idylle aux deals incroyables

Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Les épilogues de contes de fées ont inspiré les rêves de beaucoup de petites filles qui, en devenant adultes, continuent à imaginer l’arrivée du beau prince charmant sur son magnifique cheval blanc. Or, dans la vie, la vraie, les lendemains de noces ne sont pas aussi magiques. Au cours de la cohabitation, les conjoints se découvrent. L’un ou l’autre est déçu, parfois choqué en se retrouvant face à quelqu’un d’autre.

Bien se préparer avant de se marier évite les surprises désagréables
Bien se préparer avant de se marier évite les surprises désagréables, comme le divorce prématuré

Ces malheureuses surprises ne sont pas l’apanage des couples issus de mariages arrangés. Elles touchent également les mariages dits libres. Souvent, au hasard des rencontres, biens de jeunes, hommes et femmes s’expriment mutuellement leur affection. Mais après quelques mois, ils pensent qu’ils se connaissent assez, se découvrent des affinités et font la promesse de s’aimer pour la vie. Parce que se marier à Ouagadougou est devenu une sorte de défi à relever chez les jeunes, surtout les filles. Elles ne voient que le clinquant de la cérémonie nuptiale où elles seront à l’honneur sans se préparer à vivre le mariage pour le meilleur et pour le pire. Dans ces conditions, fréquemment, pendant les fiançailles, la passion les empêche les jeunes amoureux d’évoquer l’essentiel et de se projeter longuement dans l’avenir. Se montrant sous leur meilleur profil, ils font attention à tout, à leur image, à leur discours. En somme, ils tiennent avant tout à ne pas décevoir leur futur conjoint. Mais les divorces sont aussi le résultat de masques qui tombent. L’être humain est capable de dissimuler son véritable caractère sous une vitrine. Mais pas indéfiniment. Après le mariage, le naturel revient au galop. On se laisse aller. On se découvre. On montre le vrai visage.

Les mauvaises surprises arrivent même aux couples les plus heureux parce que pendant les fiançailles, les futurs mariés ne prennent pas le temps de se connaître, de se dire les vrais choses, de se comprendre. Parce qu’ils mettent les valeurs superficielles au dessus des valeurs fondamentales ou ne sont pas francs et/ou honnêtes l’un envers l’autre.

Oui, des fiancés très tolérants deviennent des maris très jaloux, interdisant à leurs épouses d’aller travailler ou de mettre le nez à la fenêtre. Il y a des concessions que les femmes peuvent faire et d’autres graves qu’elles refusent. Advienne que pourra.

De même, des fiancées dociles et respectables deviennent en quelques mois très autoritaires et très exigeantes. Elles refusent de se remettre en cause, veulent Tout et Tout de suite (maison, voiture, …). Tout devient une affaire d’argent et non d’amour.

Le problème est que même sachant les travers de son futur partenaire chacun des amoureux pense souvent qu’il ou elle pourra, avec le temps, les changer. Illusion.

Afin d’éviter ces deals, les jeunes devraient prendre le temps de mieux connaître la personne avec qui ils vont se marier. Il est également conseillé de convenir de l’essentiel avant le mariage- bien communs ou séparés, monogamie ou polygamie, possibilité de travailler pour la femme ou pas…, de préférence en présence des témoins et de quelques membres de la famille. Cela a l’avantage d’éviter au couple plus tard les querelles inutiles.

Enfin, les filles devraient de plus en plus éviter l’influence de certains parents qui consiste à prendre en mariage un homme parce qu’il a beaucoup d’argent. Sans amour, un mariage, quelle que soit sa popularité est un divorce programmé. Or, malheureusement, la plupart des procédures de conciliation lors des demandes de divorce n’aboutissent pas. D’où la nécessité de bien se préparer avant de se marier. A bon entendeur, salut.

Théophile MONE

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Soutien à la paix durable et la résilience pour les enfants et les femmes dans le sahel : La Coopération Autrichienne pour le Développement et l’UNICEF signent un accord de subvention

Ouagadougou, 16 décembre 2016 - La Coopération autrichienne pour le Développement au Burkina Faso et l’UNICEF ont signé le 14 décembre 2016 à Ouagadougou un accord de subvention de l’ordre de 1.190.160 USD, soit environ un peu plus de 733 000 000 FCFA pour le projet « Soutien à la région du Sahel pour une paix durable et la résilience pour les enfants et les femmes ». Cette initiative s’adresse aux enfants réfugiés maliens de moins de 18 ans et ceux qui sont dans les communautés hôtes ainsi que les filles et les garçons de 40 écoles primaires et secondaires de la région du Sahel pour des interventions sur l’accès à l’eau, hygiène et l’assainissement.

 
Soutien à la paix durable et la résilience pour les enfants et les femmes dans le sahel : La Coopération Autrichienne pour le Développement et l’UNICEF signent  un accord de  subvention

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La subvention de la Coopération Autrichienne pour le Développement contribuera de manière spécifique à l’amélioration de la qualité de l’éducation, à la protection des enfants réfugiés maliens dans les camps de Mentao et de Goudébou et ceux des communautés hôtes. Elle permettra en outre de promouvoir l’éducation des filles à travers l’amélioration des infrastructures d’hygiène et d’assainissement en milieu scolaire dans la Région du Sahel.

Plus de 6000 enfants de 3 à 11 ans et 500 adolescents âgés de 12 à 17 ans seront les bénéficiaires directs du projet tandis que 20 794 réfugiés des camps et des communautés hôtes bénéficieront indirectement des interventions dans le domaine de l’éducation.

Des activités d’éducation et d’éveil seront menées au profit de plus de 2000 enfants de 8 espaces amis des enfants. 200 mères d’enfants vulnérables des camps et de communautés hôtes bénéficieront du renforcement de capacité à travers l’alphabétisation et la formation aux compétences de vie courante.

L’amélioration de la santé et l’hygiène à l’école portera particulièrement sur la gestion hygiénique des menstrues afin de contribuer à la promotion de l’éducation des filles de la Région du Sahel qui accueille la majorité des 29.000 réfugiés maliens.

L’UNICEF, à travers le bureau de zone de Dori, assurera la coordination et l’évaluation de la mise en œuvre des activités des différents programmes et facilitera la collaboration avec les autres agences du système des Nations Unies et les partenaires de la région.

Par ce projet se traduit de manière concrète l’engagement de la Coopération Autrichienne pour le Développement et de l’UNICEF à accompagner le Burkina Faso dans l’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD).

Saran Koly
Spécialiste en communication
UNICEF Burkina Faso

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2016.12.21

Programme filets sociaux: que se passe-t-il avec les motos de services des opérateurs de terrain?

S’achemine-on vers un nouveau scandale au projet filets sociaux? C’est tout comme même si les principaux acteurs ne le disent pas ouvertement. En effet, un opérateur de terrain de la région de l’ Est du pays a confié qu’ils ont réceptionné, le vendredi 9 décembre 2016, des motos de services de marques Yamaha YBR 125 et DT.

moto

Le problème, a-t-il avancé: « Nous avons recensé des dommages liés aux transports sur une dizaine de motos  » et poursuivre: « quand nous avons regardé sur les cartes grises, nous avons remarqué que la date de mise en circulation des Yamaha YBR 125 date de février 2010 et les DT, octobre 2016. On ne sait pas ce qui se passe, en tant que profane; on se demande si ce n’est pas un problème pour les engins « .

Un autre opérateur de la région du Centre-Est lui a indiqué que lorsqu’ils se sont mobilisés à Tenkodogo pour réceptionner leurs engins, ils se sont vus signifier que les engins comportaient des anomalies et la cérémonie de remise du matériel a été reportée. A l’en croire, les services compétents du programme ont décidé de vérifier pour comprendre si les motos n’avaient pas été utilisées. A cette heure, a-t-il révélé, ils sont encore sur ce travail et eux sont dans l’attente.

Anderson Koné
Burkina Demain

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2016.12.20

Prostitution des mineurs à Ouagadougou : nuit blanche avec des " crudités "

Prostitution des mineurs à Ouagadougou : nuit blanche avec des " crudités "

 
Prostitution des mineurs à Ouagadougou : nuit blanche avec des " crudités "
© DR / Autre Presse
 
Prostitution des mineurs à Ouagadougou : nuit blanche avec des " crudités "
 
La prostitution a un nouveau visage dans la capitale burkinabè. Des adolescentes de 13 à 17 ans, qualifiées de « crudités », occupent plusieurs artères de Ouagadougou, une fois la nuit tombée. Enza, Alima, Roxane, Balkissa...toutes des racoleuses mineures, se « vendent et s’achètent» à vil prix...


Il est 18h 53mn, le samedi 5 novembre 2016 sur l’avenue du président Thomas Sankara. Le soleil couchant fait place à la lumière de quelques lampadaires. En face du Lycée Philippe-Zinda-Kaboré, vendeurs de fruits, mécaniciens et tabliers animent la rue. A proximité du Musée de la musique, Moussa, boutiquier, expose ses articles. En ce début de soirée, Rosa lui tient compagnie en attendant l’ouverture de la « chasse aux hommes » dans la pénombre. Cigarette en main, la jeune fille, habillée d’un collant noir et d’un haut bleu, s’éclipse à l’arrivée d’un taxi. A bord de la « carcasse», Estelle, une adolescente. Sac d’écolier au dos, elle noue un pagne du 8-Mars accompagné d’un body blanc. Les deux filles, visiblement très jeunes, se connaissent bien. Elles échangent les civilités, se partagent le mégot de tabac et font les derniers « réglages » : coup de peigne par-ci, rouge à lèvres par-là, un coup d’œil dans le miroir. Ça y est ! Le pagne est rangé dans le sac et confié au tablier. La tenue de Estelle laisse ses parties intimes presque visibles. Seulement un lambeau de jeans bleu, d’à peine 15 cm, lui sert de culotte. A 19h20, elles entament leur « défilé de mode », ralliant le Centre d’information des Nations unies (CINU) au Rond-point des Nations unies. Des « psssst » pleuvent au passage des usagers.

Depuis 2014, une fois la nuit tombée, Estelle, 16 ans, a rendez-vous avec l’avenue dédiée au père de la Révolution d’août 1984, selon les dires de Moussa, auprès de qui nous nous faisons une place. Nous engageons une conversation avec le jeune d’une trentaine d’années sur l’« activité » des deux mineures. Timide au début, Moussa se confie peu à peu, surtout, lorsque nos échanges virent en langue nationale, dioula. Il nous demande un peu de patience, car « le bal s’ouvre à 20h ici ». Très bien informé sur ce « commerce », le tablier nous renseigne qu’une dizaine de filles dont l’âge est compris entre 12 et 18 ans font la pluie et le beau temps sur l’avenue Thomas Sankara, chaque nuit, avec un point d’honneur les week-ends. « Elles viennent de Bobo-Dioulasso, de Ouahigouya, de Banfora, de Pô, de Fada N’Gourma, de Dédougou, de Ouagadougou...La plupart de ces petites filles sont des Burkinabè », précise-t-il.

Des clients à l’arraché

19h 55mn. Un motocycliste dépose Alima. Grande de taille et filiforme, elle est habillée d’une courte robe de soirée. Petit sac à main, la fille de 16 ans au déhanchement sensuel, traverse la voie et se fait une place sous un lampadaire. A 20h05mn, un taxi, en provenance du rond-point se range à une dizaine de mètres de notre interlocuteur. Enza, coiffée de perruque, est la première à descendre du véhicule. Elle est suivie de Balkissa, tête coiffée à ras, géante. Les deux confient également leurs sacs à Moussa et rejoignent Alima. Une quinzaine de minutes à peine (20h20), Enza monte derrière un motocycliste après un bref marchandage. Ils rentrent dans le quartier Paspanga en quête d’une auberge, selon le tablier. Plusieurs hommes marquent des arrêts et discutent du prix de « vente » avec Alima. Finalement, elle embarque à bord d’une Mercedes 190 et emprunte la même direction que Enza. Estelle, quant à elle, enchaîne les : « pssst », « bb, vient faire... », « on ne b...pas ce soir ? ». Nous lui tenons compagnie un instant. « Je fais à 7 000 F CFA avec la chambre », nous dit-elle. « Ok, mais revois ton prix à la baisse », rétorquons-nous. « 6 000 F CFA. Mais toi, tu as combien ? », lance Estelle. Face à notre lenteur, elle nous quitte à l’arrivée d’un client. Avec lui, le dialogue est houleux : « 7 000 F CFA avec la chambre », laisse entendre Estelle. « Moi, j’ai 3 000 F CFA avec chambre », lui répond le jeune. « Avec 6 000 F CFA, on part », ajoute-t-elle. Le jeune homme tient mordicus sur sa proposition. La fille de 16 ans lui propose la somme de 5 000 F CFA, puis de 4 000 F CFA. Le « marchand » tente de démarrer sa moto. Elle s’y accroche : « Ok, 3 000 F CFA, on peut aller ». Estelle a sa première « prise » de la nuit, à 21h10. Quelques instants plus tard, Enza et Alima sont de retour. Cette dernière n’a pas le temps de se reposer. Aussitôt descendue de la voiture qu’elle grimpe sur une moto. Nous décidons d’accoster Enza. Mais, un client plus rapide fait son apparition. Bref entretien, elle prend la même voie avec ce nouveau motocycliste. Pendant tout ce temps, Balkissa trotte sans qu’aucun passant ne lui pipe mot. L’adolescente, dans un français approximatif indique qu’habituellement, son « prix » est de 5 000 F CFA. Mais, pour ce week-end, elle est apte à « satisfaire un homme à demi-tarif », c’est-à-dire 2 500 F CFA. Elle confie d’ailleurs, ne pas connaître la source de sa « malchance » du jour. A chaque passage d’engins, Balkissa nous tourne le dos, et se plaint par moments de notre présence. « Tu gâtes mon marché. Si tu veux me parler, reviens après ou appelle-moi demain dans la journée », lâche-t-elle en s’éloignant. 21h40. Non loin du feu tricolore du Rond-point des Nations-unies, à l’arrière du « Jardin de l’Amitié Ouaga-Lodun », Vanessa est avec deux « grandes sœurs ». Ici, les chewing-gums dans la bouche des filles claquent tel un bruit d’applaudissements. De teint clair et forme svelte, elle est habillée d’une robe blanche. Elle se met à l’écart pour nous accueillir. « Oui bb, on va faire ? 5 000 F CFA avec chambre, y a tout sauf la pipe. Tu ne vas pas le regretter », dit-elle. Nous lui prions de nous offrir ses services à 2 500 F CFA. « A 3 000 F CFA si tu veux. Mais, on va dans la chambre de 1 000 FCFA », affirme Vanessa. Pour elle, c’est le minimum, pas question de céder. En face du Zinda, le « marché » semble à son paroxysme et il y règne une ambiance des jours de fête. Clients et filles s’entremêlent. Les arrêts des premiers et les allers-retours des secondes se multiplient.

Incursion dans les chambres de passe

Après son 4e « client », nous abordons Enza. Son tarif est identique à celui de Vanessa. Lorsque nous lui dévoilons l’objet de notre présence après d’intenses échanges, elle nous propose une incursion dans une chambre de passe, à condition que nous déboursions les frais de l’auberge et lui donnions « quelque chose » pour compenser le temps perdu. Affaire conclue. Il est 23h15. Direction l’auberge « Le rônier ». Le parqueur est au four et au moulin. Torche en main, le jeune d’une vingtaine d’années marque les engins, remet les tickets de parking aux « visiteurs », range certains et en fait sortir d’autres et encaisse ses sous. Près d’une trentaine d’engins, motos et voitures de toutes les marques jonchent son parking. A l’intérieur, Enza informe le gérant qu’elle a besoin d’une chambre de 2 000 F CFA. Impossible d’identifier qui que ce soit, dans la vaste salle d’attente, à peine éclairée. Plus d’une dizaine de « couples » sont assis, bras-dessus, bras-dessous. Tour à tour, le gérant invite les filles à occuper les chambres. Une quinzaine de minutes après, c’est notre tour. Enza récupère la clé et un préservatif. Elle se dirige à la chambre n°4. Cette dernière est ventilée, et à l’angle, est accrochée une télévision câblée sur la chaîne nationale. Un lit d’une place et demie sert de couchage. Le drap porte toujours les stigmates du « couple » précédent : froissé, fourre dégarnie et les coussins en désordre. Dans la douche interne, un seau rempli d’eau pour le bain des amants les y attend. Enza indique que l’auberge a recruté des jeunes chargés de la propreté des lieux, et d’autres pour la sécurité des filles de joie. « Dès qu’on rentre, il n’y a pas de temps à perdre. Je prends mon argent d’abord et on se déshabille. Je l’aide à porter le préservatif et on fait l’amour. S’il finit, je jette le préservatif dans le WC. Je me réhabille et me maquille un peu, et on s’en va », détaille l’adolescente de 15 ans.

Le goût de la « crudité »

Elle dit avoir eu affaire à plusieurs types d’hommes, aux « envies bizarres ». La fillette se souvient qu’une fois, un homme « assez âgé » lui a montré une scène pornographique et demandé de la réaliser contre 25 000 F CFA. « J’ai accepté, parce que ce n’était pas compliqué et il n’a même pas duré », témoigne-t-elle. Un autre lui a proposé le coït anal pour le même montant, selon les confidences de Enza. Cette fois, elle confie avoir refusé, car ne sachant pas ce que cela implique. Karim, quant à lui, n’a pas d’« envies bizarres », mais a plutôt un goût pour la « crudité ». « Elles ne sont pas trop chères. Tu n’as pas besoin de trop parler. Elles sont jeunes, souples et douces, et te font tout ce que tu veux, dans toutes les positions », affirme le client de Alima, la quarantaine révolue. En plus de la « fraicheur », Wend-Yam alias « Le Gros », 32 ans, ventru et de taille moyenne, trouve que les mineures sont moins exigeantes que les grandes filles. Assis au kiosque, à un jet de pierre de l’auberge, une tasse de café et une cigarette en main, « Le Gros » est un habitué des lieux. « Je viens le samedi ou le dimanche vers 22 h, pour prendre la dose d’abord. J’attends vers 1 heure avant de rentrer avec une », soutient-il. Boukari, revendeur au grand marché de la capitale, est à sa première expérience avec une adolescente. Et c’est sans regret. « Je ne vais plus me fatiguer avec les vieilles », ironise-t-il. Il nous demande de ne pas se fier à l’âge, encore moins à la forme des fillettes. « Elles maîtrisent le sexe », confesse Boukari, 27 ans.

La passe à 1 000 F CFA

Il est 00h, aux alentours de « Ali Baba », un haut lieu de prostitution à Ouagadougou, à proximité du maquis Matata, sis à Dapoya. Une dizaine de filles se tapotent en face du maquis, cigarette en main, chewing-gum dans la bouche. Dans la horde des travailleuses de sexe, à majorité anglophone, Fati se distingue par sa jeunesse. La fille de 14 ans dit être en compagnie de sa grande sœur. Elle ne semble pas maîtriser les prix. De 3 000 F CFA, Fati propose 1 000 F CFA. Tantôt, elle avance 1 500 F CFA. Puis, elle se résigne et fait appel à son « experte » de grande sœur. Pas de chance pour elle, celle-ci est occupée. Fati cède à 1 000 F CFA, et nous invite dans une des « cabanes » de la « chambre noire ». Ici, la propreté est le cadet des soucis : des préservatifs utilisés sont jetés dans un sceau, des lotus usés traînent par-ci, par-là, un morceau de pagne sert de drap, le tout dans une bicoque aux murs fissurés où araignées et autres incestes se disputent le toit. Fati ne répondra à aucune de nos questions. « Si tu ne vas pas faire, donne-moi mon argent, on va sortir. Je n’ai pas ce temps », s’emporte-t-elle. Impossible de la convaincre. Elle quitte précipitamment la pièce, se dirige vers un couloir et échange avec des jeunes. Ces derniers nous somment d’abandonner les lieux, au plus vite.

Du proxénétisme...

L’horloge marque 1 heure du matin, au maquis « La Garde », communément appelé « Pharmacie de garde », sur l’avenue de la Liberté, à Paspanga. Là, Alima, Balkissa, Estelle...ont rejoint un autre groupe de « petites » travailleuses de sexe. Parmi elle, figure Roxane. Tête coiffée et vêtue de tout de blanc. Elle est arrivée au « service » à 22h30, le temps de laisser les parents dans les bras de Morphée. Même tarif : 5 000 F CFA, mais peut y aller à 3 000 F CFA. Enza se tient à l’écart avec Abdoul, son « petit ami », la trentaine bien sonnée. Elle confie que c’est le jeune homme qui lui a montré le chemin du trottoir en 2014. La plupart du temps, Abdoul la dépose devant le Lycée Philippe-Zinda-Kaboré et la rejoint à la « Pharmacie de garde » vers 1heure du matin. A écouter Enza, elle lui rend compte du « marché » et lui remet l’argent. La moisson a été « assez bonne » cette nuit, elle s’en sort avec 24 000 F CFA, après avoir « servi » quatre hommes. Abdoul ne trouve pas d’inconvénients à l’activité de sa copine. « Si cela peut lui permettre d’avoir un peu d’argent, où est le problème ? », lance-t-il. Les « amoureux » se font une place à l’intérieur du maquis. Aux environs de 3 h du matin, les racoleuses embarquent une à une, à bords de taxis. D’autres par contre : Enza et Alima sont conduites par des motocyclistes.

« Je n’ai pas le choix »

Pourquoi exercez-vous ce « métier » à cet âge? Cette question alourdit l’atmosphère des échanges avec les fillettes. Très réservée, chacune des mineures a un motif. Vanessa a fréquenté à Pô. En mai 2016, elle est admise en classe de 3e. Connaissant les réalités financières de ses parents, l’adolescente de 16 ans cherche à décrocher un emploi pendant les vacances, avec pour objectif de s’acquitter de sa scolarité en octobre. Une amie de la famille lui propose un poste de serveuse dans un grand restaurant à Ouagadougou, selon ses propos. « C’est elle qui m’a dit de venir ici, en attendant qu’on ouvre le restaurant. Chaque jour, elle me demande de lui envoyer 5 000 F CFA pour qu’elle garde pour moi », explique Vanessa, les yeux noyés de larmes. Et d’ajouter : « Si je n’amène rien, elle me bat et je dors dehors. Je n’ai pas le choix seulement. Quand je viens, dès que j’ai l’argent qu’elle exige, je rentre pour dormir ». Déscolarisée en 2013 pour des raisons de famille, Roxane, 13 ans, fréquente les trottoirs depuis près de quatre semaines, notamment les week-ends, et ce, sur les conseils avisés de Alima, 16 ans. « Je le fais pour mes petits besoins. Sinon, papa et maman me donnent l’argent. Mais, ce n’est pas suffisant. J’ai un petit ami étudiant. Il n’a pas assez de moyens. Souvent, je lui viens en aide », soutient Roxane. Elle révèle se limiter à 3 ou 4 hommes la nuitée, avec un minimum de 10 000 F CFA. Ce soir, la fillette a empoché 12 000 F CFA en l’espace de 3 heures (22h30-1h30), avec 3 « conjoints » différents. Quant à Enza, elle dit être arrivée à Ouagadougou après le décès de ses parents en 2013. La native de Koupèla est accueillie chez une tante, aux 1 200 logements. Une année plus tard, le mariage de la dame bat de l’aile. Enza rejoint sa grande mère, à Somgandé. Après son succès au CEP, elle est inscrite en classe de 6e, au Collège privé Saint Dominique. Mais, les choses tournent court. Depuis 2014, elle travaille « officiellement » dans un restaurant dans la journée. La nuit tombée, elle rôde sur l’avenue Thomas Sankara. L’adolescente s’est aujourd’hui transformée en une travailleuse professionnelle de sexe.

Ariane qui propose aussi ses services à proximité du château d’eau de Karpala, quartier situé au Sud de Ouagadougou, a vécu une autre réalité. Sur les motifs de sa présence en ces lieux, elle est réticente : « Rien ne s’est passé. (...) Je ne peux rien dire... c’est trop compliqué », insinue-t-elle. La voix entrecoupée de sanglots, elle confie : « Je vivais chez un oncle. On dormait dans la même chambre avec mon cousin. On a couché ensemble. Je suis tombé enceinte de lui. Quand, j’ai dit que c’était mon cousin, personne ne m’a cru. On m’a mise dehors. Je suis allée rester avec mes copines qui m’ont aidé à avorter. C’est avec elles que je viens ici ». Pourquoi n’es-tu pas retournée chez tes parents biologiques ? Ariane répond qu’elle a perdu son papa et sa maman ; elle « se débrouille » pour joindre les deux bouts. Vêtue d’un haut rouge et d’une mini-jupe noire, l’adolescente de 14 ans ne se vend pas cher. Même à 1 000 F CFA, Ariane est disposée à satisfaire son client, à condition qu’il s’acquitte des frais de la chambre. « A 3000 F CFA, je te fais tout ce que tu veux. Mais, c’est avec préservatif », prévient-telle. A 5 000 F CFA, elle se rend à domicile et peut y passer la journée, c’est selon les désirs du sieur.

243 mineures prostituées en 2014, à Ouagadougou

Le département de la Solidarité nationale, de la Femme et de la Famille a connaissance du phénomène dans plusieurs artères de la capitale burkinabè, sauf que pour le moment, il n’existe pas de chiffres exhaustifs de prostituées mineures, en l’absence d’étude nationale. La directrice provinciale chargée de la famille du Kadiogo, Maïmouna Zoma, souligne le « caractère clandestin et tabou » du racolage des mineures. « Cela ne facilite pas l’accès à l’information et la prise en charge des filles », ajoute-t-elle. Mme Zoma livre le rapport d’une « étude sur la prostitution des mineures et ses liens avec la migration et la traite à Ouagadougou », en 2014, du réseau ECPAT (End child prostitution, child pornography and trafficking of children for sexual purposes). L’ECPAT a recensé 243 filles mineures en situation de prostitution à Ouagadougou, au cours de cette année. « Il y a beaucoup de problèmes dans les familles. S’ils ne sont pas bien gérés, les enfants se sentent exclus. Facilement, ils se retrouvent dans la prostitution », explique la directrice provinciale de la famille du Kadiogo. Elle y rajoute, entre autres, les mariages précoces, les grossesses non désirées, la déscolarisation, la recherche d’autres alternatives de survie. A l’entendre, de nombreuses filles en situation de mobilité sont tentées de se prostituer, lorsqu’elles sont confrontées à des difficultés financières notamment. « Pour les étrangères, les situations connues montrent que ce sont des réseaux de proxénètes qui organisent la migration des mineures vers le Burkina. Celles-ci finissent par se prostituer », soutient Maïmouna Zoma. D’ailleurs, selon l’ECPAT, « Ouagadougou alimente le marché local voire international de la prostitution (...) avec des acteurs multiformes tels que les filles mineures ».

Lorsque des prostituées mineures se présentent aux services de la Solidarité nationale, de la Femme et de la famille, les agents transmettent le dossier à la Police nationale, qui le soumet à la justice pour traitement, explique-t-elle. « Une réquisition de la police permet à l’Action sociale de saisir un agent de santé en vue de statuer sur l’état de santé de la jeune fille, et si il y a eu violence, l’auteur (ou les auteurs) présumé est interpellé », précise Mme Zoma. Par la suite, des démarches sont entreprises pour la réinsertion sociale de la mineure. Le cas échéant, elle est placée dans un centre d’accueil, avec un accompagnement conformément à son projet de vie. Pour mener à bien ces actions, la direction provinciale du Kadiogo en charge de la famille collabore avec plusieurs structures dont l’Association liaison universelle pour le bien-être des enfants et des jeunes (ALUBJ). L’ALUBJ a initié des activités de sensibilisation à l’endroit des travailleuses de sexe, avec un accent sur les serveuses de maquis et bars de l’arrondissement n°3 de Ouagadougou. A cet effet, elle s’est entretenue avec 89 prostituées dont 26 ont moins de 19 ans.

Abandonner les trottoirs...

Des filles interrogées, aucune ne consulte le médecin pour un examen de santé. Comme méthodes contraceptives, elles privilégient le préservatif, la pilule et les implants. Pour Roxane, 13 ans, il n’y a aucun danger surtout qu’elle se protège et ne « sert » que 3 à 4 hommes par nuit. Chez Enza aussi, pas de feu dans la demeure, car elle compte abandonner le trottoir. Vanessa, Roxane, Ariane ...ont formulé les mêmes vœux. Vanessa veut un jour, rejoindre Pô afin de décrocher son BEPC pour devenir une sage-femme. Roxane attend que son « prince charmant » d’étudiant achève ses études et l’épouse. Si Enza et ses « collègues » parviennent à réaliser leurs « souhaits », ce sont leurs « grandes sœurs » qui seront les plus heureuses. Car, les adolescentes leur ravissent la vedette. La « réussite » de ces « crudités » n’est pas du goût de toutes les travailleuses de sexe. Mariam « l’amour sauvage », 30 ans, ne cache pas sa colère. « Nous n’avons plus de clients. Lorsqu’ils arrivent, ils se dirigent vers les mineures. Pour une qui n’a jamais palper 5000 F CFA, pour une telle rémunération, elle se livre sans même porter de préservatif », fulmine-t-elle.

Djakaridia SIRIBIE
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Haro sur les proxénètes.

Les « minettes » ne sont pas les seules bénéficiaires des fruits des trottoirs. C’est le constat, au regard de l’organisation du milieu. Le tablier, chargé de garder les sacs des prostituées, perçoit 1 000 F CFA par sacoche à la fin de chaque soirée. Les filles ont également une « sécurité rapprochée ». Au cours de nos entretiens, leurs « gardes du corps » ont plusieurs fois fait irruption pour mieux comprendre la situation. Ils ont été rassurés par nos interlocutrices. L’une d’elle nous a confié débourser 1 000 F CFA par jour pour sa sécurité. Les mineures ont aussi des « propriétaires », à qui elles rendent compte et leur versent le gain journalier. En réalité, il s’agit de proxénètes qui encouragent les filles à se prostituer et tirent profit de leur activité.

Une législation « difficile à appliquer »

Au Burkina Faso, il existe la loi n°0011-2014 du 17 avril 2014 portant répression de la vente d’enfants, de la prostitution des enfants et de la pornographie mettant en scène des enfants, en plus de la section 9 (article 422 à 430) du Code pénal. En son article 7, elle considère la prostitution des enfants comme « le fait d’offrir, d’accepter, de procurer ou de se procurer un enfant à des fins de prostitution ». Le (ou les) coupable est puni d’un emprisonnement de 5 à 10 ans et d’une amende de 1 500 000 à 3 000 000 de F CFA ou de l’une de ces deux peines seulement, selon l’article 8. L’article 11 précise que le complice « encourt la même peine que l’auteur principal ». En cas de récidive, la sanction est de 10 à 20 ans d’emprisonnement et d’une amende de 3 000 000 à 6 000 000 de F CFA ou de l’une de ces deux peines seulement.

Selon une source policière, il est « difficile d’appliquer » ces dispositions légales, dans la mesure où la constitution d’un dossier de prostitution d’enfant demande des preuves « solides ». Pourtant, les filles collaborent « difficilement » avec les flics. La source indique également, qu’elles sont sous l’emprise de réseaux et elles dénoncent « très rarement » ces fautifs.

D. S.

18:07 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer