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2016.03.30

Contraception : Ce qu’on ne vous a jamais dit (1)

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Regard critique sur l’émission Echo finance sur le dividende démographique et sur l’engagement de l’Union des Religieux et Coutumiers du Burkina dans la campagne « 1 000 000 de voix pour la planification familiale et la santé de la reproduction »

 

Introduction

Au cours du mois de janvier 2016, a été diffusée et rediffusée sur la RTB, l’émission Eco finance consacrée au dividende démographique au cours de laquelle l’ex ministre déléguée chargée du budget entourée d’autres « spécialistes », s’inquiétant du nombre d’habitants de notre pays dans les décennies à venir et de certains indicateurs économiques n’ont cessé d’insister qu’une priorité est que la contraception soit l’affaire de tous. Est-on sûr que la diminution démographique par la contraception garantit la croissance économique ?

De plus, l’engagement audacieux de l’association « Union des Religieux et Coutumiers du Burkina pour la Santé et le Développement (URCB/SD) » avec d’autres associations dans la campagne « 1 000 000 de voix pour la planification familiale et la santé de la reproduction » exige une clarification au sujet de l’engagement de l’Eglise catholique dans la dite campagne et le rappel de la doctrine chrétienne sur la contraception.

Nous voulons à travers ces lignes, montrer que l’argument démographique est fallacieux, que la contraception, au-delà des discours naïfs, crée plus de grossesses « non désirées » et plus d’avortements, nuit gravement à la santé des femmes, pervertit la jeunesse, compromet le mariage, et enfin, que des méthodes naturelles de régulation de naissance très efficaces existent pour aider les époux à harmoniser leur désir de vivre pleinement leur sexualité avec la responsabilité d’espacer les naissances.

1. La démographie, un faux problème

Robert Thomas MALTHUS, économiste britannique du XVIIIème siècle affirmait que le pouvoir de reproduction de l’espèce humaine est considérable alors que sa capacité de production de moyens de subsistance est limitée. Il en déduit que la croissance démographique est source de misère. Pourtant la taille d’une population lui procure un poids économique et politique manifeste : le Nigéria et l’Afrique du Sud près de chez nous, la Chine et l’Inde en Asie, la France en Europe, les Etats-Unis sur le continent américain.

Néanmoins, aujourd’hui, au niveau mondial, on tente de faire croire seulement aux pays pauvres que leurs problèmes proviennent de leur surnombre en montrant des relations qu’il pourrait y avoir entre populations, développement, pauvreté, fécondité, dividende démographique [1]. Le remède serait la réduction de la fécondité par tous les moyens, notamment par les méthodes « modernes » de planification familiale [2]. Cela se fait sans recul éthique, sans se poser la question si ce que l’on fait est bien ou mal, que ce soit au niveau des gouvernements, des ONG ou du personnel de la santé parce que tout simplement des bailleurs de fonds ne font que « bailler » et influencent les conférences internationales.

« Il ne faut pas oublier – rappelle le Pape Benoît XVI – que depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours, la population sur la terre a augmenté de quatre milliards et que, dans une large mesure, ce phénomène concerne des pays qui ont récemment émergés sur la scène internationale comme de nouvelles puissances économiques et qui ont connu un développement rapide précisément grâce au nombre élevé de leurs habitants. En outre, parmi les Nations les plus développées, celles qui ont les taux de natalité les plus élevés jouissent des meilleures potentialités de développement. En d’autres termes, il apparaît que la population est une richesse et non un facteur de pauvreté » [3].

On devrait aussi souligner que la mentalité contraceptive crée à la longue le phénomène de vieillissement de la population, un déficit de la population active que les grandes nations comblent par des politiques d’immigration sélective : Loto Visa pour les Etats-Unis, Programme d’immigration choisie pour le Canada, immigration des maghrébins et d’autres nationalités dans le cas de la France.

Comme d’habitude, « qui veut tuer son chien l’accuse de rage ». On s’acharne sur la population alors que les causes de sous-développement sont à chercher ailleurs. Le journal télévisé rapporte plusieurs fois par semaine des conventions de financements de plusieurs dizaines, centaines de milliards en faveur de notre pays. A contrario, il y a très peu de réalisations en quantité et en qualité dans le domaine de la santé, de l’éducation, des routes, de l’agriculture, etc., pour une prise en charge des besoins actuels et pour accompagner l’évolution de la population. La corruption et l’injustice étaient et sont encore monnaie courante. Le Burkina Faso et d’autres pays africains sont pauvres parce qu’appauvris par le pillage des matières premières qui ne sont pas transformées sur place. A titre d’exemple, jusqu’à très récemment, seulement 10% des revenus sur l’extraction de l’or revenaient à l’Etat Burkinabè qui n’a aucun moyen de contrôler les quantités extraites.

Et on peut continuer la liste des causes de pauvreté qui, si elles ne sont pas résolues, maintiendraient notre pays dans la misère, même avec une population stationnaire. « Dès lors, les relations entre fécondité/pauvreté, population/développement, telles que codifiées par les différentes conférences sur les populations particulièrement la conférence du Caire, devraient être repensées » [4].

L’obsession pour les Nations Unies de réduire la population des pays pauvres s’est traduite plusieurs fois par l’ajout de substances stérilisantes dans les vaccins contre le tétanos destinés aux campagnes de vaccination de masse. En 2014, les évêques du Kenya se sont opposés à une campagne de vaccination anti-tétanique visant exclusivement les femmes de 14 à 49 ans, accusant les doses d’être dopées du Beta-HCG [5]. Cette tactique a déjà été découverte et dénoncée par la présentation d’échantillons témoins aux Philippines (1995), Mexique (1994) et Nicaragua alors que les hautes autorités onusiennes et gouvernementales démentaient catégoriquement les faits. Malgré l’énormité de ces affaires, elles n’ont pas été relayées par les grands médias. En conséquence, et au vu du rejet de vaccination contre la polio au Nigéria en 2003, il est crucial que des organisations indépendantes analysent régulièrement des échantillons des campagnes de vaccination destinée aux enfants.

Proposer, imposer la contraception à une population pour améliorer des indicateurs économiques tel que développé par l’émission Eco finance est une distorsion malheureuse de valeurs : on veut utiliser l’homme au service de l’argent. Pourtant, l’argent doit être au service de l’homme et non le contraire. « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Luc 9, 25). L’homme se ruine par l’utilisation de ces contraceptifs comme nous allons le montrer.

Ouagadougou le 25 février 2016

Abbé Jean-Emmanuel KONVOLBO,
Prêtre catholique
Professeur d’Ecriture Sainte et de langues bibliques
Grand Séminaire Saint Jean-Baptiste de Wayalghin
Email : paroleetvie@gmail.com
Cet article se trouve sur mon site web en construction : http://konvolbo.org

14:11 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

2016.03.24

Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

A la lumière d’expériences récentes dans d’autres pays, des chercheurs s’interrogent sur les perspectives de la mesure de gratuité des soins de santé maternelle et infantile. S’il est un motif de célébration, il faut néanmoins avoir à l’esprit les leçons venues d’ailleurs, disent les chercheurs du projet FEMHealth.

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Au cours de ce mois, le gouvernement du Burkina Faso, sous l’autorité du Président,a décidé en Conseil des Ministres, de la gratuité des soins chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, des accouchements et des césariennes, et du dépistage des cancers du sein et de l’utérus, à compter du 2 avril 2016. Cette annonce est la bienvenue. Les soins de santé, en particulier ceux de l’accouchement, ont été associés à des dépenses catastrophiques de santé au Burkina Faso et à d’énormes coûts sociaux, aggravant la pauvreté.

La promesse de gratuité des soins de santé de la mère et l’enfant prolonge les progrès que le Burkina Faso et de nombreux autres pays de la région ont fait en vue d’étendre la couverture des soins essentiels aux groupes vulnérables, y compris l’exemption des frais pour certains services. Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont largement reconnus comme des groupes prioritaires, d’abord sous l’impulsion des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et dorénavant inscrits dans l’objectif de la Couverture Universelle de Santé (CUS) dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.

Durant cette phase cruciale, lorsque de nouvelles politiques sont élaborées et pré-testées, il est important de nous rappeler quelques-uns des enseignements importants tirés des études sur la mise en œuvre et les effets des précédentes politiques d’exemption dans la région, y compris au Burkina Faso.

1. Une préparation minutieuse est cruciale. Un des points forts de la politique de subvention des 80% du coût des accouchements, que le Burkina Faso a introduit en 2006, était qu’une période d’études préliminaires a été entreprise, permettant une consultation et une planification de concert avec les parties prenantes et le personnel ; cela ne devrait pas être négligé dans cette nouvelle phase.

2. La réussite de la mise en œuvre d’une politique de financement dépend d’une budgétisation réaliste capable de compenser les pertes de revenus des formations sanitaires et d’assurer une fluidité dans la circulation des ressources.

3. Pour qu’elle soit efficace, l’exemption de paiement requiert des investissements dans la fonctionnalité des services ; dans notre étude récente dans six districts du Burkina Faso, deux districts présentaient de graves insuffisances dans les services et les ressources, y compris le personnel et les équipements indispensables ; ce qui indique la nécessité d’un investissement et d’un monitorage continu.

4. La communication est aussi importante. Le personnel a besoin de lignes directrices claires et simples et d’un système qui le prend en compte et le motive et qui n’induit pas une charge de travail administrative additionnelle trop élevée.

5. Un bon niveau d’accès à l’information est nécessaire pour les communautés. Dans notre récente évaluation de la politique de subvention de l’accouchement, seulement 52% des femmes qui venaient d’accoucher étaient au courant de la politique. La sensibilisation sur les politiques est nécessaire pour assurer que les bénéficiaires puissent prétendre à leurs droits.

6. Le succès de l’exemption de paiements dépend également de la qualité des services de soins de santé. Dans toute la région Ouest Africaine, la mauvaise qualité des soins, en particulier les soins du nouveau-né, a été un obstacle à la réussite de la mise en œuvre réussie des précédentes politiques d’exemption.

7. Le paquet de soins offert doit être clair et couvrir les principaux risques pour la santé des mères et des enfants, incluant la planification familiale, les fausses couches et les soins post-avortement. Il y a aussi une obligation éthique, si le dépistage du cancer est offert, de mettre à disposition un service de conseils et de traitement.

8. Par-dessus tout, le contrôle du respect de la mise en œuvre de la politique est essentiel. Dans plusieurs pays qui ont mis en œuvre des politiques similaires, la recherche a montré que la réduction des dépenses à la charge des ménages a été considérable, mais en deça des prévisions. Les ménages continuent de payer pour des postes de coût qui auraient dû être couverts, tels que le transport des centres de santé périphériques aux hôpitaux, les médicaments et les tests de laboratoire. Les paiements informels au personnel de soins sont aussi fréquents. Les plus pauvres sont les plus exposés dans de telles situations.

Le Gouvernement du Burkina Faso est à féliciter pour avoir pris des mesures pour élargir l’accès aux soins de santé. Cependant le diable est dans les détails –l’obtention de bénéfices réels pour la population dépend d’une mise en œuvre minutieuse des prochaines étapes. En tant que chercheurs, nous nous tenons prêts à apporter un appui au développement et au suivi de la politique. Dans ce sens, il existe un large corpus de connaissances qui pourrait servir de référence.

Rasmané Ganaba, Sophie Witter, Katerini Storeng, Vincent De Brouwere, Patrick Ilboudo, Jenny Cresswell, Fabienne Richard, Veronique Filippi.

Voir aussi : Ganaba, R., Ilboudo, P., Cresswell, J., Yaogo, M., Diallo, C., Richard, F., Cunden, C., Filippi, V., Witter, S. (2015)The obstetric care subsidy policy in Burkina Faso : what are the effects after 5 years of implementation ? A paraitre dans la revue BMC Pregnancy and Childbirth.

 

14:24 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

2016.03.11

Ouagadougou : Elles vivent et procréent dans la rue

 
Un phénomène rare et inquiétant est apparu à Ouagadougou : des femmes ont pour toit, la nuit tombée, certains espaces publics. En  «famille» ou en solitaire, elles squattent certains espaces publics comme le parking extérieur du Gouvernorat du Centre. Au « pays des Hommes intègres », on a plutôt coutume de voir des déficients mentaux et des enfants défavorisés passer leur nuit dans les caniveaux, sous les ponts, près des feux tricolores, aux alentours de certaines gares routières, etc. Mais c’est assez singulier que des femmes, jouissant de toutes leurs facultés mentales, dorment en plein air, à  la merci des intempéries, des agresseurs sexuels et des voleurs. Comment ces femmes en sont arrivées-là dans un pays d’hospitalité légendaire ? Durant deux semaines, entre 19 heures et 6 heures du matin, nous les avons suivies.
 
Rue du Travail, en plein-cœur de Ouagadougou. Il est 19 heures, ce 9 février 2016. Dans la pénombre, nous faisons le pied de grue sous un caïlcedrat, juste à l’entrée de la porte du Gouvernorat de la région du  Centre. Les derniers employés du bâtiment quittent les lieux et se dirigent à l’extérieur vers le parking Wend-Kuni (Dieu a donné en langue nationale mooré) pour chercher leur monture. Les minutes et heures qui suivent, d’autres personnes investiront le même espace. Pas pour garer des engins, mais pour dormir sous le hangar du parking. Ce sont des femmes sans-abri et elles y sont, il y a plus de deux ans.  La première d’entre elles arrive dans son «appartement» à 20 heures 8 minutes. C’est le début de notre incursion dans l’intimité de ces femmes Sans domicile fixe (SDF) de Ouagadougou. Elle s’appelle Koidima Larba, quarantenaire. Elle est vêtue d’un pagne traditionnel coloré, d’un haut noir et d’un foulard «luilipéendé», enroulé sur la tête. Elle porte au dos son nourrisson de 20 mois et dans ses bras un seau d’eau, des habits et des jouets pour enfant. Koidima Larba a-t-elle été répudiée par son  époux ? Est-elle bannie de son clan ou de son  village ? Pourquoi n’a-t-elle pas de tuteur ou de famille d’accueil dans la capitale ? Des questions qui trottent dans  notre tête. Pour avoir le cœur net, nous allons à sa rencontre. Originaire du secteur n°8 de Fada N’Gourma (chef-lieu de la région de l’Est), Koidima a fêté son 44e anniversaire en décembre 2015. Elle est lucide dans les échanges, contrairement à ce que son histoire pouvait laisser penser. «Je suis poursuivie par des démons depuis mon jeune âge», nous apprend-elle. Cet état l’a contrainte à abandonner ses études en classe de 4e au Centre de formation professionnelle de Fada N’Gourma.  Sans époux, Larba Koidima vit en célibataire, quelquefois en concubinage. Elle a connu trois fois la maternité d’où elle est ressortie avec quatre filles dont des jumelles (une décédée). La dernière-née se nomme Samira Guingané, 20 mois et vit avec elle au parking du gouvernorat. Sa fille aînée a eu plus de chance. «Ma première fille fait des études en première année à l’université présentement », dit-elle avant de poursuivre : «La 2e, qui a perdu sa sœur jumelle, a dix ans cette année ; et la dernière que vous voyez (elle l’a désigne) aura deux ans en juillet prochain. Elles sont toutes de pères différents», confie Koidima. C’est en octobre 2014 qu’elle a rejoint le groupe de femmes qui squattait déjà le parking du gouvernorat. Très ouverte, elle raconte sa vie avec un air pensif et triste, cependant. «Après ma deuxième maternité, j’ai constaté que les mères de jumeaux mendient avec leurs enfants dans la rue. J’ai voulu faire comme elles.  Quand mes jumelles avaient six mois, nous avons été victimes d’un accident et malheureusement, l’une d’elle est morte sur-le-champ ». Après cet évènement douloureux, elle a été répudiée par son homme. Non content de l’avoir mise dehors, son «mari» lui retire le bébé survivant. Elle regagne alors son Fada  natal. Mais elle se heurte à des difficultés économiques et relationnelles. Elle devient le sujet des causeries des personnes avec qui  elle a grandi. «Au village, il était très difficile pour moi d’avoir 100F CFA », se souvient la SDF. Abandonnée à son triste sort, elle n’avait qu’une idée dans la tête : « Se chercher ». C’est ainsi qu’elle atterrit, de nouveau, à Ouagadougou, sans savoir où poser son baluchon. 
Dans la capitale, elle  est très vite rattrapée par les réalités des grandes villes. C’est «chacun pour soi et Dieu pour tous». Elle se lance alors dans la mendicité. Son initiatrice est une vieille femme, qu’elle rencontre à la gare routière de Pô, à proximité du cimetière municipal où elle a passé sa première nuit à la belle étoile à Ouagadougou. «Nous nous sommes rendues aux feus tricolores de la BCEAO. Je l’ai observée toute la journée. A la descente, elle a obtenu plus de 1500 F CFA».   Et c’est depuis ce jour que dame Larba Koidima a pris goût à la mendicité. Un «métier» qui l’aide à survivre. 
 
« J’ai connu le père de mon dernier enfant aux feux tricolores de la BCEAO »
 
Après un mois d’activités, elle se retrouve avec plus de 35 000 F CFA. Plus le temps passe, plus le goût de la mendicité s’installe. Elle décide, avec sa « collègue » d’ériger leur «bureau» devant la BCEAO. C’est dans ce lieu que Koidima a fait la connaissance du père de son dernier enfant, M. Guingané qui, selon elle, est actuellement vigile à Zabre-daaga. Les deux n’ont vécu que deux mois ensemble. Puis la voilà enceinte pour la troisième fois. Sans réel soutien de son amant et tenaillée par la faim, elle décide de retourner au village d’où elle reviendra à Ouagadougou. Larba Koidima n’est pas la seule femme à passer la nuit dans le parking du gouvernorat. Venues d’horizons divers, elles sont plus de dix à s’y abriter, chacune ayant son histoire propre, même si elles partagent en commun la pauvreté. A proximité de la couchette de Koidima, deux cartons sont superposés sous une moustiquaire. C’est le lit de  Salamata Sondo. Originaire de  Kougri-Nagbagrin,  petit village situé à l’entrée de Kombissiri (au sud de Ouagadougou), Mme Sondo est  mariée et mère de sept enfants. Avec un éléphantiasis à la jambe gauche, la sexagénaire se déplace avec peine. L’air perdu, elle raconte.  «Je suis arrivée ici il y a presqu’un an parce que je n’arrivais plus à survivre dans mon village. Mon mari est très vieux actuellement et ne peut plus cultiver. Aucun de mes enfants ne travaille. Ils sont allés à l’aventure et je n’ai plus de leurs nouvelles. Il y a trois ans de cela, des voleurs sont partis avec notre bétail et nous nous sommes retrouvés sans rien. Vu mon état aussi, je ne peux plus travailler, et nous nous vivions au jour le jour». Désormais installée au gouvernorat, elle vit de la mendicité. Quand elle réunit un peu d’argent, elle achète des vivres et rejoint le bercail pour aider son mari et ses petits-fils. A l’extrême gauche du site, se trouve la demeure de Bibata Kaboré, la seule femme handicapée motrice du groupe.  La trentaine, elle vient de Koudougou et a trois enfants. Elle a perdu sa motricité, dit-elle, après la naissance de son troisième bébé en 2009. Abandonnée par son époux, elle s’est retrouvée en famille.  Vu son état, elle était la risée de tout le monde. Elle décide de rejoindre la capitale dans l’espoir de rencontrer des bonnes volontés.  
 
Evelyne, engrossée par un vigile  
 
Evelyne Kaboré est l’une des plus jeunes du groupe. Elle a 28 ans. Le sourire aux lèvres à chacune de nos questions, elle nous informe qu’en quittant son Zagtouli natal pour le centre-ville, son ambition était de trouver du travail afin de venir en aide à sa maman, à ses frères et sœurs restés au village. Son rêve se transforme très vite en cauchemar lorsque son chemin croise celui d’un vigile travaillant aux alentours du gouvernorat. La main droite sur son ventre proéminent, elle nous confirme ce que nous voyons déjà. Elle porte une grossesse presqu’à terme de ce gardien (elle a accouché d’une fille une semaine après notre passage et est retournée au parking avec son bébé). Elle vend ses services de lessiveuse au bord d’un puits à la Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA). Rejointe au puits après son accouchement, elle nous affirme que le père de son enfant s’est «évaporé» dans la nature. Sa fille ne porte toujours pas de nom encore moins ne possède d’acte de naissance. Comment comptez-vous élever votre bébé ? Lui avons-nous demandé. Sa réponse est surprenante : «Je suis à la recherche de son père, et une fois retrouvé, je vais  juste lui remettre l’enfant de gré ou de force». Elle ne tient pas à ce que sa fille  vive comme elle dans la rue. Entre-temps, avant 23 heures, arrive sur les lieux une jeune femme portant un nourrisson au dos, accompagnée de ses deux autres filles. Elle clôt le bal du jour et laisse la place au sommeil. Alors que les unes dorment, les autres cherchent de quoi mettre sous la dent.  Les unes après les autres, elles rejoignent  leur  « chambre ».  A 23 heures, c’est le calme plat au parking du gouvernorat et dans ses environs. Seul le vent sec et glacial de février est maître des lieux. Après une heure de garde nous parcourons quelques artères de la ville à la recherche d’autres «pensionnaires» de ce genre. Heureusement, nous ne trouverons pas d’autres femmes dormant à la belle étoile. De retour au parking du gouvernorat vers 3 heures du matin, nous constatons le sommeil perturbé des pensionnaires. Les femmes dormant sans moustiquaire se débattent longuement contre les bestioles. Dès 5 heures, les plus matinales se sont levées. Leurs toilettes se limitent à laver le visage. Certaines sacrifient à la prière du matin. C’est la fin de notre intrusion nocturne.  Le jour venu, les plus âgées et les moins vaillantes sillonnent les artères de la capitale pour faire la manche. Elles font parfois irruption dans les services et maquis à la recherche de généreux donateurs. Sont de ce lot, Suzanne Nikéma, la vieille Ramata Ouédraogo et Salamata Sondo. Larba Koidima et sa fillette  Samira Guingané qui n’a pas encore bouclé ses deux ans, débutent chaque matin, leur périple aux feus tricolores de la BCEAO. Quant aux plus jeunes, elles vendent leur force de travail en lavant des habits au bord d’un puits sur le site du projet ZACA, au quartier Koulouba. Il arrive souvent qu’elles se rendent dans les concessions pour une lessive payante. Tel se résume le quotidien de ces femmes, sans domicile fixe, âgées de 28 à 69 ans depuis plus de deux ans.  Déjà, la nuit du 9 février 2016, elles étaient 14 femmes à squatter le parking du gouvernorat. A leur côté, 9 enfants dont deux nourrissons. Ce chiffre est à revoir à la hausse car, en plus du bébé d’Evelyne Kaboré, né le 17 février, aux environs de 4 heures du matin à la maternité de Samandin, une autre femme, Ramata, a accouché d’un garçon dans la matinée du 22 février à la maternité Pogbi. Bébés et mamans ont rejoint très vite leur parking et vont tous bien. Ces deux bébés sans noms viennent grossir le nombre des enfants n’ayant pas d’acte de naissance au Burkina Faso. 
 
Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com

17:35 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

2016.03.10

Stratégie de scolarisation accélérée/Passerelle : Un coup de pouce pour l’atteinte de l’objectif « Education pour tous »

Une mission de la Stratégie de scolarisation accélérée/Passerelle (SSA/P) conduite par l’UNICEF a été reçue ce lundi 7 mars 2016 par le directeur de cabinet du ministère de l’éducation nationale et de l’alphabétisation. Ce fut l’occasion pour le département de Jean Martin Coulibaly de présenter cette stratégie initiée par la fondation Stromme, et qui fait ses preuves sur le terrain

Au Burkina Faso, les déscolarisés précoces et les non-scolarisés étaient autrefois les oubliés de l’histoire éducative. Mais depuis 2008, un nouvel espoir existe pour ces milliers d’enfants désireux de reprendre le chemin des classes. Cet espoir, c’est l’initiative Stratégie de scolarisation accélérée/Passerelle de la fondation norvégienne Stromme, avec laquelle le pays a conclu un protocole d’accord. Cette stratégie qui se pose comme un coup de pouce pour l’Education pour tous, est en réalité un processus d’enseignement permettant aux enfants de 9 à 12 ans, après une formation de 9 mois, d’accéder à la classe de CE2 ou, à défaut, au Cours préparatoire (CP2 ou CP1).

Parmi les meilleurs

De 2008-2011, le Burkina a entamé une phase d’expérimentation de la stratégie dans six provinces en s’inspirant du modèle malien. Durant les neuf mois d’apprentissage, deux mois ont été consacrés à la langue maternelle et les sept autres au Français. Cela a facilité la compréhension des contenus des programmes scolaires de la classe de CP1 à la classe de CE1 chez les enfants. Et selon la conseillère technique du MENA, Catherine Kaboré, les élèves ayant bénéficié du SSA/P excellent en classe lorsqu’ils réintègrent les écoles classiques. Au regard des résultats engrangés, le Burkina a procédé à une extension de la stratégie, pour l’année scolaire 2011-2012, dans neuf provinces. Ainsi, jusqu’en 2015, plus de 20 000 enfants ont été transférés en classe de CE2 sur les 26 289 enrôlés.

A chacun sa mission

Pour la mise en œuvre du SSA/P, le MENA joue sa partition à travers un appui pédagogique et le sui-évaluation de la stratégie. La conception des documents didactiques échoit à la Fondation Stromme qui travaille étroitement avec le ministère. Quant aux ONG partenaires, au nombre de six au Burkina, elles sont chargées de la sensibilisation des populations, du recrutement du formateur et de la gestion des centres d’apprentissage. Les communautés mettent également la main à la pâte en trouvant le local et le logement pour le formateur. Ce dernier a moins le niveau de la 4eet bénéficie au préalable d’une formation de 30 jours sur la transcription de la langue nationale et les techniques pédagogiques.

En rappel, la collaboration tripartite entre les Etats de mise en œuvre de la SSA (Mali, Burkina Faso, Niger), la fondation Stromme et les ONG a donné lieu à un secrétariat permanent sous-régional. Il veille notamment à l’exécution de la stratégie et joue son rôle de mobilisateur de ressources humaines et financières.

Herman Frédéric BASSOLE
Lefaso.net

 

13:14 Écrit par Thieni hama | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Plusieurs élèves interpellés pour viol

FADA/DIAPAGA : Plusieurs élèves interpellés pour viol 

 

C’est le printemps des viols en milieu scolaire dans la région de l’Est. En effet, les élèves du Lycée Untaani de Diapaga (LUD) et des autres lycées privés de la même province ont débrayé dans la matinée du 7 mars 2016 pour exiger la libération de leur camarade présumé violeur incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de ladite ville. Pendant ce temps, à Fada, trois autres élèves de la classe de 3e sont écroués depuis le début de la semaine à la Maison d’arrêt et de correction de Fada pour avoir violé une de leurs camarades de classe. Les élèves du secondaire de Diapaga, chef-lieu de la province de la Tapoa, ont marché sur le palais de justice le 7 mars dernier. Objectif : obtenir la libération de leur camarade incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de Diapaga (MACD) pour séquestration et viol de la fille d’un pandore de ladite localité. Jets de pierres, pneus incendiés, voies d’accès à la ville barricadées, ronds-points assiégés... Bref, c’est par ce spectacle inédit que les manifestants ont exprimé leur ras-le-bol dans toutes les artères de la ville de Diapaga à la veille de la journée commémorative du 8-Mars. Pour les manifestants, il n’est pas question que leur camarade soit détenu à la MACD pour un crime qu’il n’a pas commis. « C’est la fille qui est allée le rejoindre à son domicile et c’est avec son consentement que celui-ci a eu des rapports sexuels avec elle », explique Boundi Tandamba, Délégué général des élèves du lycée Untaani de Diapaga. L’enquête suit son cours pour situer les responsabilités. Mais, à ce qu’on dit, c’est depuis le 5 mars dernier que l’élève, Kanani Lompo en classe de 2nde C, est détenu à la MACD pour séquestration et viol d’une élève de CM2. Les viols en milieu scolaire n’ont pas pignon sur rue à Diapaga seulement. Fada, chef-lieu de la région de l’Est, connaît aussi ce fléau. Trois autres élèves présumés violeurs, dont l’âge est compris entre 15 et 17 ans, sont actuellement détenus à la Maison d’arrêt et de correction de Fada, en attendant le dénouement des enquêtes qui pourraient permettre de mieux situer les responsabilités. Mais, à entendre les populations, l’histoire remonte à février 2016, où les trois élèves, en classe de 3e au «Lycée privé Cœur vaillant» sis au secteur 8 de Fada, auraient violé en pleine nuit une de leurs camarades de classe. Ce jour-là, nous raconte le cousin de la victime qui a requis l’anonymat, les élèves ont attendu le départ de leurs camarades avant de passer à l’acte dans la classe. A tour de rôle, ils sont passés sur la pauvre fille alors que cette dernière s’y trouvait pour étudier. Au début de l’affaire, le père de la victime a voulu résoudre le problème à l’amiable à cause des liens de solidarité existant entre les familles. Peine perdue. Car, la mère de la fille, après s’être rendu compte que sa fillette a été souillée, est allée poser plainte contre les trois présumés bourreaux. Lorsque ces derniers ont été mis aux arrêts par la gendarmerie, leurs parents se sont rendus au domicile de la victime pour forcer ses parents à retirer leur plainte. N’eût été la prompte réaction de la gendarmerie, le pire serait arrivé. Au regard de l’ampleur que prend le phénomène, il est impérieux que les autorités éducatives et les parents d’élèves s’impliquent davantage afin d’éviter que les viols ne gangrènent les lycées, d’où la nécessité d’une campagne de sensibilisation dans les établissements secondaires sur la lutte contre les viols en milieu scolaire. Mamouda TANKOANO

12:24 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

2016.03.09

Emancipation de la femme : Apprendre de l’expérience de la femme la plus honorée au Burkina Faso et mieux exploiter son histoire

L’année dernière, dans mon article « Le Yennengisme : L’héritage de l’émancipation de la femme burkinabè » j’ai défendu la pertinence et l’efficacité que l’histoire de la princesse Yennenga peut fournir pour l’émancipation de la femme burkinabè et africaine. Je vais plus loin cette fois-ci en encourageant une exploitation de l’histoire de Yennenga plus entière, plus favorable et plus honorable à la femme burkinabè. De Nedega jusqu’à l’étalon de Yennenga, l’histoire de Yennenga est une mine d’or pour l’émancipation de la femme burkinabè et africaine.

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Braquer nos projecteurs sur les victoires de la princesse Yennenga ou sur quelques aspects ou parties pathétiques de l’histoire de Yennenga n’est pas la façon la plus efficiente de faire bénéficier la femme burkinabè et africaine de l’expérience unique et riche de la femme la plus honorée au Burkina Faso et même vénérée par beaucoup. Une exploitation plus entière et plus favorable à la femme et la fille devrait prendre en compte certains atouts de l’histoire de Yennenga, à savoir :

Je suis Nedega ! Je suis un coutumier et un père Nedega ! Je fourni l’amour, l’éducation, la formation, la présence, l’encouragement et la protection utile pour la réussite de la fille et de la femme. J’ai vu la fille et la femme africaine en action ; je sais de quoi elles sont capables à égalité des chances.

Nedega est l’ami de la fille et de la femme. Il a peut-être créé « un prince » et « un roi » accidentellement en la personne de Yennenga puisqu’il a semble-t-il accordé à Yennenga des avantages qu’il réservait pour le fils qu’il voulait avoir, mais ses actions restent exemplaires et très louables. C’est lui qui a mis Yennenga en selle et sur les champs de bataille et l’a protégée dans une société traditionnelle africaine ancienne oừ les rôles étaient divisés selon le sexe. Sportivement parlant, c’était lui le douzième joueur, l’entraineur, l’arbitre et la fédération dans l’histoire. Il est donc la personne la plus influente dans la vie de Yennenga ; le rocher de Yennenga.

Nedega est un exemple purement africain et un modèle à suivre pour tous les hommes en Afrique et ailleurs quelques soient leurs domaines d’activité. Il était en avance par rapport à son temps, surtout pour un chef coutumier. Même si la révolution féminine que lui et Yennenga ont montrée n’a pas été répandue dans son royaume et dans l’Afrique entière, nous savons de nos jours la valeur capitale des actes qu’ils ont posés ensemble. Nedega était même en avance par rapport à notre temps ; nos leaders actuels ne sont pas encore parvenus à produire des femmes officiers généraux dans leurs armées.

Je suis Yennenga ! Je ne suis pas une citoyenne de deuxième classe ou un sexe inferieur. Je résiste au sexisme et aux discriminations et je poursuis mes rêves jusqu’au bout. Je protège les animaux et l’environnement et je me bats pour l’honneur de mon pays.

La société et l’homme doivent beaucoup à la femme certes, mais la femme a aussi un rôle très important à jouer dans sa propre émancipation. Même avec la protection de son père, Yennenga a du faire ménage avec le poids des regards et des interrogations de la société africaine de l’époque sur l’expérience progressiste qu’elle vivait. Elle a même peut être subit des pressions sexistes, même dans la cours royale de son père. Mais elle a bravé toutes les pressions pour produire des résultats qui étaient au-delà des attentes de sa communauté pour une fille et une femme. Elle a même vraisemblablement échappé au mariage de convenance ou mariage arrangé en allant à la rencontre de Rialé. En matière d’émancipation de la femme, elle a tout gagné dans l’histoire de Yennenga ; elle a gagné tous les combats. Les femmes peuvent s’inspirer d’elle pour l’emancipation de la femme et faire de l’histoire de Yennenga leur histoire. Elles peuvent également unir leurs forces contre le sexisme et toutes les discriminations.

Je suis Etalon du Burkina Faso ! Je l’étalon de la femme ! Je suis combatif et je partage les combats de la femme et de la fille burkinabè ainsi que ceux de la nation. Je protège les animaux et l’environnement.

L’étalon a été un compagnon loyal et a partagé les combats et les exploits de Yennenga. Il est un patrimoine national pour la femme et la fille burkinabè.

Je suis utilisateur de l’histoire de Yennenga ! Je suis promoteur de la fille et de la femme ! Les utilisateurs de l’histoire de Yennenga sont nombreux. Les utilisateurs les plus connus de l’image de Yennenga et de son étalon sont entre autres le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), l’Association Sportive du Faso-Yennenga (ASFA-Yennenga), les artisans, des associations, l’état et nos fédérations sportives à travers les noms de nos équipes nationales et l’appellation de nos joueurs Etalons. Ce n’est nullement l’intention ici de traduire qui que ce soit en justice ou de décourager une quelconque utilisation masculine de l’histoire, mais il faut reconnaitre que en plus d’être des milieux très majoritairement masculins, beaucoup d’utilisateurs ne se sentent pas interpeler à soutenir explicitement la femme et la fille burkinabè. De telles exploitations même si elles sont nationales, sont comme si on exploitait une mine d’or dans une région pour l’intérêt national sans investir une partie des recettes de l’exploitation directement dans la région d’exploitation. Cela est surtout injuste pour la femme étant donne le nombre largement plus élevé d’héros nationaux masculins dont nous disposons. La femme est perdante dans ce type d’exploitation et de partage de l’histoire. Nous devons encourager tous les utilisateurs de l’histoire de Yennenga à être des utilisateurs amis de la femme et de la fille burkinabè.

A égalité des chances, la fille et la femme Burkinabè produisent des résultats attendus « d’un prince » et « d’un roi » ! L’égalité des sexes et des chances a été capitale dans les succès de Yennenga. Bien qu’étant une fille, Yennenga a bénéficié d’une formation et des avantages qui étaient réservés aux garçons du village, et même aux princes. Comme dit l’histoire, le père de Yennenga l’a élevé comme un garçon. Son père lui a également donné la chance de chevaucher et de combattre avec ses hommes. Yennenga était combative certes, mais les chances que lui ont offert son père ont réellement été la clé du succès pour Yennenga. Nous pouvons promouvoir l’exemple de Nedega auprès de nos populations pour que nous donnions également aux filles et aux femmes burkinabè les chances de produire des résultats attendus « d’un prince » ou « d’un roi ».

Hommage militaire pour la femme ! Yennenga n’est pas la seule grande guerrière, général ou chef de guerre dans notre histoire à ne pas bénéficier d’hommage militaire au Burkina Faso. Plusieurs camps militaires sont érigés dans les anciens territoires des plus grands guerriers de notre histoire, tel que Diaba Lompo, Yendabri, Naba Kango, les Mogho Nabas, etc. sans porter leurs noms. En tant que la seule femme militaire de son rang dans notre histoire et même présentement, un hommage militaire a Yennenga serait totalement approprié ; plus qu’un hommage pour la femme burkinabè et africaine dans l’un des domaines les plus masculins de notre société et dans le monde, ce serait une justice pour la femme burkinabè et africaine. Ce serait aussi un hommage à la femme rurale.

Exploitation de l’histoire de Yennenga dans l’éducation : Yennenga a suffisamment démontré une grande force de caractère et un leadership féminin, que l’on ne doit pas l’utiliser dans les métiers manuels, cinématographiques, sportifs ou culturels seulement. Ces industries n’ont pas le monopole du caractère et du leadership féminin. Si nos écoles sont ou doivent être également des temples de construction de caractère et de leadership en plus du savoir, le nom de Yennenga mérite d’être donné à une des grandes écoles de la capitale politique ou économique de notre pays. Nous avons pourtant eu des chances avec les grands établissements féminins que nous avons eu tels que le Lycée National des Jeunes Filles aujourd’hui Lycée Nelson Mandela et plein d’autres internats féminins. Mais il n’est jamais tard de montrer à toutes nos filles quels pas nous voulons qu’elles emboitent et d’inviter notre histoire et notre culture dans nos plus grands centres d’enseignement de formation.

Nous pouvons également avec l’aide de nos coutumiers, éducateurs, professionnels de l’éducation et associations des parents d’élèves voir dans quelle mesure on peut utiliser l’histoire de Yennenga dans nos écoles pour soutenir nos valeurs et objectifs contemporains au lieu de nous contenter d’enseigner littéralement l’histoire de Yennenga aux enfants du primaire sans quitter les lignes des livres d’histoire.

Considérations économiques : Le nom de Yennenga a déjà une valeur économique importante au Burkina Faso. « L’industrie Yennenga » emploie des milliers de personnes au Burkina Faso et nourris des milliers de familles dans des domaines aussi variés que l’art, l’artisanat, la culture et le sport. Seul le président Thomas Sankara génère des activités économiques comparables et même plus ; Sankara étant une référence qui dépasse nos frontières et même celles de l’Afrique.

En plus des énormes conséquences économiques qui sont généralement attribuées à l’émancipation de la femme, l’exploitation de l’histoire de Yennenga pour l’émancipation de la femme ajoute une nouvelle dimension à l’exploitation de l’histoire de Yennenga qui est favorable à une plus grande exploitation de l’histoire et même à une exploitation internationale ; et partant à une plus grande reconnaissance mondiale de l’histoire. Cela pourrait stimuler les activités économiques autour de l’histoire de Yennenga, la consommation nationale et la consommation féminine de l’histoire et de ses produits dérivés, et même le tourisme féminin. Des efforts appliqués de spécialisation du Burkina Faso dans l’émancipation de la femme placeront le Burkina Faso dans une bonne position en Afrique Sud Saharienne pour bénéficier de la solidarité mondiale grandissante pour l’émancipation de la femme.

En conclusion, nous n’avons pas d’histoire avec le niveau de pertinence et de capital social et économique de l’histoire de Yennenga dans le domaine de l’emancipation de la femme. La popularité, l’authenticité, l’originalité africaine et le cachet royal de l’histoire de Yennenga sont tous des atouts importants que possède l’histoire et qui peuvent servir efficacement à promouvoir, notre pays et la condition féminine au Burkina Faso et en Afrique.

La présence d’une héroïne, la princesse Yennenga, parmi nos héros nationaux est un cadeau rare du ciel pour notre nation et pour la femme burkinabè et africaine. Son exploitation actuelle rapporte déjà beaucoup à notre pays en termes d’emplois et de fierté nationale. Donner un nouvel air et une nouvelle dimension à l’histoire à travers une exploitation générale plus favorable à la femme est non seulement très efficace pour l’émancipation de la femme, mais permet également d’accroitre la reconnaissance mondiale de l’histoire et les activités économiques autour de l’histoire de Yennenga.

Par Etienne Yonly
De la Diaspora Burkinabè de la Région de Washington, DC - USA

 

18:00 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Rôle de la chefferie dans le processus démocratique au Burkina Faso

Dans le village tout le monde connaît le nom de la vieille mais personne n’ose dire le nom de la vieille, parce que prononcer son nom serait un sacrilège. Dans les propos qui vont suivre, je vais donner un coup de pied dans la fourmilière. Mon objectif est de contribuer à jeter les bases d’une réflexion intellectuelle sur la place et le rôle des institutions coutumières dans un Etat qui cherche encore ses marques vers une véritable démocratie plus d’un demi-siècle après son indépendance. Deux problèmes seront discutés dans cet article : d’une part, le constat de la situation dans une perspective historique, d’autre part, les conséquences du comportement opportuniste des politiciens.

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I-Le constat d’une situation

Depuis un certain temps on constate le retour en force de la chefferie coutumière dans l’arène politique nationale. On en veut pour preuve qu’à chaque meeting d’un parti politique, le nombre de bonnets rouges qui trônent aux premiers rangs ; et les médias (télévisions) se font le devoir ou le grand plaisir de les montrer en premier lieu et en gros plan. En fait, ce retour en force du pouvoir coutumier n’est pas nouveau. Il convient ici de faire quelques rappels historiques avant d’examiner les raisons de ce retour.

1.1. Qu’est-ce que la chefferie traditionnelle ?

La chefferie traditionnelle est une institution qui émane des sociétés politiques et des Etats qui existaient en Afrique avant la conquête coloniale. Le terme « traditionnel » a d’abord été utilisé par le colonisateur pour distinguer l’administration coloniale de ces royautés considérées comme dépassées et archaïques. Elle fut appelée par les mouvements des étudiants de façon impropre de féodalité en référence au Moyen Age européen. Profondément transformée par la colonisation, la chefferie traditionnelle a par la suite cherché à se positionner dans l’Etat postcolonial, désormais dirigé par une élite intellectuelle dite moderne.

Dans la majorité des Etats postcoloniaux, la chefferie traditionnelle est intégrée, mais également contrôlée. Par ailleurs, dans certains Etats, elle a purement et simplement été supprimée (cas de la Guinée en 1957 et du Sénégal en 1960). Mais du fait du poids des traditions et de leur influence morale sur les populations, la chefferie traditionnelle continue à jouer un rôle politique non négligeable de nos jours dans la majorité des Etats africains, notamment en tant qu’instance de pouvoir de proximité dans les zones dites rurales (Nach Mback 2000).

Finalement, j’emprunte à Jean Baptiste OUEDRAOGO (2011) la présente définition qui dit « nous entendons par chefferies traditionnelles, les autorités coutumières et religieuses traditionnelles, c’est-à-dire les chefs de villages, de cantons ou royaumes et les chefs de terres ou tous responsables coutumiers reconnus comme tels qui, en raison de leur statut social particulier, exercent une certaine emprise sur les populations placées sous leur autorité, et par conséquent, pèsent lourdement sur les prises de décisions d’importance, notamment celles engageant la vie de la société ». Cette définition, me permet de faire quelques rappels historiques.

1.2. Rappels historiques

Le pouvoir colonial dans sa quête de légitimité et de soumission des « indigènes » sous sa domination a eu recours au pouvoir traditionnel et ceci dans le cadre du recrutement de soldats pour les guerres coloniales, pour les cultures de rente (coton, arachide), mais aussi pour imposer et lever l’impôt de capitation. C’est aussi par l’intermédiaire de ces chefs que les travaux forcés (portage jusqu’aux ports, travaux de construction du chemin de fer Abidjan-Niger, construction de routes pour l’évacuation des produits de rente, etc.) étaient organisés à travers le recrutement des forces vives dans les villages. Mais, les chefs qui refusaient de collaborer, et il y en a eu, ont souvent été destitués au profit de chefs plus dociles.

Pour l’histoire de la Haute-Volta, certains chefs comme le Mogho-Naba Kom et son fils Saga II ont eu à jouer un rôle important dans la réunification du pays en 1947, jadis partagé entre la Côte d’ivoire, le Mali et le Niger à partir de 1932. A cet effet, le Mogho-Naba Saga II créa un parti politique dénommé Union pour la Défense des Intérêts voltaïques (UDIV). La création de ce parti n’était pas dénuée de toute ambition politique. En effet, le 17 octobre 1958, dans l’intention de proclamer une monarchie constitutionnelle, le fils du Mogho-Naba Saga II, le Mogho-Naba Kougri tente un coup d’Etat en envahissant avec près de 300 cavaliers l’Assemblée nationale où les députés se réunissaient. Cette tentative échouera définitivement le 20 octobre 1958. Maurice YAMEOGO qui devient le premier Président, proclame la République le 11 décembre 1958 et pour éviter toute nouvelle velléité du Mogho-Naba et une confrontation directe avec ce dernier, pris un décret le 8 juin 1962 supprimant la rémunération des chefs traditionnels et interdit leur remplacement en cas de décès ou de révocation. Deux ans plus tard, en 1964, un autre décret instituait l’élection des chefs de village au suffrage universel direct par les habitants d’une même localité inscrits sur des listes électorales, avec la possibilité pour chaque électeur d’être éligible. C’est dans cet affrontement de plus en plu ouvert que le député-roi de Boussouma avait résumé le conflit entre les deux pouvoirs en déclarant au Président Yaméogo : « Nous, on était toujours imbus de ce que nous étions. Tu es le président. On te respecte, mais tu n’es pas autre chose ». En d’autres termes, son pouvoir est un pouvoir octroyé par les blancs sans aucune légitimité à leurs yeux.

Cette décision de Maurice YAMEOGO, marquait le début de l’extinction progressive de la monarchie. Telle était la situation jusqu’au soulèvement populaire du 3 janvier 1966 qui le renversa.

Après le 3 janvier 1966 qui a vu l’avènement du Colonel Sangoulé LAMIZANA, la chefferie fut réhabilitée sans toutefois jouer un rôle fondamental. Avec la Révolution du 4 août 1984, la chefferie fut dénoncée comme réactionnaire et oppresseur du peuple. Elle fut malmenée par les CDR. Il faudra attendre le coup d’Etat de Blaise COMPAORE le 15 octobre 1987 pour voir une véritable réhabilitation du pouvoir coutumier. Ce fut un retour en force de la chefferie traditionnelle. En fait, cette chefferie sera avec l’armée et la corruption les trois piliers de la gouvernance du régime du capitaine Blaise COMPAORE qui lui ont permis de se maintenir au pouvoir pendant 27 ans. Sous la Transition, ce fut un véritable scandale, tour à tour, on a vu le premier Ministre Zida, le général Kwamé LOUGUE, le putschiste Diendéré, les candidats aux élections présidentielles, défiler au Palais du Mogho-Naba, qui, pour se mettre sous sa protection, qui, pour demander des bénédictions pour réussir dans sa mission, d’être élu ou pour que les élections se déroulent dans la paix. On a cru à un moment donné que la République n’existait plus et que le pouvoir central s’était déplacé de Kosyam au Palais de l’Empereur des Moosé, rendant caduque l’existence de l’Etat burkinabè et de ses institutions. Pourquoi un tel comportement des politiques ?

1.3. Raisons de ce glissement vers la monarchie

Je pense que dans l’histoire moderne du pays, sous la Transition, jamais l’existence de la République n’a été aussi menacée dans ses fondements. Je ne sais pas si le peuple avait pris conscience de cet état de fait. Quoi qu’il en soit peu ou pas d’intellectuels n’ont réagi à travers un quelconque écrit (sauf les internautes récemment). Tout se passait comme si la scène qui se déroulait devant nous était normale. Mais pourquoi un tel glissement ? La raison était simple, l’existence d’un contre-pouvoir incarné par le Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) et le manque d’autorité de l’Etat expliquent cet état de fait.

a) Le contre-pouvoir

Blaise COMPAORE avait créé un monstre, le RSP qui a failli l’emporter lui-même en 2011. Tout se passait comme s’il y avait un Etat dans l’Etat. Dans une telle situation, toute menace du RSP avec à sa tête le célèbre général Diendéré, n’avait pas de répondant. L’armée elle-même avec son Chef d’Etat-major ne pouvait faire le contre poids dans la mesure où elle disposait des armes mais sans munitions. Les Organisations de la Société Civile (OSC) qui formaient un conglomérat d’organisations n’offraient pas de garantie de sécurité à des personnes en rupture de banc éventuel avec les autorités du moment. Mêmes les partis politiques ne pouvaient constituer des voies de recours en cas de menaces. De toutes les façons, ces partis étaient trop préoccupés d’arriver rapidement à Kosyam ; et de ce fait, ils avaient des attitudes opportunistes consistant à ménager la chèvre et le chou. Alors, quel lieu pour se réfugier ? Chez le Médiateur du Faso ? Chez le Cardinal ? Chez le Grand Imam ? Ah ! Chez l’ancien Président Jean Baptiste OUEDRAOGO, médiateur infatigable, militaire comme les hommes du RSP ? Nullement. Si le 3 janvier 1966, tel leader politique était caché chez le Cardinal, tel autre dans son laboratoire ; durant la Transition, les hommes politiques ont fait de nouvelles découvertes, le Palais du Mogho Naba, là où même le militaire avec sa Kalachnikov sait que les lois divines peuvent découvrir ses intentions. Il s’est posé bien là un problème d’éthique.

Ainsi qu’on le voit, l’incapacité des hommes politiques et les contradictions qui ont surgi entre eux, ont placé le Mogho-Naba au centre de la gestion du pouvoir d’Etat malgré lui. Heureusement qu’il a su faire preuve de sagesse et de diplomatie jusque-là. Mais, n’est-on pas en train de réveiller les vieux démons d’un pouvoir monarchique avec l’affaiblissement de l’Etat républicain ? On a coutume de dire que l’appétit vient en mangeant, je dirai que le goût du pouvoir vient quand on est trop sollicité.

b) L’autorité de l’Etat,

De quel Etat tu parles ? Il y a longtemps que sous le régime de Blaise Compaoré l’Etat a fait place à un réseau de mafieux, caractérisé par la corruption. Cette corruption qui s’est développée avec la bénédiction de grands intellectuels, a gangréné le pouvoir d’Etat et avec lui, les institutions qui sont entrées en putréfaction, non disons en dépérissement. Sans exagérer, j’ai eu l’impression qu’on était désormais dans une jungle. Tenez ! des postes de police qu’on brûle, des maternités sont saccagées pour la faute d’une sage-femme , le conducteur de voiture qui fait un accident avec une mobylette est obligé de prendre ses jambes à son cou avant que la foule déchainée ne rende la justice du « pauvre ». Les mobylettes occupent la chaussée des voitures « parce qu’on est tous des citoyens burkinabè ». Quelle société on nous a laissé après 27 ans de règne d’un homme « irremplaçable » ?

La justice n’existe plus, les fonctionnaires partent au service quand ils veulent, le directeur est obligé de coopérer avec ses subordonnés pour sauvegarder son poste, car eux ils sont les hommes du ministre. Mêmes les clubs de football sont gangrenés. L’Etat, c’est la famille, c’est le cercle d’amis. Des taxes de toutes sortes sont instituées au nom du « Prince » comme au bon vieux temps

Que reste-t-il ? Ces politiciens véreux se souviennent qu’il y a encore des institutions qui demeurent intactes avec leur autorité, et sont de celles-là, la chefferie traditionnelle et le pouvoir religieux. Voilà pourquoi, après avoir détruit l’Etat, les politiciens se rabattent sur ces deux pouvoirs qu’ils risquent d’entrainer dans leur mégalomanie.

c) Les raisons de l’implication du pouvoir traditionnel

Historiquement, on a vu les ambitions de cette chefferie et aussi comment le pouvoir colonial l’a utilisée pour assoir sa domination. Dans le même esprit, le pouvoir de Blaise COMPAORE en mal de légitimité et pour assoir sa base politique va s’appuyer, suivez mon regard grâce à ses « conseillers » occultes, sur cette chefferie traditionnelle. Cette situation a été favorisée d’une part, par la pauvreté de certains chefs traditionnels, qui, face aux réalités de la vie, étaient obligés de prendre la carte du CDP ou tout simplement qu’ils étaient installés par le parti, créant des conflits de succession dans les familles (situations conflictuelles déjà observées à l’époque coloniale) ; d’autre part, par l’arrivée progressive d’intellectuels retraités ou non comme chefs dans leur village, et qui à tort ou à raison, se sont jetés dans la politique sans être nécessairement CDP.

Quoi qu’il en soit, si le retour en force de la chefferie traditionnelle a longtemps profité à son animateur Blaise ; il a aussi contribué à la division dans les familles et dans les villages (souvent deux chefs dans le même village), sapant les bases de toute cohésion sociale. En effet, le chef politicien ne représente plus toute une communauté, une société, mais un parti politique, de sorte que ses sujets ne se reconnaissent plus en lui. Quelle mobilisation peut-il faire pour développer désormais sa communauté ? Quelle médiation peut-il faire entre ses sujets en conflit ? Et quelle autorité morale un tel chef peut représenter ? Car comme dit Ouédraogo (2011) « Les chefs traditionnels sont des repaires sociaux et garants des valeurs humaines fondamentales. Ils constituent donc des références privilégiées aussi bien pour la société elle-même qui les reconnaît comme telles que pour les pouvoirs publics ». Cela me conduit à examiner les conséquences qui peuvent en résulter.

II-Conséquences de la situation

J’examinerai successivement les conséquences pour l’avenir de l’Etat-nation, la cohésion sociale et les dérives des politiques.

2.1.L’avenir de l’Etat-nation

Les chefs traditionnels représentent en effet le pouvoir de proximité qui prévaut dans le milieu rural depuis des siècles et ceci avant qu’on ne parle d’une nation voltaïque ou burkinabè. C’est dire que chaque communauté, de l’est à l’ouest, du nord au sud avait ses traditions et en fonction de l’état de développement des forces productives s’organisait sous forme de royaume, de confédération, de communauté sans pouvoir hiérarchique, de chefs de terre, etc. Dans certaines régions comme l’ouest et le sud-ouest, il n’existait pas de forme d’organisation hiérarchique comme chez les Mossis ou les Gourmantchés. Mêmes dans les régions où la chefferie était fortement implantée avant l’arrivée du colonisateur, son importance n’était pas uniforme, mais dépendait plutôt des traditions de chaque région. Aujourd’hui, on observe ces survivances dans les diverses communautés, et donc évitons de prendre le roi des moosé comme représentant l’ensemble des chefs traditionnels (à moins qu’il ait été désigné comme tel, autant pour moi si tel est le cas) du Burkina ou le pouvoir supérieur de la Nation. Sinon, nous pouvons mettre en péril l’Etat-Nation.

Afin de légitimité par le droit moderne cette chefferie, la Constitution burkinabè de 1991 reconnait dans son préambule « la chefferie coutumière et traditionnelle en tant qu’autorité morale, dépositaire des coutumes et des traditions dans notre société ». Toutefois, il faut rappeler que cette reconnaissance constitutionnelle a été ajoutée par la loi du 11 juin 2012. C’est un additif à la Constitution. Question, pourquoi cet additif ? Quelles étaient les intentions du législateur et notamment du gouvernement de la IVème République en insérant dans la Constitution cet additif ?

Au regard de la complexité du sujet, c’est à juste titre que l’African National Congress (ANC) de Nelson MANDELA sur la question du partage du pouvoir pour la construction de la nouvelle Afrique du Sud post apartheid s’interrogeait « que faire de la chefferie traditionnelle en Afrique du Sud ? ». De nombreux débats ont eu lieu entre les différentes composantes de la société, et finalement il a été retenu d’accorder une place à cette chefferie ; et le gouvernement a su faire progresser la démocratie, en « dé-féodalisant » les zones rurales tout en gardant des caractéristiques de la culture africaine noire. L’Etat devra s’assurer du respect de la coutume et éviter d’enfreindre à la règle tout en gardant la place de l’Etat central associée à une omniprésence de la démocratie dans toutes les sphères du gouvernement dans un esprit de stabilité et de cohésion sociale.

2.2.La cohésion sociale et l’incidence sur le pouvoir coutumier

Selon Abdoul Azizou GARBA (2009) que je résume. Au Niger, des années 1990 à nos jours, le statut de la chefferie a connu plusieurs évolutions. Avec la décentralisation, les chefs sont devenus des conseillers municipaux de droit. C’est une façon de les intégrer dans la gestion des communes et d’harmoniser leurs fonctions de conciliation dans un contexte nouveau. Cependant, pour une question de neutralité, il est interdit à la chefferie de faire la politique. Le chef traditionnel est normalement le chef de toute sa communauté et c’est pour cette raison qu’il doit s’éloigner de toute situation qui l’amènerait à choisir un camp. A priori, la chefferie paraît donc à l’abri de toute manipulation, corruption ou instrumentalisation par la politique et le politique. Mais cette situation ne va pas durer longtemps puisque sous le président Tandja, de nombreux chefs avaient soutenu le « Tazarcé », terme Haoussa signifiant la continuité (ou révision de la Constitution) ; une des conséquences a été que le palais royal du chef de Dosso a été saccagé et incendié par les anti-tazarcé. Récemment, au Burkina Faso, avec le projet de révision de l’article 37, les chefs coutumiers affiliés au CDP et à l’ADF/RDA, n’étaient pas loin de voir leur palais réduit en cendres les 30 et 31 octobre 2014, n’eut été quelquefois les interventions de certains sages dans les villages. De tels actes auraient constitué des précédents aux conséquences incalculables pour les communautés villageoises respectueuses de la tradition et des valeurs ancestrales.

Qu’il s’agisse du Chef de Dosso ou de certains chefs au Burkina Faso, leur pouvoir s’est trouvé amoindri et le respect que les communautés villageoises leur vouaient s’est effrité. Le rôle de tampon, de garant de la stabilité sociale dans le royaume, ainsi que le respect que les politiques leur devaient se sont estompés.

L’exemple du Ghana voisin est celui qui semble avoir influencé le plus le débat au sein de la classe politique et de la société civile burkinabè. En effet, en décidant de donner une place constitutionnelle à la chefferie coutumière par la création d’une « Chambre des Chefs », le président Rawlings a su responsabiliser cette force sociale pour assurer la stabilité du régime démocratique au Ghana ; en même temps que cela a permis une fois pour toutes de déconnecter formellement la chefferie coutumière du jeu politique partisan. On remarquera à ce propos comment le Président John KUFFUOR a su user de ce pouvoir social pour endiguer toute vélléité de remise en cause par son propre camp de l’élection transparente de son successeur Atta Mills.

2.3.Les dérives des politiques au Burkina

Du Premier Ministre Zida en passant par le Général Kwamé LOUGUE sans oublier l’autre Général putschiste, tous sont partis faire allégeance au Moro-Naba sous la Transition, traduisant par-là que le véritable détenteur du pouvoir était l’Empereur des Mossis. Imaginons que le général Diendéré n’eut pas été exfiltré, et que la foule eut pris d’assaut cette nuit du 21 septembre 2015 le Palais et saccageait tout ? Que ce serait-il passé par la suite pour toute une communauté pour qui l’Empereur est sacré ? Le responsable ne serait pas a priori le Mogho Naba, mais bel et bien ces militaro-politiciens. Mais, penchons-nous sur le cas de Kwamé Lougué à qui la foule demande de prendre le pouvoir, au lieu d’aller à la RTB ou à au palais de Kosyam pour faire sa déclaration, il part chez le Mogho Naba pour demander conseils et bénédictions. Ah ! quel général ? L’autre général (Diendéré) fait tuer des gens et va aussi demander conseil et bénédictions à l’empereur des Moosé comme si c’était ce dernier qui l’avait envoyé perpétré son coup d’Etat et ses crimes. Vous voyez l’amalgame qu’une foule en colère serait capable de faire ?

Je pensais qu’avec les élections démocratiques qui se sont déroulées, les nouvelles autorités auraient eu plus de recul et de maturité politique, mais force est de constater qu’elles ne font pas mieux que la Transition, puisque le 30 janvier, le Ministre de la Culture Tahirou BARRY en visite chez le Mogho Naba déclarait que c’est son devoir de venir se présenter à sa majesté pour « recueillir » ses précieux conseils et surtout ses bénédictions. Plus loin, il poursuivait, « Le Mogho Naba est un digne dépositaire des valeurs traditionnelles et culturelles de notre pays, j’ai estimé que ses précieuses recommandations, ses conseils et bénédictions étaient nécessaires pour nous permettre de réussir la noble mission qui nous a été confiée ». Dans la même recherche des bénédictions, et comme un Tahirou peut en cacher un autre, le Ministre des sports, Bangré est allé aussi le même jour demandé des conseils et des bénédictions à sa Majesté (tous ces propos sont rapportés par par Tiga Cheick Sawadogo de « lefaso.net » du 30 janvier 2016). Quelques jours plus tard, en réponse probablement aux visites fréquentes chez le Mogho Naba qui est le Naba des Moosés seulement, c’était au tour du ministre Nestor BASSIERE de rendre visite au Chef suprême des Bobo Mandarè pour solliciter ses bénédictions et montrer que les Bobo aussi ont leur Naba. Interrogé par la presse, il dira en substance au Chef : « Je suis venu vous dire que j’ai été nommé à la tête du département de l’environnement. Avant d’entreprendre toute action, je suis venu à la source pour demander vos bénédictions pour mener à bien la mission qui m’a été confiée ». Au moment où nous bouclions cet article, le Premier Ministre Paul Kaba ne s’est pas fait prié aussi en emboitant le pas à ses ministres. Il est allé aussi le 19/02/16 demander à l’Empereur des Moosé ses sages conseils et ses bénédictions pour pouvoir mener à bien sa mission. Bientôt on verra le Président de l’Assemblée nationale Salifou DIALLO, le Président du Faso Marc Christian KABORE et bien sûr le ministre d’Etat Simon COMPAORE défiler à la queue leu leu pour recevoir les bénédictions et les sages conseils de l’Empereur de tous les burkinabè.

Face à de telles attitudes, on peut se poser un certain nombre d’interrogations :
1°) le Burkina Faso est-il une République ou une monarchie constitutionnelle ?
2°) qui a remplacé François Compaoré dit « le petit président » pour nommer désormais le premier ministre et le gouvernement actuels : est-ce la Troïka du MPP ? Est-ce le Mogho Naba ? Où est-ce une coalition politico-coutumière ?

Au regard des faits précédents, il est important que l’Assemblée nationale légifère sur cette chefferie coutumière de façon définitive. Tout en prenant en compte les caractéristiques de la société burkinabè et au regard des exemples des pays comme le Ghana, le Niger ou l’Afrique du Sud, il sera possible de définir un cadre juridique et veiller à son strict respect. Dans un premier temps, il faudra donner l’opportunité aux chefs traditionnels de mener une réflexion approfondie sur leur statut et leur rôle dans la cité et en politique. Ce rapport sera transmis à l’Assemblée nationale qui analysera les résultats de ces réflexions et qui pourra au besoin commanditer d’autres réflexions complémentaires avant de légiférer. De mon point de vue, il doit ressortir clairement dans les textes, l’interdiction formelle à tout chef coutumier de faire de la politique, donc de briguer un mandat politique (député, ministre, conseiller municipal, etc.). Je ne partage pas le point de vue de Ouédraogo (2011), lorsqu’il dit « Un chef traditionnel peut être un homme politique au sens moderne du terme, c’est-à-dire qu’il peut briguer un mandat électif car il conserve sa qualité de citoyen à part entière, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres citoyens. La qualité de chef traditionnel et celle de représentant élu peuvent en effet être assumés par une seule et même personne ». Je pense que là, Ouédraogo rentre en contradiction avec lui-même, car dans sa communication que je trouve pertinente, dans la conclusion, il s’inquiète et s’interroge « Comment les chefferies traditionnelles en tant qu’institutions coutumières pourront-elles conserver leur autonomie et leur indépendance dans un engagement politique trop prononcé des chefs traditionnels au nom de la démocratie ? »

Auparavant, il avait donné plus loin une réponse en ces termes parlant des élections : « La pression électorale exercée sur les populations par l’intermédiaire des chefferies traditionnelles est encore si forte qu’elle entrave le libre choix démocratique ». A mon avis, les chefs traditionnels tiennent leurs pouvoirs de la tradition et des coutumes, dans les limites de l’administration moderne. De ce fait, le chef traditionnel peut supplier à l’administration centrale dans le village pour un certain nombre de tâches. En tant que tel, il doit pouvoir bénéficier d’une rémunération. De son côté, l’administration doit éviter avec les partis politiques de s’ingérer dans la désignation de ces chefs coutumiers. Elle doit veiller au strict respect de la coutume. Le chef traditionnel doit choisir entre son pouvoir de chef, représentant une communauté, et ses ambitions politiques qui l’éloignent de sa représentation communautaire.

Par Taladidia THIOMBIANO, professeur à la retraite

Bibliographie :
DJIJKEMA Clarke : Partage du pouvoir : que faire de la chefferie traditionnelle en Afrique du Sud ? Site Irénées.net, octobre 2005, Grenoble
GARBA Abdoul Azizou : Le « Tazarcé » et la chefferie traditionnelle : la complicité invisible – CETRI du 10/12/09
KINDO Bassiratou : Bobo-Dioulasso : Nestor Bassière a rendu visite au chef Bobo mandarè, in Lefaso.net du Ier/02/16
MBACK Nach (2000) : cité par Garba dans le Tazarcé et la chefferie traditionnelle
OEDRAOGO Jean Baptiste (2011) : Rôle et place de la chefferie traditionnelle dans la démocratie. Communications au Conseil Consultatif sur les Réformes Politiques, séance du 25 juin 2011
SAWADOGO Tiga Cheick : Le ministre de la culture, Tahirou Barry était chez le Mogho Naba, in Lefaso.net du 30/01/16
SYLMpeddia : Le coup d’état monarchiste de 1958 en Haute-Volta

 

17:57 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

2016.03.08

LES MOTS LIENS

Les mots liens

Les mots liens encore appelés connecteurs logiques servent de liaison entre les idées, les paragraphes et les parties. Selon qu’on veut illustrer, développer, expliquer ou énumérer dans l’argumentation, on peut faire appel à des mots liens.

Exemples de mots liens et leur valeur

Valeur

Mots liens

 

 

Pour énumérer

-Avant toute chose, d’abord, ensuite, puis, enfin ;

- D’abord, ensuite, enfin.

- Primo, secundo, tertio ;

- en premier lieu, en deuxième lieu, en dernier lieu ;

- Premièrement, deuxièmement, dernièrement ;

D’une part…d’autre part

 

Addition ou développement d’une idée

Aussi, en outre, par ailleurs, de même, également, de la même façon, de plus, non seulement…mais aussi et surtout, de surcroît, de façon identique, encore, outre, et, etc.

Reformulation, précision, illustration d’une idée.

Mieux expliciter ce que l’on a voulu dire

Par exemple ; en réalité, c'est-à-dire, ainsi, autrement dit, soit, notamment, à savoir, en d’autre terme, comme, pareillement

Pour renforcer une idée

Mieux…, en plus, mais, d’autant plus que…, à plus forte raison, etc.

 

La cause

Pour apporter des preuves

Etant donné que, car, du moment que, sous prétexte que, effectivement, dès lors que, puisque, dès l’instant où, vu que, en considérant que, parce que, en effet, à cause de…, grâce à…, en raison de…, par suite de…

 

La conséquence

En conclusion, dès lors, de ce qui précède, donc, partant de, en conséquence, c’est pourquoi, par suite, si bien que, par conséquent, aussi, dans ces conditions, etc.

 

Le but à atteindre ou à éviter

Afin que, de peur que, pour que, dans l’intention de, à cet effet, de façon que, en vue de, de façon que, en vue de, afin de, pour, etc.

La disjonction ou pour indiquer un choix ou une alternative

Tantôt…tantôt, à la différence de …, ou, si ce n’est que, ou bien…ou bien, hormis, sauf, soit…soit, à l’exception de etc.

La comparaison ou l’équivalence

Identique à, pareil à, de même que, plus…que, comme, aussi…que, autant…que etc.

La restriction

En dehors de.., excepté, sauf, mis à part etc.

 

 

L’opposition

Toutefois, en revanche, pourtant, néanmoins, par contre, or, cependant, bien que, quoique, à l’inverse, à l’opposé de, en dépit, malgré, mais, au contraire, contrairement, nonobstant, s’il est vrai que, quelque, au lieu de, malheureusement etc.

 

La condition

Pourvu que, si donc, or si, même si, si, à condition que, quand bien même, en supposant que, pour peu que, à moins que…

 

Pour débuter une conclusion

 

Tout compte fait, après tout, au total, somme toute, en bref, bref, en somme, finalement, en résumé, donc, tout bien considéré, pour conclure, en conclusion, ainsi etc.

 

12:03 Écrit par Thieni hama dans PREPARATION CONCOURS PROFESSIONNEL ASSISTANCE SOCI | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Bobo-Dioulasso : L’ordre des pharmaciens de l’Ouest au secours des malades mentaux

Des vivres, du matériel de nettoyage et une enveloppe, le tout, d’une valeur d’1 600 000F CFA. C’est la donation des pharmaciens de l’Ouest au centre Notre Dame de l’espérance, centre accueillant des malades mentaux à Bobo-Dioulasso. La remise a eu lieu, samedi 5 mars 2016.

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Sobre mais pleine d’émotions, c’est le moins qu’on puisse dire de la cérémonie de remise de vivres, de matériels de nettoyage… au profit des malades mentaux internés au centre Notre Dame de l’espérance de Bobo-Dioulasso. Signe manifeste du soutien moral et financier de la famille des pharmaciens de la région de l’Ouest, le don vise à la prise en charge des pensionnaires. Il a été possible, confie Dr Issa Tarpaga, grâce à la mobilisation généreuse de toutes les entités de la corporation des pharmaciens à savoir ceux de l’administration, des laboratoires des cliniques et des recherches, des structures de distribution pharmaceutique, des enseignants du supérieur et les officines pharmaceutiques. « Cet élan de solidarité nous a permis de collecter avec l’appui du syndicat et de l’ordre, un montant en dons d’1 600 000FCFA repartis en vivres, produits d’hygiène et en sommes numéraires », précise Dr Tarpaga.
Notre dame de l’espérance est un centre d’accueil, de soins et de réinsertion pour les malades mentaux prioritairement errants. C’est aussi un centre psychosocial qui tient compte de toutes les problématiques de la maladie mentale, de ce qui pousse les malades à l’errance et de ce qui peut favoriser leur réinsertion. Ouvert en décembre 2014, 237 malades y sont passés. « Nous avons en ce moment 65 pensionnaires avec trois femmes qui ont des enfants. Il y a 53 errances, 105 malades stabilisés et remis à la famille », explique l’Abbé Emmanuel Nabaloum, coordonnateur du centre. Louant le geste de la corporation des pharmaciens, il vient ainsi soulager les efforts déjà consentis dans la prise en charge de ces malades mentaux. Un geste qui s’inscrit dans une logique de contribution en vue de favoriser l’accès, l’accueil et la prise en charge des malades mentaux de la ville de Bobo-Dioulasso. « C’est une démarche dont l’objectif majeur est l’accompagnement à atteindre la mixité, l’inclusion et l’insertion sociale de cette frange de la population vulnérable et défavorisée. Il était donc important d’appuyer ce centre qui fait un noble travail pour la société », ajoute Fao Bruno, pharmacien et secrétaire du bureau de l’ordre régional des pharmaciens de l’Ouest.

Bassératou KINDO
Lefaso.net

 

 
 

10:58 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Santé infantile : Le Secrétaire général de l’ONU encourage le personnel du CREN

              Au deuxième jour de sa visite, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a rendu, le jeudi, 3 mars 2016, une visite au Centre de récupération et d’éducation nutritionnelle (CREN Morija) sis dans l’enceinte du centre médical Schiphra à Tanghin. Là, Ban Ki-Moon s’est dit impressionné par la détermination du personnel à sauver des enfants.

« Engageons-nous à aider tous les enfants de ce pays dans notre avenir commun », a appelé le secrétaire général de l’organisation mondiale à l’issue de sa visite. Et ce, après avoir mentionné sur le livre d’or : « Je suis admiratif du personnel dévoué de l’hôpital Schiphra qui travaille pour l’avenir de ce pays et qui s’occupe si bien de ces enfants. L’ONU est à vos côtés ».

Cette visite a pour but, dit le secrétaire général de l’ONU, de témoigner la solidarité des Nations-Unies au centre.« J’apprécie vivement d’avoir la chance de visiter cette unité pédiatrique. Nous sommes à vos côtés. Je suis vivement impressionné par la détermination à sauver des enfants. Mes pensées vont, avant tout, aux familles des enfants qui n’ont pas accès à ces services. Les autorités burkinabè ont contribué à résoudre le problème de la malnutrition. Des milliers de vies sont sauvées chaque année et cela permet d’éviter les souffrances humaines et d’assurer l’avenir de ce grand pays », a félicité Ban Ki-Moon. Il a également salué les efforts déployés pour promouvoir l’allaitement maternel car, pour lui, la malnutrition des enfants est un problème « qui nous préoccupe tous ».

« Les chefs d’Etat et de gouvernement viennent d’adopter le programme de développement durable à l’horizon 2030 avec des objectifs clairs visant à éliminer la faim dans le monde. (…). Ces magnifiques enfants burkinabè font partie de notre mission dans le monde », annonce Ban Ki-Moon.

Selon les responsables de l’établissement sanitaire, quelques chiffres enregistrés en 2015 donnent 958 enfants consultés avec 214 hospitalisés. Le centre a également reçu 155 cas de malnutris aigus sévères sans complication (suivi ambulatoire, externe) et 358 enfants nourrissons à risque (jumeaux, triplés, faibles poids, mères sans lait, etc.).

Pour la responsable administrative, Catherine Sawadogo, le souhait à ce jour, c’est d’avoir un nouveau centre qui permet d’étendre les activités ; pas seulement à la malnutrition mais aussi à la prise en charge des enfants malades (un laboratoire pour s’occuper de l’enfant en général, à travers sa prise en charge holistique et celle de la mère).

« Nous accueillons donc les enfants malnutris et pour les cas aigües, nous les internons ici avec leur mère pour deux ou trois semaines (voire plus) jusqu’à ce qu’ils recouvrent la santé. Nous assurons aussi le suivi de ces enfants. La malnutrition entraîne de nombreux problèmes et peut même jouer sur l’éducation scolaire des enfants », a-t-elle expliqué.

En plus des activités internes, le CREN fait des sorties de sensibilisation dans les villages et de concert avec les CSPS. Des actions qui ont permis de toucher 1903 enfants en 2015.

Oumar L. OUEDRAOGO
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

10:53 Écrit par Thieni hama dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer