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2012.04.28

L’agrobusiness, nouvel eldorado du capitalisme

Sarah Testard

La guerre des semences est lancée. Un marché de 16 millions d’euros par an à prendre. La tendance est à l’arme lourde : la privatisation du vivantarton16417-5c702.jpg
En France, le gouvernement Sarkozy aidant, c’est tapis rouge pour les puissantes firmes semencières. Monsanto et Syngenta s’en lèchent les babines. Elles ont trouvé le sillon : accaparer le marché des semences et empêcher toute production et exploitation de semences paysannes par les petits agriculteurs.

Douce de Picardie, Délice d’or, Coeur de boeuf, Jaune flammée ... Autant de variétés et de goûts qui disparaitront bientôt de vos assiettes. Leur tête a été mise à prix sur le grand marché du capital.

L’agroindustrie ne pense ni diététique, ni richesse culturelle. L’agroindustrie fait de l’agrobusiness. Elle préfère voir pousser les royalties plutôt que la biodiversité.

Le remplacement des semences paysannes par quelques variétés industrielles standardisées pour les besoins de l’industrie à conduit à réduire la biodiversité cultivée. À l’échelle planétaire, la FAO estime que 75 % des variétés cultivées ont disparu entre 1900 et 2001.

Et la loi du 8 décembre 2011 sur les Certificats d’obtention végétale, qui instaure, entre autre, une redevance sur les "graines de fermes", donne les pleins pouvoirs aux grandes firmes semencières qui s’approprient l’intégralité de ce marché : pour réutiliser les semences de l’année précédente, les agriculteurs devront dorénavent payer une taxe à l’hectare, appelée Contribution volontaire obligatoire, qui concerne 21 espèces (orge, avoine, pois, etc). Pour les autres espèces, la loi interdit l’utilisation des semences de ferme. Leur argument : sécuriser le financement de la recherche...

Les paysans qui ne respecteront pas ces règles deviendront donc des délinquants.

Malgré le rejet absolu de cette loi par la Confédération paysanne, Via campesina et le Réseau Semences paysannes, entre autres, elle a été votée en douce par quelques députés trop loin des champs, et met en péril tant la biodiversité que notre patrimoine culturel et notre souveraineté alimentaire.

Se procurer une bonne tomate deviendra-il bientôt un acte d’héroisme ?

La Fête des Semences au Brésil, un pied-de-nez à l’agroindustrie

A quelques 10 000 kilomètres de là, de l’autre côté de l’Atlantique, les agriculteurs brésiliens se mobilisent pour contrecarrer les projets de l’agroindustrie : Anchieta, petite ville 6 376 âmes de l’Etat Santa Catarina, au sud du Brésil, se prépare pour recevoir ces prochains jours 30 000 personnes apuyant un autre mode de production. Des agriculteurs de tout le pays et des membres de divers mouvements paysans et écologistes de 17 pays d’Amérique latine et d’Europe se réuniront entre le 18 et le 22 avril pour célebrer la Vème édition de la Fête nationale des semences paysannes et pour participer au troisième Séminaire national de formation paysanne.

Ces activités sont organisées par le Mouvement des petits agriculteurs du Brésil (MPA) et par le Syndicat des travailleurs ruraux de l’agriculture familiale (SINTRAF) de la ville d’Anchieta, dans le cadre de la Campagne internationale de Via campesina "Les semences, patrimoine des peuples au service de l’humanité", lancée lors du Forum social mondial en 2003.

Diverses variétés de semences seront exposées durant la fête, et les participants en profiteront pour échanger leurs variétés et leurs connaissances. Le Séminaire portera sur le développement durable, la souveraineté alimentaire et l’agro-biodiversité. Les ateliers seront donnés par des membres de différents mouvements paysans et sociaux d’Amérique latine : le Mouvement des Sans Terres (MST, Brésil), le MPA, Via Campesina, l’Association de petits agriculteurs de Cuba (ANAP), la Compagnie nationale d’approvisionnement du Venezuela (CONAB), entre autres.

Sarah Testard

Les présidentielles américaines, une affaire de milliardaires

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En 2008, le démocrate Barack Obama est arrivé à la Maison-Blanche parce que les lobbies économiques et financiers tout comme les multinationales de l’impérialisme américain avaient besoin de sang neuf pour remplacer le discrédité Bush et son successeur désigné par le camp républicain, John Mc Cain ; ils le démontrèrent en portant le compte des dépenses de campagne d’Obama à un chiffre ahurissant de 700 millions de dollars, alors que le malheureux concurrent ne dut se « contenter » que de 333 millions de dollars.

Un journaliste américain qui avait mené une enquête sur la seconde victoire de Bush sur Al Gore en 2000 parla de la démocratie des États-Unis comme de « la meilleure démocratie que l’argent peut acheter ». Une théorie effectivement confirmée par la campagne présidentielle de 2008 dont les dépenses pourtant record seront probablement largement dépassées par celle de 2012, qui se conclura le 6 novembre. Une campagne qui s’annonce comme la plus coûteuse de toute l’histoire, une véritable affaire de milliardaires.

Aux États-Unis, les financements publics sont soumis à des contrôles très sévères, contrairement à ceux provenant de la sphère privée. Une sentence émanant de la Cour suprême a autorisé les entreprises, les individus et les syndicats à soutenir un candidat moyennant le respect de quelques clauses, fort peu contraignantes au demeurant. Cette même Cour a fixé le plafond des dons versés directement aux candidats à 2.500 $, mais cette contrainte peut être facilement contournée par des contributions qui seraient versées aux comités d’action politique, ces fameuses Super PAC (acronyme de political action committee) qui ne sont soumises à aucune obligation de transparence. Les financiers et les multinationales voient donc se dérouler sous leurs pieds un tapis rouge et pourront à loisir financer et conditionner les deux candidats, Obama et Romney.

Ainsi, des acteurs célèbres sont intervenus pour le renouvellement d’Obama à la tête du pays, tels De Niro à New-York ou Georges Clooney en Californie, en organisant des dîners avec le président pour la modique somme de 40.000 $ le couvert. Le but étant de verser sept millions de dollars à l’Obama victory fund 2012. Mais les principaux financements proviendront de l’industrie de la communication, du spectacle et de la culture, des géants Microsoft, Comcast, Google, Time Warner et aussi des universités de Californie, d’Harvard et de Stanford. A la fin du compte, quelques sociétés pétrolières et quelques banques manquent encore à l’appel, mais elles ont encore tout leur temps d’intervenir dans la campagne.

Le plus riche donateur d’Obama est l’industriel d’origine russe Len Blavatnik qui a versé rien moins que 10,1 milliards. Mais ce dernier n’est pas pingre et il a également craché quelque menue monnaie dans le borsalino de Romney. Il y a également d’autres généreux donateurs, parmi lesquels Peter Lewis, président des Progressive Insurance compagnies, l’ex président de Google Eric Schmidt (avec sept milliards de dollars) et le financier John Doerr, avec 2,2 milliards.

Celui qui devrait être le challengeur républicain, l’ex gouverneur du Massachussetts (et milliardaire) Mitt Romney, a pour principaux soutiens la Goldman Sachs, le groupe Crédit suisse, Morgan Stanley, Hig capital, Barclays, Price Water House Coopers et Emc Corp. En clair, les principales sociétés de la finance américaine. Mais même si la Goldman Sachs se place au premier rang des soutiens de Romney, elle l’est aussi, mais au dix-neuvième, parmi ceux d’Obama selon le dernier relevé mensuel de la commission électorale fédérale.

Le plus riche donateur de Romney est le financier John Paulson (qui a versé plus d’un million de dollars), suivi par Donald Bren, qui a fait sa fortune dans l’immobilier, puis par l’éditeur Sam Zell.

Mitt Romney a pratiquement course gagnée pour la course à l’investiture américaine grâce aux 43,2 millions de dollars récoltés rien que par sa super PAC, le Restore our future. Il a surclassé si l’on peut dire ses rivaux, parmi lesquels Net Gringrich (qui n’a pu dépasser les 19 millions) et Rick Santorum, qui s’est officiellement retiré après avoir empoché 15 millions de dollars pour sa campagne. Romney semble avoir quant à lui mis les fonds de côté dans la perspective de sa confrontation de novembre et semble déjà être arrivé à la coquette somme de 150 millions.

Obama a de son côté récolté plus de 160 millions de dollars. Mais il en aurait besoin de beaucoup plus pour pouvoir tenir la comparaison avec son adversaire. Plusieurs centres d’études américains ont estimé que républicains et démocrates pourraient parvenir à dépenser en tout quelque six milliards de dollars rien que dans cette campagne.

Qui achètera la Maison-Blanche aura donc dépensé une montagne de dollars, et les riches donateurs attendront bien logiquement les dividendes politiques de leurs investissements. Voici comment le grand capital tient à sa merci les candidats aux présidentielles américaines. Et pendant ce temps, une multitude d’abrutis continue toujours de présenter la démocratie américaine comme le modèle le plus avancé...

Capitaine Martin

Résistance : http://www.resistance-politique.fr/article-les-presidentiell...