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2015.03.04

En Inde, les femmes violées «devraient se taire et se laisser faire»

L’un des violeurs condamnés à mort après le décès d'une étudiante en 2012 a tenu des propos atterrants sur la place de la femme dans la société indienne.

Mukesh Singh, accusé d'avoir participé au viol collectif de Delhi, escorté par un policier en 2013.Les femmes qu720430-protesters-carry-candles-as-they-shout-slogans-during-a-protest-to-mark-the-first-anniversary-of-the.jpgi se font violer sont responsables de ce qui leur arrive : c’est l’avis de Mukesh Singh (photo AFP), l’un des accusés du viol en réunion commis dans un bus à New Delhi en 2012 et ayant causé la mort de la jeune Jyoti Singh.

Agée de 23 ans, l’étudiante en médecine était montée dans un bus avec son ami après une soirée au cinéma. Elle avait alors été violée puis passée à tabac par six hommes, dont Mukesh Singh, le chauffeur du véhicule. Quelques jours plus tard, elle succombait à ses blessures, suscitant en Inde une vive émotion et une vague de manifestations.

20% de femmes «décentes»

Considérant que l’incident avait «choqué l’opinion publique», le juge en charge de l’affaire avait emprisonné l’un des agresseurs, mineur à l’époque des faits, et condamné à mort les cinq autres. Mais Mukesh Singh, qui décline toute responsabilité, a fait appel de ce verdict. Pour lui, les femmes sont responsables de leur sort lorsqu’elles sortent le soir, provoquant ainsi volontairement les hommes. «Une femme décente ne traîne pas dehors après 21 heures. Les hommes et les femmes ne sont pas égaux. Les femmes sont faites pour le ménage et les travaux domestiques, pas pour traîner dehors à faire des mauvaises choses et porter des mauvais vêtements. Environ 20% des femmes sont décentes»,affirme le prisonnier depuis sa cellule, lors d’une interview accordée à la BBC pour un documentaire diffusé prochainement.

Selon lui, Jyoti Singh serait coupable de sa propre mort. «Lorsqu’une femme se fait violer, elle ne devrait pas se défendre. Elle devrait se taire et se laisser faire. Dans le cas de Jyoti, ils l’auraient relâchée après "se l’être faite" et ils auraient juste tabassé son copain.» L’accusé n’hésite pas non plus à donner son avis sur la condamnation à mort des violeurs qui, pour lui, ne fera qu’envenimer la situation. «La peine de mort rendra les choses encore plus dangereuses pour les femmes. Avant, les hommes violaient les femmes et se disaient "laissons-la, elle ne dira rien à personne". Maintenant, lorsqu’ils violeront une femme, en particulier les criminels, ils la tueront.»

«Un besoin urgent d’inculquer des valeurs citoyennes»

Mukesh Singh n’est pas le seul à réfléchir de cette manière. En Inde, une grande partie des jeunes considère que c’est aux femmes de tout faire pour éviter les viols. Selon une étude menée par le Mouvement des enfants pour la sensibilisation civique (CMCA) dans 11 villes indiennes, 55% des étudiants de 15 à 19 ans considèrent que les femmes s’habillent et se comportent de manière provocante. Et parmi ces jeunes, il n’y a pas que des garçons. 52% des filles interrogées pensent que le comportement féminin pousse les hommes à commettre des crimes violents.

L’enquête, menée sur 6 168 étudiants (lycéens et universitaires), révèle également que 43% des garçons et 39% des filles estiment que les femmes doivent accepter un certain degré de violence. En outre, pour la moitié des jeunes, le rôle des femmes dans la société est évident : elles doivent prendre en charge les tâches ménagères et l’éducation des enfants. Des résultats alarmants et qui montrent qu’il y a «un besoin urgent d’inculquer des valeurs citoyennes aux jeunes populations indiennes, qui ne comprennent pas les principes démocratiques», selon Manjunath Sadashiva, directeur du CMCA.

Un documentaire censuré 

Leslee Udwin, cinéaste britannique, réalise depuis deux ans , pour la BBC, un reportage sur le viol collectif de Jyoti. Comprenant plusieurs interviews avec des violeurs, dont Mukesh Singh, le documentaire, qui sera diffusé le 8 mars dans plusieurs pays, vient d’être interdit en Inde. Le ministère de l’Information et de la Diffusion a en effet demandé, mardi, aux stations de télévision du pays, de ne pas diffuser le reportage. Au vu des propos tenus par le prisonnier, plusieurs militants pour les droits des femmes ont soutenu cette interdiction, considérant que la diffusion de l'interview constituerait une insulte à la mémoire de la jeune fille.

    http://www.liberation.fr

 

17:55 Publié dans ACTUALITÉ SOCIALE INTERNATIONALE | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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