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2016.03.09

Emancipation de la femme : Apprendre de l’expérience de la femme la plus honorée au Burkina Faso et mieux exploiter son histoire

L’année dernière, dans mon article « Le Yennengisme : L’héritage de l’émancipation de la femme burkinabè » j’ai défendu la pertinence et l’efficacité que l’histoire de la princesse Yennenga peut fournir pour l’émancipation de la femme burkinabè et africaine. Je vais plus loin cette fois-ci en encourageant une exploitation de l’histoire de Yennenga plus entière, plus favorable et plus honorable à la femme burkinabè. De Nedega jusqu’à l’étalon de Yennenga, l’histoire de Yennenga est une mine d’or pour l’émancipation de la femme burkinabè et africaine.

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Braquer nos projecteurs sur les victoires de la princesse Yennenga ou sur quelques aspects ou parties pathétiques de l’histoire de Yennenga n’est pas la façon la plus efficiente de faire bénéficier la femme burkinabè et africaine de l’expérience unique et riche de la femme la plus honorée au Burkina Faso et même vénérée par beaucoup. Une exploitation plus entière et plus favorable à la femme et la fille devrait prendre en compte certains atouts de l’histoire de Yennenga, à savoir :

Je suis Nedega ! Je suis un coutumier et un père Nedega ! Je fourni l’amour, l’éducation, la formation, la présence, l’encouragement et la protection utile pour la réussite de la fille et de la femme. J’ai vu la fille et la femme africaine en action ; je sais de quoi elles sont capables à égalité des chances.

Nedega est l’ami de la fille et de la femme. Il a peut-être créé « un prince » et « un roi » accidentellement en la personne de Yennenga puisqu’il a semble-t-il accordé à Yennenga des avantages qu’il réservait pour le fils qu’il voulait avoir, mais ses actions restent exemplaires et très louables. C’est lui qui a mis Yennenga en selle et sur les champs de bataille et l’a protégée dans une société traditionnelle africaine ancienne oừ les rôles étaient divisés selon le sexe. Sportivement parlant, c’était lui le douzième joueur, l’entraineur, l’arbitre et la fédération dans l’histoire. Il est donc la personne la plus influente dans la vie de Yennenga ; le rocher de Yennenga.

Nedega est un exemple purement africain et un modèle à suivre pour tous les hommes en Afrique et ailleurs quelques soient leurs domaines d’activité. Il était en avance par rapport à son temps, surtout pour un chef coutumier. Même si la révolution féminine que lui et Yennenga ont montrée n’a pas été répandue dans son royaume et dans l’Afrique entière, nous savons de nos jours la valeur capitale des actes qu’ils ont posés ensemble. Nedega était même en avance par rapport à notre temps ; nos leaders actuels ne sont pas encore parvenus à produire des femmes officiers généraux dans leurs armées.

Je suis Yennenga ! Je ne suis pas une citoyenne de deuxième classe ou un sexe inferieur. Je résiste au sexisme et aux discriminations et je poursuis mes rêves jusqu’au bout. Je protège les animaux et l’environnement et je me bats pour l’honneur de mon pays.

La société et l’homme doivent beaucoup à la femme certes, mais la femme a aussi un rôle très important à jouer dans sa propre émancipation. Même avec la protection de son père, Yennenga a du faire ménage avec le poids des regards et des interrogations de la société africaine de l’époque sur l’expérience progressiste qu’elle vivait. Elle a même peut être subit des pressions sexistes, même dans la cours royale de son père. Mais elle a bravé toutes les pressions pour produire des résultats qui étaient au-delà des attentes de sa communauté pour une fille et une femme. Elle a même vraisemblablement échappé au mariage de convenance ou mariage arrangé en allant à la rencontre de Rialé. En matière d’émancipation de la femme, elle a tout gagné dans l’histoire de Yennenga ; elle a gagné tous les combats. Les femmes peuvent s’inspirer d’elle pour l’emancipation de la femme et faire de l’histoire de Yennenga leur histoire. Elles peuvent également unir leurs forces contre le sexisme et toutes les discriminations.

Je suis Etalon du Burkina Faso ! Je l’étalon de la femme ! Je suis combatif et je partage les combats de la femme et de la fille burkinabè ainsi que ceux de la nation. Je protège les animaux et l’environnement.

L’étalon a été un compagnon loyal et a partagé les combats et les exploits de Yennenga. Il est un patrimoine national pour la femme et la fille burkinabè.

Je suis utilisateur de l’histoire de Yennenga ! Je suis promoteur de la fille et de la femme ! Les utilisateurs de l’histoire de Yennenga sont nombreux. Les utilisateurs les plus connus de l’image de Yennenga et de son étalon sont entre autres le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), l’Association Sportive du Faso-Yennenga (ASFA-Yennenga), les artisans, des associations, l’état et nos fédérations sportives à travers les noms de nos équipes nationales et l’appellation de nos joueurs Etalons. Ce n’est nullement l’intention ici de traduire qui que ce soit en justice ou de décourager une quelconque utilisation masculine de l’histoire, mais il faut reconnaitre que en plus d’être des milieux très majoritairement masculins, beaucoup d’utilisateurs ne se sentent pas interpeler à soutenir explicitement la femme et la fille burkinabè. De telles exploitations même si elles sont nationales, sont comme si on exploitait une mine d’or dans une région pour l’intérêt national sans investir une partie des recettes de l’exploitation directement dans la région d’exploitation. Cela est surtout injuste pour la femme étant donne le nombre largement plus élevé d’héros nationaux masculins dont nous disposons. La femme est perdante dans ce type d’exploitation et de partage de l’histoire. Nous devons encourager tous les utilisateurs de l’histoire de Yennenga à être des utilisateurs amis de la femme et de la fille burkinabè.

A égalité des chances, la fille et la femme Burkinabè produisent des résultats attendus « d’un prince » et « d’un roi » ! L’égalité des sexes et des chances a été capitale dans les succès de Yennenga. Bien qu’étant une fille, Yennenga a bénéficié d’une formation et des avantages qui étaient réservés aux garçons du village, et même aux princes. Comme dit l’histoire, le père de Yennenga l’a élevé comme un garçon. Son père lui a également donné la chance de chevaucher et de combattre avec ses hommes. Yennenga était combative certes, mais les chances que lui ont offert son père ont réellement été la clé du succès pour Yennenga. Nous pouvons promouvoir l’exemple de Nedega auprès de nos populations pour que nous donnions également aux filles et aux femmes burkinabè les chances de produire des résultats attendus « d’un prince » ou « d’un roi ».

Hommage militaire pour la femme ! Yennenga n’est pas la seule grande guerrière, général ou chef de guerre dans notre histoire à ne pas bénéficier d’hommage militaire au Burkina Faso. Plusieurs camps militaires sont érigés dans les anciens territoires des plus grands guerriers de notre histoire, tel que Diaba Lompo, Yendabri, Naba Kango, les Mogho Nabas, etc. sans porter leurs noms. En tant que la seule femme militaire de son rang dans notre histoire et même présentement, un hommage militaire a Yennenga serait totalement approprié ; plus qu’un hommage pour la femme burkinabè et africaine dans l’un des domaines les plus masculins de notre société et dans le monde, ce serait une justice pour la femme burkinabè et africaine. Ce serait aussi un hommage à la femme rurale.

Exploitation de l’histoire de Yennenga dans l’éducation : Yennenga a suffisamment démontré une grande force de caractère et un leadership féminin, que l’on ne doit pas l’utiliser dans les métiers manuels, cinématographiques, sportifs ou culturels seulement. Ces industries n’ont pas le monopole du caractère et du leadership féminin. Si nos écoles sont ou doivent être également des temples de construction de caractère et de leadership en plus du savoir, le nom de Yennenga mérite d’être donné à une des grandes écoles de la capitale politique ou économique de notre pays. Nous avons pourtant eu des chances avec les grands établissements féminins que nous avons eu tels que le Lycée National des Jeunes Filles aujourd’hui Lycée Nelson Mandela et plein d’autres internats féminins. Mais il n’est jamais tard de montrer à toutes nos filles quels pas nous voulons qu’elles emboitent et d’inviter notre histoire et notre culture dans nos plus grands centres d’enseignement de formation.

Nous pouvons également avec l’aide de nos coutumiers, éducateurs, professionnels de l’éducation et associations des parents d’élèves voir dans quelle mesure on peut utiliser l’histoire de Yennenga dans nos écoles pour soutenir nos valeurs et objectifs contemporains au lieu de nous contenter d’enseigner littéralement l’histoire de Yennenga aux enfants du primaire sans quitter les lignes des livres d’histoire.

Considérations économiques : Le nom de Yennenga a déjà une valeur économique importante au Burkina Faso. « L’industrie Yennenga » emploie des milliers de personnes au Burkina Faso et nourris des milliers de familles dans des domaines aussi variés que l’art, l’artisanat, la culture et le sport. Seul le président Thomas Sankara génère des activités économiques comparables et même plus ; Sankara étant une référence qui dépasse nos frontières et même celles de l’Afrique.

En plus des énormes conséquences économiques qui sont généralement attribuées à l’émancipation de la femme, l’exploitation de l’histoire de Yennenga pour l’émancipation de la femme ajoute une nouvelle dimension à l’exploitation de l’histoire de Yennenga qui est favorable à une plus grande exploitation de l’histoire et même à une exploitation internationale ; et partant à une plus grande reconnaissance mondiale de l’histoire. Cela pourrait stimuler les activités économiques autour de l’histoire de Yennenga, la consommation nationale et la consommation féminine de l’histoire et de ses produits dérivés, et même le tourisme féminin. Des efforts appliqués de spécialisation du Burkina Faso dans l’émancipation de la femme placeront le Burkina Faso dans une bonne position en Afrique Sud Saharienne pour bénéficier de la solidarité mondiale grandissante pour l’émancipation de la femme.

En conclusion, nous n’avons pas d’histoire avec le niveau de pertinence et de capital social et économique de l’histoire de Yennenga dans le domaine de l’emancipation de la femme. La popularité, l’authenticité, l’originalité africaine et le cachet royal de l’histoire de Yennenga sont tous des atouts importants que possède l’histoire et qui peuvent servir efficacement à promouvoir, notre pays et la condition féminine au Burkina Faso et en Afrique.

La présence d’une héroïne, la princesse Yennenga, parmi nos héros nationaux est un cadeau rare du ciel pour notre nation et pour la femme burkinabè et africaine. Son exploitation actuelle rapporte déjà beaucoup à notre pays en termes d’emplois et de fierté nationale. Donner un nouvel air et une nouvelle dimension à l’histoire à travers une exploitation générale plus favorable à la femme est non seulement très efficace pour l’émancipation de la femme, mais permet également d’accroitre la reconnaissance mondiale de l’histoire et les activités économiques autour de l’histoire de Yennenga.

Par Etienne Yonly
De la Diaspora Burkinabè de la Région de Washington, DC - USA

 

18:00 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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