topblog Ivoire blogs

2016.03.30

Contraception : Ce qu’on ne vous a jamais dit (1)

CONTRACEPTION.jpg

Regard critique sur l’émission Echo finance sur le dividende démographique et sur l’engagement de l’Union des Religieux et Coutumiers du Burkina dans la campagne « 1 000 000 de voix pour la planification familiale et la santé de la reproduction »

 

Introduction

Au cours du mois de janvier 2016, a été diffusée et rediffusée sur la RTB, l’émission Eco finance consacrée au dividende démographique au cours de laquelle l’ex ministre déléguée chargée du budget entourée d’autres « spécialistes », s’inquiétant du nombre d’habitants de notre pays dans les décennies à venir et de certains indicateurs économiques n’ont cessé d’insister qu’une priorité est que la contraception soit l’affaire de tous. Est-on sûr que la diminution démographique par la contraception garantit la croissance économique ?

De plus, l’engagement audacieux de l’association « Union des Religieux et Coutumiers du Burkina pour la Santé et le Développement (URCB/SD) » avec d’autres associations dans la campagne « 1 000 000 de voix pour la planification familiale et la santé de la reproduction » exige une clarification au sujet de l’engagement de l’Eglise catholique dans la dite campagne et le rappel de la doctrine chrétienne sur la contraception.

Nous voulons à travers ces lignes, montrer que l’argument démographique est fallacieux, que la contraception, au-delà des discours naïfs, crée plus de grossesses « non désirées » et plus d’avortements, nuit gravement à la santé des femmes, pervertit la jeunesse, compromet le mariage, et enfin, que des méthodes naturelles de régulation de naissance très efficaces existent pour aider les époux à harmoniser leur désir de vivre pleinement leur sexualité avec la responsabilité d’espacer les naissances.

1. La démographie, un faux problème

Robert Thomas MALTHUS, économiste britannique du XVIIIème siècle affirmait que le pouvoir de reproduction de l’espèce humaine est considérable alors que sa capacité de production de moyens de subsistance est limitée. Il en déduit que la croissance démographique est source de misère. Pourtant la taille d’une population lui procure un poids économique et politique manifeste : le Nigéria et l’Afrique du Sud près de chez nous, la Chine et l’Inde en Asie, la France en Europe, les Etats-Unis sur le continent américain.

Néanmoins, aujourd’hui, au niveau mondial, on tente de faire croire seulement aux pays pauvres que leurs problèmes proviennent de leur surnombre en montrant des relations qu’il pourrait y avoir entre populations, développement, pauvreté, fécondité, dividende démographique [1]. Le remède serait la réduction de la fécondité par tous les moyens, notamment par les méthodes « modernes » de planification familiale [2]. Cela se fait sans recul éthique, sans se poser la question si ce que l’on fait est bien ou mal, que ce soit au niveau des gouvernements, des ONG ou du personnel de la santé parce que tout simplement des bailleurs de fonds ne font que « bailler » et influencent les conférences internationales.

« Il ne faut pas oublier – rappelle le Pape Benoît XVI – que depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours, la population sur la terre a augmenté de quatre milliards et que, dans une large mesure, ce phénomène concerne des pays qui ont récemment émergés sur la scène internationale comme de nouvelles puissances économiques et qui ont connu un développement rapide précisément grâce au nombre élevé de leurs habitants. En outre, parmi les Nations les plus développées, celles qui ont les taux de natalité les plus élevés jouissent des meilleures potentialités de développement. En d’autres termes, il apparaît que la population est une richesse et non un facteur de pauvreté » [3].

On devrait aussi souligner que la mentalité contraceptive crée à la longue le phénomène de vieillissement de la population, un déficit de la population active que les grandes nations comblent par des politiques d’immigration sélective : Loto Visa pour les Etats-Unis, Programme d’immigration choisie pour le Canada, immigration des maghrébins et d’autres nationalités dans le cas de la France.

Comme d’habitude, « qui veut tuer son chien l’accuse de rage ». On s’acharne sur la population alors que les causes de sous-développement sont à chercher ailleurs. Le journal télévisé rapporte plusieurs fois par semaine des conventions de financements de plusieurs dizaines, centaines de milliards en faveur de notre pays. A contrario, il y a très peu de réalisations en quantité et en qualité dans le domaine de la santé, de l’éducation, des routes, de l’agriculture, etc., pour une prise en charge des besoins actuels et pour accompagner l’évolution de la population. La corruption et l’injustice étaient et sont encore monnaie courante. Le Burkina Faso et d’autres pays africains sont pauvres parce qu’appauvris par le pillage des matières premières qui ne sont pas transformées sur place. A titre d’exemple, jusqu’à très récemment, seulement 10% des revenus sur l’extraction de l’or revenaient à l’Etat Burkinabè qui n’a aucun moyen de contrôler les quantités extraites.

Et on peut continuer la liste des causes de pauvreté qui, si elles ne sont pas résolues, maintiendraient notre pays dans la misère, même avec une population stationnaire. « Dès lors, les relations entre fécondité/pauvreté, population/développement, telles que codifiées par les différentes conférences sur les populations particulièrement la conférence du Caire, devraient être repensées » [4].

L’obsession pour les Nations Unies de réduire la population des pays pauvres s’est traduite plusieurs fois par l’ajout de substances stérilisantes dans les vaccins contre le tétanos destinés aux campagnes de vaccination de masse. En 2014, les évêques du Kenya se sont opposés à une campagne de vaccination anti-tétanique visant exclusivement les femmes de 14 à 49 ans, accusant les doses d’être dopées du Beta-HCG [5]. Cette tactique a déjà été découverte et dénoncée par la présentation d’échantillons témoins aux Philippines (1995), Mexique (1994) et Nicaragua alors que les hautes autorités onusiennes et gouvernementales démentaient catégoriquement les faits. Malgré l’énormité de ces affaires, elles n’ont pas été relayées par les grands médias. En conséquence, et au vu du rejet de vaccination contre la polio au Nigéria en 2003, il est crucial que des organisations indépendantes analysent régulièrement des échantillons des campagnes de vaccination destinée aux enfants.

Proposer, imposer la contraception à une population pour améliorer des indicateurs économiques tel que développé par l’émission Eco finance est une distorsion malheureuse de valeurs : on veut utiliser l’homme au service de l’argent. Pourtant, l’argent doit être au service de l’homme et non le contraire. « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Luc 9, 25). L’homme se ruine par l’utilisation de ces contraceptifs comme nous allons le montrer.

Ouagadougou le 25 février 2016

Abbé Jean-Emmanuel KONVOLBO,
Prêtre catholique
Professeur d’Ecriture Sainte et de langues bibliques
Grand Séminaire Saint Jean-Baptiste de Wayalghin
Email : paroleetvie@gmail.com
Cet article se trouve sur mon site web en construction : http://konvolbo.org

2016.03.24

Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

A la lumière d’expériences récentes dans d’autres pays, des chercheurs s’interrogent sur les perspectives de la mesure de gratuité des soins de santé maternelle et infantile. S’il est un motif de célébration, il faut néanmoins avoir à l’esprit les leçons venues d’ailleurs, disent les chercheurs du projet FEMHealth.

sante.jpg

Au cours de ce mois, le gouvernement du Burkina Faso, sous l’autorité du Président,a décidé en Conseil des Ministres, de la gratuité des soins chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, des accouchements et des césariennes, et du dépistage des cancers du sein et de l’utérus, à compter du 2 avril 2016. Cette annonce est la bienvenue. Les soins de santé, en particulier ceux de l’accouchement, ont été associés à des dépenses catastrophiques de santé au Burkina Faso et à d’énormes coûts sociaux, aggravant la pauvreté.

La promesse de gratuité des soins de santé de la mère et l’enfant prolonge les progrès que le Burkina Faso et de nombreux autres pays de la région ont fait en vue d’étendre la couverture des soins essentiels aux groupes vulnérables, y compris l’exemption des frais pour certains services. Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont largement reconnus comme des groupes prioritaires, d’abord sous l’impulsion des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et dorénavant inscrits dans l’objectif de la Couverture Universelle de Santé (CUS) dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.

Durant cette phase cruciale, lorsque de nouvelles politiques sont élaborées et pré-testées, il est important de nous rappeler quelques-uns des enseignements importants tirés des études sur la mise en œuvre et les effets des précédentes politiques d’exemption dans la région, y compris au Burkina Faso.

1. Une préparation minutieuse est cruciale. Un des points forts de la politique de subvention des 80% du coût des accouchements, que le Burkina Faso a introduit en 2006, était qu’une période d’études préliminaires a été entreprise, permettant une consultation et une planification de concert avec les parties prenantes et le personnel ; cela ne devrait pas être négligé dans cette nouvelle phase.

2. La réussite de la mise en œuvre d’une politique de financement dépend d’une budgétisation réaliste capable de compenser les pertes de revenus des formations sanitaires et d’assurer une fluidité dans la circulation des ressources.

3. Pour qu’elle soit efficace, l’exemption de paiement requiert des investissements dans la fonctionnalité des services ; dans notre étude récente dans six districts du Burkina Faso, deux districts présentaient de graves insuffisances dans les services et les ressources, y compris le personnel et les équipements indispensables ; ce qui indique la nécessité d’un investissement et d’un monitorage continu.

4. La communication est aussi importante. Le personnel a besoin de lignes directrices claires et simples et d’un système qui le prend en compte et le motive et qui n’induit pas une charge de travail administrative additionnelle trop élevée.

5. Un bon niveau d’accès à l’information est nécessaire pour les communautés. Dans notre récente évaluation de la politique de subvention de l’accouchement, seulement 52% des femmes qui venaient d’accoucher étaient au courant de la politique. La sensibilisation sur les politiques est nécessaire pour assurer que les bénéficiaires puissent prétendre à leurs droits.

6. Le succès de l’exemption de paiements dépend également de la qualité des services de soins de santé. Dans toute la région Ouest Africaine, la mauvaise qualité des soins, en particulier les soins du nouveau-né, a été un obstacle à la réussite de la mise en œuvre réussie des précédentes politiques d’exemption.

7. Le paquet de soins offert doit être clair et couvrir les principaux risques pour la santé des mères et des enfants, incluant la planification familiale, les fausses couches et les soins post-avortement. Il y a aussi une obligation éthique, si le dépistage du cancer est offert, de mettre à disposition un service de conseils et de traitement.

8. Par-dessus tout, le contrôle du respect de la mise en œuvre de la politique est essentiel. Dans plusieurs pays qui ont mis en œuvre des politiques similaires, la recherche a montré que la réduction des dépenses à la charge des ménages a été considérable, mais en deça des prévisions. Les ménages continuent de payer pour des postes de coût qui auraient dû être couverts, tels que le transport des centres de santé périphériques aux hôpitaux, les médicaments et les tests de laboratoire. Les paiements informels au personnel de soins sont aussi fréquents. Les plus pauvres sont les plus exposés dans de telles situations.

Le Gouvernement du Burkina Faso est à féliciter pour avoir pris des mesures pour élargir l’accès aux soins de santé. Cependant le diable est dans les détails –l’obtention de bénéfices réels pour la population dépend d’une mise en œuvre minutieuse des prochaines étapes. En tant que chercheurs, nous nous tenons prêts à apporter un appui au développement et au suivi de la politique. Dans ce sens, il existe un large corpus de connaissances qui pourrait servir de référence.

Rasmané Ganaba, Sophie Witter, Katerini Storeng, Vincent De Brouwere, Patrick Ilboudo, Jenny Cresswell, Fabienne Richard, Veronique Filippi.

Voir aussi : Ganaba, R., Ilboudo, P., Cresswell, J., Yaogo, M., Diallo, C., Richard, F., Cunden, C., Filippi, V., Witter, S. (2015)The obstetric care subsidy policy in Burkina Faso : what are the effects after 5 years of implementation ? A paraitre dans la revue BMC Pregnancy and Childbirth.