topblog Ivoire blogs

2016.09.02

Deux camions chargés de 144 ânes arrêtés

Deux camions chargés de 144 ânes arrêtés : « Nos femmes et enfants vivent de ce commerce », affirme le propriétaire des baudets !

 

Deux camions chargés de 144 ânes et en direction de la frontière du Ghana ont été arraisonnés par les douaniers et conduits à la mairie de l’arrondissement 3 de Ouagadougou ce mercredi 31 août 2016. Les propriétaires affirment qu’ils se rendaient à Guelwango, à la frontière pour écouler les baudets. Abdoulaye Guira est une des victimes de l’arrêté gouvernemental du 3 août portant réglementation des exportations et abattage des ânes qu’il dit ignorer et même qu’il ne quittait pas le territoire national.

 

Deux camions chargés de 144 ânes arrêtés : « Nos femmes et enfants vivent de ce commerce », affirme le propriétaire des baudets !

Dans la cour de la mairie de l’arrondissement 3, l’ambiance est inhabituelle en cette soirée du 31 aout 2016. Des centaines d’ânes se promènent allègrement et broutent les herbes. Le gazon n’est pas épargné.

Le 2e adjoint au maire de l’arrondissement que nous avons rencontré précise que c’est aux environs de 3h du matin ce 31 aout, que la brigade mobile de douane de Manga a saisi deux camions ghanéens sur le pont de Nobéré. Ils étaient chargés de 144 ânes.

« Après constat et vérification(…) la douane a amendé les propriétaires des camions à verser la somme d’un million de Francs CFA. Par ailleurs, la douane a saisi le ministère des ressources animales qui à son tour a condamné les intéressés à payer une amende de 10 000F par tête d’âne soit une somme de 1.440 000 Frans CFA », nous explique Evariste Somé, 2e adjoint au maire de l’arrondissement 3.

Et puisque les propriétaires du chargement ont déclaré avoir chargé les animaux depuis Tampouy à Ouaga, c’est à la mairie de l’arrondissement 3 du même quartier qu’ils ont été conduits par des éléments de la douane.

En rappel, en réponse aux abattages massifs d’ânes, le gouvernement a adopté le 3 aout 2016, un décret portant réglementation de l’abattage et de l’exportation des ânes, des camelins, des équins et de leurs produits.

« En attendant l’enquête de la gendarmerie et selon le directeur de la santé animale qui affirme qu’il s’agit d’une infraction, les ânes seront parqués à la fourrière de la mairie, et on trouvera un consensus avec eux pour un délai pour qu’ils vendent les ânes à Ouagadougou et payer aussi les frais de fourrière (…) Si on n’arrive pas à liquider les animaux pendant le délai établi, la mairie a le droit de faire une vente aux enchères et la somme obtenue sera versée dans les caisses de l’Etat », a poursuivi le 2e adjoint au maire de l’arrondissement 3, Evariste Somé.

Impossible pour lui d’en savoir davantage sur la destination ‘’réelle’’ des ânes. Les propriétaires sortaient-ils du territoire avec leur ‘’marchandise’’ ? « On peut faire le lien avec les chinois qui étaient là il n’y a pas longtemps. Ils travaillent peut-être ensemble. Pour le moment on ne sait pas où ils se procurent les ânes, s’ils les élèvent eux-mêmes ou s’ils les achètent » ; ce sont autant d’hypothèses et de questionnements que le 2e adjoint au maire émet et pose.

« C’est notre travail »

Le propriétaire des ânes, lui a des réponses et ne fait pas de mystères sur l’activité qu’il mène. Guira Abdoulaye, entouré de ses collaborateurs nous explique que l’achat et la vente des ânes, c’est leur ‘’job’’. C’est une question de famille et c’est pratiquement une tradition chez eux.

Son père avant lui exerçait dans le domaine et lui, il assure la continuité. « Je suis née avec cette activité. Je peux même dire que l’argent de mon baptême est venu de la vente d’ânes. Tous ceux que vous voyez là, (Ndlr. une quinzaine de personnes autour de lui) nous sommes du même village (Mané à Kaya) et nous venons de la même grande famille ; il n’y a pas quelqu’un parmi nous dont le baptême n’a pas été organisé grâce à l’argent de la vente d’ânes. Nos femmes et nos enfants vivent de ce commerce » poursuit-il.

Il nous enseigne que les ânes n’ont pas été achetés au Burkina Faso. C’est au Mali et en Algérie qu’il s’en procure. « Au Mali, nous remettons l’argent aux arabes qui vont les acheter pour nous, parce que l’insécurité ne nous permet plus d’aller plus loin. C’est à partir de Djibo que nous embarquons les animaux », raconte-t-il.

« Le gouvernement veut nous affamer et nous tuer Le commerçant a déclaré ne pas être au courant d’un texte interdisant l’exportation d’ânes au Burkina, lors de son arrestation. Et même que pour lui, son cas ne peut être assimilé à une exportation. C’est à Guelwango en territoire burkinabè, à la frontière avec Ghana qu’il se rendait avec ses animaux.

Auparavant, c’est à Ouaga qu’il venait vendre ses bourricots avec les charretiers et les agriculteurs mais depuis un certain temps, la clientèle se fait rare dans la capitale. Selon ses propres explications, les charretiers utilisent désormais les tricycles et n’achètent plus les ânes. Les agriculteurs qui achetaient les ânes pour les travaux champêtres ne le font plus également, « les gens ne cultivent plus, ils ont vendu leurs terres ».

Du coup, il fallait chercher les débouchés ailleurs, et l’un d’eux, c’est Guelwango. Et il répond au 2e adjoint au maire et aux autorités qui semblent insinuer qu’il sortait du territoire national avec les ânes. « Les autorités disent de ne pas aller au-delà des frontières, mais nous restons au Burkina, c’est à Guelwango dans un marché comme celui de Djibo », a jouté Abdoulaye Guira.

Lui et ses pairs disent ne pas être contre la décision du gouvernement d’interdire l’exportation des ânes, mais estiment qu’ils auraient dû être consultés au préalable.

« C’est notre gagne-pain, et beaucoup de personnes vivent de cela. Ce qu’on oublie, c’est qu’il y a des gens qui élèvent des ânes pour les vendre. Pourquoi on n’interdit pas de vendre les autres animaux. Le gouvernement veut nous affamer et nous tuer. C’est parce que nous ne voulons pas voler que nous travaillons. Mais le gouvernement dit à ses fils qui se débrouillent de ne plus exercer ce qui leur permettait d’avoir de quoi subvenir à leurs besoins sans voler », tempête Abdoulaye, sous le regard de ses ‘’partenaires’’ qui semblent le soutenir dans ses propos.

« Même demain, nous ne pourrons pas arrêter ce travail. Qu’on nous aide. Si on nous dit ce qu’on doit payer pour continuer à commercialiser nos ânes normalement, si on peut on paye, si on ne peut pas, on laisse », tranche Salam Rabo.

Tiga Cheick Sawadogo
Anaïs Moné (stagiaire)
Lefaso.net

11:11 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Les commentaires sont fermés.