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2016.09.02

Sinistrés du 1er septembre 2009 : Une nouvelle vie à Yagma

Sinistrés du 1er septembre 2009 : Une nouvelle vie à Yagma

 

Mardi 1er septembre 2009. Les Burkinabè se rappellent ce jour-où les « dieux du climat » ont ouvert les vannes du ciel sur le Burkina Faso. Ouagadougou, la capitale, a pris une douche froide de 263 mm d’eau en seulement dix heures de temps. Le "déluge" a causé la mort de 46 personnes, détruit 40 000 maisons et fait près de 200 000 sinistrés. Au lendemain de la catastrophe, plusieurs sites ont accueilli des milliers de sans-abris. Sept ans après, que sont devenus ces sinistrés ? Pour le savoir, nous nous sommes rendu sur le site de Yagma situé à la périphérie Nord de Ouagadougou.

 

Sinistrés du 1er septembre 2009 : Une nouvelle vie à Yagma

 

 

 

 

 

Depuis le décès de son époux, Assèta Dera s’est lancée dans le commerce de haricot pour nourrir ses quatre enfants. C’était bien avant que les eaux du 1er septembre 2009 ne détruisent sa maisonnette située dans la zone non lotie du quartier Kilwin… Aujourd’hui, sur le site de Yagma, Assèta poursuit son activité et même si les affaires ne marchent pas comme autrefois, elle dit se sentir mieux dans son nouvel environnement. « Ici, je ne gagne pas des millions et même si j’en avais, je resterai. Je ne quitterai pas ce village », nous a-t-elle fait comprendre.

A côté d’elle, il y a Zoungrana Ganda dit "Paul". Boucher de profession, il a dit avoir tout perdu ce jour fatidique du 1er septembre : « Les inondations ont tout emporté dans ma maison. Ma famille et moi aurions pu mourir ce jour-là (…) Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu car je ne pouvais espérer meilleure situation actuellement. Voyez-vous même, j’ai une parcelle et je continue mon boulot ». Et c’est avec fierté qu’il nous a fait savoir qu’il emploie dans sa boucherie cinq personnes dont trois sont pères de familles. Même si les affaires marchent, Ganda dit tenir à la scolarisation de ses enfants qui lui coutent au total 300 000 F CFA. Il aimerait qu’ils soient, eux aussi, des « grands » de ce pays.

Un site difficile d’accès

Certes, les inondations ont permis d’amorcer un nouveau départ pour Assèta, Ganda et de nombreux autres sinistrés, mais l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Pour ce qui est des difficultés, les habitants ne manquent pas de rechigner quand il le faut. La première difficulté qu’il faille résoudre selon eux, c’est le manque et la dégradation avancée des routes pour rejoindre la ville.

En effet, en saison pluvieuse, c’est la croix et la bannière pour qui veut rentrer ou sortir du village. Les routes sont dans un état piteux. Et les habitants, eux-mêmes, ne font rien pour changer la situation même s’ils sont unanimes à reconnaitre qu’une mauvaise route engendre l’insécurité et le banditisme. Il n’est pas rare de trouver à chaque 30 mètres, au niveau des bas-fonds, des enfants et adultes ramasser le sable à coups de pelles. A 16 ans et en classe de 4e, Marcel Zoungrana sait que cette activité détruit les voies. Mais, avec les 3000 F CFA qu’il gagne par charrette de sable, il dit vouloir aider ses parents à payer les frais de scolarité et les fournitures à la rentrée prochaine. En attendant, le radier situé sur le côté Est du village ne tient plus, et l’eau ne fait qu’éroder le sol, toujours avec le même acharnement.

Les plaques solaires en attendant la SONABEL

Sur le site de Yagma, on ne trouve pas que des sinistrés. Il y a aussi ceux qui sont venus d’ailleurs pour faire du commerce. Originaire de Téma Bokin, dans la province du Passoré, Yacouba Ouédraogo a abandonné le travail de la terre pour se lancer dans la vente de produits alimentaires et divers à Yagma en 2013. Son commerce est situé à un carrefour et comme la plupart des boutiques du coin, il est équipé de plaques solaires. « Ici, il n’y a pas la SONABEL (Société nationale d’électricité du Burkina, ndlr) et on se débrouille avec l’énergie solaire. Je crois que si les routes étaient bien construites et qu’il y avait le courant, on ne dérangerait pas autant les autorités actuelles », a-t-il estimé.

Vente de parcelles

Outre le manque d’ouvrages d’eau potable, d’infrastructures sanitaires, Issaka Bagagnan, un autochtone du village, cite la négligence du gouvernement face à la vente des parcelles par certains sinistrés. Ganda Zoungrana dit se rappeler qu’au lendemain des inondations, Simon Compaoré, alors maire de la commune de Ouagadougou, les avait défendus de vendre les parcelles au risque d’être mis en prison. Mais, « que de paroles en l’air », a-t-il balancé en langue mooré.
Même s’ils sont désenchantés, les sinistrés disent comprendre le choix de leurs camarades car « ce n’est pas toujours aisé quand on a une famille à nourrir et que sa boutique ou son hangar a été emporté par les eaux. S’il faut mourir de quelque chose, il faudra bien aussi vivre de quelque chose », a soutenu Issaka Bagagnan, l’autochtone.

De quoi vivre, de quoi redonner un visage plus gai à ce site large de 900 ha, les sinistrés n’en demandent pas moins et souhaitent que le gouvernement incite les citadins, détenteurs de parcelles dans le village, à venir les mettre en valeur afin de donner du travail aux jeunes, jusque-là en difficulté.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

10:51 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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