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2016.09.08

Ces enfants maltraités par leurs propres parents: quelles solutions?

Ce n’est pas un fait divers. Mais de la réalité. Au Burkina Faso, il y a des enfants qui subissent des atrocités de la part de leurs parents.  Des enfants-martyrs sans défense, victimes de violences de leurs géniteurs. Des situations qui demeurent secrètes car les victimes ne parlent pas. Elles souffrent en silence. Quant aux auteurs, ils nient souvent leurs agissements ou les justifient par les exigences de l’éducation. Ces enfants souffre-douleurs  sont pour la plupart adultérins. En effet, ces faits se déroulent parfois dans un contexte particulier: les ménages vivant en concubinage avec des enfants de lits différents. Ainsi, c’est bien souvent le concubin qui martyrise l’enfant qui n’est pas le sien. Il s’agit aussi de mères célibataires très jeunes, coupées de leur famille, dépressives. Comment protéger ces enfants qui vivent parfois l’enfer. Et qui ne comprennent pas que ceux ou celles qui sont censés les choyer, les maltraitent!

Enfant victime de maltraitance (photo: gabonpub.com)
Enfant victime de maltraitance (photo: gabonpub.com)

N’est-ce pas contrastant qu’un père ou une mère maltraite son propre enfant? Comment peut-on en arriver là? Eh bien, il semble que ces cas malheureux prédominent dans les milieux défavorisés où s’accumulent ressources très faibles, chômage, problèmes socio-économiques. De même, l’isolement, la pauvreté dans tous ces états, peuvent expliquer que là où on ne peut plus exprimer son agressivité par des mots, on le fait par des coups.

L’alcoolisme, la toxicomanie, la maladie mentale peuvent aussi être à l’origine de mauvais traitements. Pour sûr, ceux qui ont le cœur dur comme pierre et qui osent porter violemment la main sur leurs progénitures doivent avoir de personnalités fragiles, malmenées par les conditions de vie traumatisantes: abandon, dissociation familiale, ou ont eux-mêmes fait l’objet de sévices dans leur jeune âge. Tout compte fait, beaucoup d’enfants doivent être protégés contre ces parents dangereux. Qui ne savent plus ce qu’ils font. D’où la nécessité du signalement aux services compétents des cas avérés dont nous avons connaissance. Par devoir moral de protéger ces enfants vulnérables.

Le problème de l’enfance maltraitée est une triste réalité dont on parle peu sous nos cieux. Parce que les victimes sont très jeunes. Par conséquent, ce ne sont pas elles qui iront se plaindre. D’ailleurs, même plus âgés, l’enfant répugne à dénoncer ses père et mère, par peur, mais aussi par honte.

Malheureusement, la réalité enseigne que la plupart de ceux qui savent hésitent à signaler. Les témoins préfèrent ne rien dire, souvent parce qu’ils refusent toute implication personnelle. C’est aussi parce qu’ils ne veulent pas se mêler «d’affaires qui ne les regardent pas»: les pères et les mères ont un droit de correction sur leurs enfants se disent-ils. En outre, il peut être difficile de faire la part entre sévérité, brutalité et correction éducationnelle. Nous nous souvenons tous de ces gifles que nos parents (surtout les pères) nous donnaient pour nos écarts de comportements parfois récidivistes, histoire de nous mettre sur le droit chemin! Ainsi de ce père qui donne des fessées à son enfant quand il laisse tomber son plat de tô par terre  et qui trouve cela normal. Car dans notre culture, un enfant qu’on ne corrige pas court le risque de devenir idiot, négligeant, irrespectueux et mal éduqué! Difficile donc de tracer la limite entre les maltraitances condamnables et les corrections d’un père ou d’une mère qui veut voir son enfant grandir responsablement.

Nous devons tous dénoncer et lutter contre toutes les formes de maltraitance des enfants au Faso (photo: bice.org)
Nous devons tous dénoncer et lutter contre toutes les formes de maltraitance des enfants au Faso (photo: bice.org)

Si les témoins gardent le silence, c’est aussi parce qu’ils ne savent pas à qui s’adresser pour dénoncer les situations. Même si, d’ordinaire, la Police, la Gendarmerie et l’Action sociale peuvent être alertées. Sans gage d’efficacité, soit par manque de personnel, soit parce que ces services hésitent à déclencher une intervention par crainte des représailles pour l’enfant. Sans oublier qu’il est difficile sinon impossible dans notre société de retirer l’enfant de son milieu familial. Pour le placer où, sans que l’enfant ne pâtisse davantage du lien très fort parent-enfant?

En définitive, et de manière réaliste, la répression des parents ne permet pas de résoudre efficacement le problème des mauvais traitements infligés aux enfants. La poursuite pénale n’est pas conciliable avec la protection des victimes.  La condamnation des parents, certes nécessaire au regard de la morale, ne met pas à l’abri de la récidive, l’enfant pouvant être tenu comme responsable de la sanction. S’il existe une solution, elle passe plutôt par la prévention.

La prévention

L’idéal serait de repérer suffisamment tôt les situations familiales critiques, de sorte à leur apporter soutien matériel, éducatif et psychologique. Objectif, faciliter leur insertion sociale. Mais il est utopique de croire que seul le service de l’action sociale peut faire efficacement cette prévention. Le secours des associations s’avère nécessaire. Elles permettent de détecter précocement les populations à risques. Et, au cas où une mesure préventive  s’impose, les psychologues de l’Action sociale peuvent  être contactés pour agir.

Certains signes en maternité sont évocateurs de difficultés: intolérance aux cris de l’enfant, état dépressif, absence de visites témoignant d’un isolement réel…Ces maltraitances sont intolérables (photo: www.humanium.org)
(photo: www.humanium.org)

A l’instar des numéros verts de l’ONEA, de la Police ou de la Gendarmerie, le service de l’Action sociale pourrait créer des lieux d’écoute où des psychologues et des éducateurs  assurent des permanences pour les parents qui veulent bien confier leurs difficultés de relation avec leurs enfants. Surtout que le nombre de grossesses non désirées et de filles-mères augmentent dans notre pays du fait de la perversion des mœurs et de l’absence d’éducation sexuelle.

Sans doute que des textes législatifs protégeant les enfants existent. Il faut les appliquer. Mais  comme nous l’avons démontré, leur application ne protégera pas forcément les enfants victimes de sévices de toutes sortes de la part de leurs parents. La répression, à elle seule, n’assurera pas la protection des enfants maltraités. Il convient donc de privilégier dans notre contexte burkinabé la prévention pour éviter le passage à l’acte et si l’on veut réduire les cas de sévices, véritables catastrophes pour les tout-petits.

Théophile MONE   (http://lesechosdufaso.net/)

13:03 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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