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2016.09.08

La crise et l’accès au logement au Faso: quelles solutions durables?

Tous les Burkinabè, quel que soit leur rang social, aspirent à un toit décent. Pourtant, même en l’absence de données fines pour une analyse rigoureuse de la situation, les Burkinabè savent pertinemment que le problème du logement se pose aujourd’hui avec acuité. Depuis cinquante ans, le paysage urbain, surtout de Ouagadougou, s’est profondément modifié: les autorités publiques ont d’abord lutté contre la constitution de bidonvilles (zones non loties) mais bien souvent, de nouveaux espaces ont été urbanisés, hors de tout contrôle de l’État, qui, après avoir essayé d’enrayer le phénomène, semble préférer aujourd’hui l’accompagner. Car la question du logement est indissociable de la question de l’accès au sol.

L’explosion démographique dans notre pays s’accompagne d’une urbanisation effrénée et décousue, posant dans le sillage un problème crucial, celui de l’accès à un logement décent surtout des pauvres.

Regard sur les obstacles qui inhibent l’accès des plus démunis au logement au Burkina Faso.

Des habitats traditionnels...
Des habitats traditionnels…

Le Burkina a énormément changé sur le plan de l’habitat. Un changement qualitatif. Le ciment a remplacé le banco, les villas ont englouties les cases, les bitumes recouvrent la terre, le courant électrique ou solaire a électrocuté la lampe tempête, le téléphone a brouillé le son du tam-tam parleur…

Mais combien de Burkinabè bénéficient de ce changement qui a un prix? Des changements aux coûts exorbitants et dont une certaine catégorie de la population n’a pas accès. Pour ce faire, il existe encore, même dans la capitale, des quartiers semblables à des villages. Des bidonvilles où l’hygiène et autres infrastructures d’assainissement y font défaut.

Le changement du Burkina ressemble à une sorte d’apartheid, un développement séparé. D’un côté les villas de riches (Ouaga 2000, projet Zaca, les villas Azimmo…), de l’autre les taudis des pauvres (les non-lotis de Balkuy, Toyibin, Nagrin. Un véritable contraste.

... aux nouvelles villas du Burkina, on peut dire que tout a changé. Qualitativement. Mais à qui profite ces changements?
… aux nouvelles villas du Burkina, on peut dire que tout a changé. Qualitativement. Mais à qui profite ces changements?

Pourtant, après la nourriture, c’est au logement que les familles consacrent leurs budgets mensuels. Au Burkina, plus de 60% des ménages en ville vivent en location sans oublier les difficultés d’acquisition des terres et les coûts élevés des matériaux de construction. Toute chose qui prouve que les Burkinabè de la ville sont mal logés. La croissance sans cesse de la  population de Ouagadougou est fortement liée à sa croissance spatiale avec les extensions illégales qu’on y dénotent. A qui la faute?

Les problèmes graves qui sous-tendent la crise du logement proviennent de plusieurs facteurs difficiles à maîtriser. Ce sont la croissance démographique, l’urbanisation galopante et la pauvreté chronique. Ces forces prennent chaque année à la gorge bien de personnes démunies au Faso.

Oui, la misère en contraint beaucoup à élire domicile dans des zones inondables ou zones non loties. On ne saurait nier le lien existant entre la pauvreté et le problème du logement. Quand on est trop démuni pour se procurer des choses aussi élémentaires que la nourriture et le vêtement, que dire de l’achat ou de la location d’une habitation décente?

En théorie, la demande de logements est quasi-illimitée. Ceux qui en ont déjà recherchent des habitats plus spacieux et plus confortables alors que ceux qui n’en n’ont pas en veulent un nouveau. Cependant, cette demande latente se traduit difficilement en demande réelle, principalement à cause des questions de financement. Les ménages à faibles revenus étant exclus du système financier du fait du risque élevé qui leur ait associé par les institutions de crédit.

 Les inondations du 1er septembre 2009 ont posé avec acuité le problème du logement au Burkina: Problème d'accessibilité au sol, de coût des matériaux... Les pauvres sont les perdants de la politique du logement
Les inondations du 1er septembre 2009 ont posé avec acuité le problème du logement au Burkina: problème d’accessibilité au sol, des coûts des matériaux… Les pauvres sont les perdants de la politique du logement. Il faut des solutions justes et novatrices

Quelles solutions

En termes de solution, il y a la nécessité de mieux analyser les besoins des populations et de tenir compte de l’environnement des lieux d’habitation.

Premièrement, il faut accepter passer de la simple politique de logement à une politique plus large de l’habitat durable. Une politique de l’habitat durable devra impliquer tous les acteurs de la filière et intervenir sur plusieurs aspects: disponibilités foncières, types de baux autorisés, financement de la filière et construction d’infrastructures. La consultation de différents spécialistes sera nécessaire: démographes, spécialistes de l’aménagement du territoire, économistes, assureurs, ingénieurs en génie civil, routes, etc.

Deuxièmement, il faudrait sécuriser et aménager le foncier. En effet, la régulation du foncier est largement insuffisante au Burkina avec la coexistence parfois de normes étatiques et de normes coutumières. De nouvelles réformes pourraient aboutir à une plus grande intégration du droit coutumier dans le corpus réglementaire.

Enfin, l’Etat burkinabè devrait s’intéresser aux solutions informelles mises en place par les populations elles-mêmes. Par exemple, de nombreux ménages louent leurs logements sans aucun cadre régulateur. Et parfois, les propriétaires en abusent pour faire payer très cher des logements qui ne le sont pas ou encore exiger le paiement de plusieurs mois de loyer en avance.

Il est donc impératif pour le Burkina de repenser sa politique de l’habitat afin de faire face à la crise du logement que vit le pays.

Pour être efficace, cette politique devrait créer un cadre favorable à l’initiative privée car partout dans le monde, les politiques publiques trop volontaristes ont montré leurs limites. Les autorités burkinabè en charge de la question devraient concentrer leurs efforts sur la sécurisation des opérations, le partage des risques.

Une nouvelle politique de logement est nécessaire d’autant plus que face à l’explosion des bidonvilles, le régime passé de Compaoré avait d’abord opté pour la construction des logements sociaux à bas prix. Mais en lieu et place, ce sont des terrains qu’on a offerts. Puisqu’il faut tout reconstruire, si l’on ne veut pas que le toit s’affaisse un jour sur les habitants. Sans compter que ces logements étaient pour la majorité dépourvues des infrastructures de base: santé, transport, éducation, etc.

Le nouveau régime de Roch devrait prendre des mesures pour assurer un accès au logement à tous. Surtout aux pauvres. Un défi difficile face à la dépopulation des campagnes au profit des villes et face à la démographie galopante. Mais plus le MPP sera à même de relever les grands défis actuels, plus il bénéficiera d’une large caution du peuple. Aux prochaines élections, en 2020.

Théophile MONE (http://lesechosdufaso.net/)

13:14 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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