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2016.09.13

Feu orange : faut –il passer ou non ? Les explications de Pulchérie Domba/Gourane, chef de section accidents (CCPO)

        Il n’y a rien d’étonnant à voir des usagers qui enfreignent le code de la route à Ouaga. Le non-respect du feu tricolore, l’usage manuel du téléphone en circulation : ces infractions qui ne sont pas sans conséquences, sont de coutume chez les burkinabè. A ce sujet, nombreux sont les usagers de la route qui s’interrogent sur l’attitude à adopter face au feu orange : faut-il marquer un arrêt ou non ? Pour plus d’éclaircissements, nous avons rencontré l’officier de police Pulchérie K. Domba/Gourané, chef de section accidents du commissariat central de police de la ville de Ouagadougou (CCPO).

 

Feu orange : faut –il passer ou non ? Les explications de  Pulchérie Domba/Gourane, chef de  section   accidents (CCPO)

lefaso.net : Le feu tricolore sert à réguler la circulation au niveau des intersections. Quelles sont les dispositions à adopter face au feu tricolore ?

Le feu tricolore a trois états : le feu vert, le jaune et le rouge. Ils s’allument simultanément. Leur rôle est de rendre la circulation fluide au niveau des intersections. Comme vous le constatez, ce sont des signaux qui servent à réguler la circulation au niveau des intersections. Ils autorisent ou non les véhiculent à franchir l’intersection en fonction des différentes couleurs ; c’est-à dire, le vert, le jaune et le rouge et il faut savoir qu’aucun de ces feux ne donne la priorité absolue à un usager de la route, selon la réglementation.

Ainsi, le feu vert autorise le passage, mais s’il y a un embouteillage à l’intersection, je m’arrête parce que je risque d’être bloqué lorsque le feu aura changé de couleur. Le code précise qu’il faut y rester le temps que la voie se dégage. Si le carrefour est encombré et vous vous engagez quand même, tout en sachant que le feu va changer de couleur et le rouge risque de vous trouver au milieu de la voie, vous êtes en infraction. Ce qui signifie que le feu est vert mais nous n’avons pas la priorité absolue.
Le feu jaune ou orange fixe annonce le feu rouge. Je dois m’arrêter sauf si je suis trop engagé et ne peux m’arrêter dans des conditions de sécurité suffisante.
Le feu rouge signifie l’arrêt absolu jusqu’au passage du feu vert.

Lefaso.net : Les usagers ont souvent une mauvaise compréhension du feu jaune/orange, quelle sont les attitudes récurrentes en face du feu orange et quelle est la conduite à tenir ?

En général, nous constatons que c’est au moment où les gens aperçoivent le feu orange qu’ils se mettent à accélérer pour passer, parce que pour eux, l’essentiel est de passer au feu orange. C’est ça qui est dans leur tête ; le feu est orange, je peux passer parce que les gens ont appris à l’auto-école que lorsque le feu est orange : si je suis engagé, je passe ; non engagé, je m’arrête mais ils ne se posent pas la question à savoir : à quel moment, je suis engagé ou non engagé.

Je suis engagé, cela signifie que j’étais déjà dans l’intersection lorsque le feu est passé à l’orange. Est-ce que je suis sensé voir le feu orange si je suis engagé dans l’intersection, la réponse est non. Si je suis déjà engagé dans l’intersection, je ne peux plus voir le feu orange, cela veut dire que je suis passé au feu rouge ou je risque d’être bloqué dans l’intersection si l’autre feu passait au vert d’autant plus que les feux changent simultanément.

Il y a aussi le fait que nous considérons que c’est le support du feu qui pose problème, alors que le code dit que c’est l’intersection ; ce n’est pas pour rien que nous avons quatre feux ou deux feux au niveau de l’intersection. Ce n’est pas le support du feu qu’on franchit mais c’est l’intersection que l’usager doit pouvoir franchir sans être un danger pour les autres, ni pour lui-même ; si vous dépassez le support du feu orange et que vous n’arrivez pas à franchir l’intersection, c’est que vous êtes passé au feu rouge et non à l’orange.

Si vous faites l’expérience, c’est peut être ceux qui roulent en véhiculent qui peuvent voir le feu lorsqu’il change de couleur. Le feu orange ne dure que 3 à 5 secondes, le maximum, c’est 5 secondes. Et si je suis à cinq mètres du feu, même à deux mètres du support, lorsque j’aperçois le feu orange, je compte combien de secondes pour franchir l’intersection, c’est là, la question ; il ne faut pas prendre en compte uniquement le support du feu orange mais c’est l’intersection qui faut considérer.

Les feux régulent la fluidité de la circulation à l’intersection, c’est ce que les gens ne comprennent pas, parce que certains sont de bonne foi ; ils pensent que lorsqu’ils ont franchi le poteau, ils ne sont pas passés au feu rouge mais d’autres, lorsqu’ils voient le feu orange, ils commencent à accélérer pour franchir, là, je peux dire qu’ils sont de mauvaise foi.

Ce que nous pouvons donner comme conseils aujourd’hui, en nous appuyant sur le code de la route, c’est que les gens prennent en considération l’intersection, ce qu’ils appellent couramment le carrefour. Le code dit qu’il faut pouvoir franchir le carrefour sans être rattrapé par l’autre feu qui va changer de couleur.

Il ne faut pas pourchasser le feu orange, il ne faut pas voir le feu et commencer à accélérer, dès qu’on a vu le feu orange, il faut réduire son allure. Le code prévoit qu’à l’entrée d’une intersection, on doit réduire la vitesse. Si vous accélérez au feu orange pour passer, même si l’on ne vous interpelle pas pour le feu orange, on risque de le faire pour excès de vitesse d’autant plus que le code prévoit que lorsque vous entrez dans une agglomération, vous deviez réduire votre vitesse ; la vitesse est de 50km/h, mais le code précise qu’à l’entrée d’une intersection, on doit réduire la vitesse. La vitesse doit être réduite en fonction de l’environnement, ce n’est pas parce qu’on a dit que c’est à 50Km/h que je dois franchir une intersection à 50km/h, si l’on vous prend, on pourra vous poursuivre pour vitesse dangereuse à l’entrée d’une intersection.

Lefaso.net : quelles sont les causes récurrentes des accidents dans la ville de Ouaga ?

Régulièrement, c’est la vitesse excessive ou dangereuse à la traversée des intersections, le non-respect du feu tricolore, le non-respect de la priorité de passage dans les intersections où il n y a pas de panneaux de signalisation. Généralement, les gens pensent que c’est uniquement la voie bitumée qui est prioritaire, pourtant, dans une agglomération, le code de la route dit que toutes les routes s’équivalent. Si vous êtes dans une intersection sans signalisation, c’est-à dire, qu’il n y a pas de panneau « stop » ou « cédez le passage » ou de marquage au sol, la priorité est à droite.

En ce qui concerne les quatre roues, en ce moment, nous relevons pas mal d’accidents dus au non-respect de la distance de sécurité et à l’inattention parce que la réglementation a prévu une distance que les véhicules doivent observer. Malheureusement à Ouaga, avec l’étroitesse de nos voies, les conducteurs ne respectent pas cette distance de sécurité, ils se suivent en file indienne ; conséquence, on a parfois 3 à 4 véhicules alignés qui sont impliqués dans un accident.

Lefaso.net : Y a-t-il des heures ou le taux d’accident est très élevé ?

Grâce à une étude effectuée par un consultant sur la géolocalisation des accidents, nous avons relevé que les heures de pointe étaient caractérisées par des accidents, c’est -à- dire, de 07 heures du matin à 09 heures, de 11 heures à 13 heures, de 14h 30 à 15h 30 et de 16h 30 à 18h 30. Il y a aussi le cas des heures tardives, des week- ends et des jours fériés. En dépit de tout cela, nous connaissons également des zones accidentogènes qui ne tiennent pas compte des heures et des jours. Selon la même étude, nous relevons plus de cas d’accidents au niveau des intersections équipées de feux tricolores et des intersections sans signalisation.

Lefaso.net : Lorsque vous procédez au constat, comment faites-vous pour établir la part de responsabilité des différentes parties ?

En matière d’accident, la police n’invente rien. On ne se base que sur le code de la route, c’est la réglementation et les déclarations des parties mises en cause. Et lorsque nous procédons au constat, les parties mises en cause se retrouvent au commissariat pour la confrontation qui ne se fait pas en l’absence d’une partie impliquée dans l’accident. Toutes les parties prennent part, assistent à la confrontation puisqu’au moment de l’accident, nous n’étions pas présents. Nous ne pouvons pas savoir ce qui s’est passé, ce sont les parties mises en cause qui donnent les circonstances dans lesquelles l’accident a eu lieu. C’est sur la base de cela, que nous cherchons à savoir ce qui n’a pas marché, qui n’a pas respecté le code de la route et suite à cela, nous relevons les infractions au code de la route ; sinon, la section de constat ne fait pas de jugement, on ne dit pas qui a tort ou raison.
Ce n’est pas un tribunal ici, notre rôle est de relever les infractions au code de la route et il revient aux parties mises en cause de décider de la suite réservée à leur dossier. Ils ont le choix d’aller au tribunal, soit à l’assurance pour ceux qui sont assurés ou dans une moindre mesure, de procéder à un règlement à l’amiable. S’ils choisissent d’aller au parquet, nous dressons le procès-verbal (PV) conformément au texte et on transmet au parquet, si les parties décident de régler leur sinistre par la voie des assurances, nous montons également le PV que nous transmettrons aux différents assureurs qui sont censés être leurs avocats ; s’ils décident de régler leur sinistre à l’amiable, il leur revient de décider eux même des clauses de leur accord. Nous ne nous ingérons pas dans les règlements de leur sinistre. Pour les cas particuliers de délits (Homicide, coups et blessures, défaut de permis de conduire, défaut d’assurance…) le dossier est transmis au procureur sans l’avis des intéressés.

Lefaso.net : Ces derniers temps, nous voyons des policiers armés au niveau des feux tricolores. Ont-ils besoin de tout ce dispositif pour réglementer la circulation ?

Excusez-moi de répondre une question par une question ; pourquoi à une intersection, il y a les feux, les panneaux et malgré tout, il faut encore des agents ? A une situation nouvelle, une mesure nouvelle. Il faut que le code de la route soit respecté pour le bonheur du plus grand nombre.

Lefaso.net : Certaines personnes paniquent à la vue des policiers armés. N’est-ce pas là une cause d’accidents ?

Non, généralement, les policiers qui sont armés sont sur place ; les autres régulent ou contrôlent. Lorsque vous allez en banque pour toucher votre argent, vous trouvez des policiers armés mais vous ne paniquez pas au point de ne pas vous présenter au guichet. Tous les jours, les policiers sont présents dans les banques mais elles ne désemplissent pas pour autant. Leur présence rassure les bons usagers mais inquiète ou panique les mauvais.

Lefaso.net : Est-ce qu’il ne serait pas mieux que les policiers se fassent plus discrets ?

Je dirai que c’est la situation nationale et internationale qui l’oblige, rappelez-vous des évènements malheureux ; Il ne faudrait pas que les policiers soient aussi victimes parce les usagers ont peur. D’ailleurs, aucun burkinabè n’a peur d’une arme aujourd’hui. Ce ne sont que des prétextes.

Lefaso.net : Depuis le début de l’opération contre l’insécurité routière, est ce qu’il y a eu une baisse du nombre d’accidents ?

Effectivement, depuis le mois de mai, nous avons constaté au niveau de nos statistiques que le nombre d’accidents a baissé avec la mise en place de l’opération contre l’insécurité routière. A titre d’exemple, après avoir enregistré 918 cas d’accidents en Avril et 947 cas en mai, nous avons recensé 786 cas d’accidents au mois de juin.

Lefaso.net : Des conseils à l’endroit de la population

Ce que j’ai à dire à l’endroit des usagers de la route, c’est de considérer le policier au carrefour comme étant son protecteur, son conseiller, son éducateur… . Le policier au carrefour, c’est la super signalisation ; la présence du policier annule tout ce qu’il y a comme signalisation. Que ce soit la signalisation lumineuse, verticale ou horizontale, la présence du policier annule toutes ces signalisations. Le policier n’est pas au carrefour pour nuire aux usagers mais pour leur sécurité. Aussi, je vais demander aux usagers, de ne pas considérer le support des feux pour apprécier leur engagement mais de voir le danger qu’ils courent ou l’embouteillage qu’ils créent à l’intérieur de l’intersection (ceci est la réglementation). La connaissance, l’observation et le respect de la réglementation sont le gage de la sécurité pour tous.

Entretien réalisé par Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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