nouna

A 6 mois de grossesse, Marie-Ange Traoré, 18 ans, devrait être aux bons soins de son mari avec toutes les commodités possibles, surtout qu’il s’agit du premier enfant qu’elle attend. Mais loin de ce confort, c’est dans un champ d’arachide que nous avons trouvé la jeune dame, un matin de septembre 2016, se battant contre les hautes herbes, pour une rémunération journalière de 1000 FCFA.

 

Le visage trempé de sueur, le ventre bien arrondi et une daba à la main, traquant les mauvaises herbes, Marie-Ange Traoré n’est pas au bout de ses peines ; il est 10 heures et la journée de travail continuera jusqu’à 16h. Mais qu’est-ce qui a bien pu conduire cette jeune dame à cultiver dans un champ malgré son état de grossesse avancé ?

Nul doute que c’est parce que la précarité frappe à sa porte. Ce qu’elle confirme après un long soupir : « C’est la pauvreté qui m’amène à chercher à travailler dans les champs afin d’avoir un peu d’argent. Je suis consciente des dangers que cela présente pour mon enfant mais que faire ?  Mon mari aussi étant démuni, je suis obligée de sortir travailler pour subvenir aux besoins de la famille. » Un passant, après des échanges avec la pauvre dame, lui tend quelques pièces de monnaie qu’elle attache au bout de son foulard, le sourire aux lèvres.

Le cas de Marie-Ange n’est pas isolé. En cette période de soudure et dans une zone où la majorité des femmes est sans activités génératrices de revenus, nombreuses sont celles qui travaillent à longueur de journée dans des champs pour pouvoir subvenir à leurs besoins. La situation est plus compliquée pour celles issues de familles nombreuses. Il n’est pas rare de voir des femmes presque à terme se débattre pour leur survie et c’est la vie des enfants qu’elles portent qui est ainsi exposée.

Pour Estelle Kandolo, accoucheuse auxiliaire au CSPS communal 1 de Nouna, la femme une fois dépistée enceinte doit se tenir loin de toute activité susceptible de nuire à son bébé. « La femme enceinte, en cultivant, peut avoir des douleurs abdominales, ce qui peut conduire à un avortement spontané. Nous avons constaté que dans de nombreuses familles de Nouna les femmes sont sur tous les fronts. En plus de s’occuper des enfants, elles doivent se battre pour faire face aux charges familiales », a-t-elle ajouté

Autre fait qu’a relevé Mme Kandolo, à Nouna certains parents poussent leurs fils à se marier très tôt sans se soucier de leur emploi. Ce qui oblige des femmes, même en état de grossesse, à faire des travaux pénibles, leur mari ne disposant pas de revenus.

 

Boureima Badini

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