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2016.09.21

Face à l’impunité, le peuple burkinabè a raison d’être nerveux

Pendant le long règne sans partage de Blaise, les Burkinabè ont eu soif de la justice. Trop s’est trop était le slogan de presque tous les Hommes intègres indignés par les morts suspectes de personnes qui dénonçaient les dérives du pouvoir en place. Le paroxysme de ce ras-le-bol a été l’insurrection populaire d’octobre 2014. C’est pourquoi d’ailleurs le peuple n’a pas accepté la tentative de coup de force du général Diendéré en septembre 2015.

Sankara Thomas
Sankara Thomas

Depuis, les populations sont exigeantes vis-à-vis des dirigeants par pure logique d’une quête permanente de la justice sociale. L’impunité en est une des raisons profondes. Et pour preuve, toute liberté provisoire accordée aujourd’hui à une personne soupçonnée d’avoir commis un crime politique ou économique rend le peuple burkinabè nerveux et hargneux.

Le dos d'Hamidou Ilboudo, codétenu de David Ouédraogo et cuisinier de François Compaoré
Le dos d’Hamidou Ilboudo, codétenu de David Ouédraogo et cuisinier de François Compaoré

L’impunité est le levain de la violence. En effet, depuis plus de 20 ans, le Burkina Faso a connu des exactions sommaires clandestines, des exécutions arbitraires, barbares… Le peuple burkinabè, dans sa misère quotidienne, dans la peur et la hantise, avait cru bon de se résigner. Chacun protégeait sa tête, surtout que les caïds étaient froidement abattus. Ainsi a-t-on couvé le mal des assassinats et toutes atteintes au droit de l’Homme au nom de la paix et de la sagesse.

Le Burkinabè, après des années de résignation et de protestations souterraines n’a pu retenir sa colère suite à la mort tragique de Norbert Zongo alias Henri Sebgo le 13 décembre 1998 et de ses trois compagnons d’infortune. Défenseurs des droits de l’Homme, sa mort a été ressentie par le peuple comme un os dans la gorge, une sorte de vérité étouffée par des intolérants aux intérêts égoïstes.

Norbert Zongo
Norbert Zongo

A partir de ce moment, toutes les couches sociales avaient compris qu’elles étaient gouvernées dans l’injustice, l’iniquité et l’impunité. Ainsi venait de s’allumer la flamme de l’incivisme, de la révolte et de l’intolérance à toutes formes d’injustice. Puisque l’honnêteté se cachait quand la fraude s’épanouissait. L’évanouissement des règles répandait et se légalisait sournoisement. La dérive venait du sommet. Comment comprendre en effet qu’un Yacouba Zida ait pu faire tout ce qui se dit de lui sans ressentir de la gêne et de l’embarras vis-à-vis de ce peuple qui l’adulait? Pourquoi cette duplicité cynique? Tous ces comportements ont assoiffé davantage le peuple burkinabè de justice.

Victimes du coup d'Etat de septembre 2015
Victimes du coup d’Etat de septembre 2015

En fait, les réactions épidermiques constatées çà et là aujourd’hui expriment le sentiment que l’impunité est comme une maladie incurable. Qui perdure. Or les nouveaux médecins que sont les dirigeants actuels sont censés avoir le remède miracle à ce mal qui a fait tant de mal à ceux qui ont eu le cœur brisé par les injustices passées. Dans ce sens, la justice rendue et la lutte véritable contre l’impunité seront les laisser-passer du régime actuel aux prochaines élections. Tant que les populations auront le sentiment que l’impunité se perpétue d’une façon ou d’une autre, elles se convaincront que rien n’a changé. Pourtant, plus rien ne sera comme avant est la devise de ceux qui ont chassé Blaise du pouvoir.

Le peuple a soif de la justice. Il l'a démontré face au régime de Blaise
Le peuple a soif de la justice. Il l’a démontré face au régime de Blaise.La lutte contre l’impunité doit être une priorité

Qui plus est, sans la justice, les violences, latentes soient-elles, continueront à s’exprimer comme une solution à l’impuissance vécue. C’est la raison pour laquelle face cette marée d’indignation, face à l’impunité, notre justice doit pouvoir élever la seule digue qui vaille et qui est celle du droit. Hélas, notre justice est pauvre. Elle est lente et, entre la mise en examen et le verdict, une durée trop longue dessert, devant l’opinion, sa vertu d’exemplarité. D’où la nervosité du peuple face à un désir de changement radical et profond qui tarde à voir le jour. Ce qui donne l’impression d’une révolution populaire inachevée. Heureusement qu’il n’est pas tard de se racheter. Si, bien sûr, chacun y met du sien. Maintenant.

Théophile MONE (lesechosdufaso)

09:53 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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