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2016.10.03

La rentrée scolaire et ses insomnies

Le lundi 03 octobre, c’est la rentrée pédagogique dans tous les ordres d’enseignements au Burkina. C’est ce qu’indique l’arrêté fixant le calendrier de la rentrée scolaire et universitaire 2016-2017. Selon la même note, la rentrée administrative dans les institutions d’enseignement supérieur a eu lieu le 1er septembre. Celle au niveau du préscolaire, du primaire, du postscolaire et du secondaire a eu lieu le 15 septembre 2016. Ce qui a permis sans doute aux enseignants surtout des provinces reculées de se mettre en place.

Les cours de récréations retrouveront leur animation
Les cours de récréations retrouveront leur animation

Tous, parents, élèves et autorités voudraient bien que notre système éducatif permette de résoudre le problème de l’emploi. Que l’école ait des débouchés. Qu’elle soit pourvoyeuse d’emplois. Malheureusement, ici comme ailleurs en Afrique, notre système scolaire est inadapté à la situation de notre Etat. Pas besoin d’être un expert pour l’affirmer. L’école actuelle, il est certain, conduit tout droit au chômage. Il est en déphasage par rapport aux préoccupations de l’heure. Ses problèmes communs sont les effectifs pléthoriques, le manque crucial de matériel didactique, le coût élevé des fournitures scolaires, les frais de scolarité, le manque de motivation de certains enseignants, les grèves, etc.
Pourtant, une société soucieuse de son propre avenir doit penser à l’avenir de sa jeunesse. Cela fait partie de l’ordre des choses. Dans ce sens, il n’est pas exagéré de penser à concevoir une école essentiellement africaine, voire burkinabè, qui sera non seulement un facteur, mais aussi un vecteur de développement.
L’école, on l’oublie souvent, est une institution à caractère social. D’où la nécessité d’une refonte de notre système scolaire dans le sens d’une plus grande rentabilité et pour l’épanouissement de l’homme. Dans notre pays, on la dit ouverte et accessible à tous. Paradoxalement, tout semble fait pour limiter l’accès des classes aux élèves de parents pauvres, malgré la gratuité instaurée par l’Etat au niveau des établissements publics. Envoyer ses enfants à l’école revient aujourd’hui très cher, surtout dans le privé. C’est pourtant une nécessité. D’où le casse-tête à chaque ouverture des classes. Pour preuve, demandez aux parents d’élèves combien ils ont déboursé pour la rentrée des classes 2016; en moyenne, 80 000 F CFA pour le privé et 7 500 à 20 000 F CFA pour le public. Quand on a trois ou quatre enfants à envoyer à l’école, on souhaite toujours que le mois d’octobre vienne le plus tard possible et on perd le sommeil: inscription, réinscriptions, fournitures, scolaires, etc. Qui plus est, dans les établissements publics où tout devrait être facile, il faut se lever tôt pour espérer y avoir la place. A moins de la payer avec un professeur qui, de fait, à droit à une ou deux places. Une autre forme de deal à combattre. Car ces avantages ont sans doute pour objectif de permettre aux enseignants d’inscrire facilement leurs progénitures ou celles de leurs proches, en difficulté. Mais ces faveurs sont devenues un fonds de commerce! Il faut donc attendre que les professeurs se partagent les places avant d’espérer en bénéficier. Toute chose qui pousse bien de parents d’élèves vers le privé (de peur de manquer de place à la dernière minute ou d’être obligés de céder aux chantages d’enseignants commerçants) où les places coûtent les yeux de la tête.

Des promoteurs privés véreux en profiteront
Des promoteurs privés véreux et cupides en profiteront

Il existe donc une problématique de la rentrée des classes. Et c’est ainsi que l’école d’aujourd’hui se trouve ébranlée dans ses fondements et risque, si l’on n’y prend garde, de fausser sa mission première – si ce n’est déjà fait. L’école se veut démocratique. Son objectif est de dispenser instruction et éducation à tous sans distinction. Elle est devenue malheureusement un instrument de promotion sociale, l’apanage de la petite bourgeoisie. De plus en plus, fréquenter un établissement scolaire même public est lié à des frais – faibles soient-ils – dont il faut s’acquitter absolument. L’école est devenue un business. Adieu donc le temps où on amenait de gré ou de force les enfants à l’école. De nos jours, l’argent est vraiment le nerf de la guerre; et certains en ont suffisamment pour se payer les droits d’instructions. D’autres pas. Les enfants des premiers ont davantage de chances de suivre une scolarité normale que ceux des seconds qui, assez souvent, ne dépassent pas les classes de l’enseignement primaire.
A-t-on besoin de souligner que ceux qui subissent les déperditions scolaires sont les fils et filles de paysans ou de manœuvres, en tout cas issus de familles aux revenus modestes? L’éducation est pourtant un droit fondamental de l’homme inscrit dans toutes les constitutions. Alors, négligence ou faiblesse de l’Etat?

D'autres retrouveront leurs salles sous paillottes
Aussi, on n’est pas au bout de ses peines parce qu’on a inscrit son enfant à l’école. Il faut le doter de toute une panoplie de fournitures scolaires et de vêtements. Aujourd’hui, rentrée des classes va de pair avec vêtements neufs surtout que les enfants refusent la tenue, les premiers jours. Certains élèves ne portent la tenue qu’à l’entrée de l’école et la retire dès la sortie. Pour exhiber leur belle mise.
Enfin, comment parler de la rentrée des classes sans évoquer les décisions d’affections. Comme chaque année, à la même période, il y a toujours eu un os de ce côté-là. On trouvera des esprits malins qui ne voudront pas quitter les grands centres pour la «brousse». D’autres ne sont pas prêts à abandonner leur moitié du ciel pour un quelconque centre au risque de se faire cocufier… En tout cas, ce problème qui existe belle burette doit être résolu par les autorités compétentes pour bannir cette négligence qui a assez duré qui fait du mal à beaucoup de couples. Toutes ces étapes passées avec succès, il faut prier le bon dieu que l’année académique ne soit pas perturbée par des grèves perlées ou larvées.
Espérons que les nouvelles autorités prescriront au système éducatif burkinabè chancelant le remède qui soigne, le remède qui guérira pour toujours.
Les Echos du Faso

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