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2016.10.04

La lutte syndicale est-elle dévoyée?

Les forces vives de la nation se sont battues pour chasser Blaise Compaoré du pouvoir. Les populations en général (jeunes, femmes et hommes), les organisations de la société civile et les partis politiques se sont mobilisés comme jamais auparavant pour cela. Il ne voulait pas lâcher prise et c’est tant pis pour lui. Désormais, l’alternance est en marche au Burkina Faso car des élections jugées transparentes par tous ont été organisées et une nouvelle constitution est en chantier pour consolider le processus démocratique.

Les syndicats doivent developper de nouvelles voies de lutte que de d'emprunter la courte échelle de la prise des dirigeants et des populations en otages
Les syndicats doivent développer de nouvelles voies de lutte que d’emprunter la courte échelle de la prise des dirigeants et des populations en otages

Mais à peine un nouveau pouvoir installé que des tirs groupés et nourris viennent de toutes parts contre ce nouvel exécutif. Parce que l’esprit de l’insurrection est toujours dans les têtes, parce que les populations ont soif de justice et les besoins pressants, elles veulent le changement ici et tout de suite. Chaque corporation veut sa part de la  »victoire » hic et nunc.

C’est pourquoi nous assistons çà et là à des réactions des plus déplacées. Passons encore que des OSC (beaucoup ignorent leur rôle et leur but) s’insurgent contre certaines pratiques. Mais que des syndicalistes s’immiscent dans des affaires qui ne les regardent pas, qu’ils prennent la population en otage, on peut dire que la lutte syndicale est utilisée à d’autres fins.

Ces derniers jours, on a lu et entendu les propos d’un leader syndicaliste parler des marchés dans un ministère: «Ce sont les marchés publics qui intéressent le ministre…».

La vocation d’une organisation syndicale, pour ce que nous avons entendu jusque-là, est de défendre les intérêts matériels et moraux d’une corporation. Son rôle est de lutter pour avoir de meilleures conditions de vie et de travail pour ses affiliés. Elle lutte aussi pour l’élargissement des libertés. Mais lorsqu’un syndicat déborde se ses ‘’prérogatives régaliennes’’ pour regarder dans la passation des marchés, on peut dire que le front de la lutte s’élargit inutilement et peut desservir les objectifs premiers du syndicat.

C’est son droit de demander que les frais de mission soient payés. C’est son droit d’exiger la satisfaction «sans délai» d’un protocole d’accord signé le… 27 juin 2011! Là, ce sont ses prérogatives! Mais les dysfonctionnements dans les procédures de passation des marchés sont du ressort des entreprises soumissionnaires qui peuvent faire des réclamations. Il y a plusieurs voies de recours pour celui qui se sent lésé ou si les termes du marché n’ont pas été respectés.

Il faut que le Burkinabè se ressaisisse. Sinon, à cette allure, personne ne pourra travailler au Burkina ici. Quel qu’ait été le parti au pouvoir, il ne ferait pas mieux dans une telle atmosphère de travail. L’insécurité et l’incivisme sont un frein à la reprise de l’activité économique et surtout pour l’arrivée de nouveaux investisseurs.

Depuis le 20 septembre, les populations sont prises en otages par la grève au niveau de l’opérateur historique et global des télécommunications. C’est inhumain, ce que les populations vivent. Impossible de travailler. La lutte ne doit pas faire plus de victimes que celles (les travailleurs) que la grève est censée servir. Plus de 2 semaines de grève, c’est exagéré pour un domaine aussi sensible!

Halte au syndicalisme gangster! Halte au syndicalisme preneur d’otages!

Tout cela concoure à éloigner les potentiels investisseurs qui voudraient miser au Burkina, un pays totalement vierge en matière d’industrialisation. Si des syndicats, si des groupes spontanés peuvent à tout moment prendre des dirigeants en otages ou détruire l’instrument de production, il y a de quoi réfléchir par deux fois avant de s’engager.

D’où viendront alors les ressources qui vont permettre de faire face à toute cette demande sociale chaque jour croissante? Regardons un peu plus loin que nos ventres bedonnants d’opulence ou de malnutrition.

Les fonctionnaires et les travailleurs ont cette petite parcelle de pouvoir qui leur permet d’agir à leur guise. Il va falloir que les paysans s’organisent pour avoir aussi leur moyen de pression parce qu’en dernier ressort, ce sont elles qui trinquent. Vivement le jour où ces derniers vont suspendre inopinément la fourniture du marché en denrées…

Lougouvinzourim

18:19 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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