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2017.03.12

Violences faites aux femmes au Burkina : « Elles sont sous-estimées » (Landry Stanislas Zaongho)

A l’occasion de la commémoration du 8-Mars 2017, Burkina 24 s’est intéressé aux différentes formes de violences faites à l’égard des femmes. L’exclusion classée parmi ces formes de violences est au cœur de la 160e Journée internationale de la femme au Burkina. « Au Burkina Faso, ces violences sont mal connues et largement sous-estimées », commente Landry Stanislas Zaongho, le Chargé de Programmes à l’Association des femmes africaines face au SIDA (AFAFSI).

La violence à l’égard des femmes se manifeste sous de multiples formes y compris des formes qui sont particulières à des conditions, pays et régions données. Au Burkina Faso, la violence à l’égard des femmes, selon le Chargé de Projet « Béoog-Néré », Landry Stanislas Zaongho, revêt des aspects physique ou corporel, moral ou psychologique, sexuel, économique, institutionnel, politique, social et culturel.

« Béoog-Néré » est un projet de lutte contre les violences basées sur le genre. « Ce qui caractérise les types de violences au Burkina Faso, c’est que les violences sont mal connues et largement sous-estimées. Il n’y a pas assez de données statistiques ni beaucoup d’études sur le sujet au Burkina », explique le Responsable de la ligne verte.

Il ajoute que les formes de violences les plus répandues sont la violence familiale, la violence perpétrée par un partenaire intime, la violence sexuelle (y compris le viol), le harcèlement sexuel et la violence affective ou psychologique.

 Les responsables de violences à l’égard des femmes peuvent inclure les États et leurs agents, les membres des familles (y compris les maris), les amis, les partenaires intimes et des proches ou des étrangers.

D’autres formes répandues de violences à l’égard des femmes incluent l’exploitation sexuelle, la traite des femmes et les pratiques nuisibles, telles que les mutilations génitales féminines, le mariage forcé et le mariage précoce. Par ailleurs, s’il est vrai que l’excision permet au mari de contrôler la sexualité de son épouse, cette pratique traditionnelle peut être source d’autres formes de violences.

« Tata, une jeune femme de 28 ans, est mariée et a un enfant. Excisée à l’âge de 5 ans, elle a grandi avec cette rage au cœur pour avoir été excisée. Mariée il y a à peine 4 ans, son couple bat de l’aile. Elle ne supporte en effet pas les rapports sexuels avec son homme. Selon elle, le problème ne se situe pas au niveau de son mari.

Mais ce dernier n’arrive pas à comprendre sa femme. Avec mon mari et à cause de moi, dit-elle, on fait un rapport sexuel chaque deux semaine. Incroyable mais vrai ! Depuis qu’on s’est marié, ajoute la jeune dame, on peut compter le nombre de rapports sexuels qu’on a faits ensemble. Elle doute fort que son mari ne la trompe. Mais pas seulement !

Convaincue que son foyer est infectieux, Tata craint le pire : le tabassage, le viol, le divorce, l’exclusion… Nul ne peut lui faire croire que l’excision n’empêche pas la femme de vivre une vie sexuelle épanouie. Pour terminer, elle confie : Pas que je ne veux pas faire l’amour avec lui, mais je n’ai aucune envie ».

Des formes moins connues de violence à l’égard des femmes comprennent aussi les crimes d’honneur, le « femicide », la sélection du fœtus en fonction du sexe, l’infanticide des filles, l’exploitation économique, la violence politique, la violence perpétrée contre les femmes âgées, la violence sexuelle liée à la dot, l’agression au vitriol, le frein à la pratique de la planification familiale, etc.

Certains groupes de femmes notamment celles séropositives, les femmes migrantes et sans papiers, les femmes handicapées, les femmes détenues et les femmes victimes de conflits ou dans des situations d’urgence, sont particulièrement vulnérables à la violence et peuvent subir des formes multiples de violences en raison des effets conjugués de la discrimination et de l’exclusion socio-économique.

255 exclus sociaux accueillis au Centre Delwendé en 2015

« La valeur morale de la personne humaine : responsabilité des communautés dans la lutte contre l’exclusion sociale des femmes ». C’est le thème du 8-Mars 2017 au Burkina. Les statistiques en matière d’exclusion sociale pour faits de sorcellerie donnent un tableau plutôt sombre selon le ministère de la femme.

En septembre 2015, le centre Delwendé de Tanghin enregistrait en son sein 255 personnes victimes d’exclusion sociale dont 250 femmes, la Cour de solidarité de Paspanga à la même date abritait 82 femmes victimes d’exclusion sociale.

Au 17 décembre 2016, 926 personnes pour la plupart des femmes, victimes d’exclusion sociale, ont été enregistrées dans 13 centres d’accueil et cours de solidarité et seulement 61 sont retournées dans leurs familles respectives. Cette année, les autorités veulent placer au centre des préoccupations, l’épineuse problématique de la valorisation de l’image de la femme dans la société traditionnelle et son implication dans le développement du pays.

En guise de solutions, le Gouvernement burkinabè a pris des mesures entre autres visant à combattre ces exclusions à travers la création d’un Secrétariat d’Etat en charge de la lutte contre l’exclusion sociale, l’accompagnement des structures d’accueil de ces femmes, la sensibilisation des populations sur les dangers du phénomène.

A cela s’ajoute l’adoption de la loi n° 061-2015/CNT du 06 septembre 2015 portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes/filles et prise en charge des victimes et celle de la loi n°024-2016/AN du 17 octobre 2016 portant protection et promotion des droits des personnes âgées. Il faut noter qu’en plus de ces mesures, des actions de changement de mentalité et de comportement sont en train d’être menées.

Noufou KINDO

  

09:39 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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