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2017.06.07

Secrets de famille: toujours dissimuler ou s’en libérer?

       Quelle famille n’a pas de secret? Violence, abus sexuel, mensonge, acte criminel, filiation, suicide d’un proche…, les histoires de  secrets de famille, il y en a partout et de toutes les facettes.

Si la mise à jour d’une vérité cachée peut soudain bouleverser l’histoire de plusieurs générations et entraîner un choc émotionnel d’une rare violence, la dissimulation d’un secret peut avoir, tel un poison qui s’infiltre lentement, des conséquences encore plus lourdes à long terme.

Petits ou grands, sachant que tôt ou tard les mystères familiaux risquent d’engendrer de lourds conflits familiaux et individuels, que ces cachotteries finissent par envenimer le climat familial et alourdir la loi du silence, faut-il alors tout dévoiler? Toute vérité est-elle forcément bonne à dire?

Secrets de famille: toutes les vérités sont elles bonnes à dire?
Secrets de famille: toutes les vérités sont-elles bonnes à dire?

On sait aujourd’hui que, dans une famille, l’existence d’un non-dit, qu’il soit ou non douloureux, peut affecter plusieurs générations.

Le problème commence surtout quand le secret fait suite à une situation qui a provoqué une émotion si particulière, si intense et douloureuse qu’elle doit demeurer cachée par celui ou celle qui l’a vécue. Ce traumatisme que l’on ne peut ni expliciter ni partager avec les autres, et encore moins avec les siens, devient alors une blessure si profonde qu’elle peut avoir un impact trans-générationnel.

Certes, tous ne sont pas troublants, puisqu’il y a de bons secrets. Mais dans les cas difficiles, les ravages psychologiques et les traumatismes familiaux que peut provoquer l’existence sous-jacente d’un secret ou d’un non-dit pesant sont parfois dramatiques.

Certaines vérités de famille affectent durablement certaines personnes comme les jeunes
Certaines vérités de famille affectent durablement certaines personnes comme les jeunes

Aujourd’hui l’Internet change peu à peu la donne, et des millions d’informations accessibles tournent en boucle. Les réseaux sociaux, comme Facebook, étalent au grand jour l’intimité de leurs utilisateurs. Pour le pire et le meilleur. Les progrès de la science et de la médecine génétique ont fait évoluer le regard porté sur la famille et la notion même de la filiation. Mais tout cela se passe dans les sociétés occidentales. En Afrique, les secrets de familles sont toujours bien gardés par les anciens même si les mœurs ont évolué et la notion de secret aussi. En fait, il y aura toujours des secrets tant qu’il y aura de nombreuses choses dont on ne veut pas parler. La vie est ainsi faite.

Ainsi, malgré les changements moraux, technologiques et scientifiques qui ont impacté la nature du secret de famille, les mécanismes psychologiques qui peuvent pousser une personne à garder le silence, au risque de briser la chaîne qui la relie à ses descendants, semblent demeurer exactement identiques. D’où les questions suivantes: faut-il tout dire pour que le prix du secret ne soit pas payé par les générations suivantes? Comment évoquer ces blessures intimes que l’on préfère garder pour soi? Comment faire la différence entre les «bons» et les «mauvais» secrets? Surtout que ce qui était considéré autrefois comme inacceptable et devant être tu à tout prix ne l’est plus tout à fait. Ainsi de grands tabous comme le divorce, l’adoption ou les questions posées par la présence d’un enfant illégitime ont commencé à voler en éclats.

Pourquoi cache-t-on la vérité?

Les raisons derrière le mensonge sont parfois douloureuses. Il y a des faits dont on a honte, dont on se sent coupable et que l’on dissimule pour préserver son image aux yeux des autres. Il y a aussi ceux que l’on cache en croyant bien faire, pour ne pas blesser et pour protéger l’autre. C’est en fait une logique qui nous piège dans des dilemmes inextricables. Souvent, en cachant la vérité à leurs enfants, les parents veulent donner l’impression de contrôler leur famille. Mais tous les secrets ne sont pas forcément nocifs. Il faut distinguer les bons et les mauvais.

Secrets de famille faut il s'en libérer ou tout cracher? Avant toute chose il faut mesure l'impact des révélations sur la famille
Secrets de famille: faut-il s’en libérer ou tout cacher?

Mesurer l’impact sur la famille

Souvent, c’est la crainte du scandale, de la réaction des proches qui ignoraient le secret, mais il y a aussi le risque que les choses ne dégénèrent une fois qu’on a dévoilé le secret. Avant de décider de dévoiler quoique ce soit, il faut mesurer l’impact que cela peut avoir sur les membres de la famille.

Il faut savoir trancher. Chacun a le droit de connaître tout ce qui touche à ses origines et à son identité. Mais la vérité doit être maniée avec précaution. On a souvent tendance à penser que l’enfant ne comprend pas tout ce qu’on lui dit et ne devine pas ce qu’on ne lui dit pas. Or, même celui qui n’a pas accès à la parole peut interpréter les gestes et les attitudes des autres, en leur donnant un sens qui pourrait être nocif ou en culpabilisant. Dire la vérité à quelqu’un, lui expliquer pourquoi on s’est trompé, c’est lui permettre de ne pas répéter nos erreurs. Quelles que soient les précautions prises, les secrets finissent toujours par transpirer, soit par des lapsus, ou lorsqu’une personne mise dans la confidence finit par craquer et se déleste de ce poids insupportable. Assaillis par les secrets de famille, nous sommes confrontés à une situation qui peut nous paralyser, tant que nous n’avons pas découvert et analysé leurs effets. Par conséquent, il est important de se donner les moyens de s’en libérer, en exorcisant les fantômes du passé.

Pour cela, il faut rétablir une communication qui était jusque-là mise en sourdine. Il faut donner à ceux qui subissent les secrets de famille les moyens de reprendre leur destin en main.

Secrets: comment les dire

La vérité est parfois à manier avec des pincettes. Révéler un secret de famille nécessite une bonne dose de courage, de réflexion et de doigté. La vérité n’est que le premier acte d’un long processus où tout un réseau de complicités est ébranlé. Il faudra avant tout savoir que dire exactement à la personne et adapter les révélations en fonction de son âge. S’il s’agit d’un enfant, il faut savoir faire le tri entre ce qui peut être dit à ce moment crucial. Il faut surtout utiliser un langage simple et préparer le terrain pour mettre votre interlocuteur en confiance. Évitez les grands détours, encore moins un langage cru, mais soyez direct en exposant les faits et les raisons qui vous ont poussé à cacher la vérité. Observez les réactions de votre interlocuteur à mesure que vous poursuivez avec vos révélations. Il peut être prêt à en entendre davantage, sinon il est préférable de revenir sur le sujet plus tard. Dans ce cas, respectez sa volonté. Ne le brusquez pas. Évitez aussi de dramatiser la situation. Soyez calme et précis pour mieux vous faire comprendre.

Avant de décider de dévoiler quoique ce soit, il faut mesurer l’impact que cela peut avoir sur les membres de la famille
Avant de décider de dévoiler quoique ce soit, il faut mesurer l’impact que cela peut avoir sur les membres de la famille

Vivre en sachant la vérité

Une fois que la vérité éclate, comment vivre avec le secret? Après la révélation, il faut affronter la colère des uns, entendre la détresse ou le désarroi de l’autre. Le choc est avant tout la première réaction de celui qui découvre la vérité. Il peut s’accompagner d’un sentiment de trahison, de révolte et de mépris. La personne a l’impression qu’elle a été bercée d’illusions.

Une autre question se pose: doit-on pardonner à ceux qui nous ont menti? Au fond, la décision de pardonner dépend de la nature du mensonge. Lorsque des parents cachent la vérité à un enfant par exemple, c’est généralement dans le souci de ne pas lui faire de la peine ou de le protéger. Sachant cela, il devient plus facile pour lui de pardonner.

Mais ce n’est pas toujours évident. Le pardon est souvent difficile pour ceux qui ont le sentiment d’avoir été victimes d’un terrible mensonge. Accepter la vérité est un long processus qui demande du temps et un réel travail sur soi.

Comment surmonter cette épreuve?

La révélation, à elle seule, ne suffit pas. Pour beaucoup, il faudra consulter un psychologue et avoir recours à une thérapie. L’accompagnement psychologique peut permettre alors à la personne qui a appris la vérité de mettre sa souffrance en parole, d’extérioriser ce qu’elle ressent et d’accepter la vérité dans toute sa nudité. Il ne faut pas non plus négliger le fait que, dès que la loi du silence est brisée, c’est toute la famille qui est déséquilibrée. Les conséquences peuvent parfois être graves. Aussi, on peut favoriser la thérapie familiale, ce qui permet à tous de retrouver une certaine sérénité et de vaincre les vieux démons.

Théophile MONE

18:42 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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