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2017.11.01

Ces interdits et règles à connaître dans la tradition Moaga

 

En Afrique, les règles de conduite dans toutes les sociétés sont régies par la tradition. Si certaines de ces règles semblent disparaître avec l’occidentalisation de nos coutumes et mœurs, l’une d’entre elles semble inviolable face à l’avènement de la modernité: les interdits.

Les interdits existent dans toutes les civilisations africaines et plus particulièrement dans les quatre coins du Burkina. Ils sont des impératifs institués par un groupe, une société et qui prohibent un acte ou un comportement. Les interdits sont des actes condamnables pouvant entacher la noblesse d’un individu. Dans notre société braver un interdit c’est renier les règles de conduite élaborées par les ancêtres pour une meilleure cohabitation des différentes couches de la société. Au Burkina Faso, les interdits s’imposent généralement dans les relations humaines ou dans les lieux de travail. En voici quelques-uns chez les Mossé.

Un moaga. Ces anciens ont prescrit des interdits que nous respectons toujours ou pas. A chacun ses convictions. Mais il est bon de les connaître

-Un étranger ne donne jamais le motif de sa visite sans s’être rafraîchi, avoir salué et demandé des nouvelles de part et d’autre. C’est d’ailleurs à l’étranger à inviter les maîtres de la maison à recevoir ses salutations: «Wa ted pussé».

-La jeune fille ou la femme qui apporte l’eau (koom) à un hôte se doit de la boire d’abord sous les yeux de l’étranger avant de la transmettre, histoire de lever le soupçon d’empoisonnement.

-En tant que visiteur, quand on vous offre un repas, vous ne devez pas tout manger, sinon cela signifierait qu’on ne vous a pas donné assez, ou que vous êtes gourmand.

-Il faut toujours un cadeau quand on va saluer le chef: «nab pa pusd né nug zal yé»

-Les cadeaux sont un signe d’estime, d’honneur et de sympathie; un signe d’amitié. Ainsi cherche-t-on toutes les occasions de faire des cadeaux. Mais les cadeaux ne se donnent jamais de la main à la main, mais toujours par intermédiaire, jusqu’au plus influent de la suite du visiteur. On doit également remercier par le même chemin, et après seulement dire merci directement.

Un cadeau ne se refuse jamais: «kûn pa zâgesd yé». Surtout s’il était déjà présenté. Ce serait une injure. On ne peut refuser le cadeau même si l’on soupçonne de mauvaises intentions ni même si le cadeau est jugé insignifiant: «kûn ka bilf yé». On reçoit un cadeau des deux mains, mais jamais de la main gauche.

Quand on vous offre par surprise un cadeau important, sans que vous ne sachiez si c’est par sympathie ou par honneur, vous devez l’accepter en remerciant; mais vous le jetez ou vous l’affectez à un autre usage (cas de l’argent).

-Le chef ne serre jamais la main, par crainte de l’empoisonnement. Aussi, quand il serre la main, c’est une marque de confiance.

-Si quelqu’un se suicide, (pendaison par exemple), personne ne le pleure et on ne salue pas la famille.

-Une femme mariée porte son pagne jusqu’aux chevilles; les filles jusqu’aux mollets. Une femme qui s’habille comme les filles n’a pas de tenue.

-Les filles aux mœurs légères nouent leur pagne sur le devant et non sur le côté, de sorte qu’elles montrent leurs jambes en marchant; certaines le font sans arrière-pensées. Aussi, dans leurs mauvaises intentions, ces filles font exprès de faire voir leurs perles de leur ceinture ou les faire sonner (pour tenter).

-Durant les repas, les enfants doivent se croiser les jambes et rester silencieux car le repas est roi: «Saghab ya naba».

-Pour être enfant béni «bark biga», il faut respecter, aider, obéir à ses parents. L’enfant idéal est ainsi: «Bi sakedgha, ka koada, gunda». Le père est pour l’enfant le représentant de Dieu: «Ba ya wendé».

La désobéissance aux prescriptions du père est gravé; elle atteint les ancêtres et Dieu lui-même: «Bi totgha n zit naf nyaogho». Ce qui signifie: le désobéissant porte le poitrail du bœuf et en récolte le sang».

-Après comme après le mariage, il est particulièrement grave d’avoir des relations avec les femmes du «Budu» (clan, famille). On évitera même de regarder une femme du budu qui n’est pas en tenue. C’est à ces genres de manquements que l’on attribue la moralité.

-L’inceste est non seulement honteux, mais est parfois puni de mort.

-A certaines époques de l’année, les filles ne peuvent pas être envoyées chez le mari: d’abord vers juillet, parce que les courges commencent à s’étendre. Ensuite vers août, parce que le maïs comme à faire de la barbe. Enfin vers novembre parce que les arbres perdent leurs feuilles. En cas de transgression, c’est la mort ou la stérilité (pas d’enfants) selon les anciens.

-L’âge pour se marier est aussi apprécié par les anciens.

  • 15 -16 ans: trop jeune
  • 17 ans: mariage possible
  • 18 ans: ne convient pas, risque de n’avoir pas d’enfants
  • 19 ans: possible
  • 20 ans: comme 18 ans
  • 21 ans: possible

-Les causes du divorce: un délit quelconque contre la parenté de la femme (par exemple la recherche illicite d’une femme du clan allié ou le refus d’une femme du clan de se rendre chez un mari du clan allié). Etre «Swëyâ» (sorcier, sorcière). Ainsi une femme accusée d’être mangeuse d’âme est chassée. Est aussi chassée la femme qui injurie son mari en disant qu’elle n’a pas d’habit pour sortir de bon matin. «M pa tar gugu n sat béogho yé».

Connaître les interdits et les totems et de son milieu, permet de vivre en harmonie avec les autres.

Résumé d’un recueil du Centre d’Etude de Langue Mooré de Gilongou

Théophile MONE

08:48 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

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