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2017.12.28

DÉLINQUANCE JUVÉNILE: IMMERSION DANS L’UNIVERS DES ENFANTS EN CONFLIT AVEC LA LOI

27 Déc 2017

Délinquance juvénile: Immersion dans l’univers des enfants en conflit avec la loi

Enfance rime souvent avec innocence, mais pas toujours. De nombreux mineurs, pour de multiples raisons, généralement familiales, basculent dans la délinquance. Au cours d’un périple qui nous a conduit dans la rue, dans une maison d’arrêt puis dans un centre spécialisé, nous en avons rencontré. Ils nous racontent leurs parcours et surtout leurs rêves, car grâce à une justice qui se veut réparatrice, les jeunes qui ont trébuché et ont été condamnés bénéficient d’une réelle chance de repartir du bon pied.

La nuit vient de tomber sur Ouagadougou ce 19 août 2017 et, comme tous les soirs, une bande de gamins habillés de haillons se retrouvent sur la terrasse d’une échoppe en face d’un des hôtels de la capitale. Ils y passent la nuit, agglutinés sous des couvertures de fortune, parfois de simples cartons, et se quittent au petit matin pour errer dans les rues du centre-ville.

Il est un peu plus de 19h. Toute la marmaille n’est pas encore réunie. Au milieu du groupe, T.S., le plus grand, tient un bâton et distribue des coups, sans raison apparent, aux plus petits. Est-ce lui, le « chef de gang » ? Une interrogation qui n’a pas l’heur de plaire à un des gamins. Il le fait d’ailleurs savoir par un ton qui frise l’insolence. «Seul Dieu est notre chef !», dit-il, l’index droit pointé vers le ciel. Et de tirer sur la clope qui brûlait dans sa main gauche.  Ici tout le monde est fumeur, et la fumée de sa cigarette allèche ses compagnons, visiblement impatients de recevoir un «cra» (ndlr : le restant de cigarette). Après une dernière et longue bouffée, il jette le mégot. Un geste qui met en mouvement au moins trois prétendants qui se retrouvent illico presto au sol. Le plus rapide parvient à se saisir du Graal et le porte aussitôt à ses lèvres.

Entre bagarres et grossièretés, l’agressivité est permanente chez ces garnements en situation de rue, sous l’effet, sans doute, de stupéfiants. Pas besoin d’en être un spécialiste pour connaître la nature de ces résidus d’herbes qui jonchent le sol à côté des nombreux mégots. Comme s’il n’avait que faire de la présence de ce visiteur inhabituel, un des marmots n’hésite pas à se désaltérer avec un mélange spécial composé d’eau et de dissolution, utilisé comme drogue. Le tout dans un sachet plastique des plus banals pour faire diversion. L’effet recherché est instantané.

Comment se sont-ils retrouvés là, oubliés presque de tous ? Difficile de faire parler ces gosses très méfiants. Quelques-uns, comme K.S., âgé de 14 ans, acceptent de se prêter au jeu du dictaphone. Wizzy est son sobriquet. Il dit avoir fui la pauvreté qui a installé ses pénates dans sa cour familiale à Manga. Il était alors mû par l’espoir qu’il décrocherait un emploi, une fois dans la capitale. Mais mal lui en a pris, il est en effet sans travail et sans tuteur, une situation qui l’oblige à élire domicile dans la rue. Son compagnon, R.T., lui, a quitté sa mère dans le but de fuir les violences de son beau-père.  Les yeux embués de larmes, ce gamin de 12 ans flottait littéralement dans une grosse culotte nouée à la taille à l’aide d’un câble qui lui sert de ceinture. Il raconte ses déboires : « Mon beau-père me battait, ne me donnait pas à manger et me disait à tout bout de champ que je n’étais pas son fils. Il s’est servi de mes frais de scolarité pour payer des vélos à ses enfants. Il m’a dit que si je me présente de nouveau chez lui, c’est ma maman qui se retrouvera dehors.»

Même s’ils peinent à l’admettre, ces enfants, victimes de la défaillance de la société, deviennent par la force des choses les auteurs de certains délits mineurs au début de leur « carrière » avant de se mettre à jouer dans la cour des grands. Toxicomanes dans la plupart des cas, ils abusent de la générosité des usagers à qui ils  tendent la sébile afin d’assurer leur dose de stupéfiants au quotidien. Ces méfaits sont bien connus des forces de l’ordre qui, à titre préventif, viennent parfois embarquer la bande dans les paniers à salade.

Un phénomène en pleine croissance

Jeudi 12 octobre 2017 : comme elle le fait régulièrement, la police nationale présente à la presse des gangs qu’elle vient de démanteler. Mais en cet après-midi, outre l’impressionnant butin, l’exercice présente une particularité : deux mineurs de 16 ans figurent parmi les cambrioleurs alpagués : E. Z. et R. S. Le premier est élève, et le second sans activité connue. Au cours du même mois, Niangoloko, une localité située à environ 480 kilomètres de Ouagadougou, subit une série de vols. Les malfaiteurs se servaient d’un enfant dont la mission était de passer entre les persiennes et d’ouvrir de l’intérieur les maisons visitées.

Djénéba Savadogo, juge des enfants aux Tribunal de grande instance de Ouagadougou, a vu en 10 ans le nombre de dossiers qui passent sur son bureau augmenter d’année en année. Un constat corroboré par les statistiques du ministère de la Justice : en 2016, les juges des enfants ont traité 298 nouvelles affaires ayant impliqué 327 mineurs.  Ces chiffres étaient respectivement de 257 et 291 en 2015, eux-mêmes inférieurs aux relevés de 2014.

Dans la palette des délits commis par les enfants, le vol arrive largement en tête, selon Djénéba Savadogo. Viennent ensuite la consommation de drogue, l’abus de confiance, l’escroquerie, les coups et blessures et l’attentat à la pudeur. Viols, infanticides, parricides, coups mortels et meurtres, voire empoisonnements, sont aussi des crimes susceptibles d’avoir un visage juvénile.

Malgré les pires abominations que peuvent commettre ceux qui sont censés être le reflet de l’innocence, la législation burkinabè (ndlr : loi du 13 mai 2014 portant protection de l’enfant en conflit avec la loi ou en danger) pouponne les jeunes délinquants en consacrant la dimension éducative et réparatrice des peines qui leur sont applicables. Cela est d’autant plus vrai qu’en amont, le texte essaye d’éviter les procès impliquant cette frange de la société. De plus, l’emprisonnement y apparaît comme le dernier ressort en matière de condamnation d’un mineur, car les textes privilégient les peines alternatives comme la réprimande, le Travail d’intérêt général (TIG), la remise aux parents ou à des personnes dignes de confiance et le placement dans un centre spécialisé.  

A écouter Djénéba Savadogo, tout jugement d’un mineur nécessite au préalable une enquête sociale. Le résultat de cette investigation permet au juge de prendre la meilleure décision pour l’enfant, toujours dans le souci de favoriser sa réintégration dans la société. En attendant la reconstitution du puzzle de leurs parcours, les jeunes prévenus sont maintenus dans les liens de la détention, dans les fameux quartiers pour mineurs des maisons d’arrêt.

Selon le responsable du service social de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), Joanny Zoma, les enfants détenus bénéficient continuellement d’une assistance psychosociale. Mais l’accompagnement des psychologues à lui seul ne saurait préparer les conditions d’une réinsertion du jeune en situation de conflit avec la loi. Par manque de financement, avoue l’attaché d’éducation spécialisée, sa structure est obligée de se référer à des organismes externes à la prison  comme l’UNICEF ou l’ONG Terres des Hommes, qui y exécutent des projets avec pour principale ambition de permettre aux mineurs de prendre un nouveau départ à leur sortie de taule.

Une école derrière les barreaux

Une dizaine d’élèves, une maîtresse, un tableau noir et une date (7 novembre 2017), comme dans n’importe quelle autre classe au Burkina. Sauf que, dans ce cas, nous sommes à la MACO, dans une salle aménagée près des douches du quartier des mineurs.

La maîtresse se tient debout au milieu de la pièce dont les murs portent plusieurs graffitis comme autant d’archives retraçant le passage de plusieurs générations de jeunes taulards.  Delphine Nasso est une animatrice en alphabétisation bilingue, recrutée par l’ONG Terre des hommes. Elle explique n’avoir pas eu d’appréhension lorsqu’on lui a annoncé qu’elle allait donner des cours en prison. «Ce sont mes enfants. Souvent, c’est à cause de 3 000 francs qu’ils sont là. L’éducation peut les amener à changer, je vais les reconduire dans le droit chemin », professe-t-elle.

La plupart des apprenants n’ont jamais mis les pieds à l’école, d’autres par contre ont le niveau du collège. Pour tenter de satisfaire tout le monde, la classe est divisée en deux groupes. Aujourd’hui, les matières à passer en revue sont la copie et le calcul pour les débutants ; la dictée, le vocabulaire, la grammaire et la conjugaison sont destinés aux anciens. Une classe normale ou presque, comme quand cet élève envoyé au tableau y va torse nu parce que « tous ses habits sèchent au soleil », ou cet autre qui n’a pas de stylo pour faire l’exercice du jour parce qu’il l’a perdu. Mais l’institutrice fait toujours preuve d’une grande bienveillance envers ses apprenants. Parmi eux  B.P.E., 17 ans,  qui était en classe de 3eavant son arrestation. Il attend son procès depuis trois mois. Il est poursuivi pour détention illégale d’arme à feu. «Mes parents sont en train de faire tout ce qu’ils peuvent pour me sortir de là », confie-t-il. Pendant que certains passent leur temps à dormir, à s’adonner à un jeu de société ou à simplement flâner dans la cour de la prison, lui préfère suivre les cours de Mme Nasso pour «ne pas perdre le niveau».

La formation professionnelle n’est pas en reste dans ce programme de réinsertion.

Dans un coin du mur, sous un hangar, est installée une menuiserie. Deux apprentis suivent attentivement les consignes du maître Seini Kologo. Arrivé à la MACO en 2011, ce moniteur d’éducation spécialisée  occupe chaque jour sept mineurs dans son atelier qui produit principalement des tabourets pliables. Le bénéfice récolté sert à  améliorer l’ordinaire des détenus. O. K. est l’un des plus assidus aux cours. Ce garçon de 17 ans vivait seul après le décès de sa mère en 2013 et gagnait sa vie en accompagnant le chansonnier traditionnel Zougnazagamda. Un jour, l’artiste en herbe a, pour ainsi dire, « dégammé » : « J’ai volé un ordinateur et un téléphone portable. » En attendant son procès, fixé en 2018, il passe ses journées à l’atelier. Mais au fond, seule la musique l’intéresse. Quand je sortirai, dit-il, « je vais entrer en studio et sortir un album». En évoquant son passage de la prison aux podiums, ses yeux s’illuminent.

Malgré l’existence de programmes comme la menuiserie ou l’alphabétisation, la prison reste, de l’avis des spécialistes de la question, une réponse inadaptée à la rééducation du mineur en conflit avec la loi : en effet, explique la juge Djénéba Savadogo, les enfants qui passent plus de temps en détention courent le risque de récidiver, car ils y font la connaissance de «délinquants plus aguerris». Joanny Zoma du service social ajoute que certains mineurs sont devenus dépendants à la drogue après leur libération alors qu’ils n’en consommaient pas avant : « Ils veulent essayer ce que les autres font pour savoir quel effet ça fait. » Ne dit-on pas que « la prison est l’école du crime » ?

Dans ces conditions, les centres de réinsertion sociale qu’attendent de rejoindre certains pensionnaires de la MACO apparaissent comme la terre promise des jeunes délinquants tant ils s’avèrent meilleurs que  la prison. Le plus ancien de ces centres est celui de Laye, fondé  en 2004 par l’Association pénitentiaire africaine (APA), à une trentaine de kilomètres au nord de Ouagadougou. Ouvert uniquement aux garçons à sa création, le centre accueille depuis 2006 des mineurs des deux sexes qui font l’objet de poursuites pénales ou ceux qui sont déjà condamnés à une peine d’emprisonnement.  Ils y sont affectés par ordonnance du juge en vertu d’une convention entre l’APA et le ministère de la Justice.

La réinsertion par le travail

Vendredi 24 novembre 2017. Après avoir laissé la ville de Laye 4 kilomètres derrière nous, nous descendons côté gauche de la RN 3 pour emprunter un sentier. Après une centaine de mètres, des bâtiments de briques rouges sortent de la brousse : le centre de Laye se dresse devant nous. Il est un peu plus de 8h et le bruit de notre motocyclette attire l’attention des pensionnaires affairés dans le jardin. Quelques instants plus tard, la cloche sonne. Arrosoirs et bidons d’eau sont aussitôt abandonnés. C’est l’heure du petit déjeuner, de la bouillie que s’empressent d’engloutir les internes. La cloche, qui rythme leur vie, se fait encore entendre. Après un tour dans les dortoirs pour récupérer cahiers et stylos, ils se dirigent vers deux paillotes qui font office de salles de cours. Comme tous les vendredis et mardis, ils vont suivre des cours d’alphabétisation en langues nationales, le mooré ou le dioula.

Lundi et jeudi, c’est un autre programme : réveil à 5h 45, sport, jardinage et formation aux différents ateliers. Avant l’extinction des feux à 21h, ils ont droit à des distractions comme la télévision.

Dès son arrivée au centre, chaque enfant fait, pendant trois mois, le tour des différents ateliers : couture, menuiserie, électricité-bâtiment, soudure, mécanique, avant de jeter son dévolu sur un métier donné. Ces travaux pratiques sont l’occasion pour Paul Compaoré, le chef de la production du centre, d’apprendre aux garnements,  dont certains ont toujours été habitués au gain facile,  l’ardeur au travail et l’amour de son métier. En plus des ateliers, les mineurs sont initiés, entre autres, à la cuisine, à l’élevage, à l’herboristerie, à l’agriculture, à l’informatique et au maraîchage.

La méthode d’encadrement repose en outre sur la prise en charge psychologique, l’éducation civique et morale du mineur. « Ils viennent souvent sans aucune base d’éducation. Certains ne savent même pas dire bonjour parce qu’ils n’ont jamais vécu dans une famille normale », dit, désolée, Mariam Sogoba du service de l’éducation spécialisée.  Ce qui fait dire au président de l’APA, Honoré Tougouri, que « les parents et les enseignants ont démissionné de leur rôle  d’éducateurs ».

Après avoir « stabilisé » le mineur et établi un plan d’intervention adapté à la personnalité de chaque môme dans un premier temps, Laye se donne deux ans, selon son directeur général, Issa Traoré, pour faire de l’enfant en conflit avec la loi « un citoyen responsable et respecté ».

A l’issue des 24 mois, l’établissement prépare la sortie de ses éléments en collaboration avec l’Action sociale et les familles. Et ce, avec à la clé l’élaboration d’un projet individuel de réinsertion sociale, généralement en rapport avec la formation qu’ils ont reçue au centre.

O.F. a appris la couture et la restauration. La jeune fille, après 24 mois, s’apprête à quitter le centre pour retrouver sa famille. Elle confie qu’en venant à Laye, elle ne savait pas qu’elle allait y travailler mais se dit fière de nos jours de tout ce qu’elle y a appris. Son choix s’est porté sur la couture comme projet de réinsertion. Comme le centre le fait avec tous les sortants, elle bénéficiera d’un kit composé des outils de base de son métier et d’un accompagnement financier pour s’installer. 

Depuis 2004, Laye a accueilli 521 mineurs dont environ 300 se sont parfaitement intégrés, menant présentement des activités rémunératrices ou poursuivant leur scolarité. Fierté toute particulière : le premier bachelier du centre étudie en ce moment l’informatique en Inde.  Il faut croire que Brahma, Vishnu et Shiva, des divinités hindoues, ont tous les trois posé leurs mains compatissantes sur lui.

Cet arbre du succès spectaculaire ne doit cependant pas cacher la forêt des difficultés financières dans lesquelles se débat le centre, selon son directeur général, qui rappelle que le principal bailleur, l’APA, n’est qu’une association qui ne vit que des cotisations de ses membres.

 

Hugues Richard Sama (sidwaya)

 

Encadré 1

La douleur des parents

Leur parole est rare, ils vivent dans la honte, la culpabilité et surtout la douleur. Rencontre avec deux parents d’enfants en conflit avec la loi.

« Certains de mes parents ne savent pas que mon fils est en prison »

Accoudé à sa vieille motocyclette, S.K. se souviendra toujours de ce jour où on a embarqué son fils, I.K., 16 ans, sous ses yeux : « C’était un matin, vers 7h, je m’apprêtais à aller au travail quand la police est arrivée puis a arrêté mon garçon. J’ai cherché à comprendre pourquoi et les policiers m’ont dit que lui et un camarade avaient violé une fille.»

Selon son père, I.K. a toujours été un garçon irréprochable jusqu’au jour où il s’est inscrit en cours du soir pour des raisons financières. C’est à ce moment qu’il a commencé à avoir de «mauvaises fréquentations». Comme tout parent, S.K. veut croire à l’innocence de son gamin. De temps à autre, il lui rend visite pour lui apporter son soutien moral, mais en cachette pour éviter le regard des gens. « Certains de mes parents ne savent même pas que mon fils est en prison », explique-t-il.

«J’ai fait huit mois avant d’apprendre que mon enfant était en prison»

C.S. n’a cessé, pendant l’entretien, de verser des larmes. A 55 ans, elle a accumulé des malheurs tout au long de sa vie. Tour à tour, elle a perdu son époux et trois de ses enfants. «Comme famille, il ne me reste que deux enfants et Benjamin est le seul garçon », dit-elle, les yeux embués de larmes. Un jour Benjamin, 17 ans, est sorti avec un ami ;  trop indépendant qu’il était, il n’en avait  pipé un mot à sa mère.  Des jours et des semaines passèrent sans que l’adolescent soit revenu au bercail dans la zone non lotie de Boassa. Inquiète, sa mère s’est renseignée auprès d’un ami de son fils qui lui a assuré que son rejeton se trouvait sur un site d’orpaillage. Elle l’a cru, mais huit mois après que son fils a quitté la maison, elle a reçu la visite d’un homme de Dieu porteur d’une nouvelle qui allait l’affliger : «Un pasteur de la MACO est venu me voir, il m’a dit que mon fils est en prison et qu’il l’avait envoyé me demander pardon. Ce fut un choc pour moi.»

Elle avait du mal à l’accepter, mais elle a fini par sublimer sa douleur et, mieux, a entrepris d’aller à la maison d’arrêt où le fruit de ses entrailles a lui-même avoué qu’il avait volé une moto.  Son jugement avait déjà eu lieu et il purgeait une peine de 2 ans de prison ferme. « Je ne sais pas pourquoi il a fait cela, il était mon seul garçon. Maintenant c’est sa sœur qui souffre pour nous nourrir », laisse-t-elle échapper entre deux sanglots, la voix nouée par cette douleur indicible.

H.R.S.

Propos de pensionnaires

 D. F. (15 ans)

« C’est mon père qui m’a dénoncée »

« Ma mère est à Ouaga. Je vivais à Nouna avec mon père et ma marâtre. Je ne m’entendais pas bien avec elle. Je l’insultais et elle me frappait avec un bâton. J’étais indisciplinée, je ne voulais pas aller à l’école. Je ne dormais pas à la maison, je traînais avec mes copines et on partait voler des tablettes et des ordinateurs que je ramenais à la maison. Chaque fois que je voulais toucher le téléphone de mon papa, il me disait que j’étais trop jeune pour en posséder un. Il a dit une fois que si je continue de voler, il sera obligé de me dénoncer. Je ne l’ai pas écouté et c’est ce qu’il a fait.

Depuis que je suis au centre, j’apprends la couture, le batik et la coiffure. J’ai aussi compris que ce que je faisais n’était pas bien. Je faisais souffrir mon père alors que je ne suis pas son seul enfant. Je veux changer pour  qu’il soit fier de moi.»

 I.T. (18 ans)

« Ma mère savait que je fumais la drogue »

«Ça a commencé en classe de 5e à l’internat. Mes camarades envoyaient la drogue à l’école. Ma mère savait, mais mon père non. Elle me suppliait d’arrêter si je ne voulais pas être pris la main dans le sac ou devenir fou à force d’en consommer. Je ne l’écoutais pas, je me disais que c’étaient des histoires. On m’a interpellé pendant les vacances alors que je m’apprêtais à faire la classe de 3e. Je suis venu à Laye pour changer. Mes parents viennent souvent me rendre visite et me traduire leur soutien afin que je surmonte cette mauvaise passe. Quand je vais sortir, je vais poursuivre ma formation dans le domaine de l’électricité. Mon rêve est de travailler un jour à la SONABEL. »

Propos recueillis par

H. R.S.

Par ailleurs

- Mais où est le mur ?

L’étranger qui débarque cherchera en vain les limites du centre de Laye. Il n’y en a tout simplement pas. C’est un établissement en milieu ouvert. Ainsi, pas de mur ni une quelconque autre barrière. Pour autant, le nombre de fugues n’est pas aussi important qu’on aurait pu le croire, seulement sept évasions réussies ont été enregistrées sur une trentaine de tentatives.

- Les  « Dalton »

Il y a quelques mois de cela, quatre détenus du quartier des mineurs ont voulu se faire la belle. A l’aide de cuillères, les marmots avaient commencé à gratter le mur pour creuser un trou suffisamment grand pour qu’ils puissent s’y glisser. On ne sait pas combien de temps  ils auraient mis à réussir leur entreprise, mais toujours est-il que le plan a échoué. Résultats, les « Dalton» ont été l’objet de mandat de dépôt et devront passer plus de temps que prévu au trou. Ils doivent avoir suivi "trop de films".

- De « vieux pères » parmi les gamins

Qui ne se souvient  de ce film où un nain joue sur sa petite taille pour faire croire qu’il est un bébé, et réussit même à se faire adopter par un jeune couple ? Eh bien, les acteurs du monde judiciaire sont confrontés régulièrement à ce scénario digne de films hollywoodiens. En plus de cacher leur vraie identité, certaines personnes interpellées, bien qu’ayant plus de 18 ans, jouent sur quelques traits physiques pour faire croire qu’elles sont toujours mineures dans l’espoir d’être envoyées dans le quartier réservé à cette catégorie où les conditions sont nettement meilleures que chez les adultes.

H. R.S.

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