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2017.12.29

Pr Alkassoum Maïga «La solution de l’enseignement supérieur au Burkina Faso, c’est la création des universités régionales»

Pr Alkassoum Maïga «La solution de l’enseignement supérieur au Burkina Faso, c’est la création des universités régionales»

Dans cet entretien, accordé à Sidwaya,  le ministre de l’Enseignement supérieur,   de la recherche scientifique et de l’innovation, Pr Alkassoum  Maïga,   dresse un bilan des deux premières années de gouvernance du président Roch Marc Christian Kaboré. Il parle des infrastructures  réalisées dans les universités publiques, relève  les difficultés et annonce les chantiers pour redorer le blason de l’enseignement supérieur.  
 
Sidwaya (S): Qu’est-ce que les deux premières années de la gouvernance du président Kaboré a apporté à votre département?
 
Alkassoum Maïga (A.M.): Nous avons tenu des hauts cadres de concertation, notamment le Conseil présidentiel pour l’enseignement supérieur, présidé par le président du Faso et le Haut conseil national de la recherche scientifique et de l’innovation, présidé par le Premier ministre. A cela s’ajoute l’étude prospective éducation et formation en collaboration avec les ministères en charge de la jeunesse, de l’éducation nationale et de l’économie et des finances. Cela a permis de dégager des scenarios avec une vision réaliste à l’horizon 2050 pour encadrer ces deux secteurs. Il y a eu la transformation des centres universitaires polytechniques de Ouahigouya, Gaoua, Dédougou et Fada N’Gourma en universités régionales. Du coup, on est passé de 4 à 7 universités publiques. Nous avons également créé de nouveaux centres universitaires polytechniques, à Dori, Tenkodogo, Gaoua et Kaya. Sur la question de la mobilité des étudiants, hier (NDLR : mercredi 20 décembre) nous avons reçu les 40 premiers bus sur les 135 annoncés. 
 
 
S : Où en est-on avec la construction d’amphithéâtres et de cités universitaires, promise par le président du Faso ?
A.M. : Nous avons construit un amphithéâtre de 700 places à l’Institut des sciences (IDS), six bâtiments pédagogiques de R+2, dont deux à l’université Ouaga1, un autre à   Koudougou, Dédougou, Fada N’Gourma et Ouahigouya. Les bâtiments sont déjà prêts à Ouahigouya, Dédougou et Fada N’Gourma ; des restaurants universitaires de 600 places par site ont été entièrement construits et finalisés. Pour cette année, nous avons en cours la réalisation de bâtiments pédagogiques de R+2 pour l’UO2 et un autre à Gaoua. Des travaux seront  bientôt officiellement lancés pour la construction de l’UFR Sciences et techniques à l’UO et d’une cité universitaire de 1500 lits, d’un coût   d’environ 12 milliards de F CFA. En plus, le ministère vient de bénéficier d’un accompagnement de la BADEA de près de 19 milliards de F CFA pour la réalisation d’une UFR en Sciences et techniques, une cité universitaire et un restaurant à Koudougou. Nous avons également en cours, la construction d’amphithéâtres jumelés de 750 places et d’un amphithéâtre d’environ 2 000 places à Ouaga2. A cela, il faut ajouter un complexe d’amphi de 500, 300 et 750 places à Koudougou.
 
S : Pourquoi après près de six ans de mise en œuvre du système LMD, les bibliothèques, la connexion internet et les infrastructures se font toujours attendre?
A.M. :Qui parle de LMD parle de répartition du travail entre les enseignants et les étudiants. Il y a un temps en présentiel et un autre consacré aux travaux de recherche. Evidemment, dans ce domaine, nous avons beaucoup de problèmes d’infrastructures alors que ce système commande des bibliothèques bien dotées et une connectivité et nous travaillons pour y remédier.
 
S : Comment expliquez-vous qu’en cette ère de numérique, les problèmes de connexion continuent de se poser dans nos universités?
A.M. : Le ministère en charge de l’économie numérique est en train de faire un travail, avec le lancement d’un marché qui consistera à connecter toutes les 7 universités publiques de même que les cités universitaires. Le processus avait été annulé et vient d’être relancé. A cela s’ajoute une initiative sous-régionale pour des connections par fibre optique à partir des frontières. De plus, il y a la question de la subvention du premier ordinateur avec l’accompagnement de la Banque mondiale à hauteur de plus de 30 milliards de F CFA pour finaliser la mise en place de l’université virtuelle. Ce montant concerne aussi la connectivité des universités
 
S :Les étudiants n’ont-ils pas raison de demander la suspension du LMD étant donné que tout porte à croire que les conditions ne sont pas réunies ?
A.M. : Non. Il s’agit d’une initiative régionale engagée par l’UEMOA qui s’aligne sur une dynamique mondiale. C’est pourquoi nous allons avancer avec elle tout en cherchant les meilleures solutions pour être plus performants. Et déjà, la relecture du LMD est engagée afin de disposer d’une nouvelle mouture pour un système harmonisé. 
 
S : A quand la fin du chevauchement des années académiques sur les campus universitaires?
A.M. : Nous ne sommes pas loin de la normalisation. Et pour résorber le manque d’infrastructures, nous avons réquisitionné des salles de grandes capacités au SIAO, à Koudougou et Bobo-Dioulasso. Avec l’accompagnement de la présidence du Faso, nous avons eu deux chapiteaux à Ouaga 1. Au niveau de notre budget, nous avons fait un réaménagement pour obtenir trois chapiteaux, à Ouaga 1, Koudougou  et Bobo-Dioulasso. Avant notre arrivée, les bacheliers de 2015 ont débuté les cours une année après, mais ceux de 2016 sont tous rentrés dans les amphis, courant 2017, ils n’ont pas attendu, une année. C’est déjà un grand pas.
 
S : Les jurys corrigent les copies des étudiants et attendent 6 à 8 mois pour se faire payer. L’administration universitaire n’est-elle pas aussi responsable du retard qui conduit au chevauchement des années académiques à l’Université Ouaga 1 ?
 
A.M. : Etes-vous l’avocate des étudiants ou quoi ? (rires). Normalement, s’il n’y a pas de contraintes budgétaires, il n’y a pas de fierté à bloquer de l’argent qui revient à autrui. Mais, nous connaissons les limites de nos budgets universitaires du fait du retard accusé dans les dotations.
 
S : Dans un passé récent, des enseignants de l’UFR/SVT se sont frappés sur le même campus et l’administration n’a pas dit mot. Sur la base de quel texte cette même administration sanctionne-t-elle l’étudiant BahanYénilo qui a giflé son camarade?
 
A.M : Nous avons pris la décision que des comportements violents ne peuvent pas être encouragés dans les universités. A partir de 2015, il a été adopté un texte qui encadre les conseils de discipline. Mais au moment où il y a eu la bagarre entre les enseignants, ce texte n’était pas encore en vigueur, sinon il n’y a pas de raison qu’on ne l’applique pas. Dans le cas de l’étudiant Bahan, le conseil de discipline a été saisi par l’étudiant qui a déposé sa plainte à l’administration de l’UFR. Etant donné que la conciliation n’a pas marché, le conseil de discipline a été convoqué. 
 
S : Souvent, on parle d’insuffisance d’enseignants dans nos universités, alors que des docteurs tapent vainement à la porte pour enseigner. Est-il si difficile de recruter pour assurer la relève ?
 
A.M. : Cette année, pour un besoin de 147 postes (47 chercheurs et 100 assistants), nous avons pu recruter 47 chercheurs et 80 enseignants. Il faut retenir aussi qu’on ne recrute pas pour recruter. Un recrutement doit toujours répondre à un besoin et il  appartient à la présidence de l’université de les décliner. Il y a des doctorants qui postulent, mais leurs profils ne correspondent pas toujours aux postes. C’est donc toute la difficulté et les gens doivent comprendre que ce n’est pas parce qu’on a un doctorat qu’on peut enseigner à l’université. De toutes les façons, le recrutement des 147 postes va se poursuivre et ce, sur cinq ans et ceux qui ont le profil seront recrutés. 
S : Pourquoi créer des universités régionales alors qu’il manque crucialement d’enseignants ?
 
A.M. : La solution de l’enseignement supérieur au Burkina Faso, c’est la création des universités régionales. On peut dire qu’il y a des difficultés, mais  imaginez si plus de 85 000 étudiants se retrouvaient tous à Ouagadougou ? Sans oublier les 3000 nouveaux bacheliers de la diaspora. On ne peut pas continuer à compter sur Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou et penser résoudre le problème. Donc, il faut désengorger et cela passe aussi par l’université virtuelle et les universités régionales. Pour ce qui est des difficultés, nous faisons de la planification et cette année, lors de la répartition des enseignants, j’ai insisté pour qu’on affecte dix postes pour Ouahigouya, dix à Dédougou et dix à Fada.
 
S : Quelles solutions pour redorer le blason de l’enseignement supérieur burkinabè d’ici la fin du mandat du président Kaboré?
 
A.M. :Nous n’avons pas un système contreperformant. Il a juste besoin que tous les acteurs s’investissent, que l’Etat continue de l’inscrire comme un secteur  prioritaire. Si on met tout en branle, on doit arriver à un enseignement supérieur très performant. Avec le recrutement massif en cours, on aura des enseignants très qualifiés pour renforcer les universités régionales. Si ces entités fonctionnent bien en plus de l’université virtuelle et des changements de mentalité, il n’y a pas de raison que notre système ne marche pas. 
 
S : Quelles sont les perspectives de votre département pour le restant du mandat présidentiel?
 
A.M. :La première est déjà de poursuivre la réalisation des infrastructures, des amphithéâtres jumelés de 750 places dans toutes les universités, des cités universitaires dans  tous les campus. Sur la question de la formation des enseignants dans la pédagogie, nous avons bénéficié de l’accompagnement de l’UNESCO, qui, en plus, nous appuie dans la mise en place de l’agence nationale de l’enseignement supérieur. Au niveau de la recherche, il y a les projets des incubateurs, les technopoles, les plateaux techniques pour les pôles d’excellence et les équipements des laboratoires de recherche. Avec la valorisation  des résultats de la recherche, on aura une recherche et un enseignement supérieur intégrés qui peuvent induire l’excellence. 
 
S : L’enseignement supérieur privé qui essaie de combler l’insuffisance dans le public compte aussi en son sein des brebis galeuses. Comment s’assurer de plus de sérieux dans ce secteur ? 
 
A.M. : Cette année, nous avons fait l’évaluation du privé et  cela a fait des tollés et certains même continuent  de contester les résultats. C’est pour dire  que nous avons foi  au privé, et nous voulons d’un privé conscient et compétent. Il y a des privés qui sont bons et cette année, nous avons affecté  des boursiers dans certains établissements, et aussi nous avons demandé au FONER de prendre en compte les nouveaux bacheliers qui sont éligibles pour éviter la double inscription rien que pour le FONER. Au delà de l’encouragement, nous allons être rigoureux  pour ne pas les laisser bricoler avec l’avenir de nos étudiants. 
 
S : La piètre prestation des étudiants lors du discours du président français Emmanuel Macron a fait jaser plus d’un Burkinabè. Qu’est-ce qui n’a pas marché ? 
 
A.M. : On savait qu’avec l’arrivée du président français, si on prenait des dispositions, on allait nous accuser d’embrigader les étudiants et de donner la parole à ceux qui nous sont acquis. Nous avons essayé d’être transparents en faisant appel à la plate-forme présimètre, qui a reçu plus de 200 questions relatives aux préoccupations du moment. On a fait le jeu démocratique  et voilà ce que ça a donné. Sinon, nous avons des étudiants qui pouvaient faire mieux. Toutefois, il n’y a pas de motif à être désabusé de notre système, car Ouaga1 demeure la première université  francophone de la sous-région et nous en sommes fiers. Donc, il ne faut pas vouloir se débarrasser de nos étudiants parce qu’ils n’ont pas fait un travail qui nous honore. Il faut reconnaitre qu’on n’a pas été performant et chercher à s’améliorer plutôt que de chercher des raccourcis pour dire que ce n’était pas des étudiants. 
 
 
Interview réalisée par
Mariam OUEDRAOGO
sidwaya du 28/12/2017

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