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2018.01.03

Nouveau système de rémunération des agents publics: mettre fin à l’injuste et à l’iniquité des salaires

L’année 2017 a été émaillée par des revendications tous azimuts dans différents corps de métiers de la Fonction publique. Ces revendications ont souvent pris des tournures radicales par des marches, sit-in, grèves sans autorisations préalables. Afin de mettre fin à ces revendications sectorielles, le Président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a proposé l’adoption d’un nouveau système de rémunération des agents publics. A moins que les syndicats aient d’autres motivations, cette annonce du Président du Faso est à préparer avec sérieux et responsabilité.

Le président Roch Marc Christian Kaboré

Dès son arrivée au pouvoir en 2016, le nouveau pouvoir a été confronté à une grève des acteurs de la justice. Les magistrats et les greffiers se sont succédé sur le terrain des revendications. Au regard de leur faible nombre, le gouvernement, qui a hérité le dossier de la Transition, est tombé dans le piège en accédant à leurs revendications. Par cet acte, l’exécutif venait de créer deux types d’agents publics: les très bien payés et les moins bien payés, parce que le grand fossé existe entre la rémunération des acteurs de la justice et le gros reste des agents.

Dès sa prise de fonction, les syndicats ont mis la pression sur le Président Kaboré. D’abord, lorsque que le Premier ministre a demandé une trêve sociale, il a reçu un niet de la part des syndicats qui ont ensuite promis l’enfer au gouvernement. «Ce gouvernement ne connaîtra pas de répit» a laissé entendre publiquement un responsable syndical en début 2016.

Il trahira ce qui semblait se tramer en coulisse en déclarant qu’ils étaient contre le Plan national de développement économique et social (PNDES) et que c’est celui qui est mal assis qui peut tomber. Etre contre le PNDES, c’est être contre tout ce qui sera mis en œuvre durant la période 2016-2020.

Le ton était lancé pour une perturbation du mandat du Président Kaboré qui a hérité du pouvoir après les 27 années de règne de Blaise Compaoré, la survenue de l’insurrection et le coup d’Etat. Une trêve sur le plan social était donc une nécessité.

Mais le gouvernement a joué les naïfs, pensant que les 30 milliards de FCFA débloqués pour la prise en compte de l’incidence de la loi 081 calmeraient le front social. Ces 30 milliards de FCFA, en plus, ont été consacrés aux salaires des agents publics dans un contexte de lutte contre le terrorisme et de relance économique où l’Etat cumulait des factures impayées de plusieurs entreprises privées.

Les années 2016 et 2017 donc ont été marquées par les grèves. La succession de ces mouvements a fait penser à des actions bien concertées. Ainsi, lors de leur grève, les Administrateurs civils, les Inspecteurs et Contrôleurs du travail, les Gardes de sécurité pénitentiaire, les agents de l’Action sociale, de la Culture, des Impôts, du Trésor, des Finances, de la Santé humaine et animale, les enseignants, etc., en plus des revendications sur les conditions de vie et de travail, ont tous exigé la démission de leurs ministres respectifs.

Cette situation a amené plusieurs observateurs de la scène nationale à se demander pourquoi toutes revendications maintenant. Tout se passe comme si c’est depuis l’arrivée du Président Kaboré au pouvoir que les syndicats se sont rendus compte que les travailleurs vivaient mal.

La tournure des protestations des syndicats d’enseignants depuis le mois de novembre 2017 a indigné plus d’une personne. En plus des sit-in, grèves et marches, ils ont décidé de prendre en otage les évaluations des élèves avant de pousser ces mêmes élèves dans la rue. Une situation relevée par le Président du Faso le 29 décembre 2017 dans son discours de présentation de vœux des corps constitués de l’Etat: «Ces derniers jours, des élèves et des jeunes, sous prétexte de soutenir les mouvements de grève des enseignants, barrent les routes et bloquent le trafic national et international avec tous les désagréments et les conséquences fâcheuses qui en découlent, notamment aux plans économique, sécuritaire et de la mobilité».

Dans ce discours, le Président du Faso a donné le ton en matière de satisfaction des revendications sociales: «Il est évident aujourd’hui qu’en matière de satisfaction des revendications salariales, il n’est plus possible de continuer à imaginer des solutions au cas par cas, en dehors d’une approche d’ensemble, à l’échelle de la Fonction publique». Il a invité les syndicats de l’éducation à observer la plus grande retenue et les partenaires sociaux à la modération.

C’est dans son discours de vœux de Nouvel An que le Président du Faso a dévoilé le schéma qu’il propose. «J’annonce que dès le mois de février, le gouvernement engagera cette réforme du système des rémunérations en concertation avec les partenaires sociaux et les autres composantes de la Nation pour donner naissance à une Fonction publique moderne, dynamique, tournée vers le développement et au service exclusif des usagers».

Il était temps parce qu’en deux ans, le budget consacré aux salaires a considérablement augmenté. Il est de 630,70 milliards de FCFA en 2018. Il est en augmentation de 60,66 milliards de FCFA sur celui de 2017. En 2018, 630,70 milliards de FCFA de salaires correspondent à 38,09% des ressources propres du Budget national. Il garde cette proportion parce que le budget a été revu à la hausse depuis l’arrivée du Président Kaboré grâce à l’hygiène budgétaire imposée. Peut-on continuer à consacrer autant des ressources propres aux salaires de 170 000 agents alors que c’est l’ensemble des 18 millions de Burkinabè qui ont contribué à mobiliser ces ressources? Que restera-t-il pour les investissements en termes de classes que les enseignants réclament, en termes de centres de santé, de forages, de routes, etc.?

Dans la Fonction publique, des syndicats exploitent la sensibilité de leur métier pour faire du chantage au gouvernement. A moins que ces derniers n’aient d’autres motivations, pour plus d’équité dans le traitement des salaires des agents publics d’une part et dans la répartition des ressources nationales, ils doivent saisir la main tendue par le Président du Faso afin que l’on adopte définitivement le principe selon lequel «A diplôme égal, salaire égal» avec des indemnités spécifiques à chaque métier.

Le Burkina Faso nous appartient tous et nous avons la responsabilité de garantir un meilleur avenir pour les générations futures.

Les Echos du Faso

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