topblog Ivoire blogs

2018.01.23

Petit à petit, ils achètent la mort de la monarchie et de nos valeurs traditionnelles

L’implication des chefs traditionnels dans la politique des partis au Burkina est un fait avéré et ancien. Car, au plan local, ils sont devenus des forces politiques incontournables. Ils sont des pivots au niveau décentralisé en matière politique. Ainsi, les partis politiques, conscients de leur influence surtout pendant les campagnes électorales, demandent régulièrement leurs bénédictions spéciales pour accompagner leurs actions et leur versent à cet effet de généreuses contributions financières.

Habitués à gagner de l’argent dans la politique, nos chefs traditionnels sont non seulement utilisés abusivement pour des fins électoralistes, mais eux-aussi développent de plus en plus des stratégies pour tout contrôler et rester les maîtres du jeu dans le choix des représentants politiques dans leurs zones géographiques. Le constat est donc que la politisation de la chefferie traditionnelle burkinabè s’intensifie et menace la crédibilité des chefs qui ne peuvent plus avoir une liberté de ton dans certaines situations par manque de neutralité. Légitimes inquiétudes d’une dérive.

Des chefs traditionnels au congrès ordinaire de la NAFA le samedi 20 janvier 2018. Dans tous les partis politiques et à leurs différentes rencontres, les chefs répondent toujours présents et en nombre impressionnant. Ce qui ne déplaît pas aux responsables des partis qui l’exploitent à bon escient

Par le passé, les chefs traditionnels étaient beaucoup plus respectés qu’aujourd’hui parce qu’ils étaient des juges locaux impartiaux. Face à certaines situations ou questions sensibles, l’on pouvait compter sur eux pour se prononcer là-dessus sans risque de partialité. Mais aujourd’hui avec la forte implication des chefs traditionnels dans la politique des partis, on note du syncrétisme, une sorte de mariage incompatible entre chefferie et politique. L’inconvénient de cette accointance est que le comportement du chef est difficile à prévoir. Mouillé par la politique et les intérêts personnels, sa crédibilité est entachée. Il ne fait plus l’unanimité du fait de ses prises de positions partisanes.

Les politiques ont intérêt d’utiliser les chefs traditionnels comme des agents électoraux puisque dans leurs localités respectives, ils sont des leviers politiques importants. En effet, tous les partis politiques s’articulent dans les régions et provinces et départements autour des chefs traditionnels. Chaque parti politique s’appuie sur les chefs dans les milieux ruraux de façon à avoir une clientèle importante.

Devenus inévitables dans la bataille électorale au Faso et courtisés de partout et par tous les partis politiques, des chefs traditionnels ont développé des stratégies pour se faire de l’argent et assoir davantage leur influence. Ainsi bon nombre de familles de chefs ont choisi la diversification des appartenances politiques en disséminant les différents membres de leur famille dans les partis dominants. Les attitudes sont de trois types. D’abord, il y a l’engagement ouvert par lequel les chefs s’affichent en personne (ou à travers un très proche parent) dans les structures politiques et s’accaparent une représentation politique sans partage. Ensuite, il y a la recherche de contrôle par l’infiltration opérée à travers des éléments du noyau familial (fils, frères discrets) des parents proches (cousins, neveux). Objectif, garder une place prépondérante dans le choix des représentants de la communauté surtout pour les législatives. Enfin, il y a la stratégie de l’alliance. Elle consiste pour les chefs à jouer serré en cherchant les alliés politiques pour contrer les menaces qui pèsent sur leur pouvoir.

C’est dans ce contexte où les chefs traditionnels n’inspirent plus une grande confiance que certaines personnes proposent le chantage selon lequel, ils abandonnent la politique contre des émoluments.

Mais l’on oublie qu’historiquement, les chefs étaient financièrement encouragés pour avoir facilité la collecte d’impôts. Mais aujourd’hui, pour quels services rendus, l’Etat octroierait des émoluments aux chefs?

En vérité, la position que le chef occupe, les honneurs qu’il reçoit de son peuple ainsi que tous les privilèges qu’il a, ne lui permettent pas honnêtement de s’engager en politique sans se dévoyer. C’est pourquoi au stade où nous en sommes au Burkina avec la politisation de la chefferie traditionnelle, les partis politiques utiliseront l’argent pour acheter certainement la mort de la monarchie et nos valeurs culturelles et traditionnelles avec. C’est inéluctable, si rien ne change!

Théophile MONE(lesechosdufaso)

Écrire un commentaire