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2018.02.04

‘’ Enfants en danger, un phénomène grandissant au Burkina ‘’, (juge Mathieu Lompo)

Pour une appropriation adéquate et efficace des instruments de protection de l’enfant par les magistrats et les travailleurs sociaux, le réseau Focus des organisations pour la réalisation de la Convention relative aux droits de l’enfant (FORCE) a initié une session de formation en faveur de ces acteurs judiciaires. Cette initiative de renforcement de capacités qui s’est ouverte ce mardi, 30 janvier 2018 à Ouagadougou (et ce, pour trois jours) est placée sous le thème : « Evaluation et promotion psychosociale de l’enfant en situation de protection judiciaire ».

‘’ Enfants en danger, un phénomène grandissant au Burkina ‘’, (juge Mathieu Lompo)

« Cette formation répond à un besoin réel sur le terrain. En effet, les acteurs de la justice, faut-il le rappeler, font face à de nombreux défis dans leur travail au quotidien. Le nombre pléthorique des dossiers, les besoins de diligence et d’efficacité dans certains dossiers, la complexité d’autres dossiers sont entre autres, autant de défis dont font face les professionnels de la justice au quotidien », a situé le directeur des affaires sociales et de la réinsertion du ministère de la justice, des droits humains et de la promotion civique, garde des sceaux, Sékou Traoré, représentant le secrétaire général du département. La session est destinée à l’ensemble des acteurs de la chaîne de protection judiciaire de l’enfant (magistrats, greffiers, travailleurs sociaux, gardes de sécurité pénitentiaire…).

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Le représentant du secrétaire général du ministère de la justice..., Sékou Traoré

Selon le magistrat Sékou Traoré, un « enfant en situation de protection judiciaire », c’est celui qui se trouve, d’une manière ou d’une autre, dans les mailles du système judiciaire ; il peut-être dans des conditions de vie et de développement physique et psychologique compromis ou suspecté d’avoir commis une infraction ou reconnu d’en avoir commis. Ce peut être aussi un enfant qui se trouve dans une procédure, parce que les parents ne s’entendent pas (conflit relatif à la garde de l’enfant).
En 2016, et selon des études, le nombre d’enfants en situation de conflit avec la loi étaient estimés entre 400 et 500.

En effet, indique-t-on, le caractère particulier de cette frange de la population (enfant) rend le traitement de ses dossiers hautement sensible. Si fait que, les professionnels se doivent d’être suffisamment outillés pour répondre à la demande, non seulement de plus en plus croissance, mais également exigeante. Or, la réalité peut être tout autre, lorsqu’on sait qu’en plus des besoins spécifiques, les acteurs de la justice croupissent sous le poids de la demande en matière de justice pour l’ensemble des justiciables. Bien plus, cette « thématique émergente » n’est prise en compte ni dans la formation continue ni dans les écoles de formation (curricula des cours dispensés aux magistrats, aux travailleurs sociaux, aux gardes de sécurité pénitentiaire…).

C’est pourquoi, le représentant du ministère apprécie cette démarche. ‘’Une fois on comprend la psychologie de l’enfant, cela permettra mieux d’appliquer les dispositions juridiques pertinentes. Une chose est d’avoir la législation, une autre chose est de connaître la personnalité de celui qui est en face de nous, pour pouvoir appliquer la règle de droit. Etre fragile, l’enfant a besoin d’une protection particulière. D’où le besoin de les comprendre afin d’apporter la solution idoine’’, explique en substance le directeur des affaires sociales et de la réinsertion.

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Le représentant du réseau FORCE, Dieudonné Kaboré.

A en croire le représentant du réseau FORCE, Dieudonné Kaboré, si en matière d’architecture juridique, le Burkina est en avance, il n’en demeure pas moins que les enfants continuent de faire l’objet de plusieurs abus (en milieu rural comme en milieu urbain). D’où la nécessité de redoubler d’effort et travailler à outiller les acteurs judiciaires de protection de l’enfant. Selon M. Kaboré, il y a un besoin en la matière et la présente formation a été inspirée par un certain nombre d’acteurs de la justice juvénile.

Cette session de Ouagadougou, qui regroupe une vingtaine de participants, fait suite à une autre tenue la semaine écoulée dans la capitale économique, Bobo-Dioulasso. Avec pour moyen d’action principale, le plaidoyer auprès des décideurs pour des décisions adéquates en faveur des enfants, le réseau FORCE intercède ici pour que cette thématique de « promotion psychosociale de l’enfant » soit intégrée dans les écoles. Tout comme celle de Bobo-Dioulasso, les responsables du réseau FORCE souhaitent que celle de Ouagadougou aboutisse à un engagement des participants de se constituer en un groupe de travail pour la promotion psychosociale des enfants en danger ou sous protection judiciaire.

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Le juge pour enfant, Mathieu Lompo

Selon le juge des enfants du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, Mathieu Lompo, (et parlant de son ressort territorial), la situation met en évidence des cas assez importants, qui impliquent des enfants et concerne quasiment tous les cas (braquages, vols aggravés, abus de confiance, viols…). La question des enfants en danger est « un phénomène assez grandissant ; avec la proximité avec les autres pays, beaucoup d’enfants (filles comme garçons) viennent, se retrouvent dans la rue et sont récupérés par les structures qui les envoient à notre niveau pour obtenir des actes provisoires et des voies et moyens pour les ramener dans leur pays respectif ». 
Le juge Lompo confie également que « chaque année, il y a un volume important de dossiers d’enfants impliqués dans les infractions ». Il estime également que pour résoudre un problème impliquant un enfant, il faut d’abord comprendre ce qui est à l’origine de son problème et essayer de l’aider à le surmonter. « Mais si vous ne savez pas ce qu’est son problème, ça va être difficile ; on peut prendre des mesures qui ne sont pas appropriées », souligne le juge Lompo.

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Le consultant, Dr Sébastien Yougbaré

Pour sa part, le consultant, Dr Sébastien Yougbaré, enseignant-chercheur en psychologie à l’Université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo, apprend que « la vie humaine n’est pas spontanée ; l’enfant naît d’une histoire de rencontre, et son enfance va s’effectuer dans cette histoire de rencontre et dans cette capacité d’intégrer tous les soins qui lui sont donnés, du fait de l’éducation, de ses propres besoins ». L’enseignant-chercheur explique que la qualité de la relation, dès la tendre enfance, impacte beaucoup le devenir et la qualité de vie de l’enfant.

« C’est devenu monnaie courante et banaliser de voir les enfants vivre dans la rue. Qu’est-ce qui amène un enfant à rompre les liens affectifs ? », interroge-t-il, indexant les carences effectives, le manque d’accompagnement social...

OL
Lefaso.net

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