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2018.01.03

6ème Réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou(PO): le Burkina plaide pour la gratuité des produits contraceptifs

Le Partenariat de Ouagadougou (PO) a tenu sa 6è rencontre à Conakry en Guinée du 12 au 14 décembre 2017 sous le thème «autonomisation de la femme et révolution contraceptive». Le ministre de la santé burkinabè, Pr Nicolas Meda, présent à ce forum, a plaidé pour un appui financier à la mise en œuvre de la gratuité des produits contraceptifs au Burkina.

6-eme-reunion-annuelle-du-po-le-burkina-plaide-pour-la-gratuite-des-produits-contraceptifs_5a48bbad6167b_l250_h250.JPGPlus  de 400 participants ont fait le bilan des progrès en matière de planification familiale dans l’objectif d’enrôler 2,2 millions de nouvelles utilisatrices d’ici 2020 correspondant la fin de la phase d’accélération. En 2017, 41% de cet objectif est atteint correspondant à plus de 900.000 femmes additionnelles recrutées  au cours  des deux dernières  années. «Les résultats sont satisfaisants parce que  nous avons dépassé l’objectif que nous nous sommes assignés pour les deux premières années de la phase d’accélération. Sur les 843.000 femmes additionnelles attendues, la coordination a enregistré plus de 900.000 femmes », a affirmé la  directrice  de l’Unité de coordination du Partenariat de Ouagadougou, Madame Fatimata SY. Chaque pays membres du Partenariat de Ouagadougou (PO) que  sont le Benin, le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, la Guinée, le Mali,  la  Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo en a chacun décliné par année (2016 à 2020) son objectif. En effet, le Bénin, le Burkina-Faso et la Côte d’Ivoire ont excédé leurs objectifs des deux premières années. Le Togo et la Mauritanie ne sont pas loin.     Le  Sénégal,  le  Mali,   le Niger et la Guinée sont encore à la traine.  Une opportunité pour Fatimata Sy d’exhorter les pays qui sont au ralentis à un « sursaut pour que les choses  se remettent à bouger».Au Burkina Faso, le ministre de la santé, Pr Nicolas Meda, a indiqué qu’il y a une volonté du plus haut niveau de l’Etat en faveur de la promotion de la PF.  Ainsi le Plan national de développement économique et social (PNDES) (2016 – 2020) vise, à travers le deuxième axe stratégique, à agir rapidement sur la quantité et la qualité du capital humain. Et au regard des défis relatifs au capital humain, dit-il, la PF a été retenue dans le PNDES comme une intervention stratégique majeure pour passer d’un indice synthétique de fécondité de 5,4 enfants par femme (2015) à 4,7 (2020) et accélérer la capture du dividende démographique.  Pour y parvenir, le pays a opté pour la gratuité totale des produits contraceptifs. Cela va couter de 2017 à 2020 plus de 22 milliards de FCFA  à l’Etat.  Pour l’année 2018, le coût de la gratuité sera plus de 8 milliards de FCFA ; l’Etat dispose de 1,3 milliards et  plus de 7 milliards restent à mobiliser. Ainsi,  les ressources de l’Etat étant limitées le ministre a fait le plaidoyer auprès des partenaires pour un accompagnement. Toujours dans sa volonté de faire progresser les questions de planification familiale, le ministère de la santé a créé un Secrétariat chargé de l’accélération de la transition démographique  en vue de coordonner toutes les interventions en matière de PF.   

  La révolution contraceptive en marche

po.JPG Pour le Premier ministre guinéen qui a ouvert les travaux, le thème «autonomisation des femmes et révolution contraceptive» cadre parfaitement avec les priorités des  gouvernements à savoir l’autonomisation des femmes, l’emploi des jeunes et le développement de la santé communautaire comme pilier principal pour l’atteinte de la couverture sanitaire universelle.  Au nom du Chef de l’Etat guinéen, il s’est engagé à faire du planning familial une réussite en Guinée.A la lumière des travaux, les pays membres du PO se sont engagés pour révolutionner l’utilisation de la contraception. Cependant au stade actuel, on ne peut parler que d’évolution. D’où l’interpellation  du directeur général adjoint de l’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS), Laurent Assogba en ces termes : «nous devons oser quitter la zone d'évolution contraceptive pour nous engager résolument et définitivement dans la zone de la révolution contraceptive et ne plus la quitter, gage de développement pour nos pays». En rappel, la révolution contraceptive est atteinte lorsque 60 à 70% des femmes utilisent des méthodes modernes de contraception.L'ensemble des parties prenantes ont reconnu que le PO est un instrument qui facilite la marche à la révolution contraceptive. Pour exprimer leur pleine adhésion aux idéaux du Partenariat de Ouagadougou, toutes les parties prenantes ont pris de forts engagements pour parvenir cette révolution d'ici à 2020. Les parlementaires africains sur la population et le développement, par la voix de leur représentante, Mme Marie Rose Nguini Effa, se sont engagés à promouvoir l'autonomisation des filles et des femmes du continent afin  d'améliorer leur santé sexuelle et reproductive. Mme Margot Fahnestock de la Fondation William et Flora Hewlett, représentante des bailleurs de fonds à cette réunion, a déclaré que la révolution contraceptive doit être une réalité. « Elle la sera quand les femmes pourront choisir le nombre d'enfants voulu et au moment voulu», a-t-il précisé.  Tout cela à la satisfaction de la directrice de l'unité de coordination du PO  qui a salué la grande mobilisation de tous les acteurs pour la réussite de la 6ème réunion annuelle. Mme Sy a donné rendez-vous à tout le monde à la 7ème Réunion annuelle en 2018 en espérant que des progrès plus importants seront enregistrés dans les pays.

    Boureima SANGA

  bsanga2003@yahoo.fr

De retour de Conakry/Guinée

 Trois lauréats pour le Burkina

En marge de la 6e réunion annuelle du Partenariat de Ouagadougou (PO), six journalistes ont été primés dans le cadre de la  3ème édition du concours d’excellence en production médiatique. Le Burkina Faso et le Benin ont raflé tous les prix en compétition  ouvert pour les journalistes des neuf pays du PO. En effet, ces deux pays se sont partagé les prix.

Organisé par l’Unité de Coordination du Partenariat de Ouagadougou et le Population Council, ce concours est une initiative visant à récompenser les meilleurs travaux des journalistes qui améliorent la compréhension des communautés sur la planification familiale (PF) dans les 9 pays francophones de la sous-région ouest africaine.

Les organisateurs ont exprimé leur satisfaction sur l’engagement des journalistes à travailler sur la PF pour contribuer à la lutte contre la mortalité maternelle et infantile.

« Nous sommes  très heureux de l’engouement des médias au tour de ce prix. Nous sommes à la troisième édition et nous voyons que le nombre de candidature augmente  chaque année»,  a expliqué Fatou Bintou MBow de Population Council.

Rendez-vous est donné pour la 4è édition en 2018 !

Liste des lauréats et les sujets abordés 

  • M. Abdel Aziz Nabaloum du journal Sidwaya, premier prix presse écrite, a été primé pour son article « Accroissement démographique : un « baby-boom » non maîtrisé à Bobo Dioulasso » ; 

  1. Boureima Sanga, du journal  Sidwaya s’est vu attribuer le second prix presse écrite pour son article intitulé : « Centres jeunes santé au Burkina : une initiative inachevée» ;

    Abdoulaye Yacoubou Moumouni, premier prix radio, pour son émission «Les grossesses en milieu scolaire : prévenir ou assumer» ;

    Le second prix Radio a été attribué à Mme Evéline Akpédjé Ayodélé Sagbohan, journaliste à Radio Bénin, pour son émission «La contraception : une alternative au maintien des filles à l’école » ;  

    Mme Agbazahou Styline Alexine Sèmévo reçoit le premier prix blog, pour le texte paru dans son blog et intitulé : « Les tabous qui nous brisent »; 

  Le second prix Blog a été attribué à Mme Bassératou Kindo pour son article intitulé : « Les effets secondaires des contraceptifs : la méthode de communication pour rassurer les femmes ». 

     B.S.

Des points de vue des participants

po1.JPG

 Reine Lydia Saloukou, directrice pays de Pafander : C’est ma deuxième participation à cette rencontre. C’est un espace de partage et pour faire le point d’où nous sommes et des challenges à venir. L’autonomisation de la femme va aussi avec la révolution contraceptive. C’est aussi donné à la femme, la possibilité de continuer à aller à l’école, de pouvoir créer des opportunités...Donc, l’on doit faire en sorte qu’il n’y ait pas de barrières par rapport à cette trajectoire. Cela veut dire aussi que les femmes qui ont déjà des enfants et qui veulent s’investir doivent prendre du temps pour pouvoir réaliser leurs objectifs. Cela va de soi. Si l’on veut vraiment avancer sur cette question, on doit pouvoir réussir la révolution contraceptive. 

Adekambi Domingo, représentante-résidente de l’UNFPA au Burkina : Nous avons pris individuellement l’engagement de mettre le pied sur l’accélérateur. Donc, c’est pour changer la vitesse qui a été nommé révolution. Cette transformation durable est liée à l’autonomisation de la femme. Nous partageons dans les neuf  pays du Partenariat de Ouagadougou des inégalités liés au genre. Ce que l’on observe, c’est une trajectoire composée d’abandons scolaires, de mariages précoces, de grossesses non désirées…qui créent une chaine de vulnérabilité et de pauvreté des femmes. Cette transformation doit être portée par les communautés, les familles et le gouvernement. Nous avons dépassé les 40% en termes de nouvelles utilisatrices de méthodes modernes de contraception. Nous avons célébré les 3 pays qui sont en tête dont le Burkina. Nous avons décidé de maintenir le cap. Mais d’aller au-delà pour assurer la révolution contraceptive. Au Burkina Faso, la décision d’aller vers la gratuité, est en train de prendre. Lorsqu’on conduit une révolution, il faut s’assurer qu’elle dure, que la transformation qu'elle a apportée permet de continuer le chemin.  

 Fatimata Sinaré, chargé du programme plaidoyer au bureau pays Burkina de PPGlobal : Je félicite les partenaires qui ne ménagent aucun effort pour rendre effectif les engagements pris par les différents pays membres du Partenariat de Ouagadougou. La PF repose beaucoup sur la femme qui est la mère de la nation. Il y a eu des propositions pour contribuer à l’effectivité de la planification familiale dans nos pays. Par exemple,  un religieux a lancé l’idée de voir comment le prélèvement de la zakat et la diaspora peuvent contribuer à la promotion de la PF….Ce sont autant de pistes qui sont en train de se tracer pour rendre effectif les engagements pris par nos chefs d’Etats. Je suis très  fier  qu’au Burkina Faso, il y a des résultats. J’aimerai que ce partenariat vive aussi longtemps que possible jusqu’à ce que la PF ne soit plus une thématique d’échanges.

po2.JPGDavid Lompo de l’Union des religieux et coutumier du Burkina : Cette rencontre a tenu toutes ses promesses. Le plus important pour moi, c’est qu’à la faveur de cette réunion, les religieux ont pu mettre en place leur alliance régionale de l’Afrique de l’Ouest et le focus sur l’organisation prochain d’un forum sous régional des religieux et coutumiers à Ouagadougou. Je ne pourrai dissimuler cette satisfaction, parce que cela fait cinq réunions auxquels nous avons participé. Mais celle-là consacre une avancée réelle de nos rencontres entres religieux. 

Propos recueillis par AAN

Conakry/Guinée(sidwaya)

2018.01.02

Déperdition scolaire dans le Séno : l’éducation des filles compromise

Le phénomène de la déperdition scolaire des filles connaît une proportion inquiétante dans la province du Séno. En effet, des centaines de filles abandonnent les bancs chaque année, soit pour se marier, soit parce que leurs parents n’aiment pas l’école classique. Gros plan sur un fléau qui compromet l’avenir des filles dans cette partie du Burkina Faso.

La région du Sahel a enregistré pendant l’année scolaire 2016-2017, 6 835 abandons sur un total de 59 898 filles, soit 11,4% des effectifs. Dans la province du Séno, il y avait à l’inscription, le 1er octobre 2016, 15 483 filles, mais le 30 juin 2017, ce chiffre a chuté à 12 226 (9,68%).
Agée de seulement 15 ans, Safoura Douna a dû abandonner l’école en classe de CM1, en 2014, pour se marier, sous la pression de ses parents. Après quelques années de vie conjugale, elle dit regretter aujourd’hui. Elle confie vouloir reprendre ses études, mais son mari s’y oppose. Au moins quatre autres filles sont dans la même situation à Tila, village situé à 28 km de Dori. Fadima Diallo a, pour sa part, eu relativement plus de chance que Safoura Douna. Elève de la première promotion de l’école de Ouro-Longa, localité située à une dizaine de km de la capitale du Liptako, elle évoque ces années avec amertume. Elle rappelle qu’elles étaient une quarantaine de filles en classe de CP1 en 2009. Seules 10 ont atteint le CM2 et huit ont été admises au CEP, dont elle-même. Aujourd’hui mariée, elle ressasse ce douloureux passé en ces termes : « Beaucoup de nos promotionnaires des villages voisins, après leur CEP, sont allées au collège tandis que nous étions quatre à retourner à la maison avec nos diplômes, par manque de moyens financiers ».

L’exception de Débéré Talata 

La Circonscription d’éducation de base (CEB) de Dori I compte 27 écoles dont sept vivent le phénomène de la déperdition scolaire des filles. Ainsi, sur un effectif de 2 358 filles en début d’année 2016-2017, 203 ont quitté les bancs, soit 8,60% pour diverses raisons. Selon les statistiques, l’école de Débéré Talata est une particularité en matière de l’éducation de la fille dans cette circonscription. Créée en 1999 avec cinq classes, elle n’a été « normalisée » que l’année dernière, et compte 10 enseignants. Située à une dizaine de kilomètres de Dori, l’école avait un effectif total de 43 élèves dont 23 filles, dans la matinée du 24 octobre 2017, jour de notre passage. A en croire les données, depuis trois ans, le nombre de filles est supérieur à celui des garçons. Quant au faible effectif, le directeur de l’école, Arouna Traoré, a spécifié que ce chiffre ne concerne pas la classe de CP1. « Nous sommes toujours à la phase de recrutement à ce niveau », a-t-il expliqué. 
En 2016, l’école comptait 80 élèves dont 56 filles pour 17 abandons dont 9 filles. En 2015-2016, le nombre des élèves était de 115 dont 82 filles pour 18 abandons, y compris 12 filles. 
La CEB de Dori II regroupe 30 écoles dont trois privées et 26 autres où le phénomène de l’abandon des filles est une réalité. En début d’année 2016-2017, elle comptait 1 674 filles contre 1 396 en fin d’année, soit 278 abandons qui équivalent à 16,60%. L’école primaire de Ouro-Longa est celle où le phénomène est criant. Pour la rentrée scolaire 2017-2018, elle comptait, à notre passage le 23 octobre 2017, 65 élèves dont 28 filles. Pour la classe de CM1 qui devait avoir un effectif de quatre élèves dont deux filles, une d’entre elles a été victime du mariage précoce.
L’année scolaire 2016-2017, l’école a connu 8 abandons dont 5 filles, contre 14 abandons dont 8 filles en 2015-2016. En 2015, l’école de Ouro-Longa n’a pas présenté de candidats au CEP pour raison d’abandon. 

0% au CEP 2017 à Tila

Quant à la CEB de Dori III, elle compte 28 établissements dont une école franco-arabe et 9 où la déperdition scolaire des filles sévit. En début d’année scolaire 2016-2017, la CEB a enregistré 2 392 filles contre 2 048 en fin d’année, soit 214 abandons (23,44%). Distante du chef-lieu du Sahel de 28 km, l’école primaire de Tila est celle de la CEB où l’abandon des filles est plus remarquable. Ouverte en 2003, l’école de trois classes compte quatre enseignants qui souffrent du manque de logement. Pour la présente année scolaire, l’école compte 52 élèves dont 37 filles. Ce chiffre n’inclut pas la classe de CP1 où le recrutement biennal était toujours en cours à notre passage dans l’après-midi du 24 octobre 2017 dans l’école.  
Pour l’année scolaire 2016-2017, l’école comptait 61 élèves soit 43 filles et 18 garçons avec 9 abandons dont 6 filles. En 2015-2016, l’école a enregistré  6 abandons dont 4 filles contre 8 abandons dont 7 filles en 2014-2015. Au CEP 2017, l’école a présenté 5 filles pour 0 succès à la différence de 2015 où une fille l’a obtenu sur les quatre présentées. Les trois redoublantes n’ont jamais remis les pieds dans l’école, laissant ainsi la classe de CM2 sans candidat au CEP 2016.
Rencontrés dans les trois écoles visitées, des responsables des structures de parents d’élèves (APE et AME) ont expliqué que leur rôle essentiel est la sensibilisation des parents à l’importance de l’école, surtout pour les filles, sans pour autant pouvoir les forcer à y envoyer leurs enfants. Et un responsable de laisser entendre que la déperdition scolaire des filles incombe aux parents. « Les parents n’ont jamais vu une fille du village qui a fait des études primaires, secondaires et supérieures et qui travaille», évoque notre interlocuteur. Il poursuit que les mères font tout pour occuper les filles par les travaux ménagers. 

Des raisons multiples

Le directeur provincial de l’éducation préscolaire, primaire et non formelle du Séno, Sibiri Sankara, estime que les déperditions scolaires dans la région, et particulièrement dans la province du Séno, sont dues essentiellement au manque d’intérêt des populations pour l’école classique. « Généralement, les gens n’aiment pas l’école au Sahel », affirme M. Sankara.
Dans le combat contre la déperdition scolaire des filles, les services de l’éducation font face à des difficultés. L’élément aggravant, renseigne-t-il, est le mariage précoce. Le directeur provincial explique que des parents d’élèves, par ignorance, ne savent pas que la femme a autre chose à faire que d’être ménagère. Ce qui fait qu’à partir des classes de CM1 et CM2, les jeunes filles sont déscolarisées pour être données en mariage. Pire, Sibiri Sankara estime que les filles qui ont la chance d’être inscrites à l’école, représentent un dixième des enfants en âge d’être scolarisés. Pour preuve, apporte-il, à Débéré Talata en 2016, 284 enfants âgés de 6 à 8 ans non scolarisés ont été recensés lors d’une étude sur les enfants hors école.
Hormis le manque d’intérêt des parents pour l’école et le mariage précoce, d’autres raisons pourraient expliquer la déperdition scolaire dans la province du Séno. Elles vont du manque de point d’eau (cas de Ouro-Longa), aux travaux champêtres, en passant par les travaux ménagers, le démarrage tardif de la cantine scolaire, la rupture des vivres de la cantine, la préférence des parents à envoyer leurs progénitures aux foyers coraniques (cas de Débéré Talata), la garde des animaux et le nomadisme des parents. Pour le chargé de l’éducation au bureau de l’UNICEF à Dori, Karim Sankara, l’absence répétée de l’enseignant pourrait aussi expliquer l’abandon scolaire des filles. 

La cantine pour booster l’école

La déperdition scolaire des filles a un impact sur le système éducatif de la province du Séno. « Sur 100 filles inscrites au CP1, il y a peut-être une vingtaine seulement qui arrivera au CM2. Près de 80 filles abandonnent, ce qui explique le taux d’achèvement très faible », clarifie M. Sibiri Sankara. Ainsi, le taux brut d’achèvement au Séno est de 22,5% contre 24,5% au plan régional et 57,9% au niveau national pour l’année scolaire 2015-2016. Quant au taux brut de scolarisation, la province a enregistré 50,7% contre 53,4% pour la région et 86,1% à l’échelle nationale. Concernant le taux d’admission, il est de 79,7% au Séno contre 84,1% sur le plan régional et 100,1% au niveau national.
De l’avis du premier responsable de l’éducation au Séno, la cantine scolaire est un facteur  très important au Sahel si bien que dès qu’il y a rupture, la fréquentation de l’école prend un coup. C’est pourquoi, dans une trentaine d’écoles de Dori, le PAM sert aux élèves un goûter à 10 heures composé de yaourt en lieu et place de la bouillie et un déjeuner à midi. Par ailleurs, il existe la ration de 10 kg de maïs à emporter à la maison une fois par mois destinée aux filles assidues, afin de les exhorter à fréquenter l’école. On peut citer également les Activités génératrices de revenus (AGR) dévolues aux responsables d’AME de sorte qu’elles puissent mener des actions en vue de soutenir effectivement la scolarisation des filles. Sibiri Sankara a aussi informé qu’une direction s’occupe de la scolarisation des filles et mène des activités de sensibilisation dans les villages où le phénomène est crucial.
Concernant le bureau de l’UNICEF à Dori, son chargé de l’éducation, Karim Sankara, a souligné que le fonds, en collaboration avec le gouvernement et d’autres agences des Nations unies (PAM et FAO), encourage de manière spécifique la mise en œuvre d’une stratégie accélérée pour la scolarisation des filles. « A ce titre, on peut citer la campagne de recrutement que nous appuyons chaque année qui vise à convaincre les parents de la nécessité d’inscrire leurs enfants, notamment leurs filles dans les écoles, la formation du personnel par milliers à l’approche Ecole qualité amie des enfants (EQAME) », a-t-il précisé. Aussi, environ 8 000 filles du primaire reçoivent depuis 2015, des fournitures scolaires, précise-t-il. «C’est pourquoi, nous avons la volonté de démontrer qu’on peut être très bien instruite, rester attachée à ses valeurs familiales, à sa foi et sans ramener une grossesse en lieu et place des diplômes attendus », rassure M. Sankara.

Une OSC dans la danse

L’association Dwala Séno également fait de l’éducation de la fille depuis 2014, son cheval de bataille. Pour ce faire, elle récompense les trois meilleures filles des 12 villages de la commune de Dori en kits scolaires, vélos et vêtements. Quant aux mères des filles, ajoute la secrétaire générale de l’association, Aissatta Dicko, elles sont dotées chacune d’un sac de 50 kg de riz pour l’alimentation de la fille et d’un bélier pour l’embouche, en vue de subvenir à leurs besoins. Selon elle, les frais de scolarité, de fournitures et de tenue des filles ayant obtenu leur CEP et admise à l’entrée en 6e sont prises en charge par l’association. « Pour le CEP 2017, sur 45 filles, seules 37 ont bénéficié de l’appui de l’association. Les 8 restantes n’ont pas pu poursuivre leurs études à Dori, par manque de tuteurs. En 2016 également, 9 filles sur 14 ont continué et les 5 autres sont restées au village pour la même raison », a conclu Aissatta Dicko. 

Souaibou NOMBRE
Snombre29@yahoo.fr