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2017.12.26

Lutte contre le mariage des enfants: ADEP plaide pour l’instauration de l’âge légal minimum du mariage à 18 ans sans exception

Lutte contre le mariage des enfants: ADEP plaide pour l’instauration de l’âge légal minimum du mariage à 18 ans sans exception

Les organisations partenaires de l’ONG Kinderpostzegels au Burkina Faso ont adressé un message de plaidoyer à l’endroit du ministre de la Justice, des Droits humains et de la Promotion civique ce jeudi 21 décembre 2017 à Ouagadougou. Il s’agit pour ces organisations, de plaider pour l’instauration de l’âge légal minimum du mariage à 18 sans exception au Burkina.

Selon l’enquête démographique et de santé de 2012, l’âge de mariage est de plus en plus précoce au Burkina soit 10% avant 15 ans et 53% avant 18 ans. C’est fort de ce constat, que l’Organisation Non Gouvernementale Kinderpostzegels à travers l’Association D’appui et Eveil Pugsada (ADEP), veux prendre le taureau par les cornes. C’est en cela que ce jeudi 21 décembre 2017, elle a initié une rencontre avec le ministre en charge de la Justice pour lui donner un message de plaidoyer de l’ensemble des associations soutenues par l’ONG, afin d’accélérer la relecture du code des personnes et de la famille.

Selon la Directrice exécutive de l’ADEP, Hortense Lougué Kaboré, les mariages d’enfants ont un effet négatif sur les économies et favorisent la reconduction d’un cycle intergénérationnel de pauvreté. Si rien n’est fait, poursuit-elle, le nombre de filles et de femmes mariées dans le monde, alors qu’elles n’étaient que des enfants, va grimper à prés d’un milliard en 2030.

C’est pourquoi la communauté internationale s’est fermement engagée pour mettre fin à ce fléau en faisant de cette question une cible des objectifs de développement Durable. Le Burkina Faso, en à croire Mme Lougué, le gouvernement a fait des efforts pour en finir avec le mariage des enfants. De l’adoption d’une stratégie de prévention et d’élimination à l’adoption d’un décret portant création, attribution, composition et fonctionnement d’une plateforme multisectorielle de prévention et d’élimination du mariage des enfants, en passant par l’adoption d’une loi portant répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles, sont entres autres, les efforts consentis par le gouvernement.

Mais l’arbre ne doit pas cacher la foret dit-on. Car d’après la Directrice exécutive de l’ADEP, le dispositif juridique burkinabè en matière de lutte contre les mariages d’enfants est toujours à la traine et comporte des limites qui doivent être améliorées pour plus d’efficacité. Comme exemple, Mme Lougué laisse entendre qu’au plan international et régional, toutes les conventions qui luttent contre ce fléau, fixent l’âge du mariage à 18 pour tous les sexes, alors que le code pénal burkinabè le fixe à 17 ans pour la fille et 20 pour le garçon et le code des personnes et des familles compte l’amener à 15 ans en cas de nécessité. L’ADEP appelle donc de vive voix l’instauration d’un âge légal minimum du mariage à 18 ans sans exception au Burkina Faso.

Pour Manly Dieudonné Désiré, Conseiller technique du ministère de la Justice, Représentant du ministre, le crie de cœur de l’ADEP a été entendu. « Nous sommes très sensible à votre doléance », s’exclame-t-il. M. Manly déclare que le code des personnes et de la famille, ainsi que le code judiciaire et celui de pénal seront tous révisés pour être en adéquation les conventions internationales et régionales. « Cela avance d’ailleurs, il n y a pas de blocage, bientôt ces textes seront en conseil de ministre et d’ici la dernière session de janvier 2018, elles seront à l’hémicycle », conclut-il.

En  rappel, La coalition nationale de la société civile contre le mariage des enfants est coordonnée par l’Association Pugsada. Elle est née en 2013 dans le but de créer une synergie d’intervention en faveur des jeunes filles et soutenir le gouvernement dans le développement de la stratégie nationale afin de mettre fin au mariage des enfants au Burkina.

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Audience foraine à Laye sur l’excision : Une exciseuse et ses cinq complices condamnées

Audience foraine à Laye sur l’excision : Une exciseuse et ses cinq complices condamnée

Le Tribunal de grande instance de Ziniaré a tenu une audience foraine dans la commune rurale de Laye dans la région du Plateau Central, ce vendredi 22 décembre 2017. Sur le banc des accusés, une exciseuse de 55 ans et cinq de ses complices. Elles ont toutes été condamnées.

Audience foraine à Laye sur l’excision : Une exciseuse et ses cinq complices condamnées

L’excision a la peau dure au pays des Hommes intègres. Malgré l’interdiction par la loi et les multiples campagnes de sensibilisation, des parents continuent d’exciser leurs enfants dans la clandestinité. Grâce à la collaboration entre les autorités judiciaires et le Groupe d’appui en santé, communication et développement (GASCODE), sur financement du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), six femmes ont été jugées lors de l’audience foraine de Laye. Les faits remontent à 2016 et 2017. N. Alimata, 55 ans, est accusée d’avoir excisé dans le village de Niou, six fillettes dont l’âge est compris entre 3 et 9 ans et une femme qui venait d’accoucher en 2016. Et également d’avoir répété la même action avec cinq autres fillettes et une femme qui venait d’accoucher en septembre 2017.

L’accusée après des minutes d’hésitation finit par reconnaitrs partiellement les fait pour ce qui est des six fillettes en 2016. Mais jure n’avoir jamais touché à une femme en délivrance sauf pour l’aider à accoucher, ni d’avoir excisé des enfants en septembre 2017. Les cinq autres à la barre, B. Awa (43 ans), N. Rakièta (65 ans), S. Rasmata (40 ans), S. Clarisse (41 ans) et O. Abibou (40 ans), accusées de complicité d’excision, d’avoir aidé, assisté et payé les frais de l’excision avaient pour défense Me Hamidou Sawadogo.

Exciser égale à rendre service

Selon l’enquête préliminaire, N. Alimata est une exciseuse réputée depuis des années. Bien qu’ayant assisté aux séances de sensibilisation sur les méfaits de l’excision, elle continue de « rendre service » au gens. Pour l’appréhender, il a fallu que des policiers déguisés en civils lui tendent un piège en sollicitant ses services. Croyant faire une bonne affaire, elle a vite cédé à la tentation et a été arrêtée puis déférée à la maison d’arrêt et de correction avec ses complices depuis plus de trois mois. Le certificat médical établit après les soins des victimes parle d’ablation du clitoris, d’ablation totale ou partielle des petites lèvres et des grandes lèvres.

A la question de la présidente du TGI de savoir pourquoi avoir fait exciser sa fille, O. Abibata, tout comme les autres, a brandi la coutume. Pour elle, cela est une pratique des grands parents donc elle n’a pas marqué de refus lorsque sa mère N. Rakièta (malade lors du procès) lui a fait la proposition. Et selon les témoignages, c’est cette dernière qui non seulement a touché les autres mères assises sur le banc des accusés, mais a marchandé avec l’exciseuse en question de venir « l’aider à arranger » ses petites filles. Surtout qu’elle dit ne pas savoir que cela était interdit. Les pères des fillettes appelés à la barre ont nié avoir été mis au courant de l’entreprise de leurs épouses.

Le ministère public près le TGI de Ziniaré, a relevé des contradictions dans les déclarations des accusés concernant la somme déboursée pour le service devant la Police nationale de Boussé, au Parquet et devant les juges. De 2000 FCFA par fille excisée, la somme est revenue à 1000 FCFA face aux juges. Le Procureur du Faso Abdou Fataho Ouédraogo a déploré le fait que des personnes âgées puissent mentir sans vergogne pensant se tirer d’affaire. Et la président du Tribunal Fati Kaboré de renchérir que même si l’excision avait été faite gratuitement cela n’enlève en rien l’interdiction par la loi, donc l’infraction est consommée et punissable.

18 mois fermes pour l’exciseuse

Pour cela, le Procureur du Faso a requis la condamnation de l’exciseuse à une peine d’emprisonnement de trois ans et une amende conformément à la loi et 12 mois fermes pour les cinq complices. Me Sawadogo, avocat des complices a demandé la clémence du TGI pour ses clientes qui ont reconnu les faits et demandé pardon. Pour lui, trois mois déjà en incarcération est une assez bonne leçon. Il assure que ses clientes seront celles qui dissuaderont les autres de commettre un tel forfait.

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Félicité Bassolé, Secrétaire exécutive GASCODE

Le Tribunal a donc décidé de condamner l’exciseuse à 18 mois fermes et à une amende de 300 000 FCFA. B. Awa en a pris pour 6 mois fermes et 150 000 FCFA d’amende, N. Rakièta a été condamnée à une amende ferme de 900 000 FCFA et S. Rasmata, S. Clarisse, O. Abibou à 6 mois fermes chacune. Et toutes les six ont été condamnées aux dépens. Des peines selon la présidente du TGI qui devront interpeller plus d’un à abandonner cette pratique qui laisse des séquelles irréversibles et vitales chez la femme (stérile, mort).

L’audience foraine de Laye se tient après celle de Ziniaré qui avait vu condamner une exciseuse récidiviste à quatre ans de prison ferme. Le Groupe d’appui en santé, communication et développement (GASCODE) qui fait de la lutte contre les mutilations génitales féminises et le mariage d’enfants son combat, par la voix de sa Secrétaire exécutive, Félicité Bassolé, n’a pas manqué de remercier les autorités judiciaires. Sans pour autant oublier le partenaire technique et financier qu’est l’UNICEF. Pour elle, ces audiences foraines sont des actions de dissuasion pour que la population sache que la loi est appliquée dans toute sa rigueur. « Ce n’est pas de gaité de cœur que nous sommes arrivés là. Notre objectif est que les gens soient sensibilisés et abandonnent ces pratiques. Mais pour que la mayonnaise prenne, il faut ménager le bâton et la carotte », a-t-elle conclu.

Marcus Kouaman
Lefaso.net