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2016.08.23

Inondations dans la ville de Ouagadougou : Trop peu de canalisations pour éviter le pire

Ouagadougou baigne dans les eaux dès qu’il pleut. Cette année encore, la forte pluviométrie a fait des victimes et continue d’en faire. Des maisons sont tombées, des biens ont été détériorés. Et grave encore, des personnes ont perdu la vie. A chaque saison pluvieuse suffit sa peine, sommes nous tenté de dire. Suite à cela, des mesures urgentes ont été prises par les autorités (l’Etat, la commune) et sont en réalisation. Pour mieux comprendre ce qui arrive à nos Ouagavillois, Arzouma Zombré, Directeur des infrastructures routières et de la mobilité de la commune de Ouagadougou (DIRMO), a bien voulu se prêter à nos questions. Du rôle de sa direction au sein de la commune, en passant par l’état des infrastructures de la ville, sans oublier les causes des inondations, ainsi que les mesures urgentes pour soulager la population, sont entre autres sujets que nous avons abordés avec lui. C’était ce jeudi 18 août 2016.

Lefaso.net : Présentez-nous brièvement la direction dont vous avez la charge.

Arzouma Zombré : La direction dont j’ai la charge, est l’une des grandes directions de la commune. Elle est issue de la division de la Direction générale des services techniques municipaux qui regroupait quatre directions. A la faveur de la réorganisation de l’organigramme de la commune de Ouagadougou en 2013-2014, cette grande direction a été scindée en plusieurs directions, telle que la direction de la construction, la direction du parc et de la maintenance et la direction des infrastructures routières et de la mobilité, communément appelée DIRMO.

Quand la DIRMO a été créée, elle comptait en son sein trois services. Celui des routes et ouvrages hydrauliques, celui des transports et de la sécurité routière, celui de l’éclairage public et des feux tricolores. Une autre réorganisation vient de se faire en fin 2015. Le service de l’éclairage public et des feux tricolores a été érigé en direction de l’énergie de l’éclairage public et des feux tricolores et sort de la coupe de la DIRMO. Et la création d’un service de maitrise d’œuvre technique. Donc la DIRMO compte trois services. Ces services sont subdivisés en sections. Si l’on prend le service des routes et ouvrages hydrauliques par exemple, on a la section des routes en terre, celle des routes bitumées, celle des ouvrages hydrauliques et celle topographique. Il en est de même en ce qui concerne le service des transports avec la section transport et mobilité.

Lefaso.net : Quelles sont les missions de la DIRMO ?

Arzouma Zombré : Elle a en charge l’accompagnement de l’autorité communale dans la mise en œuvre de sa politique en matière de construction, de réhabilitation, d’entretien du patrimoine routier, de gestion des affaires de transports et de la mobilité. Ce qui veut dire que nous devions entretenir les routes en terre, les routes bitumées et aussi participer à la construction de ces ouvrages. Nous devons faire des études de petites et moyennes ampleurs. Quand ce sont des études de grandes ampleurs, nous partons directement aux entreprises.

Lefaso.net : Quel est l’état des infrastructures routières de la ville de Ouagadougou ?

Arzouma Zombré : Nous avons plus de 2000 kilomètres de routes dans la ville de Ouagadougou, bitumées comme non bitumées. Nous avons à peine 400 à 500 kilomètres de route bitumées soit 18% de la voirie communale. Près de 80% des routes sont en terre. Au regard de l’évolution exponentiel du trafic, nous voyons déjà les difficultés que cela cause. L’aménagement de la voirie ne suit pas cette évolution du trafic. Ce qui entraine comme corollaire la vite dégradation des routes en terre dans les quartiers. Il y a des conséquences telles que les nuées de poussière qui se propagent sur les habitations. Ce sont des nuisances.

En ce qui concerne les routes bitumées que nous avons dans la commune, elles sont la plupart vétustes. La moyenne d’âge est de 14 à 15 ans. Alors qu’en matière de construction routière, lorsqu’une route atteint déjà 15 ans, l’on considère qu’elle commence à s’affaiblir, à être amortie. On devrait veiller à apporter un entretien conséquent que ce soit périodique ou courant. Nous avons un autre problème qui fait que nos voies n’arrivent pas à tenir la route. C’est par rapport à l’insuffisance du système d’assainissement. Tout comme le nombre de kilomètres des routes que j’ai donné, au niveau des caniveaux pour le drainage des eaux, nous ne dépassons pas 450 km de caniveaux aménagés au niveau de la ville de Ouagadougou. Nous comptons parmi les principaux collecteurs de la ville, le marigot du Mogho Naaba qui est actuellement en voie d’aménagement dans sa section amont. C’est-à-dire, celle qui va de Watam Kaizer au lycée Universalis. Aussi le canal de Zogona qui a été aménagé, le canal de Wemtenga et le canal central qui côtoie le Lycée Philippe Zinda Kaboré. Ce dernier part se jeter au niveau du barrage numéro 2.

Lefaso.net : Combien coûte l’entretien du réseau routier de la ville de la commune par an ?

Arzouma Zombré  : Chaque année, la commune décaisse entre 500 à 600 millions de F CFA pour l’entretien des routes. En 2014 par exemple, la commune a déboursé près de 800 millions de nos francs pour l’entretien des routes en terre. Nous avons à peu près 100 millions consacrés à l’entretien des routes bitumées. Mais cela est insuffisant au regard de l’état de vieillissement de la voirie. Quand l’Etat central sent qu’il y a un essoufflement au niveau de la commune, il n’hésite pas à nous venir en aide.

Lefaso.net : Qu’est ce qui explique l’accentuation des inondations dans la capitale ?

Arzouma Zombré : Il y a plusieurs facteurs qui expliquent les inondations. En allant de notre comportement aux effets purement techniques. Notre comportement consiste en quoi ? Des gens transforment ce peu de canaux, ce peu de collecteurs que nous avons en dépotoirs. Une fois que vous jetez des déchets par exemple dans ces collecteurs, ils ne font que les obstruer. La pluie arrivée, ces collecteurs sont obstrués, l’eau ne peut que remonter au niveau des concessions. Cela est un des phénomènes.

Aussi, nous avons une insuffisance de drainage. Sur près de 2000 kilomètres de routes, si nous n’avons que 400 kilomètres de caniveaux, il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine de l’assainissement. Nous avons un autre grand problème qui n’est pas le moindre. C’est le disfonctionnement de l’exutoire. Quand vous observez dans la ville de Ouagadougou, tous les cours d’eaux concourent au parc urbain Bangr-Wéogo. C’est l’exutoire principal de l’ensemble des eaux de Ouagadougou. Cela n’est pas sans conséquences car qui dit exutoire suppose que ce sont des endroits qui doivent recevoir des aménagements appropriés. Alors qu’à l’heure actuelle, nous avons des difficultés à ce niveau. Tant que l’exutoire n’est pas dégagé, les eaux ne pourront jamais sortir de la ville rapidement. Si bien que quand c’est obstrué, quand c’est plein, les eaux remontent dans les barrages, ensuite dans les caniveaux et vite les inondations sont arrivées.

Lefaso.net : Depuis les inondations de 2009, qu’est ce qui été fait pour éviter une telle catastrophe ?

Arzouma Zombré : Après les pluies du 1er septembre 2009, des recommandations avaient été faites. Des plans d’actions ont été mis en place à court, moyen et long termes. A court terme il s’agissait de remettre en état toutes les infrastructures qui avaient été endommagées. A court terme, on demandait de voir comment l’exutoire pouvait être dégagé. Et à long terme voir comment augmenter la capacité de gestion des eaux pluviales par des collecteurs appropriés.

Nous sommes en phase avec ces recommandations actuellement car les actions ont commencé tout juste après le 1er septembre 2009 à être exécutées. Si vous allez au niveau du parc Bangr-Wéogo qui est l’exutoire, nous avons, à partir du mur du parc en allant vers Anangnélé, un grand canal qui a été érigé. Cela dans l’optique de drainer les eaux vers Mansili qui est à peu près entre 15 à 20 kilomètres de la ville de Ouagadougou. Il y a encore un autre projet au niveau du ministère de l’Habit, je parle sous leur contrôle, pour une troisième phase pour l’aménagement de l’intérieur même du parc. Cela pour permettre une plus grande fluidité pour l’écoulement des eaux. A l’heure actuelle, nous avons un projet en cours, pour l’aménagement du canal du Mogho Naaba. Tout cela est issu de toutes ces recommandations. Grace à l’Etat central et au concours des partenaires techniques et financiers, on est en train de construire la partie non construite, en amont de ce canal. Seront prises en compte dans les aménagements, certaines zones inondables de la ville de Ouagadougou comme l’école Georges Namoano, que l’on appelle couramment école « poto-poto », non loin du lycée Universalis. Mais aussi, au niveau de Rimkièta, en allant vers le cours d’eau, non loin du grand rond-point, où des écoles sont inondées dès les premières pluies. En plus, à l’arrondissement 4, des caniveaux seront réalisés. Cela nous permet de dire que nous sommes en droite ligne avec les recommandations qui avaient été données après les inondations du 1er septembre 2009.

Lefaso.net : Cette année encore Ouagadougou est sous les eaux. Qu’est ce qui est préconisé pour cette fois-ci ?

Arzouma Zombré : Il y a eu un cumul de précipitations du 18 jusqu’au 20 juillet 2016, ce qui a fait déborder les choses. A l’issue de ces inondations, un comité de crise a été mis en place dans la commune de Ouagadougou. L’Etat central s’est joint à ce comité de crise. Une sortie de terrain, supervisée par le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la sécurité intérieure, Simon Compaoré, a été organisée. A l’issue de cette sortie de terrain, une cellule technique a été mise en place et a été chargée de sortir inventorier tout ce qu’il y a eu comme dégâts. Cette cellule a été composée des techniciens du ministère des Infrastructures, de ceux du ministère de l’Habitat et de ceux de la commune de Ouagadougou. Nous avions pu visiter 51 sites et fait l’état, site par site ainsi que les types de dégradations.

Globalement le constat que nous y avons fait se situe au niveau des remblais d’accès. Les remblais d’accès sont des blocs techniques, c’est-à-dire la partie qui est tout juste collée au pont. La plupart des dégradations sont au niveau des ponts et des radiers, que l’on appelle couramment, cassis ou dos d’âne. Un état a été fait aux autorités et nous attendons justement leurs réactions. Les actions à court terme consistaient à ne pas couper le trafic. Il doit rester fonctionnel, 24heures sur 24 en attendant que l’on puisse avoir les moyens pour réhabiliter conséquemment comme il se doit.

Nous avons demandé aussi que des études soient menées afin de voir les sections des ouvrages qui sont là. Est-ce que ces sections sont suffisantes pour drainer ces eaux ? Pourquoi il y a des remontées d’eaux dans ces ouvrages ? En matière d’hydraulique, c’est un peu complexe car vous pouvez penser que c’est tel ou tel domaine alors que ce n’est pas le cas. Par exemple si Bangr-Wéogo est bloqué, toutes les eaux qui sont charriées sur le bras du marigot de Boulmiougou, le recul ne fera que faire étaler les eaux. Quoi que vous ayez dimensionné, s’il y a un bouchon quelque part, vous aller toujours retrouver ce phénomène. Je ne dis pas que c’est à cause de cela qu’il y a tout cela. Il y a des études qu’il faut faire pour voir.

Lefaso.net : A combien peut-on évaluer la réalisation de ces travaux ?

Arzouma Zombré : La question m’avait été posée lors de la sortie de terrain avec son excellence monsieur le Président Roch Marc Christian Kaboré. Nous sommes toujours en saison pluvieuse donc nous continuons à recenser. La ville est vaste. Il y a un répertoire des ouvrages à notre niveau que nous connaissons, mais il y a des ouvrages de fois que vous n’arrivez plus à répertorier. Nous sommes en train de faire les recensements avec les informations que les gens apportent. Si vous donnez ce montant aujourd’hui et demain vous donnez un autre montant, les gens ne pourront pas vous croire. Comme ce n’est pas un état définitif, nous sommes toujours dans l’attente de ce que l’Etat central va faire. Ce qu’ils vont nous donner pour travailler, nous pourrons communiquer cela officiellement.

Lefaso.net : Aux premières évaluations combien cela faisait ?

Arzouma Zombré : Aux premières évaluations, les documents sont là, on est dans l’ordre de 6 à 7 milliards de F CFA. Sur l’ensemble des 51 ouvrages répertoriés, il y a des murs de clôture qui sont dans les zones inondables qui menacent de céder donc il faut un système d’assainissement pour les sauver. Le recensement concerne tous les douze arrondissements.

Lefaso.net : Comment expliquez-vous le fait qu’à l’issue de la réalisation d’une route, des habitants se plaignent de la montée des eaux dans leurs concessions ?

Arzouma Zombré : Il y a plusieurs explications à cela. Quand vous avez un projet routier, il y a plusieurs outils qu’il faut prendre en compte. On demande à ce que chaque route construite soit suivie par un système d’assainissement. Il y a souvent problème, c’est une réalité. Si vous faites une route qui traverse une zone où les eaux ont l’occasion de se diffuser dans tous les sens pour rejoindre l’exutoire, cela devient un frein. Et pour résorber ce problème il faut mettre en place le système d’assainissement d’où les caniveaux de part et d’autre de la voie.

Nous avons des concessions qui sont exagérément basses par rapport au niveau de la voie. Pour faire la conception de la voie, nous prenons en compte le niveau de l’intérieur de la cour par rapport à la voirie. Vous voyez que sur près de 2 à 3 kilomètres, si on doit prendre le niveau de toutes les concessions pour faire la voie, je ne pense pas que ce soit pratiquement les mêmes choses. Il y a des gens qui sont situés en contre pont, ou en monticule. Nous essayons de prendre le mieux, le niveau qui puisse vraiment faire l’affaire de tous. A savoir, faire de sorte à ce que le bord de caniveaux que nous allons mettre en place ne dépasse pas le seuil des portes des concessions. C’est ce que nous appelons ligne rouge. Parce que c’est pour récolter les eaux et lorsqu’ils sont trop élevés et qu’il y a débordement, les eaux entrent dans ces concessions automatiquement.

Mais il faut qu’on fasse la nuance car dans certains quartiers cela est difficile, sinon impossible à respecter. Combien de gens en construisant mettent au moins une couche de briques par rapport au milieu naturel avant d’enlever leur porte ? Pratiquement cela n’existe pas. Ces portes sont à même le sol (…) Alors que si la hauteur de ces cours d’eaux était à 15 ou 20 centimètres par rapport au terrain naturel le problème ne se poserait pas. Il fallait peut-être qu’il y ait un cahier des charges pour ceux qui sont dans ces zones pour qu’ils rehaussent leurs soubassements. Peut-être qu’il y a eu des failles à ce niveau. Dans les prochains aménagements, je pense que cela sera pris en compte. Cela y va de la sécurité même des habitants hors mis les questions de route.

Vous avez aussi le problème du sous dimensionnement des ouvrages de collecte, par exemple les caniveaux mis de part et d’autre de la route. Quand il pleut, ces caniveaux débordent. Si tout circule normalement il ne devrait pas y avoir de remontée des eaux au niveau des concessions. Avant de faire un ouvrage, il faut faire un sondage de terrain pour retrouver les principaux cours d’eaux qui viennent irriguer cette voie. C’est ce que nous appelons les bassins versants. Quels sont les bassins versants qui arrivent sur cette voie ? C’est au vu de la quantité de ces eaux que les ouvrages qui doivent les contenir sont dimensionnés. S’il se trouve que vous avez mal apprécié le bassin versant il y aura problème. Il y a tout un ensemble de choses qui entrent en compte. Donc cela est complexe.

Lefaso.net : Souvent après la réalisation d’une belle rue, on constate que le revêtement est creusé pour enfouir ou déterrer des fils ou de la tuyauterie ?

Arzouma Zombré : C’est un manquement très grave. Pendant la mise en œuvre des travaux routiers, tout est fait de sorte à ce qu’on ait une plateforme homogène. Cela veut dire des plus petites couches de la plateforme du terrain simple, avec les différentes couches de terre jusqu’au revêtement. Avant les travaux, quand on fait une étude routière, nous adressons une correspondance aux différents concessionnaires comme, la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL), l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), l’Office national des télécommunications (ONATEL). Pour qu’ils nous disent avec les plans de ces différentes routes où est- ce qu’ils ont leurs réseaux ou qu’est-ce qu’ils ont à faire sur ces voiries, pour qu’on puisse en tenir compte pendant les travaux.

L’on nous a toujours fait des factures, soit pour déplacer un réseau qui est situé sur la voie à une profondeur qu’on ne peut pas laisser, soit il faut le rabaisser pour qu’il ne soit plus à l’air libre. Nous prenons ces différentes factures en compte dans nos projets. S’il arrive que pendant l’exécution, les concessionnaires viennent mettre ce qui est prévu et ils se rendent compte qu’il y a des difficultés après, il faut rouvrir. Souvent l’on nous informe que le matériel requis n’est pas disponible immédiatement. On décide de fermer et quand cela va venir on va rouvrir pour remettre. C’est la catastrophe. Quoi que vous fassiez c’est difficile d’avoir un bon compactage de la route quand vous allez rouvrir. Ou bien, cette petite section que vous allez laisser qui sera compactée après, ne sera pas uniforme avec l’ensemble de la chaussée.

De fois ce sont des prévisions qui ne tiennent pas du côté des fournisseurs ou des défaillances constatées plus tard, donc on est obligé d’ouvrir. On regrette cela. Par exemple dans la ville nous avons le réseau d’égouts. C’est après coup que cela a été mis. Conséquence, tous les tronçons ne font que s’affaisser et il faut colmater. C’est parfois plus cher que si on avait pris un certain nombre de précautions dès le départ.

Lefaso.net : Donc cela n’est pas près de s’arrêter.

Arzouma Zombré : On joue à cela pour que cela puisse s’arrêter. On ne peut pas continuer. Cette année, nous avons des travaux à Sigh-Nonghin et à Nongr-Massom. On a bloqué les travaux durant tout le temps que cela faut pour que le concessionnaire puisse passer avec sa filerie avant qu’on ne compacte. Ce qui fausse très souvent les délais d’exécutions.

Lefaso.net : Pour terminer ?

Arzouma Zombré : L’état de la voirie de Ouagadougou se caractérise en matière de voirie revêtue par sa vétusté due à l’évolution du trafic et des surcharges, le vieillissement de la couche de roulement, la qualité de mise en œuvre et l’insuffisance d’ouvrages d’assainissement. Le principal ennemi de la route c’est l’eau. Quand une voirie baigne dans l’eau matin, midi et soir, au lieu des 15 ans avant que l’on ne parle de voie amortie, vous constaterez qu’en trois ans la route est fortement dégradée.

Notre incivisme en brûlant les infrastructures, dégradent nos routes. Ce sont des infrastructures qui ne supportent ni les chocs ni la chaleur. Ce sont des liants, c’est-à-dire le bitume fluide, la laitance que vous avez, avec les différents agrégats. C’est la laitance qui consolide ces différents agrégats. Et quand vous brulez le bitume, cette laitance descend et laisse les agrégats seuls. Du coup, il n’y a plus de consolidation et c’est la désagrégation de la voirie qui est vite prononcée. Ce sont des actions à bannir.

Tout ce que je peux demander à la population, c’est la patience. Je pense que les épreuves que nous vivons actuellement nous interpellent tous. Nous devons revoir le système de travail et de conception. Etre sûr que ce qui vient de dehors est ce qui existe au dehors. Je parlais plus haut du recueil des informations par rapport aux travaux routiers. Il faut être sûr qu’on a pris la totalité du bassin versant de l’ensemble des cours d’eaux qui irriguent pour éviter des désagréments.

Entretien réalisé par Marcus Kouaman
Lefaso.net

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Mariages pompeux : Echec programmé !

Parole de conseiller conjugal 

               Mariages pompeux : Echec programmé !

Un homme, réellement dépassé par la tournure des événements, me confie que jusque-là la pomme de discorde dans sa relation avec sa fiancée, c’est que cette dernière exige un mariage pompeux avec comme chapitre la célébration à la mairie centrale et cinq cents convives au moins. La robe de mariage, elle, doit venir d’une boutique parisienne ou travaillerait sa sœur. Le gâteau de mariage est à commander dans un des plus grands hôtels de la ville où d’ailleurs devrait avoir lieu la réception. Et ensuite….et ensuite….et ensuite……Pour sa fiancée, censée être sa future épouse, c’est à prendre ou à laisser car elle le mérite.

Tous les arguments avancés par le fiancé ne l’ont pas convaincue et encore moins dissuadée. Le jeune homme a un salaire modeste ainsi que la jeune fille d’ailleurs. Pour l’heure, il est en location en attendant de pouvoir construire sur la parcelle qu’il vient d’acquérir à plus de deux millions de francs. La fiancée propose qu’il prenne un prêt en banque pour les festivités du mariage, ce que le jeune homme refuse de faire. Et voilà que le mariage a été maintes fois fixé et maintes fois reporté.

Nous ne nous attarderons pas sur les désidérata de la jeune fille car tout compte fait, il lui manque de la maturité et je ne crois même pas du tout qu’elle soit prête pour fonder un foyer. Mais cette anecdote me donne l’occasion de me pencher sur cette façon de faire pour fonder un foyer : mariages pompeux !

Mariages pompeux : c’est le fond qui manque le plus

Quand on connait tout ce qui entoure les responsabilités, les devoirs et les charges du couple, serait-il encore sage de nos jours de vouloir investir énormément et au-delà de toute logique d’énormes sommes tout juste le temps d’une célébration ? A y voir de près, ce genre d’apparats cache mal un malaise profond et suffisamment grave. Quelle notion ce genre de couple a du mariage ? Les mariages pompeux, quand bien même on aurait suffisamment les moyens, révèlent une légèreté, une inconscience notable et plus encore, une moralité douteuse.

Autrement, comment comprendre que l’on aille jusqu’à s’endetter pour faire comme…. Il est fort à craindre que ces manifestations ne soient que de la garniture mais qui au fil des temps (la vie du couple) va faire place à la réalité. Le fond qui manque dans ce genre de couple, c’est l’amour, le vrai. Ces deux-là ne sont ensemble que par intérêts personnels et égoïstes. La jeune fille qui exige tant d’artifices pour la célébration de son mariage, court derrière le « nom », veut marquer les esprits et être au centre de tous les débats. Elle veut que l’on dise que « on n’a jamais vu un tel mariage ». Elle veut que l’on parle d’elle et non pas du couple et encore moins de son conjoint. Elle cherche de la renommée, mais là où il ne faut pas.

J’en ai des exemples à la pelle : tel ce couple qui a volé en éclats tout juste huit mois après la célébration pompeuse de leur mariage avec des sommités du pays, cortège encadré par des motards, réception dans le plus grand hôtel de la ville. Le couple n’a vécu que huit mois et la procédure de divorce a été engagée. Malgré l’intervention de toutes les bonnes volontés, et de moi-même en tant que conseiller conjugal, rien n’y fit et le couple s’est déchiré et de façon lamentable. La raison : le jeune homme a découvert que la jeune fille lui avait menti sur son passé. En effet elle avait eu un enfant auparavant et ne l’avait jamais avoué.

Attention donc à tout ce qui brille, ça pourrait bien cacher un vrai malaise ! L’amour, le vrai, n’a pas besoin d’artifices pour être et pour agir.

Mariages pompeux : Et après ?

On sait tout ce qui entoure ce genre de manifestations : robe blanche à dimension démesurée… salle comble et bien ornée…..public des grands jours…véhicule d’apparat….gâteau gigantesque, etc.

Et après ? De la robe blanche, peut-on passer au cœur blanc qui comble le partenaire ? A la chambre blanche qui rejette tout déchet y compris les déchets de l’immoralité et de l’infidélité ? Au caractère blanc, qui ne voile rien à l’autre, mais qui se découvre et couvre le partenaire de tout ce qui peut le faire grandir ?

Et après ? Salle comble…convives triés sur la crème… Tout cela est beau, mais après, qui fréquenter et qui vous fréquente. Le domicile conjugal n’est-il pas à la recherche de visiteurs, d’amis, de camarades qui, à présent se font rares et pour cause : il n’y a plus grand-chose à gagner avec ce couple.

La vie du couple, ce n’est pas la célébration, mais l’après. Vivre heureux un jour, et malheureux le reste des jours, telle n’est pas la vocation du mariage.
Moralité : « Ceux qui se marient avec les moyens du jour pourront vivre avec les moyens de chaque jour ! »

Rock Audacien D.DAMIBA, Conseiller Conjugal
Email : damibashalom@yahoo.fr

 

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2016.08.03

Ménages extrêmement pauvres : Les résultats d’une étude validés à Ouahigouya

L’ONG Trickle UP Afrique de l’Ouest a organisé ce lundi 1er Août 2016 à Ouahigouya, un atelier de partage et de validation des résultats d’un projet de recherche sur les familles extrêmement démunies. La recherche qui a porté sur « l’évaluation des effets protecteurs du renforcement économique des ménages extrêmement pauvres associé à la sensibilisation sur les droits des enfants issus de ces ménages » a concerné 12 villages des communes de Ouahigouya et de Barga dans la province du Yatenga.

Ménages extrêmement pauvres : Les résultats d’une étude validés à Ouahigouya

       L’ONG américaine Trickle Up intervient depuis 2008 au Burkina Faso. Avant D’ouvrir sa représentation nationale qui date de 2012, l’ONG intervenait à travers son bureau national basé au Mali. Sa stratégie consiste à soutenir les personnes les plus pauvres et les couches les plus vulnérables à développer les moyens d’existence durables et à faire leurs premiers pas hors de l’extrême précarité. Pour éradiquer cette versatilité, l’ONG mène son combat autour d’un certain nombre d’axes à savoir l’éducation des enfants, le travail précoce des enfants, la séparation des enfants de leurs ménages, les violences faites aux enfants, l’autonomisation des femmes etc.

Identifier les effets et les facteurs d’influence du développement économique des ménageise en œuvre de ses activités au Burkina, Malé Yéréfolo, représentant régional de Trickle Up a laissé entendre que sa structure à travers son organisation a permis de toucher près de 4200 familles au Burkina Faso dans le domaine de la promotion d’activités génératrices de revenus (AGR) et le développement social des personnes éligibles par le transfert direct de fonds d’un cout total de 210 millions CFA. L’atelier de validation des résultats de la recherche qui a fait l’objet de partage et d’échanges s’inscrit, à en croire le représentant régional, dans une logique d’identifier les effets et les facteurs d’influence du développement économique et psycho-social des ménages dans la protection des droits de l’enfant. Au cours de la présentation des résultats, Gambéré Mireille consultante du Centre d’Etude, de Recherche et de Formation en Développement Economique et Social (CERFODES), en charge de l’étude, n’a pas manqué de souligner que le projet d’évaluation a débuté en 2015 et a pris en compte cinq domaines de l’ONG que sont la scolarisation, la responsabilisation des femmes dans le ménage, la migration, et le travail précoce des enfants. La présente étude a pris en compte les critères de vulnérabilité ; et la recherche a été faite en partenariat avec les techniciens du département de l’action sociale et de la famille dans la province du Yatenga, à en croire Madame Gambéré.

La lutte contre la pauvreté des populations, une priorité des autorité

le raog conseiller technique du gouverneur de la région du Nord dans son discours d’ouverture de l’atelier a notifié que les autorités du Burkina portent une attention particulière en matière de lutte contre la pauvreté des populations. Il s’est réjoui du fait que Trickle Up œuvre dans le même sens. « Nous sommes là pour témoigner notre totale adhésion aux actions de l’ONG, mais aussi montrer notre disponibilité à les accompagner dans cette lutte de longue haleine » a rassuré le représentant du Gouverneur. Avant de déclarer ouverte les travaux, M. Ouédraogo a ajouté que le gouvernement burkinabè a fait de la protection des groupes vulnérables, une de ses priorités en élaborant un cadre référentiel spécifique qu’est la politique nationale de protection sociale (PNPS) et qui décline les axes prioritaires de développement des groupes vulnérables pour la période 2013-2022. Trickle Up qui signifie « monter/émerger à petit pas » travaille en partenariat dans la région du Nord avec l’Association Monde Rurale (AMR/Burkina), L’Association d’Aide aux Enfants et Familles Démunies (ADEFAD) et L’Alliance Internationale pour le Développement en Afrique (AIDA).

Yann NIKIEMA
Lefaso.net

15:26 Publié dans ACTUALITE SOCIALE DU BF | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |  Imprimer

Secours d’urgence : La 9e session du CONASUR sur les besoins post-catastrophes et le relèvement des populations sinistrées

Le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR) a tenu sa 9e session ordinaire le 2 août 2016 à Ouagadougou. Il s’est agi au cours de cette session, d’examiner le bilan des activités réalisées au cours de l’année 2015, le programmes d’activités 2016 et de dégager des perspectives en vue d’améliorer les interventions futures. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le ministre de la femme, de la solidarité nationale et de la famille, Présidente du CONASUR. Par ailleurs, elle a connu la présence des membres statutaires et des partenaires techniques et financiers du Conseil.

 

Secours d’urgence : La 9e session du CONASUR sur les besoins post-catastrophes et le relèvement des populations sinistrées

Les catastrophes, qu’elles soient d’origine naturelle ou anthropique, s’imposent à la société. Elles portent leurs empreintes sur tous les aspects de la vie sociale, n’épargnent personne, ni aucun pays. Tel est le constat fait par Laure Zongo/Hien, ministre de la femme, de la solidarité nationale et de la famille, Présidente du CONASUR lors de la cérémonie d’ouverture de la 9e session ordinaire tenue le 2 août 2016. Tout en saluant sa tenue effective, elle a affirmé que le Burkina Faso connait de plus en plus de catastrophes et des crises aux conséquences désastreuses sur les populations. Pour preuve, dira-t-elle, les inondations récurrentes et les conflits intercommunautaires qui surviennent chaque année. En effet, en 2015, 377 998 personnes victimes de catastrophes et de crises, y compris des personnes vulnérables ont été prises en charge par le CONASUR. Il s’agit spécifiquement de 49 118 victimes de catastrophes et de crises humanitaires, 2 492 victimes de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et 326 388 personnes vulnérables qui ont été assistées.

Du reste, de l’analyse de la gestion des catastrophes, la collecte des données notamment l’évaluation des dégâts et des besoins constitue une préoccupation pour les intervenants sur le terrain. A cela s’ajoute la problématique du relèvement des personnes sinistrées. Ce dernier point qui constitue l’un des domaines d’intervention du secrétariat permanent du CONASUR rencontre des difficultés de financement, d’où le choix du thème de la présente session « Evaluation des besoins post catastrophes et relèvement des personnes sinistrées : Enjeux et perspectives ». Ce thème, de l’avis de la présidente du CONASUR, est une question d’importance et d’actualité. « Il nous interpelle et nous invite à des réflexions profondes et à des analyses sans complaisance sur les mécanismes de financement des actions de relèvement/réhabilitation au profit des populations », a-t-elle souligné.

Toutefois, elle est convaincue qu’une bonne évaluation post-catastrophe est un préalable pour estimer les besoins afin d’apporter une réponse appropriée et conséquente aux populations sinistrées. Aussi a-t-elle poursuivi, le renforcement des capacités de résilience des populations nécessite une approche multisectorielle. Il apparait donc impérieux de développer des stratégies d’adaptation en vue de renforcer la résilience des communautés. Toute chose qui contribuera à réduire leur vulnérabilité. C’est dans cette dynamique que le gouvernement du Burkina et le programme des Nations Unies pour le développement ont approuvé, depuis 2014, un projet de « Renforcement des capacités nationales de résilience au Burkina Faso ». D’une durée de deux ans, le budget initial estimé à 1 581 836 dollars US soit un peu plus de 900 millions FCA, vient d’être renforcé au mois de mars dernier « par un appui complémentaire de la Coopération japonaise d’un montant de 500 000 dollars US (Près de 300 millions CFA, ndlr) ». Cet appui du gouvernement japonais concerne la création d’emplois pour les jeunes et la réalisation d’infrastructures pour la réduction des risques d’inondation par la méthode haute intensité de main-d’œuvre.

La coordinatrice résidente du système des Nations Unies, Metsi Makhetha, quant à elle, a saisi l’occasion pour exprimer la solidarité de son institution et de l’ensemble des partenaires humanitaires du Burkina Faso, avec les familles et les personnes sinistrées. Avant d’expliquer que la présente réunion se tient environ trois mois après le premier Sommet mondial sur l’action humanitaire auquel le Burkina Faso a pris part. Et l’une des recommandations de ce sommet met l’accent sur la nécessité de gérer les risques autrement, établissant non seulement la primauté de la préparation aux urgences, mais aussi la résilience comme élément central. Ce fut également l’occasion pour les pays de s’engager « publiquement », autour de plusieurs actions, lesquelles ont pour finalité de sauver des vies humaines, réduire l’impact économique et les besoins humanitaires engendrés par les catastrophes naturelles, entre autres. Mme Metsi est convaincue que le CONASUR est la structure habilitée à faire de ces objectifs une réalité.

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

 

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2016.03.30

Contraception : Ce qu’on ne vous a jamais dit (1)

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Regard critique sur l’émission Echo finance sur le dividende démographique et sur l’engagement de l’Union des Religieux et Coutumiers du Burkina dans la campagne « 1 000 000 de voix pour la planification familiale et la santé de la reproduction »

 

Introduction

Au cours du mois de janvier 2016, a été diffusée et rediffusée sur la RTB, l’émission Eco finance consacrée au dividende démographique au cours de laquelle l’ex ministre déléguée chargée du budget entourée d’autres « spécialistes », s’inquiétant du nombre d’habitants de notre pays dans les décennies à venir et de certains indicateurs économiques n’ont cessé d’insister qu’une priorité est que la contraception soit l’affaire de tous. Est-on sûr que la diminution démographique par la contraception garantit la croissance économique ?

De plus, l’engagement audacieux de l’association « Union des Religieux et Coutumiers du Burkina pour la Santé et le Développement (URCB/SD) » avec d’autres associations dans la campagne « 1 000 000 de voix pour la planification familiale et la santé de la reproduction » exige une clarification au sujet de l’engagement de l’Eglise catholique dans la dite campagne et le rappel de la doctrine chrétienne sur la contraception.

Nous voulons à travers ces lignes, montrer que l’argument démographique est fallacieux, que la contraception, au-delà des discours naïfs, crée plus de grossesses « non désirées » et plus d’avortements, nuit gravement à la santé des femmes, pervertit la jeunesse, compromet le mariage, et enfin, que des méthodes naturelles de régulation de naissance très efficaces existent pour aider les époux à harmoniser leur désir de vivre pleinement leur sexualité avec la responsabilité d’espacer les naissances.

1. La démographie, un faux problème

Robert Thomas MALTHUS, économiste britannique du XVIIIème siècle affirmait que le pouvoir de reproduction de l’espèce humaine est considérable alors que sa capacité de production de moyens de subsistance est limitée. Il en déduit que la croissance démographique est source de misère. Pourtant la taille d’une population lui procure un poids économique et politique manifeste : le Nigéria et l’Afrique du Sud près de chez nous, la Chine et l’Inde en Asie, la France en Europe, les Etats-Unis sur le continent américain.

Néanmoins, aujourd’hui, au niveau mondial, on tente de faire croire seulement aux pays pauvres que leurs problèmes proviennent de leur surnombre en montrant des relations qu’il pourrait y avoir entre populations, développement, pauvreté, fécondité, dividende démographique [1]. Le remède serait la réduction de la fécondité par tous les moyens, notamment par les méthodes « modernes » de planification familiale [2]. Cela se fait sans recul éthique, sans se poser la question si ce que l’on fait est bien ou mal, que ce soit au niveau des gouvernements, des ONG ou du personnel de la santé parce que tout simplement des bailleurs de fonds ne font que « bailler » et influencent les conférences internationales.

« Il ne faut pas oublier – rappelle le Pape Benoît XVI – que depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu’à nos jours, la population sur la terre a augmenté de quatre milliards et que, dans une large mesure, ce phénomène concerne des pays qui ont récemment émergés sur la scène internationale comme de nouvelles puissances économiques et qui ont connu un développement rapide précisément grâce au nombre élevé de leurs habitants. En outre, parmi les Nations les plus développées, celles qui ont les taux de natalité les plus élevés jouissent des meilleures potentialités de développement. En d’autres termes, il apparaît que la population est une richesse et non un facteur de pauvreté » [3].

On devrait aussi souligner que la mentalité contraceptive crée à la longue le phénomène de vieillissement de la population, un déficit de la population active que les grandes nations comblent par des politiques d’immigration sélective : Loto Visa pour les Etats-Unis, Programme d’immigration choisie pour le Canada, immigration des maghrébins et d’autres nationalités dans le cas de la France.

Comme d’habitude, « qui veut tuer son chien l’accuse de rage ». On s’acharne sur la population alors que les causes de sous-développement sont à chercher ailleurs. Le journal télévisé rapporte plusieurs fois par semaine des conventions de financements de plusieurs dizaines, centaines de milliards en faveur de notre pays. A contrario, il y a très peu de réalisations en quantité et en qualité dans le domaine de la santé, de l’éducation, des routes, de l’agriculture, etc., pour une prise en charge des besoins actuels et pour accompagner l’évolution de la population. La corruption et l’injustice étaient et sont encore monnaie courante. Le Burkina Faso et d’autres pays africains sont pauvres parce qu’appauvris par le pillage des matières premières qui ne sont pas transformées sur place. A titre d’exemple, jusqu’à très récemment, seulement 10% des revenus sur l’extraction de l’or revenaient à l’Etat Burkinabè qui n’a aucun moyen de contrôler les quantités extraites.

Et on peut continuer la liste des causes de pauvreté qui, si elles ne sont pas résolues, maintiendraient notre pays dans la misère, même avec une population stationnaire. « Dès lors, les relations entre fécondité/pauvreté, population/développement, telles que codifiées par les différentes conférences sur les populations particulièrement la conférence du Caire, devraient être repensées » [4].

L’obsession pour les Nations Unies de réduire la population des pays pauvres s’est traduite plusieurs fois par l’ajout de substances stérilisantes dans les vaccins contre le tétanos destinés aux campagnes de vaccination de masse. En 2014, les évêques du Kenya se sont opposés à une campagne de vaccination anti-tétanique visant exclusivement les femmes de 14 à 49 ans, accusant les doses d’être dopées du Beta-HCG [5]. Cette tactique a déjà été découverte et dénoncée par la présentation d’échantillons témoins aux Philippines (1995), Mexique (1994) et Nicaragua alors que les hautes autorités onusiennes et gouvernementales démentaient catégoriquement les faits. Malgré l’énormité de ces affaires, elles n’ont pas été relayées par les grands médias. En conséquence, et au vu du rejet de vaccination contre la polio au Nigéria en 2003, il est crucial que des organisations indépendantes analysent régulièrement des échantillons des campagnes de vaccination destinée aux enfants.

Proposer, imposer la contraception à une population pour améliorer des indicateurs économiques tel que développé par l’émission Eco finance est une distorsion malheureuse de valeurs : on veut utiliser l’homme au service de l’argent. Pourtant, l’argent doit être au service de l’homme et non le contraire. « Que sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Luc 9, 25). L’homme se ruine par l’utilisation de ces contraceptifs comme nous allons le montrer.

Ouagadougou le 25 février 2016

Abbé Jean-Emmanuel KONVOLBO,
Prêtre catholique
Professeur d’Ecriture Sainte et de langues bibliques
Grand Séminaire Saint Jean-Baptiste de Wayalghin
Email : paroleetvie@gmail.com
Cet article se trouve sur mon site web en construction : http://konvolbo.org

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2016.03.24

Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

A la lumière d’expériences récentes dans d’autres pays, des chercheurs s’interrogent sur les perspectives de la mesure de gratuité des soins de santé maternelle et infantile. S’il est un motif de célébration, il faut néanmoins avoir à l’esprit les leçons venues d’ailleurs, disent les chercheurs du projet FEMHealth.

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Au cours de ce mois, le gouvernement du Burkina Faso, sous l’autorité du Président,a décidé en Conseil des Ministres, de la gratuité des soins chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, des accouchements et des césariennes, et du dépistage des cancers du sein et de l’utérus, à compter du 2 avril 2016. Cette annonce est la bienvenue. Les soins de santé, en particulier ceux de l’accouchement, ont été associés à des dépenses catastrophiques de santé au Burkina Faso et à d’énormes coûts sociaux, aggravant la pauvreté.

La promesse de gratuité des soins de santé de la mère et l’enfant prolonge les progrès que le Burkina Faso et de nombreux autres pays de la région ont fait en vue d’étendre la couverture des soins essentiels aux groupes vulnérables, y compris l’exemption des frais pour certains services. Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont largement reconnus comme des groupes prioritaires, d’abord sous l’impulsion des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et dorénavant inscrits dans l’objectif de la Couverture Universelle de Santé (CUS) dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.

Durant cette phase cruciale, lorsque de nouvelles politiques sont élaborées et pré-testées, il est important de nous rappeler quelques-uns des enseignements importants tirés des études sur la mise en œuvre et les effets des précédentes politiques d’exemption dans la région, y compris au Burkina Faso.

1. Une préparation minutieuse est cruciale. Un des points forts de la politique de subvention des 80% du coût des accouchements, que le Burkina Faso a introduit en 2006, était qu’une période d’études préliminaires a été entreprise, permettant une consultation et une planification de concert avec les parties prenantes et le personnel ; cela ne devrait pas être négligé dans cette nouvelle phase.

2. La réussite de la mise en œuvre d’une politique de financement dépend d’une budgétisation réaliste capable de compenser les pertes de revenus des formations sanitaires et d’assurer une fluidité dans la circulation des ressources.

3. Pour qu’elle soit efficace, l’exemption de paiement requiert des investissements dans la fonctionnalité des services ; dans notre étude récente dans six districts du Burkina Faso, deux districts présentaient de graves insuffisances dans les services et les ressources, y compris le personnel et les équipements indispensables ; ce qui indique la nécessité d’un investissement et d’un monitorage continu.

4. La communication est aussi importante. Le personnel a besoin de lignes directrices claires et simples et d’un système qui le prend en compte et le motive et qui n’induit pas une charge de travail administrative additionnelle trop élevée.

5. Un bon niveau d’accès à l’information est nécessaire pour les communautés. Dans notre récente évaluation de la politique de subvention de l’accouchement, seulement 52% des femmes qui venaient d’accoucher étaient au courant de la politique. La sensibilisation sur les politiques est nécessaire pour assurer que les bénéficiaires puissent prétendre à leurs droits.

6. Le succès de l’exemption de paiements dépend également de la qualité des services de soins de santé. Dans toute la région Ouest Africaine, la mauvaise qualité des soins, en particulier les soins du nouveau-né, a été un obstacle à la réussite de la mise en œuvre réussie des précédentes politiques d’exemption.

7. Le paquet de soins offert doit être clair et couvrir les principaux risques pour la santé des mères et des enfants, incluant la planification familiale, les fausses couches et les soins post-avortement. Il y a aussi une obligation éthique, si le dépistage du cancer est offert, de mettre à disposition un service de conseils et de traitement.

8. Par-dessus tout, le contrôle du respect de la mise en œuvre de la politique est essentiel. Dans plusieurs pays qui ont mis en œuvre des politiques similaires, la recherche a montré que la réduction des dépenses à la charge des ménages a été considérable, mais en deça des prévisions. Les ménages continuent de payer pour des postes de coût qui auraient dû être couverts, tels que le transport des centres de santé périphériques aux hôpitaux, les médicaments et les tests de laboratoire. Les paiements informels au personnel de soins sont aussi fréquents. Les plus pauvres sont les plus exposés dans de telles situations.

Le Gouvernement du Burkina Faso est à féliciter pour avoir pris des mesures pour élargir l’accès aux soins de santé. Cependant le diable est dans les détails –l’obtention de bénéfices réels pour la population dépend d’une mise en œuvre minutieuse des prochaines étapes. En tant que chercheurs, nous nous tenons prêts à apporter un appui au développement et au suivi de la politique. Dans ce sens, il existe un large corpus de connaissances qui pourrait servir de référence.

Rasmané Ganaba, Sophie Witter, Katerini Storeng, Vincent De Brouwere, Patrick Ilboudo, Jenny Cresswell, Fabienne Richard, Veronique Filippi.

Voir aussi : Ganaba, R., Ilboudo, P., Cresswell, J., Yaogo, M., Diallo, C., Richard, F., Cunden, C., Filippi, V., Witter, S. (2015)The obstetric care subsidy policy in Burkina Faso : what are the effects after 5 years of implementation ? A paraitre dans la revue BMC Pregnancy and Childbirth.

 

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2016.03.11

Ouagadougou : Elles vivent et procréent dans la rue

 
Un phénomène rare et inquiétant est apparu à Ouagadougou : des femmes ont pour toit, la nuit tombée, certains espaces publics. En  «famille» ou en solitaire, elles squattent certains espaces publics comme le parking extérieur du Gouvernorat du Centre. Au « pays des Hommes intègres », on a plutôt coutume de voir des déficients mentaux et des enfants défavorisés passer leur nuit dans les caniveaux, sous les ponts, près des feux tricolores, aux alentours de certaines gares routières, etc. Mais c’est assez singulier que des femmes, jouissant de toutes leurs facultés mentales, dorment en plein air, à  la merci des intempéries, des agresseurs sexuels et des voleurs. Comment ces femmes en sont arrivées-là dans un pays d’hospitalité légendaire ? Durant deux semaines, entre 19 heures et 6 heures du matin, nous les avons suivies.
 
Rue du Travail, en plein-cœur de Ouagadougou. Il est 19 heures, ce 9 février 2016. Dans la pénombre, nous faisons le pied de grue sous un caïlcedrat, juste à l’entrée de la porte du Gouvernorat de la région du  Centre. Les derniers employés du bâtiment quittent les lieux et se dirigent à l’extérieur vers le parking Wend-Kuni (Dieu a donné en langue nationale mooré) pour chercher leur monture. Les minutes et heures qui suivent, d’autres personnes investiront le même espace. Pas pour garer des engins, mais pour dormir sous le hangar du parking. Ce sont des femmes sans-abri et elles y sont, il y a plus de deux ans.  La première d’entre elles arrive dans son «appartement» à 20 heures 8 minutes. C’est le début de notre incursion dans l’intimité de ces femmes Sans domicile fixe (SDF) de Ouagadougou. Elle s’appelle Koidima Larba, quarantenaire. Elle est vêtue d’un pagne traditionnel coloré, d’un haut noir et d’un foulard «luilipéendé», enroulé sur la tête. Elle porte au dos son nourrisson de 20 mois et dans ses bras un seau d’eau, des habits et des jouets pour enfant. Koidima Larba a-t-elle été répudiée par son  époux ? Est-elle bannie de son clan ou de son  village ? Pourquoi n’a-t-elle pas de tuteur ou de famille d’accueil dans la capitale ? Des questions qui trottent dans  notre tête. Pour avoir le cœur net, nous allons à sa rencontre. Originaire du secteur n°8 de Fada N’Gourma (chef-lieu de la région de l’Est), Koidima a fêté son 44e anniversaire en décembre 2015. Elle est lucide dans les échanges, contrairement à ce que son histoire pouvait laisser penser. «Je suis poursuivie par des démons depuis mon jeune âge», nous apprend-elle. Cet état l’a contrainte à abandonner ses études en classe de 4e au Centre de formation professionnelle de Fada N’Gourma.  Sans époux, Larba Koidima vit en célibataire, quelquefois en concubinage. Elle a connu trois fois la maternité d’où elle est ressortie avec quatre filles dont des jumelles (une décédée). La dernière-née se nomme Samira Guingané, 20 mois et vit avec elle au parking du gouvernorat. Sa fille aînée a eu plus de chance. «Ma première fille fait des études en première année à l’université présentement », dit-elle avant de poursuivre : «La 2e, qui a perdu sa sœur jumelle, a dix ans cette année ; et la dernière que vous voyez (elle l’a désigne) aura deux ans en juillet prochain. Elles sont toutes de pères différents», confie Koidima. C’est en octobre 2014 qu’elle a rejoint le groupe de femmes qui squattait déjà le parking du gouvernorat. Très ouverte, elle raconte sa vie avec un air pensif et triste, cependant. «Après ma deuxième maternité, j’ai constaté que les mères de jumeaux mendient avec leurs enfants dans la rue. J’ai voulu faire comme elles.  Quand mes jumelles avaient six mois, nous avons été victimes d’un accident et malheureusement, l’une d’elle est morte sur-le-champ ». Après cet évènement douloureux, elle a été répudiée par son homme. Non content de l’avoir mise dehors, son «mari» lui retire le bébé survivant. Elle regagne alors son Fada  natal. Mais elle se heurte à des difficultés économiques et relationnelles. Elle devient le sujet des causeries des personnes avec qui  elle a grandi. «Au village, il était très difficile pour moi d’avoir 100F CFA », se souvient la SDF. Abandonnée à son triste sort, elle n’avait qu’une idée dans la tête : « Se chercher ». C’est ainsi qu’elle atterrit, de nouveau, à Ouagadougou, sans savoir où poser son baluchon. 
Dans la capitale, elle  est très vite rattrapée par les réalités des grandes villes. C’est «chacun pour soi et Dieu pour tous». Elle se lance alors dans la mendicité. Son initiatrice est une vieille femme, qu’elle rencontre à la gare routière de Pô, à proximité du cimetière municipal où elle a passé sa première nuit à la belle étoile à Ouagadougou. «Nous nous sommes rendues aux feus tricolores de la BCEAO. Je l’ai observée toute la journée. A la descente, elle a obtenu plus de 1500 F CFA».   Et c’est depuis ce jour que dame Larba Koidima a pris goût à la mendicité. Un «métier» qui l’aide à survivre. 
 
« J’ai connu le père de mon dernier enfant aux feux tricolores de la BCEAO »
 
Après un mois d’activités, elle se retrouve avec plus de 35 000 F CFA. Plus le temps passe, plus le goût de la mendicité s’installe. Elle décide, avec sa « collègue » d’ériger leur «bureau» devant la BCEAO. C’est dans ce lieu que Koidima a fait la connaissance du père de son dernier enfant, M. Guingané qui, selon elle, est actuellement vigile à Zabre-daaga. Les deux n’ont vécu que deux mois ensemble. Puis la voilà enceinte pour la troisième fois. Sans réel soutien de son amant et tenaillée par la faim, elle décide de retourner au village d’où elle reviendra à Ouagadougou. Larba Koidima n’est pas la seule femme à passer la nuit dans le parking du gouvernorat. Venues d’horizons divers, elles sont plus de dix à s’y abriter, chacune ayant son histoire propre, même si elles partagent en commun la pauvreté. A proximité de la couchette de Koidima, deux cartons sont superposés sous une moustiquaire. C’est le lit de  Salamata Sondo. Originaire de  Kougri-Nagbagrin,  petit village situé à l’entrée de Kombissiri (au sud de Ouagadougou), Mme Sondo est  mariée et mère de sept enfants. Avec un éléphantiasis à la jambe gauche, la sexagénaire se déplace avec peine. L’air perdu, elle raconte.  «Je suis arrivée ici il y a presqu’un an parce que je n’arrivais plus à survivre dans mon village. Mon mari est très vieux actuellement et ne peut plus cultiver. Aucun de mes enfants ne travaille. Ils sont allés à l’aventure et je n’ai plus de leurs nouvelles. Il y a trois ans de cela, des voleurs sont partis avec notre bétail et nous nous sommes retrouvés sans rien. Vu mon état aussi, je ne peux plus travailler, et nous nous vivions au jour le jour». Désormais installée au gouvernorat, elle vit de la mendicité. Quand elle réunit un peu d’argent, elle achète des vivres et rejoint le bercail pour aider son mari et ses petits-fils. A l’extrême gauche du site, se trouve la demeure de Bibata Kaboré, la seule femme handicapée motrice du groupe.  La trentaine, elle vient de Koudougou et a trois enfants. Elle a perdu sa motricité, dit-elle, après la naissance de son troisième bébé en 2009. Abandonnée par son époux, elle s’est retrouvée en famille.  Vu son état, elle était la risée de tout le monde. Elle décide de rejoindre la capitale dans l’espoir de rencontrer des bonnes volontés.  
 
Evelyne, engrossée par un vigile  
 
Evelyne Kaboré est l’une des plus jeunes du groupe. Elle a 28 ans. Le sourire aux lèvres à chacune de nos questions, elle nous informe qu’en quittant son Zagtouli natal pour le centre-ville, son ambition était de trouver du travail afin de venir en aide à sa maman, à ses frères et sœurs restés au village. Son rêve se transforme très vite en cauchemar lorsque son chemin croise celui d’un vigile travaillant aux alentours du gouvernorat. La main droite sur son ventre proéminent, elle nous confirme ce que nous voyons déjà. Elle porte une grossesse presqu’à terme de ce gardien (elle a accouché d’une fille une semaine après notre passage et est retournée au parking avec son bébé). Elle vend ses services de lessiveuse au bord d’un puits à la Zone d’activités commerciales et administratives (ZACA). Rejointe au puits après son accouchement, elle nous affirme que le père de son enfant s’est «évaporé» dans la nature. Sa fille ne porte toujours pas de nom encore moins ne possède d’acte de naissance. Comment comptez-vous élever votre bébé ? Lui avons-nous demandé. Sa réponse est surprenante : «Je suis à la recherche de son père, et une fois retrouvé, je vais  juste lui remettre l’enfant de gré ou de force». Elle ne tient pas à ce que sa fille  vive comme elle dans la rue. Entre-temps, avant 23 heures, arrive sur les lieux une jeune femme portant un nourrisson au dos, accompagnée de ses deux autres filles. Elle clôt le bal du jour et laisse la place au sommeil. Alors que les unes dorment, les autres cherchent de quoi mettre sous la dent.  Les unes après les autres, elles rejoignent  leur  « chambre ».  A 23 heures, c’est le calme plat au parking du gouvernorat et dans ses environs. Seul le vent sec et glacial de février est maître des lieux. Après une heure de garde nous parcourons quelques artères de la ville à la recherche d’autres «pensionnaires» de ce genre. Heureusement, nous ne trouverons pas d’autres femmes dormant à la belle étoile. De retour au parking du gouvernorat vers 3 heures du matin, nous constatons le sommeil perturbé des pensionnaires. Les femmes dormant sans moustiquaire se débattent longuement contre les bestioles. Dès 5 heures, les plus matinales se sont levées. Leurs toilettes se limitent à laver le visage. Certaines sacrifient à la prière du matin. C’est la fin de notre intrusion nocturne.  Le jour venu, les plus âgées et les moins vaillantes sillonnent les artères de la capitale pour faire la manche. Elles font parfois irruption dans les services et maquis à la recherche de généreux donateurs. Sont de ce lot, Suzanne Nikéma, la vieille Ramata Ouédraogo et Salamata Sondo. Larba Koidima et sa fillette  Samira Guingané qui n’a pas encore bouclé ses deux ans, débutent chaque matin, leur périple aux feus tricolores de la BCEAO. Quant aux plus jeunes, elles vendent leur force de travail en lavant des habits au bord d’un puits sur le site du projet ZACA, au quartier Koulouba. Il arrive souvent qu’elles se rendent dans les concessions pour une lessive payante. Tel se résume le quotidien de ces femmes, sans domicile fixe, âgées de 28 à 69 ans depuis plus de deux ans.  Déjà, la nuit du 9 février 2016, elles étaient 14 femmes à squatter le parking du gouvernorat. A leur côté, 9 enfants dont deux nourrissons. Ce chiffre est à revoir à la hausse car, en plus du bébé d’Evelyne Kaboré, né le 17 février, aux environs de 4 heures du matin à la maternité de Samandin, une autre femme, Ramata, a accouché d’un garçon dans la matinée du 22 février à la maternité Pogbi. Bébés et mamans ont rejoint très vite leur parking et vont tous bien. Ces deux bébés sans noms viennent grossir le nombre des enfants n’ayant pas d’acte de naissance au Burkina Faso. 
 
Mariam OUEDRAOGO
mesmira14@gmail.com

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2016.03.10

Plusieurs élèves interpellés pour viol

FADA/DIAPAGA : Plusieurs élèves interpellés pour viol 

 

C’est le printemps des viols en milieu scolaire dans la région de l’Est. En effet, les élèves du Lycée Untaani de Diapaga (LUD) et des autres lycées privés de la même province ont débrayé dans la matinée du 7 mars 2016 pour exiger la libération de leur camarade présumé violeur incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de ladite ville. Pendant ce temps, à Fada, trois autres élèves de la classe de 3e sont écroués depuis le début de la semaine à la Maison d’arrêt et de correction de Fada pour avoir violé une de leurs camarades de classe. Les élèves du secondaire de Diapaga, chef-lieu de la province de la Tapoa, ont marché sur le palais de justice le 7 mars dernier. Objectif : obtenir la libération de leur camarade incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de Diapaga (MACD) pour séquestration et viol de la fille d’un pandore de ladite localité. Jets de pierres, pneus incendiés, voies d’accès à la ville barricadées, ronds-points assiégés... Bref, c’est par ce spectacle inédit que les manifestants ont exprimé leur ras-le-bol dans toutes les artères de la ville de Diapaga à la veille de la journée commémorative du 8-Mars. Pour les manifestants, il n’est pas question que leur camarade soit détenu à la MACD pour un crime qu’il n’a pas commis. « C’est la fille qui est allée le rejoindre à son domicile et c’est avec son consentement que celui-ci a eu des rapports sexuels avec elle », explique Boundi Tandamba, Délégué général des élèves du lycée Untaani de Diapaga. L’enquête suit son cours pour situer les responsabilités. Mais, à ce qu’on dit, c’est depuis le 5 mars dernier que l’élève, Kanani Lompo en classe de 2nde C, est détenu à la MACD pour séquestration et viol d’une élève de CM2. Les viols en milieu scolaire n’ont pas pignon sur rue à Diapaga seulement. Fada, chef-lieu de la région de l’Est, connaît aussi ce fléau. Trois autres élèves présumés violeurs, dont l’âge est compris entre 15 et 17 ans, sont actuellement détenus à la Maison d’arrêt et de correction de Fada, en attendant le dénouement des enquêtes qui pourraient permettre de mieux situer les responsabilités. Mais, à entendre les populations, l’histoire remonte à février 2016, où les trois élèves, en classe de 3e au «Lycée privé Cœur vaillant» sis au secteur 8 de Fada, auraient violé en pleine nuit une de leurs camarades de classe. Ce jour-là, nous raconte le cousin de la victime qui a requis l’anonymat, les élèves ont attendu le départ de leurs camarades avant de passer à l’acte dans la classe. A tour de rôle, ils sont passés sur la pauvre fille alors que cette dernière s’y trouvait pour étudier. Au début de l’affaire, le père de la victime a voulu résoudre le problème à l’amiable à cause des liens de solidarité existant entre les familles. Peine perdue. Car, la mère de la fille, après s’être rendu compte que sa fillette a été souillée, est allée poser plainte contre les trois présumés bourreaux. Lorsque ces derniers ont été mis aux arrêts par la gendarmerie, leurs parents se sont rendus au domicile de la victime pour forcer ses parents à retirer leur plainte. N’eût été la prompte réaction de la gendarmerie, le pire serait arrivé. Au regard de l’ampleur que prend le phénomène, il est impérieux que les autorités éducatives et les parents d’élèves s’impliquent davantage afin d’éviter que les viols ne gangrènent les lycées, d’où la nécessité d’une campagne de sensibilisation dans les établissements secondaires sur la lutte contre les viols en milieu scolaire. Mamouda TANKOANO

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2016.03.09

Emancipation de la femme : Apprendre de l’expérience de la femme la plus honorée au Burkina Faso et mieux exploiter son histoire

L’année dernière, dans mon article « Le Yennengisme : L’héritage de l’émancipation de la femme burkinabè » j’ai défendu la pertinence et l’efficacité que l’histoire de la princesse Yennenga peut fournir pour l’émancipation de la femme burkinabè et africaine. Je vais plus loin cette fois-ci en encourageant une exploitation de l’histoire de Yennenga plus entière, plus favorable et plus honorable à la femme burkinabè. De Nedega jusqu’à l’étalon de Yennenga, l’histoire de Yennenga est une mine d’or pour l’émancipation de la femme burkinabè et africaine.

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Braquer nos projecteurs sur les victoires de la princesse Yennenga ou sur quelques aspects ou parties pathétiques de l’histoire de Yennenga n’est pas la façon la plus efficiente de faire bénéficier la femme burkinabè et africaine de l’expérience unique et riche de la femme la plus honorée au Burkina Faso et même vénérée par beaucoup. Une exploitation plus entière et plus favorable à la femme et la fille devrait prendre en compte certains atouts de l’histoire de Yennenga, à savoir :

Je suis Nedega ! Je suis un coutumier et un père Nedega ! Je fourni l’amour, l’éducation, la formation, la présence, l’encouragement et la protection utile pour la réussite de la fille et de la femme. J’ai vu la fille et la femme africaine en action ; je sais de quoi elles sont capables à égalité des chances.

Nedega est l’ami de la fille et de la femme. Il a peut-être créé « un prince » et « un roi » accidentellement en la personne de Yennenga puisqu’il a semble-t-il accordé à Yennenga des avantages qu’il réservait pour le fils qu’il voulait avoir, mais ses actions restent exemplaires et très louables. C’est lui qui a mis Yennenga en selle et sur les champs de bataille et l’a protégée dans une société traditionnelle africaine ancienne oừ les rôles étaient divisés selon le sexe. Sportivement parlant, c’était lui le douzième joueur, l’entraineur, l’arbitre et la fédération dans l’histoire. Il est donc la personne la plus influente dans la vie de Yennenga ; le rocher de Yennenga.

Nedega est un exemple purement africain et un modèle à suivre pour tous les hommes en Afrique et ailleurs quelques soient leurs domaines d’activité. Il était en avance par rapport à son temps, surtout pour un chef coutumier. Même si la révolution féminine que lui et Yennenga ont montrée n’a pas été répandue dans son royaume et dans l’Afrique entière, nous savons de nos jours la valeur capitale des actes qu’ils ont posés ensemble. Nedega était même en avance par rapport à notre temps ; nos leaders actuels ne sont pas encore parvenus à produire des femmes officiers généraux dans leurs armées.

Je suis Yennenga ! Je ne suis pas une citoyenne de deuxième classe ou un sexe inferieur. Je résiste au sexisme et aux discriminations et je poursuis mes rêves jusqu’au bout. Je protège les animaux et l’environnement et je me bats pour l’honneur de mon pays.

La société et l’homme doivent beaucoup à la femme certes, mais la femme a aussi un rôle très important à jouer dans sa propre émancipation. Même avec la protection de son père, Yennenga a du faire ménage avec le poids des regards et des interrogations de la société africaine de l’époque sur l’expérience progressiste qu’elle vivait. Elle a même peut être subit des pressions sexistes, même dans la cours royale de son père. Mais elle a bravé toutes les pressions pour produire des résultats qui étaient au-delà des attentes de sa communauté pour une fille et une femme. Elle a même vraisemblablement échappé au mariage de convenance ou mariage arrangé en allant à la rencontre de Rialé. En matière d’émancipation de la femme, elle a tout gagné dans l’histoire de Yennenga ; elle a gagné tous les combats. Les femmes peuvent s’inspirer d’elle pour l’emancipation de la femme et faire de l’histoire de Yennenga leur histoire. Elles peuvent également unir leurs forces contre le sexisme et toutes les discriminations.

Je suis Etalon du Burkina Faso ! Je l’étalon de la femme ! Je suis combatif et je partage les combats de la femme et de la fille burkinabè ainsi que ceux de la nation. Je protège les animaux et l’environnement.

L’étalon a été un compagnon loyal et a partagé les combats et les exploits de Yennenga. Il est un patrimoine national pour la femme et la fille burkinabè.

Je suis utilisateur de l’histoire de Yennenga ! Je suis promoteur de la fille et de la femme ! Les utilisateurs de l’histoire de Yennenga sont nombreux. Les utilisateurs les plus connus de l’image de Yennenga et de son étalon sont entre autres le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO), l’Association Sportive du Faso-Yennenga (ASFA-Yennenga), les artisans, des associations, l’état et nos fédérations sportives à travers les noms de nos équipes nationales et l’appellation de nos joueurs Etalons. Ce n’est nullement l’intention ici de traduire qui que ce soit en justice ou de décourager une quelconque utilisation masculine de l’histoire, mais il faut reconnaitre que en plus d’être des milieux très majoritairement masculins, beaucoup d’utilisateurs ne se sentent pas interpeler à soutenir explicitement la femme et la fille burkinabè. De telles exploitations même si elles sont nationales, sont comme si on exploitait une mine d’or dans une région pour l’intérêt national sans investir une partie des recettes de l’exploitation directement dans la région d’exploitation. Cela est surtout injuste pour la femme étant donne le nombre largement plus élevé d’héros nationaux masculins dont nous disposons. La femme est perdante dans ce type d’exploitation et de partage de l’histoire. Nous devons encourager tous les utilisateurs de l’histoire de Yennenga à être des utilisateurs amis de la femme et de la fille burkinabè.

A égalité des chances, la fille et la femme Burkinabè produisent des résultats attendus « d’un prince » et « d’un roi » ! L’égalité des sexes et des chances a été capitale dans les succès de Yennenga. Bien qu’étant une fille, Yennenga a bénéficié d’une formation et des avantages qui étaient réservés aux garçons du village, et même aux princes. Comme dit l’histoire, le père de Yennenga l’a élevé comme un garçon. Son père lui a également donné la chance de chevaucher et de combattre avec ses hommes. Yennenga était combative certes, mais les chances que lui ont offert son père ont réellement été la clé du succès pour Yennenga. Nous pouvons promouvoir l’exemple de Nedega auprès de nos populations pour que nous donnions également aux filles et aux femmes burkinabè les chances de produire des résultats attendus « d’un prince » ou « d’un roi ».

Hommage militaire pour la femme ! Yennenga n’est pas la seule grande guerrière, général ou chef de guerre dans notre histoire à ne pas bénéficier d’hommage militaire au Burkina Faso. Plusieurs camps militaires sont érigés dans les anciens territoires des plus grands guerriers de notre histoire, tel que Diaba Lompo, Yendabri, Naba Kango, les Mogho Nabas, etc. sans porter leurs noms. En tant que la seule femme militaire de son rang dans notre histoire et même présentement, un hommage militaire a Yennenga serait totalement approprié ; plus qu’un hommage pour la femme burkinabè et africaine dans l’un des domaines les plus masculins de notre société et dans le monde, ce serait une justice pour la femme burkinabè et africaine. Ce serait aussi un hommage à la femme rurale.

Exploitation de l’histoire de Yennenga dans l’éducation : Yennenga a suffisamment démontré une grande force de caractère et un leadership féminin, que l’on ne doit pas l’utiliser dans les métiers manuels, cinématographiques, sportifs ou culturels seulement. Ces industries n’ont pas le monopole du caractère et du leadership féminin. Si nos écoles sont ou doivent être également des temples de construction de caractère et de leadership en plus du savoir, le nom de Yennenga mérite d’être donné à une des grandes écoles de la capitale politique ou économique de notre pays. Nous avons pourtant eu des chances avec les grands établissements féminins que nous avons eu tels que le Lycée National des Jeunes Filles aujourd’hui Lycée Nelson Mandela et plein d’autres internats féminins. Mais il n’est jamais tard de montrer à toutes nos filles quels pas nous voulons qu’elles emboitent et d’inviter notre histoire et notre culture dans nos plus grands centres d’enseignement de formation.

Nous pouvons également avec l’aide de nos coutumiers, éducateurs, professionnels de l’éducation et associations des parents d’élèves voir dans quelle mesure on peut utiliser l’histoire de Yennenga dans nos écoles pour soutenir nos valeurs et objectifs contemporains au lieu de nous contenter d’enseigner littéralement l’histoire de Yennenga aux enfants du primaire sans quitter les lignes des livres d’histoire.

Considérations économiques : Le nom de Yennenga a déjà une valeur économique importante au Burkina Faso. « L’industrie Yennenga » emploie des milliers de personnes au Burkina Faso et nourris des milliers de familles dans des domaines aussi variés que l’art, l’artisanat, la culture et le sport. Seul le président Thomas Sankara génère des activités économiques comparables et même plus ; Sankara étant une référence qui dépasse nos frontières et même celles de l’Afrique.

En plus des énormes conséquences économiques qui sont généralement attribuées à l’émancipation de la femme, l’exploitation de l’histoire de Yennenga pour l’émancipation de la femme ajoute une nouvelle dimension à l’exploitation de l’histoire de Yennenga qui est favorable à une plus grande exploitation de l’histoire et même à une exploitation internationale ; et partant à une plus grande reconnaissance mondiale de l’histoire. Cela pourrait stimuler les activités économiques autour de l’histoire de Yennenga, la consommation nationale et la consommation féminine de l’histoire et de ses produits dérivés, et même le tourisme féminin. Des efforts appliqués de spécialisation du Burkina Faso dans l’émancipation de la femme placeront le Burkina Faso dans une bonne position en Afrique Sud Saharienne pour bénéficier de la solidarité mondiale grandissante pour l’émancipation de la femme.

En conclusion, nous n’avons pas d’histoire avec le niveau de pertinence et de capital social et économique de l’histoire de Yennenga dans le domaine de l’emancipation de la femme. La popularité, l’authenticité, l’originalité africaine et le cachet royal de l’histoire de Yennenga sont tous des atouts importants que possède l’histoire et qui peuvent servir efficacement à promouvoir, notre pays et la condition féminine au Burkina Faso et en Afrique.

La présence d’une héroïne, la princesse Yennenga, parmi nos héros nationaux est un cadeau rare du ciel pour notre nation et pour la femme burkinabè et africaine. Son exploitation actuelle rapporte déjà beaucoup à notre pays en termes d’emplois et de fierté nationale. Donner un nouvel air et une nouvelle dimension à l’histoire à travers une exploitation générale plus favorable à la femme est non seulement très efficace pour l’émancipation de la femme, mais permet également d’accroitre la reconnaissance mondiale de l’histoire et les activités économiques autour de l’histoire de Yennenga.

Par Etienne Yonly
De la Diaspora Burkinabè de la Région de Washington, DC - USA

 

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Rôle de la chefferie dans le processus démocratique au Burkina Faso

Dans le village tout le monde connaît le nom de la vieille mais personne n’ose dire le nom de la vieille, parce que prononcer son nom serait un sacrilège. Dans les propos qui vont suivre, je vais donner un coup de pied dans la fourmilière. Mon objectif est de contribuer à jeter les bases d’une réflexion intellectuelle sur la place et le rôle des institutions coutumières dans un Etat qui cherche encore ses marques vers une véritable démocratie plus d’un demi-siècle après son indépendance. Deux problèmes seront discutés dans cet article : d’une part, le constat de la situation dans une perspective historique, d’autre part, les conséquences du comportement opportuniste des politiciens.

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I-Le constat d’une situation

Depuis un certain temps on constate le retour en force de la chefferie coutumière dans l’arène politique nationale. On en veut pour preuve qu’à chaque meeting d’un parti politique, le nombre de bonnets rouges qui trônent aux premiers rangs ; et les médias (télévisions) se font le devoir ou le grand plaisir de les montrer en premier lieu et en gros plan. En fait, ce retour en force du pouvoir coutumier n’est pas nouveau. Il convient ici de faire quelques rappels historiques avant d’examiner les raisons de ce retour.

1.1. Qu’est-ce que la chefferie traditionnelle ?

La chefferie traditionnelle est une institution qui émane des sociétés politiques et des Etats qui existaient en Afrique avant la conquête coloniale. Le terme « traditionnel » a d’abord été utilisé par le colonisateur pour distinguer l’administration coloniale de ces royautés considérées comme dépassées et archaïques. Elle fut appelée par les mouvements des étudiants de façon impropre de féodalité en référence au Moyen Age européen. Profondément transformée par la colonisation, la chefferie traditionnelle a par la suite cherché à se positionner dans l’Etat postcolonial, désormais dirigé par une élite intellectuelle dite moderne.

Dans la majorité des Etats postcoloniaux, la chefferie traditionnelle est intégrée, mais également contrôlée. Par ailleurs, dans certains Etats, elle a purement et simplement été supprimée (cas de la Guinée en 1957 et du Sénégal en 1960). Mais du fait du poids des traditions et de leur influence morale sur les populations, la chefferie traditionnelle continue à jouer un rôle politique non négligeable de nos jours dans la majorité des Etats africains, notamment en tant qu’instance de pouvoir de proximité dans les zones dites rurales (Nach Mback 2000).

Finalement, j’emprunte à Jean Baptiste OUEDRAOGO (2011) la présente définition qui dit « nous entendons par chefferies traditionnelles, les autorités coutumières et religieuses traditionnelles, c’est-à-dire les chefs de villages, de cantons ou royaumes et les chefs de terres ou tous responsables coutumiers reconnus comme tels qui, en raison de leur statut social particulier, exercent une certaine emprise sur les populations placées sous leur autorité, et par conséquent, pèsent lourdement sur les prises de décisions d’importance, notamment celles engageant la vie de la société ». Cette définition, me permet de faire quelques rappels historiques.

1.2. Rappels historiques

Le pouvoir colonial dans sa quête de légitimité et de soumission des « indigènes » sous sa domination a eu recours au pouvoir traditionnel et ceci dans le cadre du recrutement de soldats pour les guerres coloniales, pour les cultures de rente (coton, arachide), mais aussi pour imposer et lever l’impôt de capitation. C’est aussi par l’intermédiaire de ces chefs que les travaux forcés (portage jusqu’aux ports, travaux de construction du chemin de fer Abidjan-Niger, construction de routes pour l’évacuation des produits de rente, etc.) étaient organisés à travers le recrutement des forces vives dans les villages. Mais, les chefs qui refusaient de collaborer, et il y en a eu, ont souvent été destitués au profit de chefs plus dociles.

Pour l’histoire de la Haute-Volta, certains chefs comme le Mogho-Naba Kom et son fils Saga II ont eu à jouer un rôle important dans la réunification du pays en 1947, jadis partagé entre la Côte d’ivoire, le Mali et le Niger à partir de 1932. A cet effet, le Mogho-Naba Saga II créa un parti politique dénommé Union pour la Défense des Intérêts voltaïques (UDIV). La création de ce parti n’était pas dénuée de toute ambition politique. En effet, le 17 octobre 1958, dans l’intention de proclamer une monarchie constitutionnelle, le fils du Mogho-Naba Saga II, le Mogho-Naba Kougri tente un coup d’Etat en envahissant avec près de 300 cavaliers l’Assemblée nationale où les députés se réunissaient. Cette tentative échouera définitivement le 20 octobre 1958. Maurice YAMEOGO qui devient le premier Président, proclame la République le 11 décembre 1958 et pour éviter toute nouvelle velléité du Mogho-Naba et une confrontation directe avec ce dernier, pris un décret le 8 juin 1962 supprimant la rémunération des chefs traditionnels et interdit leur remplacement en cas de décès ou de révocation. Deux ans plus tard, en 1964, un autre décret instituait l’élection des chefs de village au suffrage universel direct par les habitants d’une même localité inscrits sur des listes électorales, avec la possibilité pour chaque électeur d’être éligible. C’est dans cet affrontement de plus en plu ouvert que le député-roi de Boussouma avait résumé le conflit entre les deux pouvoirs en déclarant au Président Yaméogo : « Nous, on était toujours imbus de ce que nous étions. Tu es le président. On te respecte, mais tu n’es pas autre chose ». En d’autres termes, son pouvoir est un pouvoir octroyé par les blancs sans aucune légitimité à leurs yeux.

Cette décision de Maurice YAMEOGO, marquait le début de l’extinction progressive de la monarchie. Telle était la situation jusqu’au soulèvement populaire du 3 janvier 1966 qui le renversa.

Après le 3 janvier 1966 qui a vu l’avènement du Colonel Sangoulé LAMIZANA, la chefferie fut réhabilitée sans toutefois jouer un rôle fondamental. Avec la Révolution du 4 août 1984, la chefferie fut dénoncée comme réactionnaire et oppresseur du peuple. Elle fut malmenée par les CDR. Il faudra attendre le coup d’Etat de Blaise COMPAORE le 15 octobre 1987 pour voir une véritable réhabilitation du pouvoir coutumier. Ce fut un retour en force de la chefferie traditionnelle. En fait, cette chefferie sera avec l’armée et la corruption les trois piliers de la gouvernance du régime du capitaine Blaise COMPAORE qui lui ont permis de se maintenir au pouvoir pendant 27 ans. Sous la Transition, ce fut un véritable scandale, tour à tour, on a vu le premier Ministre Zida, le général Kwamé LOUGUE, le putschiste Diendéré, les candidats aux élections présidentielles, défiler au Palais du Mogho-Naba, qui, pour se mettre sous sa protection, qui, pour demander des bénédictions pour réussir dans sa mission, d’être élu ou pour que les élections se déroulent dans la paix. On a cru à un moment donné que la République n’existait plus et que le pouvoir central s’était déplacé de Kosyam au Palais de l’Empereur des Moosé, rendant caduque l’existence de l’Etat burkinabè et de ses institutions. Pourquoi un tel comportement des politiques ?

1.3. Raisons de ce glissement vers la monarchie

Je pense que dans l’histoire moderne du pays, sous la Transition, jamais l’existence de la République n’a été aussi menacée dans ses fondements. Je ne sais pas si le peuple avait pris conscience de cet état de fait. Quoi qu’il en soit peu ou pas d’intellectuels n’ont réagi à travers un quelconque écrit (sauf les internautes récemment). Tout se passait comme si la scène qui se déroulait devant nous était normale. Mais pourquoi un tel glissement ? La raison était simple, l’existence d’un contre-pouvoir incarné par le Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) et le manque d’autorité de l’Etat expliquent cet état de fait.

a) Le contre-pouvoir

Blaise COMPAORE avait créé un monstre, le RSP qui a failli l’emporter lui-même en 2011. Tout se passait comme s’il y avait un Etat dans l’Etat. Dans une telle situation, toute menace du RSP avec à sa tête le célèbre général Diendéré, n’avait pas de répondant. L’armée elle-même avec son Chef d’Etat-major ne pouvait faire le contre poids dans la mesure où elle disposait des armes mais sans munitions. Les Organisations de la Société Civile (OSC) qui formaient un conglomérat d’organisations n’offraient pas de garantie de sécurité à des personnes en rupture de banc éventuel avec les autorités du moment. Mêmes les partis politiques ne pouvaient constituer des voies de recours en cas de menaces. De toutes les façons, ces partis étaient trop préoccupés d’arriver rapidement à Kosyam ; et de ce fait, ils avaient des attitudes opportunistes consistant à ménager la chèvre et le chou. Alors, quel lieu pour se réfugier ? Chez le Médiateur du Faso ? Chez le Cardinal ? Chez le Grand Imam ? Ah ! Chez l’ancien Président Jean Baptiste OUEDRAOGO, médiateur infatigable, militaire comme les hommes du RSP ? Nullement. Si le 3 janvier 1966, tel leader politique était caché chez le Cardinal, tel autre dans son laboratoire ; durant la Transition, les hommes politiques ont fait de nouvelles découvertes, le Palais du Mogho Naba, là où même le militaire avec sa Kalachnikov sait que les lois divines peuvent découvrir ses intentions. Il s’est posé bien là un problème d’éthique.

Ainsi qu’on le voit, l’incapacité des hommes politiques et les contradictions qui ont surgi entre eux, ont placé le Mogho-Naba au centre de la gestion du pouvoir d’Etat malgré lui. Heureusement qu’il a su faire preuve de sagesse et de diplomatie jusque-là. Mais, n’est-on pas en train de réveiller les vieux démons d’un pouvoir monarchique avec l’affaiblissement de l’Etat républicain ? On a coutume de dire que l’appétit vient en mangeant, je dirai que le goût du pouvoir vient quand on est trop sollicité.

b) L’autorité de l’Etat,

De quel Etat tu parles ? Il y a longtemps que sous le régime de Blaise Compaoré l’Etat a fait place à un réseau de mafieux, caractérisé par la corruption. Cette corruption qui s’est développée avec la bénédiction de grands intellectuels, a gangréné le pouvoir d’Etat et avec lui, les institutions qui sont entrées en putréfaction, non disons en dépérissement. Sans exagérer, j’ai eu l’impression qu’on était désormais dans une jungle. Tenez ! des postes de police qu’on brûle, des maternités sont saccagées pour la faute d’une sage-femme , le conducteur de voiture qui fait un accident avec une mobylette est obligé de prendre ses jambes à son cou avant que la foule déchainée ne rende la justice du « pauvre ». Les mobylettes occupent la chaussée des voitures « parce qu’on est tous des citoyens burkinabè ». Quelle société on nous a laissé après 27 ans de règne d’un homme « irremplaçable » ?

La justice n’existe plus, les fonctionnaires partent au service quand ils veulent, le directeur est obligé de coopérer avec ses subordonnés pour sauvegarder son poste, car eux ils sont les hommes du ministre. Mêmes les clubs de football sont gangrenés. L’Etat, c’est la famille, c’est le cercle d’amis. Des taxes de toutes sortes sont instituées au nom du « Prince » comme au bon vieux temps

Que reste-t-il ? Ces politiciens véreux se souviennent qu’il y a encore des institutions qui demeurent intactes avec leur autorité, et sont de celles-là, la chefferie traditionnelle et le pouvoir religieux. Voilà pourquoi, après avoir détruit l’Etat, les politiciens se rabattent sur ces deux pouvoirs qu’ils risquent d’entrainer dans leur mégalomanie.

c) Les raisons de l’implication du pouvoir traditionnel

Historiquement, on a vu les ambitions de cette chefferie et aussi comment le pouvoir colonial l’a utilisée pour assoir sa domination. Dans le même esprit, le pouvoir de Blaise COMPAORE en mal de légitimité et pour assoir sa base politique va s’appuyer, suivez mon regard grâce à ses « conseillers » occultes, sur cette chefferie traditionnelle. Cette situation a été favorisée d’une part, par la pauvreté de certains chefs traditionnels, qui, face aux réalités de la vie, étaient obligés de prendre la carte du CDP ou tout simplement qu’ils étaient installés par le parti, créant des conflits de succession dans les familles (situations conflictuelles déjà observées à l’époque coloniale) ; d’autre part, par l’arrivée progressive d’intellectuels retraités ou non comme chefs dans leur village, et qui à tort ou à raison, se sont jetés dans la politique sans être nécessairement CDP.

Quoi qu’il en soit, si le retour en force de la chefferie traditionnelle a longtemps profité à son animateur Blaise ; il a aussi contribué à la division dans les familles et dans les villages (souvent deux chefs dans le même village), sapant les bases de toute cohésion sociale. En effet, le chef politicien ne représente plus toute une communauté, une société, mais un parti politique, de sorte que ses sujets ne se reconnaissent plus en lui. Quelle mobilisation peut-il faire pour développer désormais sa communauté ? Quelle médiation peut-il faire entre ses sujets en conflit ? Et quelle autorité morale un tel chef peut représenter ? Car comme dit Ouédraogo (2011) « Les chefs traditionnels sont des repaires sociaux et garants des valeurs humaines fondamentales. Ils constituent donc des références privilégiées aussi bien pour la société elle-même qui les reconnaît comme telles que pour les pouvoirs publics ». Cela me conduit à examiner les conséquences qui peuvent en résulter.

II-Conséquences de la situation

J’examinerai successivement les conséquences pour l’avenir de l’Etat-nation, la cohésion sociale et les dérives des politiques.

2.1.L’avenir de l’Etat-nation

Les chefs traditionnels représentent en effet le pouvoir de proximité qui prévaut dans le milieu rural depuis des siècles et ceci avant qu’on ne parle d’une nation voltaïque ou burkinabè. C’est dire que chaque communauté, de l’est à l’ouest, du nord au sud avait ses traditions et en fonction de l’état de développement des forces productives s’organisait sous forme de royaume, de confédération, de communauté sans pouvoir hiérarchique, de chefs de terre, etc. Dans certaines régions comme l’ouest et le sud-ouest, il n’existait pas de forme d’organisation hiérarchique comme chez les Mossis ou les Gourmantchés. Mêmes dans les régions où la chefferie était fortement implantée avant l’arrivée du colonisateur, son importance n’était pas uniforme, mais dépendait plutôt des traditions de chaque région. Aujourd’hui, on observe ces survivances dans les diverses communautés, et donc évitons de prendre le roi des moosé comme représentant l’ensemble des chefs traditionnels (à moins qu’il ait été désigné comme tel, autant pour moi si tel est le cas) du Burkina ou le pouvoir supérieur de la Nation. Sinon, nous pouvons mettre en péril l’Etat-Nation.

Afin de légitimité par le droit moderne cette chefferie, la Constitution burkinabè de 1991 reconnait dans son préambule « la chefferie coutumière et traditionnelle en tant qu’autorité morale, dépositaire des coutumes et des traditions dans notre société ». Toutefois, il faut rappeler que cette reconnaissance constitutionnelle a été ajoutée par la loi du 11 juin 2012. C’est un additif à la Constitution. Question, pourquoi cet additif ? Quelles étaient les intentions du législateur et notamment du gouvernement de la IVème République en insérant dans la Constitution cet additif ?

Au regard de la complexité du sujet, c’est à juste titre que l’African National Congress (ANC) de Nelson MANDELA sur la question du partage du pouvoir pour la construction de la nouvelle Afrique du Sud post apartheid s’interrogeait « que faire de la chefferie traditionnelle en Afrique du Sud ? ». De nombreux débats ont eu lieu entre les différentes composantes de la société, et finalement il a été retenu d’accorder une place à cette chefferie ; et le gouvernement a su faire progresser la démocratie, en « dé-féodalisant » les zones rurales tout en gardant des caractéristiques de la culture africaine noire. L’Etat devra s’assurer du respect de la coutume et éviter d’enfreindre à la règle tout en gardant la place de l’Etat central associée à une omniprésence de la démocratie dans toutes les sphères du gouvernement dans un esprit de stabilité et de cohésion sociale.

2.2.La cohésion sociale et l’incidence sur le pouvoir coutumier

Selon Abdoul Azizou GARBA (2009) que je résume. Au Niger, des années 1990 à nos jours, le statut de la chefferie a connu plusieurs évolutions. Avec la décentralisation, les chefs sont devenus des conseillers municipaux de droit. C’est une façon de les intégrer dans la gestion des communes et d’harmoniser leurs fonctions de conciliation dans un contexte nouveau. Cependant, pour une question de neutralité, il est interdit à la chefferie de faire la politique. Le chef traditionnel est normalement le chef de toute sa communauté et c’est pour cette raison qu’il doit s’éloigner de toute situation qui l’amènerait à choisir un camp. A priori, la chefferie paraît donc à l’abri de toute manipulation, corruption ou instrumentalisation par la politique et le politique. Mais cette situation ne va pas durer longtemps puisque sous le président Tandja, de nombreux chefs avaient soutenu le « Tazarcé », terme Haoussa signifiant la continuité (ou révision de la Constitution) ; une des conséquences a été que le palais royal du chef de Dosso a été saccagé et incendié par les anti-tazarcé. Récemment, au Burkina Faso, avec le projet de révision de l’article 37, les chefs coutumiers affiliés au CDP et à l’ADF/RDA, n’étaient pas loin de voir leur palais réduit en cendres les 30 et 31 octobre 2014, n’eut été quelquefois les interventions de certains sages dans les villages. De tels actes auraient constitué des précédents aux conséquences incalculables pour les communautés villageoises respectueuses de la tradition et des valeurs ancestrales.

Qu’il s’agisse du Chef de Dosso ou de certains chefs au Burkina Faso, leur pouvoir s’est trouvé amoindri et le respect que les communautés villageoises leur vouaient s’est effrité. Le rôle de tampon, de garant de la stabilité sociale dans le royaume, ainsi que le respect que les politiques leur devaient se sont estompés.

L’exemple du Ghana voisin est celui qui semble avoir influencé le plus le débat au sein de la classe politique et de la société civile burkinabè. En effet, en décidant de donner une place constitutionnelle à la chefferie coutumière par la création d’une « Chambre des Chefs », le président Rawlings a su responsabiliser cette force sociale pour assurer la stabilité du régime démocratique au Ghana ; en même temps que cela a permis une fois pour toutes de déconnecter formellement la chefferie coutumière du jeu politique partisan. On remarquera à ce propos comment le Président John KUFFUOR a su user de ce pouvoir social pour endiguer toute vélléité de remise en cause par son propre camp de l’élection transparente de son successeur Atta Mills.

2.3.Les dérives des politiques au Burkina

Du Premier Ministre Zida en passant par le Général Kwamé LOUGUE sans oublier l’autre Général putschiste, tous sont partis faire allégeance au Moro-Naba sous la Transition, traduisant par-là que le véritable détenteur du pouvoir était l’Empereur des Mossis. Imaginons que le général Diendéré n’eut pas été exfiltré, et que la foule eut pris d’assaut cette nuit du 21 septembre 2015 le Palais et saccageait tout ? Que ce serait-il passé par la suite pour toute une communauté pour qui l’Empereur est sacré ? Le responsable ne serait pas a priori le Mogho Naba, mais bel et bien ces militaro-politiciens. Mais, penchons-nous sur le cas de Kwamé Lougué à qui la foule demande de prendre le pouvoir, au lieu d’aller à la RTB ou à au palais de Kosyam pour faire sa déclaration, il part chez le Mogho Naba pour demander conseils et bénédictions. Ah ! quel général ? L’autre général (Diendéré) fait tuer des gens et va aussi demander conseil et bénédictions à l’empereur des Moosé comme si c’était ce dernier qui l’avait envoyé perpétré son coup d’Etat et ses crimes. Vous voyez l’amalgame qu’une foule en colère serait capable de faire ?

Je pensais qu’avec les élections démocratiques qui se sont déroulées, les nouvelles autorités auraient eu plus de recul et de maturité politique, mais force est de constater qu’elles ne font pas mieux que la Transition, puisque le 30 janvier, le Ministre de la Culture Tahirou BARRY en visite chez le Mogho Naba déclarait que c’est son devoir de venir se présenter à sa majesté pour « recueillir » ses précieux conseils et surtout ses bénédictions. Plus loin, il poursuivait, « Le Mogho Naba est un digne dépositaire des valeurs traditionnelles et culturelles de notre pays, j’ai estimé que ses précieuses recommandations, ses conseils et bénédictions étaient nécessaires pour nous permettre de réussir la noble mission qui nous a été confiée ». Dans la même recherche des bénédictions, et comme un Tahirou peut en cacher un autre, le Ministre des sports, Bangré est allé aussi le même jour demandé des conseils et des bénédictions à sa Majesté (tous ces propos sont rapportés par par Tiga Cheick Sawadogo de « lefaso.net » du 30 janvier 2016). Quelques jours plus tard, en réponse probablement aux visites fréquentes chez le Mogho Naba qui est le Naba des Moosés seulement, c’était au tour du ministre Nestor BASSIERE de rendre visite au Chef suprême des Bobo Mandarè pour solliciter ses bénédictions et montrer que les Bobo aussi ont leur Naba. Interrogé par la presse, il dira en substance au Chef : « Je suis venu vous dire que j’ai été nommé à la tête du département de l’environnement. Avant d’entreprendre toute action, je suis venu à la source pour demander vos bénédictions pour mener à bien la mission qui m’a été confiée ». Au moment où nous bouclions cet article, le Premier Ministre Paul Kaba ne s’est pas fait prié aussi en emboitant le pas à ses ministres. Il est allé aussi le 19/02/16 demander à l’Empereur des Moosé ses sages conseils et ses bénédictions pour pouvoir mener à bien sa mission. Bientôt on verra le Président de l’Assemblée nationale Salifou DIALLO, le Président du Faso Marc Christian KABORE et bien sûr le ministre d’Etat Simon COMPAORE défiler à la queue leu leu pour recevoir les bénédictions et les sages conseils de l’Empereur de tous les burkinabè.

Face à de telles attitudes, on peut se poser un certain nombre d’interrogations :
1°) le Burkina Faso est-il une République ou une monarchie constitutionnelle ?
2°) qui a remplacé François Compaoré dit « le petit président » pour nommer désormais le premier ministre et le gouvernement actuels : est-ce la Troïka du MPP ? Est-ce le Mogho Naba ? Où est-ce une coalition politico-coutumière ?

Au regard des faits précédents, il est important que l’Assemblée nationale légifère sur cette chefferie coutumière de façon définitive. Tout en prenant en compte les caractéristiques de la société burkinabè et au regard des exemples des pays comme le Ghana, le Niger ou l’Afrique du Sud, il sera possible de définir un cadre juridique et veiller à son strict respect. Dans un premier temps, il faudra donner l’opportunité aux chefs traditionnels de mener une réflexion approfondie sur leur statut et leur rôle dans la cité et en politique. Ce rapport sera transmis à l’Assemblée nationale qui analysera les résultats de ces réflexions et qui pourra au besoin commanditer d’autres réflexions complémentaires avant de légiférer. De mon point de vue, il doit ressortir clairement dans les textes, l’interdiction formelle à tout chef coutumier de faire de la politique, donc de briguer un mandat politique (député, ministre, conseiller municipal, etc.). Je ne partage pas le point de vue de Ouédraogo (2011), lorsqu’il dit « Un chef traditionnel peut être un homme politique au sens moderne du terme, c’est-à-dire qu’il peut briguer un mandat électif car il conserve sa qualité de citoyen à part entière, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres citoyens. La qualité de chef traditionnel et celle de représentant élu peuvent en effet être assumés par une seule et même personne ». Je pense que là, Ouédraogo rentre en contradiction avec lui-même, car dans sa communication que je trouve pertinente, dans la conclusion, il s’inquiète et s’interroge « Comment les chefferies traditionnelles en tant qu’institutions coutumières pourront-elles conserver leur autonomie et leur indépendance dans un engagement politique trop prononcé des chefs traditionnels au nom de la démocratie ? »

Auparavant, il avait donné plus loin une réponse en ces termes parlant des élections : « La pression électorale exercée sur les populations par l’intermédiaire des chefferies traditionnelles est encore si forte qu’elle entrave le libre choix démocratique ». A mon avis, les chefs traditionnels tiennent leurs pouvoirs de la tradition et des coutumes, dans les limites de l’administration moderne. De ce fait, le chef traditionnel peut supplier à l’administration centrale dans le village pour un certain nombre de tâches. En tant que tel, il doit pouvoir bénéficier d’une rémunération. De son côté, l’administration doit éviter avec les partis politiques de s’ingérer dans la désignation de ces chefs coutumiers. Elle doit veiller au strict respect de la coutume. Le chef traditionnel doit choisir entre son pouvoir de chef, représentant une communauté, et ses ambitions politiques qui l’éloignent de sa représentation communautaire.

Par Taladidia THIOMBIANO, professeur à la retraite

Bibliographie :
DJIJKEMA Clarke : Partage du pouvoir : que faire de la chefferie traditionnelle en Afrique du Sud ? Site Irénées.net, octobre 2005, Grenoble
GARBA Abdoul Azizou : Le « Tazarcé » et la chefferie traditionnelle : la complicité invisible – CETRI du 10/12/09
KINDO Bassiratou : Bobo-Dioulasso : Nestor Bassière a rendu visite au chef Bobo mandarè, in Lefaso.net du Ier/02/16
MBACK Nach (2000) : cité par Garba dans le Tazarcé et la chefferie traditionnelle
OEDRAOGO Jean Baptiste (2011) : Rôle et place de la chefferie traditionnelle dans la démocratie. Communications au Conseil Consultatif sur les Réformes Politiques, séance du 25 juin 2011
SAWADOGO Tiga Cheick : Le ministre de la culture, Tahirou Barry était chez le Mogho Naba, in Lefaso.net du 30/01/16
SYLMpeddia : Le coup d’état monarchiste de 1958 en Haute-Volta

 

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