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2016.12.20

Lutte contre la pratique des Mutilations génitales féminines à Damesma : Des journalistes au contact de la réalité

Le secrétariat permanant du Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision de concert avec le Fonds des nations Unies pour la population organise du 14 au 17 décembre 2016, une sortie de terrain avec des hommes de médias dans la région du centre-nord (Kaya). Cette activité s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre des activités du programme conjoint mutilation génitale féminine (MGF) UNFPA-UNICEF.

 
Lutte contre la pratique des Mutilations génitales féminines à Damesma : Des journalistes au contact de la réalité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les objectifs poursuivis par cette sortie sont entre autres de réactiver l’intérêt de l’opinion publique sur les MGF, constater les changements comportementaux face aux MGF dans le Centre-nord. Dans le village de Damesma située à une quinzaine de kilomètres de Kaya, les journalistes ont pu toucher du doigt l’état d’avancement de la lutte contre la pratique de l’excision. Le constat a été encourageant. Après les salutations d’usage, le Nabdogo-Naaba a reconnu que les mutilations constituent une grave violation des droits de l’enfant. En effet, au nom des pesanteurs socioculturelles, elles subissent dans le silence le rituel du rasoir ou le couteau. Les conséquences pour leur santé sont dramatiques.

Il s’agit, selon lui, des douleurs lors des rapports intimes, la fistule de même que des complications lors de l’accouchement. L’hémorragie et la chéloïde ne sont pas en reste. Qu’à cela ne tienne, la pratique des MGF semble être un lointain souvenir à Damesma. « Nous sommes heureux du résultat auquel nous sommes parvenus aujourd’hui », se réjouit M. Ouédraogo qui rassure qu’elle n’est plus pratiquée chez-eux. Mais ce résultat probant, ils les doivent en partie aux acteurs qui œuvrent jour et nuit pour combattre ces traditions néfastes. Au nom des habitants du village et en son nom propre, il leur a adressé ses sincères remerciements.

La conversion des exciseuses

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les journalistes ont également discuté en aparté avec une fille qui a subi l’excision et avec des anciennes exciseuses dont Salimata Santi. Cette ressortissante de raibila-mossé, nous raconte à cœur ouvert le nombre de filles qu’elle a excisées, les leçons tirées, ainsi que de sa reconversion. « J’ai excisé au moins 10 filles », nous a-t-elle dit. Un nombre à prendre avec des pincettes quand on sait qu’elle s’adonne à cette pratique depuis belle lurette. Par ailleurs, elle a assuré avoir appris de ses erreurs. « Au fil des années, j’ai pu constater les conséquences de cette pratique pour la santé des filles. Voilà pourquoi, j’ai décidé de déposer à jamais mon couteau », a-t-elle affirmé avec énergie. Désormais, elle consacre son temps avec neuf autres, à sensibiliser les femmes sur les méfaits de la mutilation génitale féminine.

« Nous avons enregistré six cas de séquelles dont une réparée. Il s’agit d’une fille nouvellement mariée qui est victime d’un accolement prolongé et il n’y a pas de possibilité de rapport sexuel », a de son côté déclaré l’acteur terrain de l’Association pour le développement intégré du Burkina Faso, Issouf Ouédraogo. En effet, cette association intervient depuis plus de quatre ans dans trois communes du Sanmatenga à savoir Kaya, Ziga et Korsimoro. Elle bénéficie de l’appui du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) par le biais de la direction provinciale de l’action sociale. « Nous sommes en train d’aller au terme de la pratique de l’excision et si ça continue comme ça, je crois que ça sera un abandon définitif et durable », a-t-il souligné.

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

Abandon du mariage d’enfants et des mutilations génitales féminines : Les communautés de la province du Yagha s’engagent publiquement

Sebba, chef-lieu de la province du Yagha a été le centre d’une déclaration publique d’abandon du mariage d’enfants et des mutilations génitales féminines/excision (MGF/E), le mercredi 14 décembre 2016. Organisée par l’ONG Mwangaza Action à travers son projet Sukaku, cette cérémonie, présidée par le Préfet du département de Sebba, a connu la participation des différentes communautés.

 
Abandon du mariage d’enfants et des mutilations génitales féminines : Les communautés de la province du Yagha s’engagent publiquement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Après les provinces de l’Oudalan et du Séno, celle du Yagha dans la région du Sahel a connu sa déclaration publique. Des responsables administratifs, religieux et coutumiers se sont mobilisés pour l’occasion. Les communautés des 30 villages de la province ont effectué le déplacement pour sceller le pacte. Le pacte d’abandon des pratiques aux antipodes des droits de l’enfant et de la déclaration universelle des droits de l’homme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Financé par le Fonds des nations unies pour l’enfance (UNICEF), le projet « Construction de consensus social en faveur de l’élimination du mariage d’enfants et de l’excision dans la région du Sahel : Sukaku », a pour objectif de contribuer à la promotion et à la protection des droits de l’enfant. A l’image de Assetou Sow, jeune fille de moins de quinze ans qui a déclamé un poème caricaturant les dangers de cette pratique, le porte-parole des communautés, Hamidou Mahamadou, a condamné ces pratiques. Tout comme l’Imam de la ville de Sebba, Amadou Nouredini, il s’est engagé à lutter pour l’abandon du mariage d’enfants et des MGF/E dans la province du Yagha.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est au nom du bureau de la coordination et de l’ensemble du personnel de l’ONG que Brigitte Yameogo, Chargée de programme pour le projet Sukaku (enfance, en Fulfuldé), a remercié les autorités et les participants à cette cérémonie. Pour elle, plusieurs stratégies sont développées pour atteindre les objectifs du projet. Il s’agit de la mise en place des espaces sûrs pour adolescentes et adolescents, où elles/ils peuvent se réunir périodiquement, échanger et obtenir des soutiens mutuels ou des informations sur diverses thématiques en rapport avec leurs droits.

Il s’agit aussi de faire un plaidoyer à l’endroit des décideurs communautaires (coutumières et religieuses) pour une évolution des normes sociales et pour plus d’actions en faveur de l’abandon du mariage des enfants et des MGF/E. « Le fait de prendre publiquement position est un acte courageux mais aussi responsabilisant », confie la chargée de programme. Parce que dans les villages concernés, la masse critique de personnes atteintes doit travailler afin que l’ensemble de la communauté soit convaincue de cette nécessité d’abandonner le mariage d’enfants et l’excision.

Une baisse de 22,7% en 14 ans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grâce aux multiples actions conjuguées de sensibilisation entreprises depuis plusieurs années par le gouvernement, le Conseil national de lutte contre la pratique de l’excision, la société civile, ainsi que les partenaires au développement, la tendance est à la baisse en ce qui concerne l’excision. De 36% en 1996 chez les filles de 0 à 10 ans, la prévalence a baissé et était à 13,3% en 2010 chez les filles de 0 à 14 ans.

Selon le Préfet du département de Sebba, Félix Ouédraogo, représentant le Haut-commissaire, cette baisse est la preuve que le changement est bien possible et réalisable. Et pour venir à bout de ce fléau, il ne faut pas baisser les bras en se contentant de ces résultats. Pour lui, « nous devons maintenir le cap par le renforcement des actions engagées contre les MGF/E, afin de réaliser dans un avenir proche, la tolérance zéro » lance-t-il aux communautés.

Pour ce qui est du mariage des enfants, le taux national est ahurissant. Environ 51,9% des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans. Ce taux au niveau de la région du Sahel est plus élevé avec 87,1%. Que ce soit chez les garçons (16,9%) comme chez les filles (66,7%). Selon une étude commanditée par l’UNICEF en 2015, 20% d’enfants se marient avant l’âge de 15 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De 2011 à 2015, 36 cas ont été signalés auprès des services de l’action sociale de la province du Yagha. Et l’âge des filles variait entre 11 et 16 ans. Pour Félix Ouédraogo, ces chiffres interpellent tout le monde. « Aucun enfant ne devrait être privé de son enfance, de son éducation, de sa santé et de ses aspirations », confie-t-il. Tout en félicitant Mwangaza Action pour son combat, le Préfet a invité les communautés à s’engager franchement.

Cet appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. L’Imam de Sebba qui s’est engagé à véhiculer le bon message a procédé à la remise de registres d’enregistrement pour les mariages à ses pairs.

Depuis le 8 décembre 2016 et ce jusqu’au 23, des communautés de 142 villages de la région du Sahel prendront publiquement des résolutions sociales positives. Ces cérémonies de déclaration publique regrouperont les représentants des communautés qui s’engagent, des membres des 4 comités de suivi du projet des 4 provinces, des autorités administratives, des services techniques de la région du Sahel et des fonctionnaires de l’UNICEF entre autres.

Marcus Kouaman
Lefaso.net