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2016.11.29

La sexualité des personnes âgées, stop aux préjugés

Nombreuses sont les idées reçues à propos de la vie intime des personnes âgées. Dans l’imaginaire collectif, une personne qui vieillit n’est plus désirable, n’a plus de désir.  Pourtant les anciens ont besoin de tendresse, ils ont des besoins émotionnels et physiologiques. Nier cela peut relever d’une mauvaise foi. Aimer, ça permet de se sentir vivant. Les seniors de 60 ans et plus ans peuvent mourir de ne pas être aimés.

Les personnes âgées ont besoin de tendresse et d'affections. Elles ont des besoins émotionnels et physiologiques. Il faut respecter leur intimité
Les personnes âgées ont besoin de tendresse et d’affections. Elles ont des besoins émotionnels et physiologiques. Il faut respecter leur intimité

Malgré l’omniprésence de la sexualité dans notre société, la vie sexuelle des personnes âgées reste un sujet profondément tabou qui continue à susciter déni, malaise et sourires moqueurs. Les corps ridés et la sexualité des personnes âgées ne sont pas des sujets souvent abordés par les médias, comme si le désir était le seul privilège des jeunes.

Bien sûr, on parle de la sexualité des aînés mais uniquement des «jeunes vieux», de ceux qui conservent santé, apparence physique jeune et pouvoir économique. Comme si ceux moins actifs et autonomes, ceux dont les corps ne correspondent plus aux standards de beauté prédominants, les «vrais vieux», ne pouvaient être considérés comme des êtres sexués, des êtres de désir.

Pourquoi un tel clivage entre sexualité et vieillesse? Parce que nous vivons dans une société où la vieillesse, assimilée à la faiblesse, est fortement dévalorisée. Les aînés sont perçus comme des êtres fragiles, malades, passifs, laids, non désirables, quand la sexualité tend à être associée aux notions de santé, de performance, de passion, de beauté et d’attractivité.

De plus, l’activité sexuelle est conçue comme une prérogative des adultes en pleine possession de leurs moyens économiques et physiques et est déniée aux individus considérés comme dépendants, telles que les personnes handicapées ou les personnes âgées. Dans le cas des aînés, tout se passe comme si la perte d’autonomie physique leur ôtait soudainement le statut d’adulte à part entière, les privant du même coup du droit à la sexualité.

Une personne âgée...Nos anciens peuvent mourir de ne pas être aimés
Une personne âgée…Nos anciens peuvent mourir de ne pas être aimés

Pourtant, nos personnes âgées ont des désirs sexuels et certains d’entre eux continuent à avoir des activités sexuelles.

Bien que totalement infondé, le mythe de l’asexualité des aînés a la vie dure et n’est pas sans conséquence. Intériorisé par les personnes âgées elles-mêmes, ce mythe peut être source de culpabilité et de honte pour celles qui conservent un intérêt pour la sexualité. Il peut aussi dissuader les aînés de faire part de leurs préoccupations relatives à la santé sexuelle, par peur d’être jugés négativement ou perçus comme anormaux.

Il n’y a pas de doute, les préjugés sur l’asexualité des aînés subsistent au sein de la population générale. Il est donc urgent de la sensibiliser sur la sexualité des personnes âgées. L’objectif étant de déconstruire le mythe de l’asexualité des aînés pour normaliser le maintien d’un intérêt pour la sexualité et de la vie sexuelle à tout âge.

L’appétence sexuelle et les capacités de réaction sexuelle diminuent certes avec l’âge mais, les capacités d’excitation et orgasmiques sont en principe conservées. À partir de 60 ans et plus, il y a une réduction significative des contacts sexuels. Mais les activités sexuelles, les envies et les fantasmes érotiques perdurent jusqu’à un âge avancé. En fait, c’est leur intensité, leur contenu et leur forme qui se modifient. Ainsi, chez la majorité des hommes et des femmes âgées, l’intérêt sexuel est plus important que l’activité sexuelle en tant que telle.

Les mentalités doivent changer car si les personnes âgées sont perçues comme asexuées, il va sans dire que toute manifestation de désir ou toute forme d’expression sexuelle risque d’être jugée comme anormale, déplacée, choquante voire pathologique. À l’inverse, considérer que la poursuite d’une vie sexuelle constitue la règle, et non l’exception, paraît propice à l’adoption d’attitudes beaucoup plus respectueuses de la part des populations face aux besoins et aux comportements sexuels des anciens.

Il est donc nécessaire de changer le regard porté sur les personnes âgées et de les considérer comme des adultes à part entière, dont il importe de respecter le droit à l’intimité.

Théophile MONE

2016.11.27

Mobilisation contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale

Avec un mois de retard, le Burkina a commémoré le 18 novembre dernier à Dori, la journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. En présence de l’Administrateur du PNUD, Helen Clark et du président du Faso, Roch Kaboré

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au petit matin du vendredi 18 novembre, règne une inhabituelle agitation devant le premier ministère. Le long de la grille, s’est formée une longue file de véhicules 4x4 à bord desquels ont pris place des gens habillés en costume-cravate, de Pick-Up occupés par des policiers et des gendarmes, et des cars destinés aux journalistes qui parlotent en attendant d’y monter. Sous le coup de 6h20mn, le cortège s’ébranle en direction de Dori, chef-lieu de la région du Sahel où doit se dérouler, en différé, la cérémonie commémorant la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, et le lancement du Programme d’appui au développement des économies locales (Padel). Les forces de sécurité ouvrent la route. La circulation n’est pas encore dense, mais il ne faut pas moins d’une vingtaine de minutes- ralentisseurs oblige-, pour sortir totalement de la capitale, et plus de quatre heures pour atteindre Dori, le trajet étant parsemés de ces fameux gendarmes-couchés, érigés par les populations pour lutter contre les excès de vitesse et les accidents. Aux environs de 10h30mn, le conducteur du car, qui a parcouru la grande partie du trajet en solitaire, les autres occupants ayant roupillé, entre dans la ville de Dori. Les rues sont bondées, et il faut du doigté pour se frayer un passage face à des usagers pas toujours soucieux du respect du code de la route. « C’est le jour de marché », explique un confrère.
Le soleil cogne et le mercure affiche déjà 40°. La cérémonie a lieu dans la salle polyvalente, une infrastructure moderne érigée dans la ville, à la faveur de la célébration du 11 décembre 2013. A l’entrée, les services de sécurité sont à la tâche. Il faut passer deux contrôles avant d’accéder à la salle. Au deuxième contrôle, couac avec un agent de sécurité. « L’heure d’arrivée est dépassée », lance t-il aux journalistes. Une consœur lui explique qu’on « vient d’arriver de Ouaga », mais les consignes sont des consignes. Moments d’énervements, avant que les choses n’entrent dans l’ordre. Enervements à nouveau avec le même agent de sécurité lorsqu’à l’arrivée du président Roch Kaboré, les photographes veulent faire leur travail. Le maitre de cérémonie met tout le monde d’accord en annonçant le début de la cérémonie. C’est le jeune maire de la ville, Aziz Diallo, qui ouvre le bal des discours. Chaleureusement applaudi, il souhaite « la bienvenue dans la plus belle ville du Burkina, Dori la coquette », dénonce « les forces obscurantistes qui ont décidé de faire de cette région leur zone de prédilection, créant ainsi la psychose au sein des populations qui pouvaient bien se passer d’un autre défi à relever ». Car, dit-il, dans la région, « l’eau demeure une denrée très rare pour une très grande partie de la population », l’accès aux services sociaux de base demeurant « un rêve », avec un centre hospitalier régional qui « inspire tristesse et désolation ».
Le bourgmestre de la ville ne considère cependant pas que lui et ses concitoyens soient pauvres, parce que, argumente-t-il, « les richesses dont regorgent notre région sont à même d’impulser le développement du pays tout entier ». En bon VRP de sa ville, il lance aux étrangers présents à Dori : « Prenez le temps de visiter notre ville, vous n’avez pas besoin d’escorte. Allez voir nos artisans au grand marché de Dori ; allez visiter notre mini-laiterie, vous serez surpris de voir le travail que les femmes abattent dans leur quête du mieux-être ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partenaire de poids de nombreux pays en développement, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) accompagne depuis 1991 les stratégies de développement et les programmes de lutte contre la pauvreté dans notre pays. A Dori, la représentante résidente au Burkina, Metsi Makhetha est venue renouveler l’engagement de son organisation à soutenir la mise en œuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES), particulièrement dans son le volet social et lutte contre la pauvreté. C’est avec le soutien du PNUD que le Burkina a mis en place les plateformes multifonctionnelles qui ont permis de soulager des milliers de femmes dans l’exécution de certaines tâches ménagères, comme les corvées d’eau et le pilage de céréales.
Pour Metsi Makhetha, le choix de Dori pour commémorer la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté et lancer le PADEL est amplement justifié. Certes, selon les chiffres publiés en avril dernier par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), la pauvreté a reculé de 7% entre 2009 et 2014 et la proportion de Burkinabè confrontés au seuil de pauvreté est passée de 47% à 40,1%. Mais le taux demeure extrêmement élevé. Autrement dit, 40,1% des 19 millions de Burkinabè, c’est-à-dire plus de 7 millions de nos compatriotes ne parviennent pas à accumuler 154 061 FCFA par an !
L’enquête de l’INSD montre que les régions les plus affectées par la pauvreté sont le Nord (70,4%), la Boucle du Mouhoun (59,7%) et le Centre-ouest (51,7%), et frappe particulièrement les zones rurales (92%).
Selon la représentante du PNUD, le taux brut de scolarisation au primaire a atteint 83,7% au niveau national, mais n’est que de 51,9% dans la région du Sahel, où également le taux d’achèvement des études primaires est le plus faible du pays avec 25,2%. Sur 100 filles inscrites en première année, seulement 25 achèveront le cycle entier. Quant à l’accès à l’eau potable, seulement 65% de Burkinabè y ont accès en milieu rural contre 90% en milieu urbain.
Sur les inégalités et injustices fondées sur le sexe, Metsi Makhetha, a mis les pieds dans le plat. Quitte à violer les convenances diplomatiques. « Au moment où je vous parle, je pense à cette fille du Sahel de 5 ans qui, dans 7 ans en aura 12 et qui court le risque de ne plus aller à l’école parce que précocement mariée », a-t-elle lancé, devant un auditoire subitement silencieux. Répondant à la presse, le président Roch Kaboré a également dénoncé le phénomène des mariages précoces très répandu dans la région du Sahel. En présence de l’Administrateur du PUND, Helen Clark, la représentante du PNUD au Burkina a enfoncé le clou en s’inquiétant de « la courbe démographique du pays, surtout dans le Sahel où l’indice synthétique de fécondité de 7,5 enfants par femme est supérieur à la moyenne nationale, 6 enfants par femme ».
A l’évidence, la non maitrise de la croissance démographique annihile tous les efforts de développement et le succès du PNDES dépendra en grande partie de la capacité et du courage du gouvernement à mettre en place une ambitieuse politique de planification familiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

Confiante quant à la pertinence du Programme d’appui au développement des économies locales (PADEL) comme outil de lutte contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, Metsi Makhetha s’est réjouie que le système des Nations Unies ait été associé à son élaboration et a pris l’engagement d’accompagner et mobiliser les partenaires afin que les objectifs du programme soient atteints.
La pauvreté, ce n’est pas seulement l’indigence monétaire, c’est pire que cela, a souligné en substance la ministre de la Femme, de la famille et de la solidarité nationale, Laure Zongo Hien. Rappelant le thème de la 30ème Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, « De l’humiliation et l’exclusion à la participation, éliminer la pauvreté sous toutes ses formes », elle a insisté sur le fait que l’humiliation affecte profondément la dignité de la personne humaine, en témoignent les propos de l’activiste péruvienne d’Edilberta Béja : « la pire chose quand on vit dans ‘extrême pauvreté, c’est le mépris, c’est qu’ils vous traitent comme si vous ne valez rien, qu’ils vous regardent avec peur et dégoût et qu’ils vous traitent même comme un ennemi ». Elle a regretté que sur de simples allégations de sorcellerie, des personnes soient toujours exclues de leur communauté et soient obligées de se réfugier au centre Delwindé dans le quartier Tanghin de Ouagadougou.
Tous les intervenants à la cérémonie commémorant la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté sont unanimes avec le défunt président Nelson Mandela : « La lutte contre la pauvreté n’est pas un acte de charité. C’est un acte de justice. C’est la protection des droits fondamentaux de l’homme, de son droit à la dignité et à une vie décente ». Réduire considérablement la pauvreté et les disparités inter et intra régionales à défaut de les éradiquer, c’est l’engament qu’a pris le président Kaboré, travers le Plan national de développement économique et social (PNDES), a expliqué la ministre de l’Economie, des finances et du développement, Rosine Coulibaly. C’est son département qui assure la mise en œuvre du Padel, dont la phase pilote a été lancée à Dori.
A suivre

 

Joachim Vokouma
Kaceto.net