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2018.01.08

Institut des Sciences des sociétés : Un hommage aux chercheurs qui ont brillé en 2017

L’Institut des Sciences des Sociétés (INSS) a rayonné au cours de l’année 2017. Des agrégations au CAMES, des décorations, des soutenances de thèses de doctorat, de masters… ont marqué la vie des chercheurs et travailleurs de la maison. Dans la soirée du vendredi 05 janvier 2018 à Ouagadougou, le mérite de ses impétrants a été célébré dans l’enceinte de l’institut qui veut résolument se positionner comme un pôle scientifique d’excellence axé sur les sciences des sociétés.

Institut des Sciences des sociétés : Un hommage aux chercheurs qui ont brillé en 2017

4 chercheurs de l’Institut des sciences des sociétés (INSS) ont brillamment réussi à leurs concours d’agrégations du CAMES l’année écoulée, qui a également connu la soutenance de 9 thèses de doctorats, des masters qui ajoutent de l’expertise à l’équipe. Aussi, des décorations dans différents ordres ont été enregistrées, de même que des nominations dans l’administration publique. Tout cela symbolise le rayonnement de l’INSS, a dit Dr Carole Bambara, chercheure, porte-parole des lauréats au CAMES.

« Ça fait plaisir que les collègues partagent la joie que nous avons éprouvée. A l’INSS nous sommes comme une grande famille, plusieurs compétences qui travaillent et se complètent. Cela nous oblige à continuer de mieux faire et à partager nos compétences », s’est réjoui la porte-parole.

Elle ajoutera que c’est une diplomation internationale et cela traduit la qualité de la recherche qui est faite par ceux qui réussissent. « Les autorités doivent s’en approprier parce que nous faisons des recommandations dans les articles de vulgarisation, scientifique », a indiqué la porte-parole des ‘’CAMESIENS’’ qui n’a pas manqué de remercier l’ensemble du personnel et les encadreurs car, a-t-elle reconnu, c’est un travail d’équipe qui a conduit à leur agrégation.

Aux postulants qui sont en lice pour les prochains concours du CAMES, Dr Carole Bambara qui est par ailleurs, directrice du Forum national de la recherche scientifique et des innovations technologiques (FRSIT), les a exhortés à la rigueur au travail en équipe. « Tous pour un, un pour tous, comme des mousquetaires », a-t-elle résumé la philosophie de l’Institut.

C’est un directeur de l’INSS tout heureux qui a pris la parole pour saluer cette initiative. Pour le Pr Ludovic Kibora, la cérémonie d’hommage est un symbole qui traduit l’esprit de famille qu’il a toujours voulu promouvoir pour des recherches plus fructueuses.

« Nous sommes en train de préparer les dossiers pour le CAMES, ceux qui déposent leurs dossiers quand ils voient la célébration qui est faite, cela les amène à redoubler les efforts (…) quand les gens font des travaux en cachette et qu’ils arrivent à réussir, il faudrait qu’on les encourage et l’initiative est venu d’eux-mêmes », a poursuivi le directeur de l’INSS, Pr Ludovic Kibora.

Quelques résultats et les chantiers

Le directeur adjoint chargé des programmes, Dr Roger Zerbo, a égrené quelques résultats engrangés par l’institut au cours de l’année 2017. 4 ouvrages publiés, 72 articles scientifiques, 45 articles de vulgarisation, des études, des séminaires doctoraux, des formations à la carte, 406 heures de cours dans 11 disciplines dans les universités publiques et privées dispensés par les chercheurs de l’INSS. 
Ce sont entre autres les acquis que le directeur adjoint appelle à consolider afin qu’en 2018, le niveau des productions scientifiques soit relevé.

Le directeur a quant à lui invité l’ensemble des chercheurs et le personnel à se retrousser les manches pour continuer à faire briller l’image de l’INSS. Ce, afin qu’à l’horizon 2022, et conformément à son plan stratégique, l’INSS soit un pôle d’excellence en matière de recherche en Sciences des sociétés.

L’un des chantiers qui tient à cœur au directeur, c’est la création d’un laboratoire pour travailler sur les questions de l’heure, « une sorte d’observatoire des mutations sociales pour anticiper sur certains phénomènes sociaux et proposer des mesures aux décideurs », explique-t-il. Aussi, dans le cadre de la convention qui le lie à la fondation Ki-Zerbo, l’Institut a reçu plus de de 4000 ouvrages et il entend programmer des formations sur le savoir endogène pour booster les actions de développement.
Avant le début de la cérémonie organisée ‘’sans aucun franc public comme l’a rappelé le maitre de cérémonie’’, un hommage a été rendu aux collègues décédés en 2017. Une minute de silence a été observée en la mémoire de Valère Somé, défenseur passionné des sciences des sociétés, et bien d’autres qui ont quitté le monde des humains.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

Le lait maternel en question

Le lait maternel est le meilleur aliment pour le nouveau-né et le nourrisson. L’allaitement profite également à la mère à bien des égards. Cependant, dans le monde, la pratique est très limitée, plus rare dans les pays riches que ceux pauvres. Quels sont les bénéfices de l’utilisation du lait maternel pour l’enfant et la mère selon les récents résultats de recherche et que faire pour vulgariser cette pratique ?

 Le lait maternel en question

 

 

 

 

 

 

 Introduction

Selon les recommandations de l’OMS (http://www.who.int/topics/breastfeeding/en/),l’allaitement maternel (AM) doit être initié dans l’heure suivant l’accouchement. Le colostrum (premier lait) doit être donné au nouveau-né car particulièrement riche en nutriments et agents de défense de toutes sortes. L’AM doit être exclusif pendant les six premiers mois de vie de l’enfant. A partir de six mois, la maman doit y associer des compléments alimentaires tels que les bouillies enrichies, les jus de fruits, les soupes de viande, de poisson, des œufs… L’AM doit être « à la demande », c’est-à-dire autant de fois que l’enfant le désire et poursuivi jusqu’à l’âge de deux ans et au-delà.
En fonction de cette recommandation on définit quatre types de mode d’alimentation de l’enfant : 
i- l’allaitement maternel exclusif (AME) où seul le lait maternel est donné au bébé jusqu’à l’âge de six mois. Aucun autre aliment ni liquide, ni solide n’est accepté, exception faite des prescriptions médicales ;
ii- l’allaitement maternel prédominant où au cours des six (06) premiers mois le lait maternel peut être associé à des aliments liquides comme l’eau sucrée, les jus de fruits… mais sans autre lait comme le lait artificiel, le lait d’animaux, ni d’autres aliments plus ou moins solides ;
iii- l’allaitement maternel mixte où le lait maternel est combiné à d’autres types d’aliments liquides ou solides, y compris d’autres types de lait (de vaches, de chèvres, lait artificiel…) ; 
iv- enfin l’allaitement artificiel où les substituts du lait maternel sont la base de l’alimentation du nouveau-né et du nourrisson.

Les avantages de l’allaitement maternel (AM)

L’AM, rigoureusement conduit selon les recommandations de l’OMS comporte de nombreux avantages aussi bien pour bébé que pour maman. Des études ont démontré qu’une couverture universelle en interventions générales de nutritions y compris l’AME préviendrait 8% de la mortalité infantile des moins de 3 ans, 11.6% de la mortalité des moins de 5 ans ainsi que 10-15% de malnutrition infantile de type « stunting », c’est-à-dire petite taille par rapport à l’âge (1). On pense qu’un enfant nourri au sein jouirait d’une meilleure santé. Cette situation résulterait d’une incidence et d’une sévérité moindre des maladies infectieuses dont les maladies diarrhéiques, respiratoires, le paludisme, la rougeole… et aussi d’une meilleure alimentation pendant l’épisode morbide. Un moindre risque des cancers du sang, des problèmes dentaires, de l’obésité et des maladies métaboliques (diabète par exemple) à l’âge adulte et des effets bénéfiques sur le développement cognitif (meilleure intelligence) sont à mettre à l’actif de l’AM (1). Ces avantages persisteraient même tard dans la vie.

Du côté de la mère, l’AM joue un rôle majeur pour le retour au poids d’avant la grossesse (diminution du risque de prise de poids liée à la grossesse). Les femmes qui pratiquent l’AM courent moins de risques de cancers du sein, des ovaires, de diabètes (surtout de type 2), espacent mieux les naissances, font moins de dépressions et courent moins de risques de fractures par manque de calcium à l’âge de la ménopause. Au total, la vulgarisation de l’AM pourrait prévenir annuellement dans le monde jusqu’à 823 000 décès d’enfants de moins de cinq ans et 20 000 décès par cancers du sein (2). Enfin il ne faut pas occulter la capacité de l’AM à renforcer l’affection entre le couple mère-enfant, ni son acceptabilité sur le plan culturel sous nos tropiques. Tous ces avantages associés à son caractère très naturellement biologique, nous incitent à demander à nos mères, épouses et sœurs d’en user sans modération aucune.

L’AM : Indications et contre-indication

En user et même en abuser en tout lieu et en tout temps sommes-nous tentés d’insister. Oui ! Sauf dans de très rares circonstances. En effet il existe des conditions où l’AM pourrait être contre-indiqué. Cela nous emmène à préférer aborder la question des contre-indications (plus rares) que celle de l’indication. Il existe des contre-indications pédiatriques et maternelles (3).

Parmi les causes pédiatriques de contre-indication absolue du lait maternel, il y a les situations où l’enfant ne peut absorber aucun lait sauf des formules hautement spécialisées. C’est le cas lorsque l’enfant souffre de galactosémie, de phénylcétonurie, affections assez rares que nous évoquons juste pour information. Beaucoup plus commune chez nous est l’infection de la mère par le VIH. Dans ce cas l’AM est absolument interdit, mais à condition que le substitut au lait maternel soit AFASS, selon l’acronyme anglo-saxon : A= Acceptable, F= Feasible, A= Affordable, S= Sustainable and S= Safe. Le substitut au lait maternel dans ce cas exclusif doit donc être acceptable socialement (sans risque de stigmatisation ni pour la mère, ni pour l’enfant par exemple), faisable techniquement, accessible financièrement, géographiquement et de façon durable et enfin sécurisé, c’est-à-dire sans risque sanitaire pour l’enfant (conditions d’hygiène, de dilution…). Ces conditions sont rarement réalisées sous nos tropiques. 
Pratiques et déterminants de l’AM

La pratique de l’AM est traditionnelle en Afrique Sub-Saharienne. Cependant, l’AM selon les recommandations de l’OMS est plus rarement observé. Et de fait, il est établi que dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires, seulement 37% des enfants âgés de moins de 6 mois bénéficient de l’AME. De façon générale, les proportions de femmes initiant précocement l’AM et l’AME sont faibles dans pratiquement tous les pays. A quelques exceptions près, cependant, la durée de l’AM est plus courte dans les pays à revenus élevés que dans les pays pauvres. La prévalence y est en général inférieure à 20%. Au sein d’un même pays, le constat est que les classes moyennes et riches ont tendance à nourrir moins longtemps leur progéniture au sein. Pour une multiplication par deux du produit intérieur brut on constate une diminution de la prévalence de l’AM de 10%.

En Afrique, les femmes pratiquant un AM continu (de longue durée) sont à une proportion plus importante en Afrique Centrale et de l’Ouest comparée à l’Afrique de l’Est et du Sud où les taux d’AME sont par contre plus importants. Au Burkina Faso, la pratique n’est pas plus reluisante. Au cours d’une étude incluant l’Afrique du Sud, le Burkina Faso, l’Ouganda et la Zambie (4), la proportion de femmes Burkinabè initiant l’allaitement dans l’heure suivant la naissance était de 6,9% pour un pourcentage moyen de 58% dans l’étude. Plus de 16% des femmes au Burkina ont donné autres liquides ou aliments à leur nouveau-né dans l’intervalle de la montée laiteuse contre environ 4% en moyenne dans l’étude. La bonne nouvelle était que les femmes Burkinabè allaitaient plus longuement que les autres : pauvreté ou conscience maternelle ?

L’activité économique de la mère est déterminante dans la pratique de l’AM. Selon la même étude citée plus haut (4), les femmes ayant un emploi salarié, pratiqueraient moins l’AME. Le mariage ou la vie en couple, de même que le fait d’avoir déjà des enfants sont d’autres facteurs limitant la pratique de l’AME. Les femmes ayant un niveau d’études secondaires ou plus (peut être les mêmes qui deviennent salariées) ont aussi tendance à sevrer précocement leur enfant.

Que faire pour vulgariser les bonnes pratiques d’allaitement maternel ?

Les experts ont remarqué qu’en solutionnant les problèmes de nutrition (d’ordre pléthorique ou carenciel) dans le monde une bonne partie des objectifs de développement durable serait atteinte. Une initiative dénommée décennie d’actions en nutrition (the decade of actions on nutrition) est en cours. Six points-actions ont été définis pour adresser le défi de l’AM qui consiste à relever le taux actuel de 37% à 50% à l’horizon 2025. Ces points sont :
-  Disséminer les évidences sur le rôle fondamental de l’AM aussi bien pour les pauvres que les riches
-  Encourager les attitudes sociétales favorables à l’AM
-  Faire preuve de volonté politique
-  Contrôler l’industrie des substituts du lait maternel
-  Vulgariser et monitorer les interventions et les pratiques d’AM
-  Pour les institutions politiques, exercer leur autorité et enlever les barrières structurelles et sociétales qui grippent la capacité des femmes à allaiter (emménagement des lieux d’AM dans les services par exemple).

Nous avons aussi l’initiative des « hôpitaux amis des enfants » qui a ces dernières décennies, pris un coup avec la pandémie du VIH/SIDA. Mais pour nous au Burkina, la communauté et les agents de santé nous semblent la clé. Conseils nutritionnels aux jeunes filles et aux femmes avant et au cours de la grossesse, au cours des pesées en milieux de soins ou par les paires (l’époux, un frère, une sœur, une voisine avertie ou même et surtout par la belle-mère, en somme toute personne avertie) sont des étapes cruciales pour faire bénéficier toute notre population de jeunes pousses de ce trésor de la nature qu’est le lait de la mère ; un vrai pétrole humain !

Auteur : Eric Nagaonlé SOME,

Médecin épidémiologiste 
10 BP 250 Ouagadougou 10 Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS/CNRST)

1. Black R, Allen L, Bhutta Z, Caulfield L, de Onis M, and Ezzati M. for the Maternal and Child Undernutrition Study Group. Maternal and child undernutrition : global and regional exposures and health consequences. Lancet. 2008 ;371:18.
2. Victora C, Bahl R, Barros A, França G, Horton S, Krasevec J, et al. Breastfeeding in the 21st century : epidemiology, mechanisms, and lifelong eff ect. Lancet. 2016 ;387:475–90.
3. world Health Organization U. Acceptable medical reasons for use of breast-milk substitutes. WHO. 2009:12.
4. Somé E, Engebretsen I, Nagot N, Meda N, Lombard C, Vallo R. Breastfeeding patterns and its determinants among mothers living with Human Immuno-deficiency Virus -1 in four African countries participating in the ANRS 12174 trial. International breastfeeding journal. 2017:12