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2017.11.01

JOURNEE MONDIALE DU REFUS DE LA MISERE : Peut-on vaincre le mal par des mots ?

JOURNEE MONDIALE DU REFUS DE LA MISERE : Peut-on vaincre le mal par des mots? 

Le 17 octobre de chaque année et ce depuis 1987, le monde entier renouvelle son vœux pour un monde de plus en plus débarrassé de la misère et de l’extrême pauvreté. En 30 ans de lutte, la misère a-t-elle reculé ? Certes, il faut reconnaître que par rapport aux années 90, il y a eu des efforts quand on compare le taux de scolarisation, d’accès à l’eau potable, à la santé, à l’éducation etc. Malheureusement, ce n’est qu’un petit pas face aux victimes de plus en plus nombreuses de l’extrême pauvreté endémique. Dans le monde entier, en fait de lutte contre la misère, l’heure est loin d’être au triomphalisme. Plus d’un milliard d'êtres humains vivent dans ce que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) appelle la « misère absolue », sans revenu fixe, sans travail régulier, sans logement adéquat, sans soins médicaux, sans nourriture suffisante, sans accès à l'eau potable, sans école. 30 ans après l’appel à l’action du Père Joseph Wresinski, le géniteur de cette « Journée du refus de la misère », à un monde de partage, on constate avec regret que la destruction de plus d’un milliard d'êtres humains par la faim s'effectue toujours dans une sorte de désinvolture glaciale, sur une planète pourtant débordante de richesses. Et tout semble être fait pour que la situation empire au regard des signaux actuels : les changements climatiques, le terrorisme, l’insécurité, la montée des égoïsmes nationaux avec plus que jamais la « culture du chacun pour soi » ; toutes choses qui constituent malheureusement des causes qui annihilent les efforts fournis pour une planète en manque des trois repas quotidiens. Quand on regarde la marche du monde, on ne peut que parvenir à la conclusion que la misère est un phénomène entretenu et voulu. Toutes les études ont démontré à suffisance que la terre regorge du nécessaire pour nourrir ses occupants. Il faut donc aller au-delà des hypocrisies et sortir des sentiers battus, si l’on veut une planète où personne ne mange de vache enragée.

La pauvreté extrême est la conjugaison de plusieurs échecs

D’ici à 2030, le monde devrait être débarrassé de l’extrême pauvreté, selon les prévisions du PNUD. Cela est-il possible quand on sait que chaque année, des dizaines de millions de mères gravement sous-alimentées mettent au monde des dizaines de millions d'enfants malnutris ? Comment faire en sorte que les richesses augmentent avec la démographie ? C’est un aspect sur lequel on aurait tort de faire l’impasse. La lutte contre la misère n’est pas qu’économique. Elle est multidimensionnelle. L’Afrique, par exemple, constitue le lieu où la misère la plus crasse fait le plus de victimes. Certains pays d’Asie se sont extirpés des griffes de ce mal, par leur ardeur au travail. Plutôt donc que de se lamenter sur leur sort, les Africains gagneront à se remettre au travail avec plus de détermination. Par ailleurs, ce fléau tire sa source de l’individualisation à outrance de la société, née du capitalisme sauvage. Partout où cette idéologie est quasiment institutionnalisée, l’on voit mal comment on pourrait venir à bout de la pauvreté, sauf à vouloir faire preuve d’hypocrisie. Dans un tout autre registre, la pauvreté extrême est la conjugaison de plusieurs échecs : échec de la production alimentaire, échec de l’accès à l’énergie et surtout échec de la politique des Etats. Comment vaincre le mal avec des mots ? Pire, dans un monde victime des changements climatiques, il faut convenir que l’agriculture pratiquée avec des moyens rustiques ne pourra guère permettre d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. La question de la modernisation de l’agriculture est donc un passage obligé en Afrique, pour vaincre la misère. L’accès à l’énergie est également l’une des voies pour venir à bout de l’extrême pauvreté et sortir de l’ornière. Partout en Afrique, il faut relever le défi de l’électrification rurale.

Enfin, vaincre la pauvreté est d’abord un choix politique. Mais quand on a à la tête des Etats sous-développés, des gouvernants sans vision, qui pensent plus à leur panse qu’aux besoins vitaux des populations, on ne peut qu’avoir des hommes et des femmes affamés, éclopés par les souffrances quotidiennes. Pour vaincre la misère, peut-être l’Afrique devrait-elle commencer par avoir des gouvernants qui mettent au cœur de leur politique l’humain.

Ousmane TIENDREBEOGO

En savoir plus sur http://lepays.bf/journee-mondiale-refus-de-misere-on-vaincre-mal-mots/#lkuzFVE2zZej8DhT.99

Abandonner le mariage des enfants : un impératif humaniste et économique pour l’Afrique

Abandonner le mariage des enfants : un impératif humaniste et économique pour l’Afrique

par Ahmadou Ndiaye est analyste politique pour le think tank l’Afrique des Idées et consultant en développement international.

Du 23 au 25 octobre s'est tenue à Dakar une réunion de haut niveau visant à insuffler un nouvel élan politique pour mettre fin au mariage d’enfants en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Tribune. L’initiative, portée par une coalition d’organisations de la société civile et d’agences des Nations unies dont Save the Children et ONU Femmes, a été accueillie par l’État du Sénégal et l’Union africaine à un moment urgent. Parce que le mariage d’enfants – défini comme une union légale ou coutumière impliquant au moins un individu de moins de dix-huit ans – concerne plus de 700 millions de personnes dans le monde en 2015. En Afrique, ce sont 125 millions de femmes et de filles qui sont touchées par la pratique ; elles sont principalement pauvres et vivent en zone rurale.

Le mariage d’enfants est une violation grave des droits humains et une forme sévère d’abus sur les enfants qui hypothèque les agendas de développement mondial et africain en excluant une grande partie de la jeunesse.

En Afrique de l’Ouest et du Centre, plus de 40% des filles sont mariées avant l’âge de dix-huit ans. La pratique est globalement déterminée par des facteurs multiples et reliés dont les normes sociétales, l’inégalité entre les sexes et la pression économique. En effet, le mariage à un jeune âge est valorisé dans beaucoup de sociétés qui relèguent encore les femmes à des rôles domestiques et reproducteurs. L’honneur des familles y est trop souvent lié à la virginité des filles ou l’absence de grossesses hors mariage. Le mariage précoce des filles peut ainsi constituer un moyen pour les parents de se décharger financièrement et d’étendre leur réseau de solidarité économique.

L’Afrique peut-elle développer et soutenir ses économies en excluant près de la moitié de sa population ?

Des spécificités culturelles et religieuses viennent évidemment renforcer ces déterminants mais il est important de souligner que le mariage d’enfants est aussi permis, dans des États de droit pour la plupart, grâce au cadre légal qui renferme des incohérences internes sur la définition de l’enfance et de la minorité sexuelle, en raison de l’existence de plusieurs sources du droit. Mais aussi une discrimination concernant l’âge minimum légal pour le mariage, la fille ayant souvent le droit de se marier plus tôt que le garçon. Faudrait-il y voir un paradoxe étant donné que les obligations conventionnelles de ces pays définissent pourtant clairement l’enfant et prohibent son mariage ; normalisent le droit à l’égalité et interdisent les discriminations basées sur le sexe ?

Le mariage d’enfants entrave non seulement les droits humains des filles à l’égalité et à l’enfance, c’est aussi une cause principale de la mortalité maternelle chez les 15-19 ans et du décrochage scolaire chez les filles. Le mariage d’enfants est un frein majeur aux objectifs de développement durable concernant la santé maternelle et l’éducation des filles. Par ailleurs, d’un point de vue économique, les filles se mariant précocement ont davantage d’enfants et présentent un niveau d’études relativement faible. Le mariage d’enfants agit donc négativement sur le pouvoir d’achat et les revenus. Ceci s’explique par le plus fort croît démographique rapporté au plus faible niveau d’éducation de la population.

L’Afrique peut-elle développer et soutenir ses économies en excluant près de la moitié de sa population ? La communauté internationale peut-elle relever le défi du développement durable à l’horizon 2030 sans s’attaquer systématiquement et durablement à la pratique néfaste du mariage d’enfants ? Autant de réflexions qui illustrent les liens d’interdépendance entre réalisation des droits humains et développement économique en Afrique.