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2019.02.20

Protection des défenseurs des droits humains : Des réflexions pour une meilleure application de la loi

 Protection des défenseurs des droits humains : Des réflexions pour une meilleure application de la loi

La Commission nationale des droits humains en collaboration avec la Coalition burkinabè des défenseurs des droits humains et le Service international pour les droits humains mènent des réflexions depuis pour la mise en œuvre de la loi portant protection des défenseurs des droits de l’homme. C’est à travers un atelier ouvert ce mardi 19 février 2019 à Ouagadougou. Au bout des deux jours de travaux, la trentaine de participants devra proposer un plan d’action pour une application de la loi 039/2017/AN au Burkina Faso.

De façon générale, les défenseurs des droits humains sont confrontés à de nombreux défis et paient même au prix de leur vie leur combat dans certains pays du monde, selon le Service international des droits humains. La loi portant sur la protection des défenseurs de droits de l’homme au Burkina Faso a été adoptée le 27 juin 2017. Face à des défis liés à son application, ses bénéficiaires veulent proposer un mécanisme pour sa mise en œuvre. Ces organisations de la société civile sonnent l’heure de la protection des défenseurs des droits de l’homme.

« En général la situation de la protection des défenseurs des droits de l’homme est acceptable au Burkina Faso grâce aux réformes qui ont été faites », a noté Florence Ouattara, coordonnatrice de la Coalition burkinabè des défenseurs des droits humains (CBDDH). Le défi sécuritaire lié au terrorisme freine toutefois l’élan.

La présente consultation entre acteurs du domaine s’appuiera sur l’expérience des pays comme la Côte d’Ivoire et ceux de l’Amérique latine, en l’adaptant au contexte burkinabè en vue de dégager un mécanisme « pour que plus jamais, les droits d’un défenseur des droits humains ne soient violés ». Pour la Coalition, « tout citoyen engagé dans la défense des droits humains doit être protégé ».

Quelques participants à l’atélier

Du contexte sécuritaire et de la question des groupes d’autodéfense

« Les activistes pour les droits de l’homme sont surtout menacés ou persécutés lorsqu’ils œuvrent dans le domaine de l’environnement et du terrorisme selon le régime politique du pays dans lequel ils travaillent », a expliqué Adelaïde Etong Kame, chargée de plaidoyer Afrique du Service international des droits humains. Le contexte sécuritaire marqué par les actes terroristes joue sur le dispositif de protection des droits humains.

Face à cela, « Il y a quelque chose à faire au niveau des groupes d’autodéfense car ils ont des pratiques qui sont aux antipodes de ce que nous souhaitons », a lancé Florence Ouattara. Avant de poursuivre : « L’Etat gagnerait à recentrer les actions des Koglweogo ».

A l’heure où certaines opinions relaient des cas présumés d’exécution sommaire faites par des éléments de l’armée dans certaines régions du Burkina, la CBDDH réagit. Pour elle, « les terroristes violent des droits humains et l’instinct de survie peut amener un militaire à tuer pour se maintenir en vie. Dans l’ordre normal des choses, nous souhaitons que toute personne qui est prise en violation des droits humains soit traduite en justice. Sur le terrain c’est différent mais il ne faut pas oublier que les forces de défenses ont payé un lourd tribut dans cette guerre ».

Notons que la loi 039/2017/AN portant protection des défenseurs des droits de l’homme concerne aussi bien les Burkinabè que les étrangers en activité sur le territoire national.

Mariam Ouédraogo (Stagiaire)
Lefaso.net

2019.02.19

Excision : 45 cas internés à l’Action sociale de Kampti

Suite à des appels anonymes, le service départemental de l’Action sociale de Kampti a pu récupérer 45 cas d’excision courant fin janvier et début février 2019. 31 victimes sont de la commune de Périgban dont 30 élèves de l’école de Kuèkuèra et 14 autres de Kampti. A ce jour, les victimes sont internées au service départemental de l’Action sociale de Kampti où elles bénéficient d’une prise en charge sanitaire et psychologique.

Excision : 45 cas internés à l’Action sociale de Kampti

 

 

 

 

 

 

Tout serait parti de l’école primaire publique de Kuèkuèra dans la commune de Périgban où les 21 et 22 janvier 2019, les enseignants ont constatés plusieurs absences particulièrement celles des filles. Renseignement pris auprès de quelques parents d’élèves, il est ressorti que ces filles étaient absentes pour faits d’excision. « Et c’est ainsi que nous avons informé notre hiérarchie », nous confie le directeur de la dite école, Da Gninhirè. Après l’alerte, une équipe de la direction provinciale de l’Action sociale du Poni s’est rendue dans le village de Kuèkuèra le jeudi 24 janvier 2019. La première sortie fut infructueuse.

L ‘approche de la négociation a permis de mettre la main sur 31 victimes dont 30 élèves sur une soixantaine de cas dans deux autres villages voisins de Kuèkuèra à savoir Djègbanao et Mimona. Dans la commune de Kampti, c’est de bonne heure, le 5 février 2019, que l’équipe mixte (action sociale et police) a découvert d’autres cas dans les villages de Poltionao et Tinkapèrèra. Elle a pu récupérer 14 victimes dont 13 filles et une dame mariée venue de la Côte d’Ivoire, et ce après des fouilles portes par porte.

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Dieudoné Boureima Sourabié-chef de service action sociale kampti

A ce niveau, le chef de service de l’Action sociale de Kampti, Dieudonné Boureima Sourabié, déplore la complicité du conseiller villageois de Tinkapèrèra qui disait ne pas être au courant de cas d’excision. Après les fouilles, quelques filles ont été retrouvées dans une de ses cases et pire, c’est la mère de ce dernier qui aurait hébergé l’exciseuse et facilité le regroupement des filles excisées, ajoute M. Sourabié. Les pesanteurs sociales justifieraient cette pratique selon les dires de quelques victimes.

D.S., élève de l’école de Kuèkuèra témoigne : « Si tu n’as pas fait l’excision, les gens se moquent de toi ». K .M ., mariée : « Je suis venue de la Côte d’Ivoire me faire exciser parce que mon mari m’insulte à tout moment en me disant qu’il ne veut pas d’une femme qui a une queue ». D’autres traditionnalistes soutiennent que l’excision est un passage de l’initiation coutumière pour la femme en pays lobi appelée le ‘’djoro ‘’.

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femme mariée excisée

Les 45 cas sont pris en charge au centre médical de kampti. Selon docteur Roger Kombeogo, médécin généraliste, la plupart de ces cas sont du troisième degré c’est-à-dire l’ablation du clitoris, des petites et grandes lèvres. La prise en charge se résume aux pansements pour éviter la survenue de quelques complications comme les infections, les saignements et pour avoir une bonne cicatrisation. A titre préventif, des sérums antitétaniques et quelques examens comme la sérologie et les hépatites sont effectués, ajoute le maïeuticien Marcel Palé.

La prise en charge psychologique de ces enfants reste le défi majeur du service de l’Action sociale de Kampti qui a été à cet effet transformé en centre d’hébergement. Chaque séance de pansement coûte au bas mot 25 000 FCFA. Pour la restauration, il faut 75 kg de riz par jour. Sans compter d’autres besoins. Des soutiens ponctuels et des promesses d’aide ont été enregistrés de la part de bonnes volontés, reconnait le chef dudit service M.Sourabié, ils restent insuffisants pour prendre en charge ces 45 enfants.

Boubacar Tarnagda

LEFASO.NET