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2019.02.02

Franc CFA : Le vice-Premier ministre italien accuse la France de « coloniser l’Afrique »

Franc CFA : Le vice-Premier ministre italien accuse la France de « coloniser l’Afrique »

Le vice-Premier ministre du Conseil italien, Luigi Di Maio, a accusé la France d’appauvrir l’Afrique, dans une déclaration, le 21 janvier 2019. Il a affirmé qu’en maintenant la colonisation à travers le franc CFA, la France est à l’origine du drame des migrants en Méditerranée et de la paupérisation de l’Afrique.

Devant les médias, l’homme d’Etat italien a expliqué que « si aujourd’hui il y a des gens qui partent, c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains ». Une déclaration venant d’un dirigeant d’un pays, et pas des moindres, de l’Union européenne. Ce n’est pas nouveau, les durcissements de ton de ce genre contre la France durent depuis plus de 50 ans.

Situant le contexte, le jeune politique italien a poursuivi : « Il y a des dizaines de pays africains où la France imprime une monnaie, le franc des colonies, et avec cette monnaie, elle finance la dette publique française (…). Si la France n’avait pas les colonies africaines, parce que c’est ainsi qu’il faut les appeler, elle serait la 15e puissance économique mondiale alors qu’elle est parmi les premières grâce à ce qu’elle est en train de faire en Afrique. »

Une déclaration qui a créé un tollé dans les médias européens. On se rappelle que dans un passé proche, certains pays comme l’Allemagne, l’Angleterre et les Etats-Unis avaient fait un constat similaire. Cette amère analyse a poussé Luigi Di Maio a relevé que « l’Union européenne devrait imposer des sanctions à la France et à tous les pays comme la France qui appauvrissent l’Afrique et obligent ce peuple à partir ».

Une monnaie produite en France

Pour la petite histoire, la monnaie dans l’Afrique française épouse les contours de la violence esclavagiste, coloniale et postcoloniale. En effet, le franc CFA est un produit de la Banque du Sénégal en 1855, banque créée grâce aux ressources versées par la métropole française aux esclavagistes en guise de réparation, après l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848.

Cette banque deviendra, au début du 20e siècle, la Banque de l’Afrique de l’ouest (BAO), qui aura le privilège d’émettre la monnaie ancêtre du franc CFA qui naîtra officiellement le 26 décembre 1945, dix ans avant la création de l’Institut d’émission de l’Afrique occidentale française (AOF) et du Togo, qui deviendra la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) quelques années plus tard.

Pour assurer ses arrières, l’impérialisme français est allé jusqu’à faire produire les pièces et billets de CFA à… Chamalières, commune de 17 000 habitants, située dans le Puy-De-Dôme à 3 km de Clermont-Ferrand en France.

Ce triste constat a fait réagir l’économiste spécialiste du franc CFA, Kako Nubukpo. Mais faute de soutien, il perdra son poste à la Francophonie numérique, à cause de ses points de vue. Tout comme le polémiste Kemi Séba, plusieurs activistes panafricains et des économistes dénoncent ce système monétaire.

Le Franc CFA, un outil de l’impérialisme français

Le 26 décembre 1945, la France avait mis sur pied une « Zone franc » en instaurant une législation commune pour les changes au sein de son empire colonial. L’objectif était de continuer à s’alimenter en matières premières à bas prix auprès de ses colonies. Le CFA signifiait « Colonies françaises d’Afrique » puis, à partir de 1958, « Communauté française d’Afrique ».

Avec l’indépendance de ses colonies africaines en 1960, la France leur a imposé la reconduction du système de la Zone franc. Le franc CFA est alors devenu franc de la « Communauté financière africaine » en Afrique de l’Ouest, et franc de la « Coopération financière en Afrique centrale » pour l’Afrique centrale. Cela devient alors un outil monétaire destinée à avantager les capitalistes français en Afrique, tout en bridant tout développement économique des pays concernés.

Le chef politique du Mouvement 5 Etoiles, Luigi Di Maio, a également annoncé « une initiative parlementaire dans les prochaines semaines », impliquant notamment le gouvernement et les institutions européennes, visant « à sanctionner tous les pays qui ne décolonisent pas l’Afrique ».

Au-delà de la mention du franc CFA, c’est tous les appareils économiques et politiques de nos pays qui sont contrôlés par les français. Des Sénégalais et des Maliens s’offusquent contre les boutiques et des aéroports gérés par Lagardère. Les ports sont gérés par Bolloré, les compagnies de pétrole par Total, les télécommunications dominées par Orange et les programmes scolaires sont conçus au Quai-d’Orsay. Les manuels scolaires sont imprimés par Hatier…

Après la vague des révolutionnaires africains comme les Thomas Sankara, Sékou Touré, Sylvanus Olympio, Patrice Lumumba, les dirigeants africains actuels ne sont pas en mesure de dénoncer ce système économique. Et ce sont les étrangers, à l’instar du vice- Premier ministre italien, qui dénoncent à la place des Africains.

Edouard K. Samboé
samboeedouard@gmail.com
Lefaso.net

Drame de Yirgou : « Les chiffres sont à prendre avec des pincettes », dixit Ousséni Compaoré, Ministre de la sécurité

Drame de Yirgou : « Les chiffres sont à prendre avec des pincettes », dixit Ousséni Compaoré, Ministre de la sécurité

Les évènements de Yirgou préoccupent le gouvernement. Mais le chiffre de 210 tués donné par le Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés (CISC), selon Ousséni Compaoré, Ministre de la sécurité, est à prendre avec des pincettes. C’était à l’issue du Conseil des ministres extraordinaire tenu ce vendredi 1er février 2019 sous la présidence du chef de l’Etat, Roch Kaboré.

Après plus de deux heures d’horloge, le conseil extraordinaire des ministres a adopté quatre rapports au titre de la réforme des institutions et de la modernisation. Pour le compte du Secrétariat général du gouvernement, deux décrets ont été adoptés. Il s’agit en l’occurrence des décrets portant attributions des départements ministériels et intérim au sein du gouvernement. C’est du moins, ce qu’a livré le porte-parole du gouvernement, Remis Fulgance Dandjinou. Au titre du ministère de l’intégration africaine et des Burkinabè de l’extérieur, un rapport relatif au rapport général et au suivi des recommandations du Forum national de la diaspora qui s’est tenu à Ouagadougou du 11 au 13 juillet 2018, a été adopté.

« Le conseil a adopté les conclusions de ce forum et il a été donné instruction au ministre en charge du dossier de mettre en œuvre les TDR (Ndlr, thermes de référence) afin de rendre effectif trois recommandations qui avaient été prises lors de ce forum. Il s’agit de l’élaboration d’une politique nationale de la diaspora, la mise en place du réseau professionnel des Burkinabè de l’extérieur et du renforcement des capacités opérationnelles du ministère de l’intégration et des Burkinabè de l’extérieur », a précisé le ministre Dandjinou.

Concernant le ministère de l’eau et de l’assainissement, il ressort du compte-rendu que le conseil a adopté un décret portant définition des normes, critères et indicateurs d’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement des eaux usées et excrétas. Il s’agit, « de se conformer à un certain nombre de normes au niveau de l’Organisation mondiale de la santé à savoir notamment les conditions de captage, de traitement, de transfert des eaux potables ; des conditions de rejet des eaux usées et excrétas dans l’environnement et également les conditions d’accès aux services d’eau potable et d’assainissement », toujours selon lui.

Actualité nationale oblige, la recrudescence des attaques terroristes a été soulevée par les journalistes. « En ce qui concerne la situation dans le Sahel et à l’Est, il faut savoir que nous le prenons très au sérieux et nous travaillons nuit et jour à ce que les attaques cessent », a rétorqué le ministre de la sécurité, Ousseni Compaoré qui révèle que leur « stratégie est d’éradiquer la racine du mal et cela ne saurait se faire en deux jours, trois jours », car « nos frontières sont immenses et il est difficile de mettre des soldats, des policiers et des gendarmes à tous les coins pour surveiller ».

Contrairement au gouvernement qui dresse un bilan de 80 morts suite au massacre à Yirgou, le collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés annonce plus de 200 pertes en vies humaines. « Il ne faut pas vous précipiter sur les chiffres. Il y a des réseaux sociaux qui font rage. Chacun y va de ses suppositions, de ses certitudes », s’est-il adressé aux journalistes. « Quand l’enquête aboutira, les chiffres officiels seront communiqués. Il n’y a aucun intérêt à cacher des chiffres. C’est un malheur qui nous a frappés », a promis le ministre Compaoré.

L’organisation du FESPACO a aussi été discutée

A trois semaines du déroulement du FESPACO, les préparatifs vont bon train, foi du ministre en charge de la culture, Abdoul Karim Sango. « Du point de vue des ressources à mobiliser, l’Etat a joué sa partition. Sous le leadership du Président du Faso, il a alloué 1 milliard F CFA pour cet évènement. Nos partenaires habituel et bien d’autres nouveaux partenaires sont bien mobilisés et engagés à nous accompagner. A ce jour, nous enregistrons des contributions importantes de leur part », a-t-il expliqué.

Au cinquantenaire du FESPACO, d’éminentes personnalités dont le président de la commission de l’Union africaine, la directrice générale de l’UNESCO, la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie ont déjà confirmé leur présence. Le président Kagamé, rappelle le ministre Sanogo, est l’invité d’honneur.

Vu la situation sécuritaire qui prévaut actuellement, des dispositions ont été prises. « Au niveau du comité d’organisation, il y a une commission sécurité qui s’active depuis près de trois mois. Egalement, le président du Faso a instruit les ministre de la défense et de la sécurité de sorte qu’au-delà de ce comité d’organisation, ils se donnent tous les moyens afin de garantir la sécurité des festivaliers », a-t-il rassuré. En retour, il invite les festivaliers à s’en tenir aux consignes des Forces de défenses et de sécurité.

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net