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2018.01.29

Droit à l’alimentation au Burkina : Hunger Free World chez le président de la Commission constitutionnelle

Droit à l’alimentation au Burkina : Hunger Free

La constitutionnalisation du « droit à l’alimentation » est, depuis un moment, au cœur des actions de l’organisation non-gouvernementale Hunger Free World (HFW). C’est dans cette lancée que les responsables de l’organisation ont été reçus en audience par le président de la Commission constitutionnelle, Me Halidou Ouédraogo. C’était dans l’après-midi de jeudi, 18 janvier 2018 au quartier général de ladite commission à Ouaga 2000.

Droit à l’alimentation au Burkina :  Hunger Free World chez le président de la Commission constitutionnelle

Cette approche de l’organisation non-gouvernementale (ONG) Hunger Free World (HFW) entre donc dans le cadre de ses actions de plaidoyer et vise le maintien du « droit à l’alimentation » dans la Constitution de la Vème République en gestation. Une démarche appréciée à sa juste valeur par le premier responsable de la Commission constitutionnelle, Me Halidou Ouédraogo. Occasion également pour revenir sur les modalités de travail qui ont prévalues au sein de la structure et les grandes lignes du projet de Constitution, qui se trouve en ce moment entre les mains du président du Faso pour suite à donner (adoption).

Le président de la Commission constitutionnelle a rassuré ses hôtes que le « droit à l’alimentation » est bien inscrit dans la mouture finale transmise au président du Faso. « Cette nouvelle Constitution est un projet de progrès, qui tranche par rapport à la précédente Constitution. Elle réaffirme certains droits sacrés et innove à plusieurs niveaux, comme les droits à l’alimentation, à la santé, à l’accès à l’eau potable, à l’éducation, etc. Et le sujet sur lequel nous venons de discuter est très important et intéresse les Burkinabè. Nous avons intérêt à la faire adopter. Je félicite donc ces jeunes (responsables de HFW, ndlr) qui se battent pour lutter contre la faim dans notre pays », a exprimé Me Halidou Ouédraogo.

Pour Frédéric Ilboudo de HFW, il était donc de bon ton d’aller, par cette démarche, remercier les personnes qui ont œuvré à cette dynamique et, en retour, demander des conseils pour la poursuite du combat contre la faim au Burkina. 
« Nous étions inquiets, en venant ici, pour diverses raisons. Mais, j’avoue que nous repartons satisfaits ; parce que le président nous a rassurés que le droit à l’alimentation est bel et bien inscrit dans la nouvelle Constitution… », a dévoilé la chargée de plaidoyer de HFW, Gisèle Dabiré, à leur sortie d’audience.

Selon les responsables de HFW, le « droit à l’alimentation » fait partie des droits économiques, sociaux et culturels et implique le droit pour chaque être humain à se nourrir dans la dignité (en produisant ou en achetant). Le droit à l’alimentation implique la satisfaction de trois conditions : la disponibilité, l’accessibilité et l’adéquation (c’est-à-dire saine et nutritive…) de la nourriture.

Pour mémoire, Hunger Free World est une organisation non-gouvernementale internationale créée en 2000 avec pour siège à Tokyo (Japon) et représentée dans plusieurs pays dont le Burkina. Elle a pour objectif principal d’œuvrer à la création d’un monde libéré de la faim. Ses activités sont exécutées via quatre piliers à savoir le plaidoyer, la sensibilisation, le développement de la jeunesse et le développement de projets reposant sur les principaux domaines tels que la santé et l’assainissement, l’éducation, l’environnement, la promotion du genre…)

Nouvelle Constitution du Burkina : Hunger Free World et des journalistes plaident pour le droit à l’alimentation

Dans la perspective de l’adoption de la nouvelle Constitution, l’organisation non-gouvernementale (ONG) Hunger Free World (HFW), en partenariat avec le Club des journalistes pour la nutrition et la sécurité alimentaire, poursuit son plaidoyer pour le maintien du « droit à l’alimentation » inscrit dans l’avant-projet de la loi fondamentale qui a amorcé le dernier virage vers l’adoption. Ces organisations ont réitéré cette volonté ce vendredi, 24 novembre 2017 à Ouagadougou, via une conférence de presse.

Nouvelle Constitution du Burkina : Hunger Free World et des journalistes plaident pour le droit à l’alimentation

« La lutte contre la faim, le droit d’être à l’abri de la faim, semble un luxe pour beaucoup de Burkinabè », a constaté la chargée de plaidoyer de HFW, Gisèle Dabiré, dans la déclaration liminaire, adossant cette situation aux caprices de dame nature et à un manque de politique suffisante pour relever le défi de l’autosuffisance alimentaire.

Selon les conférenciers, et s’appuyant sur des chiffres 2017 du programme alimentaire mondial, au Burkina un ménage agricole sur deux est non autonome sur le plan céréalier et plus d’un million et demi de personnes connaissent un risque d’insécurité alimentaire et environ 350 mille ont besoin d’une assistance d’urgence.
A en croire Gisèle Dabiré, depuis 2014, Hunger Free World, de concert avec ses partenaires, a décidé de mettre l’accent sur la sensibilisation et le plaidoyer pour l’inscription du « droit à l’alimentation » dans la Constitution du Burkina et plusieurs actions ont été menées dans ce sens.

Selon les conférenciers, le « droit à l’alimentation » fait partie des droits économiques, sociaux et culturels et implique le droit pour chaque être humain à se nourrir dans la dignité (en produisant ou en achetant). Il requiert trois conditions à savoir, la disponibilité, l’accessibilité et l’adéquation (c’est-à-dire saine et nutritive…) de la nourriture.

« Le droit à l’alimentation n’est pas un droit à être nourri, mais un droit de se nourrir et d’être assisté en cas de sinistre, entraînant l’incapacité de se nourrir par ses propres moyens », précise la chargée de plaidoyer de HFW. La réalisation de ce droit n’est pas de la responsabilité de l’Etat seulement, elle suppose l’action de tous les membres de la société (individus, familles, communautés locales, organisations non-gouvernementales, organisations de la société civile, secteur privé, etc.), dit-il.

« En 2017, grâce à ces efforts conjugués, le droit à l’alimentation est maintenant inscrit dans l’avant-projet de Constitution : articles 26, 29 et 135. C’est un premier pari gagné, mais beaucoup reste à faire pour son maintien définitif dans la Constitution », explicite Mme Dabiré, appelant « tous les acteurs » à un « engagement ferme » pour la réalisation effective du droit à l’alimentation par son maintien dans la version finale de la Constitution de la Vème République.

« 80% des Burkinabè vivent de l’agriculture et sont en milieu rural. Nous connaissons les difficultés que rencontrent les populations pour se nourrir. Souvenons-nous de la crise qu’a connue le pays en 2008 due à l’inflation des prix des denrées alimentaires, souvenons-nous des inondations de 2009 sans oublier les nombreux déguerpissements que connaissent de plus en plus nos populations qui cèdent leurs terres aux exploitants miniers, aux investisseurs immobiliers ou aux agro-business men, souvenons-nous des aliments avariés déversés dans nos marchés (poissons, poulets, œufs, conserves avariées, cannettes de boisson, liqueurs frelatées…) », a-t-elle étayé avant d’appeler : « il est temps de faire quelque chose ».

Les conférenciers partagent avec le président américain, Bill Clinton, qu’ « …aucun droit n’a de sens quand la faim frappe… ».

OL
Lefaso.net

Mariage d’enfants et excision : Les populations du Sahel se sont engagées à abandonner ces pratiques néfastes

Dori, la capitale de la région du Sahel, a abrité le mardi, 23 janvier 2018, une cérémonie de déclaration publique d’abandon du mariage d’enfants et de l’excision. Par cet acte solennel, porté par l’organisation non-gouvernementale Mwanzanga-Action et ses partenaires, ce sont des populations de 300 villages de la localité qui se sont engagées, « devant le monde entier », à abandonner le mariage d’enfants et l’excision ; deux pratiques néfastes.

Mariage d’enfants et excision : Les populations du Sahel se sont engagées à abandonner ces pratiques néfastes

Les chiffres sont parlants... Une enquête multisectorielle continue 2015 révèle que la région du sahel affiche au niveau de l’excision, un taux de 10,6% avec un total de 974 filles excisées dont 372 avant l’âge de cinq ans, 363 excisées avant dix ans et 240 excisées avant quinze ans. La même enquête révèle que le pourcentage de femmes mariées ou en union avant l’âge de 20 ans, 18 ans et de quinze ans se situe respectivement à 47%, 23% et 5%. La région du sahel occupe le taux de prévalence le plus élevé de mariage d’enfants au Burkina.

C’est fort de cette réalité que l’organisation non-gouvernementale (ONG) Mwangaza-Action a décidé (aux côtés des efforts déjà déployés notamment par l’UNICEF, l’UNFPA et le Ministère de la femme, de la solidarité nationale et de la famille) de mettre en place le programme « Sukaku » (enfance en fulfuldé) aux fins de renforcer les capacités d’auto-protection des enfants et des jeunes, repousser l’âge au mariage, retarder l’arrivée de la première grossesse et réduire les autres violences basées sur le genre.

Cette initiative, intitulée projet de construction de consensus social en faveur de l’élimination du mariage d’enfants et de l’excision dans la région du Sahel dénommé « Sukaku » phase II, vise également à faciliter l’émergence des communautés engagées en faveur de l’abandon des pratiques traditionnelles néfastes. Elle est la volonté des leaders et leur communauté de se démarquer de la pratique de mariage d’enfants et de l’excision.

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La chargée de programmes de l’ONG Mwangaza-Action, Brigitte Yameogo

C’est pourquoi, pour la chargée de programmes de Mwangaza-Action, « cette journée est à marquer d’une pierre blanche dans les annales de l‘abandon du mariage d’enfants et de l’excision au Burkina, particulièrement dans la région du Sahel ». Selon Brigitte Yaméogo, malgré les accords internationaux auxquels le Burkina a souscrits, l’existence de lois qui garantissent les libertés et les droits fondamentaux de tous les citoyens burkinabè, les enfants sont souvent victimes de violences, parfois les plus inimaginables. Ce qui implique que les droits des enfants sont bafoués et leur bien-être sérieusement mis en cause. Font partie de ces violences, le mariage d’enfants et l’excision qui, malheureusement, sont très développés dans le sahel, indique la chargée de programmes de Mwangaza-Action, Brigitte Yaméogo.

Le mariage d’enfants et l’excision, une violation des principes fondamentaux des droits de l’enfant

Le programme Sukaku vise donc à faciliter l’émergence des communautés engagées en faveur de l’abandon du mariage des enfants et de l’excision et s’inscrit dans le cadre global des stratégies et démarches de communication pour le changement de comportements et, partant, pour un développement durable. Les stratégies développées pour sa mise en œuvre sont essentiellement l’animation des espaces sûrs pour adolescentes et adolescents, jeunes filles et jeunes garçons, en vue de renforcer leurs capacités d’auto-protection et d’estime de soi pour faire face aux problématiques de mariage d’enfants et de l’excision.

« Ces actions de communication et sensibilisation menées au sein des populations et des actions de plaidoyer menées auprès des leaders coutumiers et religieux ont suscité une prise de responsabilité des communautés et crée une masse critique de personnes qui ont exprimé leur intention d’abandonner ces pratiques néfastes. En effet, les populations ont déjà pris cet engagement à travers des déclarations publiques dans chacun des villages. Aujourd’hui, l’ensemble des 300 villages, à travers leurs représentants, se retrouvent à Dori pour exprimer cette décision de manière collective et coordonnée et aux yeux de tous », a précisé Mme Yaméogo. Cette déclaration publique est donc l’aboutissement de la concertation entre communautés et doit être considérée comme une intention d’abandonner le mariage d’enfants et l’excision.

Pour les responsables de Mwangaza-Action, cet acte n’est donc pas la fin, mais plutôt le début du changement de comportements, une dynamique à soutenir. « Le fait de prendre publiquement position est un acte courageux, mais aussi responsabilisant ; en ce sens que dans les villages concernés, les masses critiques de personnes atteintes doivent travailler afin que l’ensemble de la communauté soit convaincue de la nécessité d’abandonner ces pratiques », a-t-elle soutenu.

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Le directeur de Cabinet du ministre de la Femme, de la solidarité nationale et de la famille, Arouna Sandwidi.

Selon le Chef de bureau UNICEF de Dori, des rapports indiquent que quatre femmes sur dix sont toujours mariées avant l’âge de 18 ans (en Afrique de l’Ouest et du Centre) et parmi elles, une sur trois l’a été avant l’âge de seize ans. Dans certaines communautés, poursuit-il, l’accès à ce statut matrimonial pour beaucoup de filles intervient après qu’elles aient subi une excision, considérée comme une forme de purification de la jeune fille. Le mariage d’enfants et l’excision constituent une violation des principes fondamentaux des droits de l’enfant. « L’enfant occupe une place unique et privilégiée dans la société et doit, de ce fait, compréhension, qui lui garantit la jouissance de tous ces droits, y compris le droit à une intégrité physique », indique-t-il.

L’UNICEF s’est donc engagé aux côtés du gouvernement burkinabè pour contribuer à la protection des droits de l’enfant. Il souligne que le mariage d’enfant et l’excision, au regard des conséquences qu’ils engendrent, ôtent à un nombre important de jeunes filles et jeunes garçons, leurs droits de mener une vie saine et épanouie (les filles étant les plus exposées à des risques de santé et violences plus élevés). Face à cette préoccupation, une synergie d’action s’impose, justifiant du coup la pertinence de ce projet qui implique fortement les communautés de base.

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Le Chef de bureau UNICEF Dori

Le directeur de cabinet du ministre de la femme, de la solidarité nationale et de la famille, Arouna Sandwidi, représentant son ministre, a salué l’engagement que les communautés des 300 villages ont pris devant toute la nation. « Les mutilations génitales féminines et le mariage des enfants sont des pratiques avilissantes, qui minent la santé de nos sœurs et de nos filles, entravant ainsi le bien-être des enfants, et particulièrement celui de la jeune fille. C’est pourquoi, depuis plus de deux décennies, le Burkina Faso s’est engagé avec détermination, dans des actions d’éliminations de ces pratiques néfastes afin d’assurer une meilleure santé et un plein épanouissement aux enfants et aux femmes ; toute chose qui participe à leur pleine participation au processus de développement socio-économique de notre pays », a-t-il mis en exergue.

‘’Aucun enfant ne devrait être privé de son enfance, son éducation, ses aspirations’’

Selon le directeur de cabinet, cet engagement a permis d’obtenir à la baisse, la tendance de la prévalence et ce, grâce à la réalisation des actions conjuguées telle que la création de cadre institutionnel chargé de promouvoir l’abandon des pratiques néfastes, la décentralisation de la lutte, l’adoption et l’application des lois réprimant la pratique, la sensibilisation, les déclarations publiques d’abandon, etc.

En ce qui concerne le mariage d’enfants, le constat est que, poursuit-il, malgré les efforts consentis par le gouvernement et ses partenaires techniques et financiers, et selon l’enquête démographique de santé 2010, environ 51,9% des filles sont mariées avant l’âge de 18 ans, soit une fille sur deux, une femme sur dix est mariée ou est en union avant quinze ans. « Ce phénomène existe de façon persistante dans toutes les régions du pays et la région du sahel est la plus touchée avec une forte prévalence de 87, 1%.

Le mariage d’enfants touche beaucoup plus les filles que les garçons (16, 9% des garçons se marient avant 18 ans tandis que chez les filles, le taux est de 66,7% avant 18 ans). (…). Aucun enfant ne devrait être privé de son enfance, son éducation, sa santé et ses aspirations. Chaque enfant doit grandir dans un environnement familial de bonheur et d’amour, de compréhension », a déclaré le représentant du ministre, Arouna Sandwidi. Pour ce dernier, chaque enfant a besoin d’une protection pour son développement physique, moral et mental et d’une protection juridique qui garantit sa sécurité.

« Je suis très touchée par cet acte concret des communautés et je voudrais louer cette décision d’abandonner le mariage d’enfants et l’excision qui est une décision capitale pour tous, car les engagements pris ce matin par les 300 villages, constitue une réelle avancée dans le combat contre ces pratiques traditionnelles néfastes qui ne devraient plus avoir leur place ni leur raison d’être dans nos sociétés actuelles », a-t-il cité son ministre, félicitant la forte mobilisation des acteurs autour de cette dynamique, notamment l’ONG Mwangaza-Action et ses partenaires.

Outre l’étape de la lecture de la déclaration publique et les interventions des porteurs du projet, la signature des engagements par les représentants des communautés a été l’un des moments forts de cette cérémonie. Cette étape a aussi été marquée par la remise de registres aux quatre imams des quatre provinces que compte la région (Oudalan, Séno, Soum, Yagha) pour permettre de consigner désormais les mariages qui seront célébrés dans les mosquées.

Lefaso.net